Archive pour mai 2009

Une fleur, message d’espoir et de solidarité

25 mai 2009

«La perte d’un enfant est une chute dans le vide qui se traduit par la perte du sens de la vie, un sentiment de totale perte de maîtrise, une négation de l’ordre naturel» (François Dayer)

Le 25 mai 1979, sur sa route pour l’école, disparaissait à New York Etan Patz. Cet événement, très médiatisé, a été suivis par d’autre cas aussi très visibles qui ont enclenché un mouvement de solidarité à travers les Etats Unis. Ainsi, en 1983, le président Ronald Reagan proclamait le 25 mai la journée nationale de la disparition d’enfant. Progressivement, cette journée est devenue la Journée internationale des enfants disparus, commémorée partout dans le monde.

Cette journée veut garder vif le souvenir de ses enfants et de donner un message d’espoir et de solidarité aux parents qui n’ont plus de nouvelles de leurs enfants. Le symbole de la journée est en effet la fleur «Non ti scordar di me» ou «Vergissmeinnicht» (‘ne m’oublie pas‘), en français Myosotis.

Lors de la cérémonie des 10 ans de la Fondation Sarah Oberson le 7 novembre 2008 à Saxon, M. Christian Varone, Commandant de la Police Cantonale Valaisanne et membre du Conseil de la Fondation Sarah Oberson, s’exprimait ainsi :

« Face à ce type de tragédie, tout doit être mise en œuvre pour rendre les systèmes de recherche toujours plus performants. Depuis 1985, la Police cantonale n’a cessé d’améliorer son système d’investigation. Aujourd’hui, les procédures mises en place en cas de disparition d’enfants donnent heureusement d’excellents résultats. Plus du 98 % des cas sont ainsi élucidés.

Il faut cependant continuer à perfectionner le système. Le projet national d’alerte-enlèvement va justement dans ce sens et reçoit l’appui le plus complet de la Police cantonale valaisanne. Il permettra notamment de mieux coordonner la diffusion d’informations et de rendre encore plus efficace les opérations menées sur le plan national et international.

En définitive, la mise sur pied du projet alerte-enlèvement sera le plus bel hommage que nous puissions rendre à Sarah et au courage admirable de ses parents et de ses proches. »

Lire aussi :
Union Européenne : 25 mai 2009 ‑ Journée internationale des enfants disparus

Les 80 ans de la Pouponnière Valaisanne

18 mai 2009

Vendredi 24 avril 2009, les festivités liées aux 80 ans de la Pouponnière Valaisanne ont commencé par l’inauguration d’une exposition de photos qui retrace l’histoire de cette institution.

En 1929, Mme Marie-Rose Zingg ouvre la Pouponnière Valaisanne. Son but est de donner un foyer à des enfants abandonnés ou en détresse. Elle  répond à un besoin de son temps. En effet, l’abandon des enfants est alors un phénomène assez courant, comme le témoigne le fait qu’à 15 jours de l’ouverture 17 enfants ont été retrouvés devant la porte de l’institut : enfants malades, orphelins ou tout simplement abandonnés.

La pratique de l’abandon d’enfant est un phénomène ancien. Désormais, en Valais, elle est plus unique que rare. Elle n’est cependant pas dénuée d’actualité, comme en témoigne les nombreux cas d’abandon anonyme de nouveau-nés dans l’Europe de ce nouveau millénaire – voir blog du 16.02.2009.

Mme Zingg, orpheline de mère, cherche à donner à ces enfants un foyer adapté à leurs besoins. Malgré les difficultés, elle fonde une école de nurses trois ans après l’ouverture de la Pouponnière (1932). Mais elle ne s’arrête pas là et crée une crèche pour les enfants de parents malades et une maternité (1946). Finalement, en 1948, elle étend son aide et sa protection aux mères célibataires ou en détresse en créant l’œuvre Ste-Elisabeth.

Mme Zingg commence seule son combat pour les enfants les plus démunis. Soutenue par l’Eglise d’abord, elle reçoit l’aide de l’Etat dès la fin de la 2e guerre mondiale. Soutien qui continue actuellement.

La Pouponnière s’est adaptée à son temps. Les cas d’abandon anonyme d’enfant ayant pratiquement disparus dans la région (1), la Pouponnière accueille désormais des enfants de 0 à 12 ans en donnant la priorité au soutien des parents qui travaillent. Elle reste par contre fidèle à ses principes d’éducatifs en suivant une ligne éducative claire et en employant du personnel formé.

Actuellement, si un bébé ou un enfant est abandonné en Valais, le service de protection de l’enfance est alerté et décide notamment de son placement dans une famille d’accueil.

Clara Balestra, 18.05.09

Informations tirées de l’article « La ‘maman’ des petits Valaisans », Le Nouvelliste 24.04.2009, p. 32.

(1) Il n’existe pas de statistique en Suisse à propos des cas d’exposition d’enfant (art.127 code pénal, « la mise en danger de la vie et la santé d’autrui »). In Office fédéral de la Statistique, Verurteilungen nach Straftaten des Strafgesetzbuches (StGB), seit 1984.

Mille façons d’œuvrer pour l’enfance

11 mai 2009

Editorial de M. Olivier Messer, Assistant Pastoral, Fribourg, Suisse

Lorsque l’on parle de droits de l’enfant, les débats sont souvent animés et les avis divergents. Pourtant, il apparaît évident que l’enfant doit être protégé et que cela passe inéluctablement par le respect de ses droits et la préservation de son développement. Certains droits nous viennent immédiatement à l’esprit parce que découlant du bon sens commun; d’autres semblent d’emblée moins évidents, parfois parce que, sans doute, ils ne sont pas considérés comme étant directement vitaux.

La Convention des droits de l’enfant précise, dans son article 14, que l’enfant a, tout comme l’adulte, la liberté de religion et que ses parents ou représentants légaux doivent l’orienter dans l’exercice de ce droit.

Force est pourtant de constater que l’éducation religieuse catholique n’est, dans notre pays, plus au nombre des préoccupations majeures dans beaucoup de foyers… L’expérience du terrain montre en effet que de nombreux enfants n’ont presque aucune connaissance religieuse précise avant d’être scolarisés. Les cours de catéchisme dispensés aux enfants dans le cadre ou en marge de l’école viennent fréquemment prendre la relève et proposer une démarche de découverte et d’enseignement du catholicisme. Si les méthodes, l’intitulé ou la place accordée à cet enseignement varient d’un canton à l’autre, parfois d’une unité pastorale (ensemble de plusieurs paroisses regroupées en unités pastorales) à l’autre, l’objectif est le même: donner aux enfants catholiques de nos écoles une connaissance de leur religion, une proposition de la foi adéquate à leur âge et un accompagnement sur le chemin des sacrements de l’enfance.

Cheminer avec des enfants sur le chemin de la foi chrétienne, cela débute très tôt. Bien entendu, cela précède généralement la naissance même de l’enfant, puisque celui-ci est, pour le croyant, le fruit de l’amour et de l’engagement de trois personnes, homme, femme et Dieu. Très vite après la venue au monde de l’enfant, le sacrement du baptême le fait entrer dans la communauté des chrétiens, l’Eglise, sous le regard et la protection du Père, accompagné et guidé par Jésus et animé par l’Esprit Saint. Diverses activités d’éveil à la foi accompagnent ensuite les plus petits et en conséquence, leur entourage, jusqu’à l’âge de la scolarité. Là, une approche régulière de la foi chrétienne et de la Bonne Nouvelle mène à l’un des sacrements majeur, celui de l’Eucharistie, par la célébration attendue de la première communion.

Assurer le droit de l’enfant à la liberté de religion sous-entend forcément le guider dans la connaissance de cette dernière, quand bien même son choix devrait se modifier au cours de son existence. Mais aujourd’hui, cela déborde du cadre familial pour toucher plus avant le cadre scolaire. Cette situation démontre, manifestement, toute l’attention et les moyens que l’Eglise catholique doit donner à la pastorale de la catéchèse, dans le souci du respect de ce droit précis de l’enfant.

L’article d’Olivier Messer est paru le 27 avril sur le site de l’Institut des Droits de l’Enfant.

L’éditorial ne reflète pas forcément l’avis de la Fondation Sarah Oberson.

ALERTE–ENLEVEMENT : le oui du cœur et de la volonté…

4 May 2009

Un pas décisif du Conseil National en faveur de l’Alerte-Enlèvement

Le lundi 27 avril 2009, une fois de plus le Conseil National s’est prononcé favorablement sur le dossier Alerte–Enlèvement. Il y a deux ans, il en avait fait de même avec les deux motions qui lui avaient été soumises concernant le même domaine.

Une approche pragmatique prévue par la motion du Conseiller aux Etats Didier Burkhalter

Lors de sa session de printemps 2009, le Conseil National a donc plébiscité la motion du Conseiller aux Etats Didier Burkhalter, qui a eu l’intelligence de proposer une approche pragmatique de cette importante question.

En résumé, cette motion demande à la Confédération de prendre le leadership dans ce dossier, en élaborant une Convention de partenariat avec les Cantons et les autres milieux concernés.

Elle souligne la dimension nationale, voire internationale de cette problématique, en sortant d’un fédéralisme étriqué, qui bloquait la mise en place du système Alerte-Enlèvement en Suisse.

Cet appui unanime du Parlement traduit clairement la volonté des Parlementaires fédéraux de doter enfin notre pays d’un système Alerte-Enlèvement, qui a déjà fait ses preuves dans plusieurs autres pays, à savoir les Etats-Unis, le Canada et la France. Durant les dernières années, des centaines d’enfants ont eu la vie sauve grâce à ce dispositif mis en place dans ces pays.

Cette décision constitue l’heureux aboutissement de plusieurs initiatives réclamant l’instauration d’un tel système en Suisse.

Il faut citer, entre autres, le lancinant appel lancé par le Nouvelliste et Feuille d’Avis du Valais en 2007 et la pétition de la Fondation FREDI. La dernière a été la marche blanche organisée au mois de mars 2009, à Fribourg, par les parents de Lucie Trezzini, lâchement assassinée par un désaxé sexuel.

Un vibrant appel lancé par la Fondation Sarah Oberson en faveur de l’Alerte-Enlèvement, à l’occasion de son 10ème anniversaire, en novembre 2008

Pour sa part, la Fondation Sarah Oberson a apporté sa pierre à cet édifice commun, en lançant un vibrant appel en faveur de l’Alerte-Enlèvement, lors de son 10ème anniversaire, qui a eu lieu le 7 novembre 2008, à Saxon, en étroite collaboration avec la Police Cantonale Valaisanne et l’Institut International des Droits de l’Enfant (IDE).

Dans la foulée du Conseil aux Etats et de la décision très encourageante de la Conférence suisses des Directrices et Directeurs des Départements cantonaux de Justice et Police, prise le 2 avril 2009, le Conseil National a réaffirmé clairement sa volonté de mettre sur pied un tel dispositif en Suisse.

Le Conseiller national Christian Lüscher, rapporteur de langue française de la Commission, a rappelé fort opportunément que « lorsqu’il y a un enlèvement , la rapidité, la vitesse de réaction sont absolument essentielles, parce qu’on sait que 90 pour cent des victimes disparaissent dans les premières 24 heures »…

Les critères pour le déclenchement du dispositif de l’Alerte-Enlèvement

Il a également signalé que nous pourrions nous inspirer largement du système français, avec les adaptations indispensables au droit suisse. Qui lance l’alerte ? Compte tenu du fédéralisme helvétique, il est vraisemblable que l’autorité judiciaire du canton où a eu lieu la disparition serait compétente pour lancer l’alerte.

Quant aux critères appliqués en France pour le déclenchement de l’alerte, ils sont au nombre de quatre :

1. L’enlèvement doit être avéré. Ce n’est pas une simple disparition.
2. La vie ou l’intégrité physique de la victime doivent être concrètement en danger.
3. Des éléments d’information existent et leur diffusion est susceptible de permettre la localisation de la victime.
4. La victime est mineure.

Il ne faut pas réinventer la roue !

Il n’est pas nécessaire chaque fois de réinventer la roue ! Pour ma part, je pense que nous pourrions retenir ces mêmes critères, en sachant que les enfants sont les plus vulnérables. Dès lors, il faudrait déclencher l’alerte-enlèvement, en particulier, pour sauver la vie d’enfants en bas âge disparus. Faut-il rappeler les tragédies vécues par les familles de Sarah, d’Ylenia et de Lucie ? Dans le cas de Sarah, quelque 24 ans après la tragédie, sa famille n’a pas encore pu faire le deuil, car le mystère de sa disparition demeure entier !..

A mon avis, le dispositif de l’Alerte-Enlèvement devrait être déclenché seulement dans des situations extrêmes. Il faudrait donc écarter les fugues d’adolescents, par exemple. Il ne faudrait pas non plus mettre en action ce système pour des cas de disparition, dans le cadre de couples binationaux en conflit. Dans ces cas, il vaudrait mieux utiliser la voie de la médiation par un tiers, afin de respecter le bien supérieur de l’enfant, conformément à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant de 1989.

Mais par quels moyens faudrait-il diffuser l’alerte? A l’instar de la France, il faut agir rapidement et massivement, en partant de l’idée que dans ce domaine, il vaut mieux en faire un peu plus que pas assez. Ne l’oublions jamais, la vie d’enfants est en jeu, il ne faut pas lésiner sur les moyens à utiliser !..

Le message d’alerte devrait être diffusé pendant plusieurs heures sur les chaînes de télévision, les radios et par l’intermédiaire des agences de presse et des journaux.

Il faudrait également communiquer le message d’alerte dans les gares, les aéroports et les autoroutes.

En outre, les technologies de l’information et de la communication offrent aujourd’hui de nouveaux outils très efficaces, tels que les MMS et le microblogging (diffusion à toutes les personnes qui sont connectées à l’Internet).

L’Alerte-Enlèvement : un facteur de prévention

Enfin, le système alerte-enlèvement peut aussi jouer un rôle non négligeable de prévention contre les crimes de nature sexuelle dont sont victimes les enfants.

Certes, le système Alerte-Enlèvement n’est pas une panacée. Mais il contribuera dans des situations exceptionnelles à sauver des « petits des hommes » et à mieux protéger l’enfance menacée. Il s’agit d’un instrument supplémentaire efficace, qui s’ajoute à toute une série de mesures déjà en vigueur.

Le Conseil National, après le Conseil aux Etats, vient d’ailleurs d’apporter une nouvelle fois un message d’espoir, en manifestant clairement sa volonté de doter notre pays de cet outil indispensable pour une meilleure protection de l’enfance, à l’avenir ! Cette décision fait honneur au Parlement suisse. Ce lancinant appel, qui obéit autant au cœur qu’à la raison, a enfin été entendu par le Conseil Fédéral.

Nous attendons maintenant des actes concrets d’ici à la fin de cette année 2009 !

Dr Bernard Comby
Président de la Fondation Sarah Oberson

Sion, le 1er mai 2009.