Archive pour juin 2009

Répression de la pédophilie sur Internet : un nouveau logiciel fait ses preuves en Suisse

22 juin 2009

Editorial de Mme Geneviève Levine, Animatrice du site de l’Institut International des Droits de l’Enfant (IDE)

Ils pensaient pouvoir agir en toute impunité. Ils se trompaient. L’an dernier, quelque 120 pédophiles ont été repérés sur la toile par le Service de coordination de la lutte contre la criminalité sur Internet (SCOCI), puis dénoncés aux autorités cantonales. Dans la majorité des cas, les polices ont arrêté les internautes suspectés et saisi du matériel pédophile en quantité à leur domicile.

« Ce qui a changé en 2008, c’est que presque 100% des dossiers de suspicion transmis aux polices ont donné lieu à une interpellation », explique Christian Ambrosini, spécialiste en monitoring et recherches au SCOCI. « Cela est à mettre sur le compte de moyens techniques plus performants. »

C’est en effet grâce à un nouveau programme informatique, développé en collaboration avec l’ONG Action Innocence, que le SCOCI constitue désormais de très solides dossiers. Ce logiciel permet de scanner en permanence les plates-formes d’échanges de fichiers peer to peer, là où les pédophiles se procurent images et films illégaux.

« Nous ne transmettons que des dossiers de suspicion.  Les adresses Internet n’y sont pas visibles, dans un but de protection des données.  C’est ensuite à la justice de savoir si elle ouvre une enquête ou non» précise Ronja Tschümperlin, du service juridique du SCOCI, qui valide le contenu illégal des fichiers avant qu’ils soient intégrés au logiciel de recherche.

« Il y a peu de situations où il est difficile de déterminer si les enfants figurant sur les photos ont moins de 16 ans, tant leur jeune âge est évident », regrette-t-elle.

Ceci est une version condensée de l’article « Pédophiles suisses arrêtés par dizaines sur Internet« , publié dans Le Matin Dimanche, 14 juin 2009.

L’article de Geneviève Levine est paru le 15 juin 2009 dans la rubrique Edito – Actualité sur le site de l’IDE.

116 000, un complément au dispositif d’Alerte enlèvement ?

17 juin 2009

Depuis le 25 mai 2009, journée international des enfants disparus, un numéro d’appel unique européen (116 000) destiné à écouter et à accompagner les familles d’enfants disparus, fugueurs ou enlevés, a été activé dans 10 pays: la Grèce, les Pays-Bas, la Hongrie, la Roumanie, le Portugal, la France, l’Italie, la Slovaquie, la Belgique et la Pologne.

Ce numéro unique et gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, veut assurer une meilleure coordination à l’échelle européenne des recherches de la part des autorités compétentes. A titre d’exemple, en 2008, ce numéro a permis de retrouver, après neuf mois de disparition, 3 sœurs enlevées en Belgique et amenées au Portugal par leur père.

Aussi, le 116 000 permet « aux familles d’enfants disparus d’obtenir des informations, une écoute et un soutien » (2) professionnel, accessible et disponible. Ce numéro unique en effet offre une écoute en plusieurs langues, assurée par des professionnels.

La fédération de 23 ONGs, Missing Child Europe promeut cette idée dès son origine. Le 116 000 a été intégrée par l’Union européenne dans une directive de 2002. Cette directive s’est concrétisée dans la décision du 15 février 2007 (IP/07/188) de la Commission européenne, obligeant les Etats membres à mettre à disposition le numéro 116 000 pour « l’aide à la recherche des enfants disparus ». Il s’agit du premier numéro d’une longue série qui sera réservée à des services sociaux européens. Par exemple, le 116 111 est désormais réservé aux enfants qui ont besoins d’assistance (décision du 30.10.07, IP/08/1129). L’instauration de ces deux numéros téléphoniques fait « suite à l’adoption de la stratégie européenne sur les droits de l’enfant ».

Ainsi, les Etats ont l’obligation de conserver ce numéro, de le mettre à disposition et de faire connaître son utilisation auprès du grand public. Ils ne sont par contre pas obligés d’assigner ce numéro à un prestataire de services ou à en assurer le service eux-mêmes (1). Cette nuance explique d’une part le retard de la mise en place d’un numéro unique dans plusieurs Etats de l’Union, qui hésitent  à aller au-delà de leurs strictes obligations – le numéro est disponible mais pas attribué. D’autre part, dans les pays où le système est en place, se sont surtout des ONG qui en assurent le fonctionnement.

Par ailleurs, l’obstacle financier retarde l’instauration du 116 000. La Commission a demandé que ce numéro soit gratuit afin d’en assurer l’accessibilité. Dans plusieurs pays, dont la Belgique et la France, la recherche d’une solution économiquement viable a retardé la mise en place. L’instauration est ainsi plus difficile, mais pas impossible comme le démontrent les 10 Etats où le service est effectif.

La Commission européenne voit ce dispositif comme un complément au système d’Alerte enlèvement qu’elle veut instaurer à l’échelle de l’Union. Et la Suisse ? Serait-elle intéressée à un dispositif de ce type ? Pourra-t-elle l’inscrire comme complément à l’instauration du système d’Alerte enlèvement qui semble devoir se concrétiser, à l’échelle nationale, encore en 2009 ?

Clara Balestra, 17.6.2009

Lien internet :
116 000 : The European hotline number for missing children
(1) European Union : Pan-European numbers and services
(2) Gouvernement français : Lancement du numéro européen 116 000 pour les enfants disparus. Allocution de Brice Hortefeux – 20 mai 2009

« FA-SA-VI » famille sans violence

8 juin 2009

Editorial de Mme Patricia Roduit, Collaboratrice de l’Institut International des Droits de l’Enfant (IDE)

« La famille, ce havre de sécurité, est en même temps le lieu de la violence extrême. »
Boris Cyrulnik

Dans l’optique d’enrayer le cycle de la violence domestique avant qu’il ne s’installe et ne s’amplifie, l’Association FA-SA-VI – comprenez « famille sans violence » – a vu le jour dans le Canton du Valais, en Suisse. Cette association à but non lucratif accueille, en toute discrétion, toute personne concernée par un tel problème, qu’elle soit victime, témoin mais aussi auteur.

La tension monte durant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Et puis, c’est l’explosion… Accompagnée de violences, suivie de justifications et d’expressions de regrets. Tel est le schéma susceptible de se reproduire durant des années… Le chez-soi synonyme de protection et de sécurité devient le lieu de la maltraitance, de l’exploitation sexuelle et de l’humiliation. Même s’ils ne subissent pas toujours directement de violences physiques, les enfants témoins souffrent psychiquement et affectivement. Assistant de tout près au déchirement d’un couple, ils en apprennent des schémas comportementaux qui marqueront la suite de leurs parcours. S’ensuivent traumatismes, dommages psychologiques, manques dans le développement, souvent accompagnés d’un isolement.

Pour tenter une réponse à de telles situations, FA-SA-VI offre un espace d’écoute, conseille et propose une médiation selon les besoins. L’aide est adaptée et respectueuse, faite d’un accompagnement thérapeutique par une équipe de professionnels, psychologues, médiateurs ou encore conseillers conjugaux. De plus,  la violence étant parfois associée à des conduites addictives ou dépressives, l’association oeuvre en collaboration avec d’autres institutions (LVT, médecins etc…). Une attention particulière est accordée aux enfants et adolescents. L’approche socio-éducative de FA-SA-VI leur permet de s’exprimer en toute liberté. L’utilisation de l’art, de la musique, du jeu et de l’expression corporelle les amène à retrouver un contexte de vie, des préoccupations et des projets correspondant à leur âge.

Cette initiative concrète correspond à un réel besoin. Selon l’Office fédéral de la Statistique, durant l’année 2007, un total de 14′446 personnes a consulté un centre LAVI dans le cadre de violences avec relation familiale, dont plus de 3′000 enfants et adolescents. Ces chiffres bien sûr ne reflètent que la pointe de l’iceberg… De plus, on ne peut ignorer le coût global (économique et social) que la violence engendre. En Suisse, une recherche menée à l’Université de Fribourg, publiée en 1998, a estimé le coût direct et le coût social des violences subies à 90 millions d’Euros par an, pesant lourdement sur le système de santé. S’ajoutent à cela le coût des interventions de la police et de la justice, estimé à 125 millions d’Euros, et celui de l’aide sociale, s’élevant approximativement à 48 millions d’Euros (1).

La Confédération en appelle à la vigilance et à une application systématique de la loi. Par le biais du Code Pénal suisse, les actes de violence, qu’ils soient commis dans l’espace public ou dans la sphère privée, sont réprimés. Il s’agit plus spécifiquement de lésions corporelles (art. 123 CP), menaces (art. 180 al. 2 CP), contrainte (art. 181 CP), voies de fait réitérées (art. 126 CP), contrainte sexuelle (art. 189 CP) et viol (art. 190 CP). De plus, depuis le 1er avril 2004 et dans le cadre du couple, ces délits sont poursuivis et sanctionnés d’office. Une nouvelle classification qui est le fruit d’un long débat public et traduit un changement de mentalité dans la société. Certains, à l’instar de La Fondation Terre des hommes et l’Association Suisse pour la Protection de l’Enfant, vont même plus loin et demandent que l’éducation non-violente soit introduite dans le chapitre « de l’autorité parentale » du Code civil suisse.

Si l’on veut pouvoir protéger les enfants et les jeunes en Suisse de manière aussi efficace, performante et durable que possible, il est nécessaire de faire converger les forces existantes, notamment en prenant la mesure du champ de bataille que constitue parfois la cellule familiale de base et en aidant à restaurer au mieux l’intégrité de chacun de ses membres. L’initiative de proximité que constitue FA-SA-VI a le mérite de s’y atteler.

Coordonnées FA-SA-VI :

Email : fasavi.vs@gmail.com
No de tél. 079 863 68 00
adresse : CP 426, 1920 Martigny
Sources:

(1) Godenzi Alberto Yodanis Carrie 1998. « Erster Bericht zu den ökonomischen Kosten der Gewalt gegen Frauen », Fribourg: Departement Travail Social et Politique Sociale.

L’article de Patricia Roduit est paru le 3 juin 2009 dans la rubrique Edito – Actualité sur le site de l’Institut international des Droits de l’Enfant.

Lien : www.childsrights.org