Archive pour mai 2010

« Comme si le départ de Lucie n’était pas vain »

25 mai 2010

En ce 25 mai 2010, Journée internationale des enfants disparus, offrons une fleur en souvenir de tous les enfants disparus et en solidarité avec leurs familles.

Myosotis.scorpioides

Familles qui luttent entre le deuil et l’espoir de retrouvailles. Familles qui veulent transformer « toutes ces émotions et toute cette douleur en quelque chose de positif » (père de Lucie, Roland Trezzini).

« Comme si le départ de Lucie n’était pas vain » (Nicole Trezzini)

C’est ainsi que la mère de Lucie s’exprime, une année après la disparition de sa fille, en commentant les améliorations que cette disparition – dernière d’une longue série – a déclenchées en Suisse : l’instauration du système alerte enlèvement ; des améliorations dans les procédures policières lors de disparitions (Canton Schwyz) et dans les procédures de libération des auteurs de délits graves (Canton d’Argovie) (Le Journal RSR, 25.04.2010).

La famille d’Ylénia, disparue en 2007 et dont le corps a été retrouvé dans les bois, a choisi de créer une fondation pour l’aide à l’enfance qui vit dans la détresse : « Peut-être que la mort d’Ylenia prendra ainsi un sens » (TSR, 19.11.2007). En 2009, les fonds récoltés ont aidé entre autres à la construction et au fonctionnement d’une école aux Philippines.

Gerry et Kate Mc Cann, parents de Madeleine, disparue dans une chambre d’hôtel au Portugal il y a trois ans, ne lésinent pas sur leurs efforts pour l’instauration d’un système d’alerte enlèvement européen.

La famille Oberson a créé une fondation qui aide les enfants en souffrance. Cette fondation a contribué notamment à l’instauration du système d’alerte enlèvement, opérationnel en Suisse dès le début de cette année. Système de réseau de diffusion des messages de disparition dont elle fait désormais partie.

Un remerciement à toutes ces familles éprouvées qui, par leur engagement, ont réussi à transformer un événement tragique en apport constructif.

Colloque : Les jeunes auteurs d’actes d’ordre sexuel

17 mai 2010

Faire le point sur le phénomène des jeunes abuseurs, ainsi que sur l’état actuel des interventions professionnelles, tel était le défi du Colloque organisé par l’Institut Universitaire Kurt Boesch et l’Institut international des Droits de l’Enfant (IDE) les 6 et 7 mai 2010.

Dans sa conférence publique du jeudi, le psychologue Hubert van Gijseghem a évoqué une probable augmentation des abus sexuels commis par les mineurs, qui contraste avec une baisse générale des abus sexuels à laquelle on assiste dans une grande partie du monde occidental, du moins. Le ton était au démontage des mythes : NON, les abuseurs ne sont de loin pas tous des enfants eux-mêmes abusés, NON, on ne peut plus se fier au postulat de l’âge de latence (6-12 ans) en matière de sexualité.

La journée de vendredi a présenté six pistes d’intervention recouvrant divers pays européens, avec en toile de fond la question éthique à laquelle est confronté tout soignant. Car il s’agit bien d’humaniser l’intervention sans céder au catastrophisme ou à la sidération, tout en visant à un diagnostic différentiel, garant de sagesse en la matière.

Une autre sidération est à prendre en compte lorsqu’il s’agit de jeunes auteurs d’actes sexuels : celle de l’opinion publique. Un souhait émis par le Prof. Philip Jaffé concerne en particulier les médias,  qu’il faudrait confronter pour leur traitement ostentatoire de ces faits, qui restent minimes du point de vue quantitatif. En effet, il s’agit de 1% de toutes les infractions commises par des mineurs.

Geneviève Levine, 17.05.2010

De la fessée !

10 mai 2010

Editorial de M. Jean Zermatten, vice-président de la Fondation Sarah Oberson et du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, Directeur de l’Institut international des Droits de l’enfant

Il y a quelques semaines, un parti politique centriste m’a invité à présenter une conférence sur les châtiments corporels, conférence intitulée «la fessée». Titre accrocheur, puisque de nombreux média du pays ont suivi cette présentation ; deux quotidiens ont même lancé un sondage : pour ou contre la fessée ? Les résultats ne m’ont pas surpris : plus de 70% des personnes s’étant exprimées était en faveur du recours à la fessée, comme moyen de discipline des enfants ; quelques contre, des indécis et une série d’avis me qualifiant de naïf, doux rêveur, angélique…

On appelle châtiment corporel, une forme de punition où la douleur physique est infligée à une personne, associée à une certaine humiliation. La douleur est censée ne pas causer de dommages irrémédiables et les éventuelles lésions corporelles doivent être de courte durée ; elle a un but de correction et est considérée par beaucoup comme un moyen de «dresser» les enfants. Parmi les châtiments corporels communs : gifle, tarte, volée, torgnole, baffe … fessée ! L’usage des châtiments corporels est une «tradition», justifiée comme raisonnable, modérée, éducative… On a toujours fait ainsi ; la tradition veut que…

Juridiquement, la Convention des droits de l’enfant et le Comité chargé de son application sont clairs : les châtiments «corporels» ou «physiques», comme tout châtiment impliquant l’usage de la force physique et visant à infliger un certain degré de douleur, aussi léger soit-il, doivent être prohibés partout.

De plus certaines formes non physiques sont également incompatibles avec la Convention : les châtiments tendant à rabaisser, humilier, dénigrer, prendre pour bouc émissaire, menacer, effrayer ou ridiculiser l’enfant.

De l’avis du Comité, le recours au châtiment corporel est directement attentatoire au droit inaliénable des enfants au respect de leur dignité humaine et de leur intégrité physique. On en peut pas traiter plus mal un enfant qu’un adulte et ce qui, entre adultes est considéré comme intolérable et susceptible d’être poursuivi et puni, doit l’être au moins également lorsqu’infligé à un enfant.

Davantage même, car les enfants ont droit à plus de protection : leur singularité, leur dépendance physique et affective, leur situation d’être en développement, leur vulnérabilité sont autant d’arguments pour une protection particulière. Les enfants doivent être protégés contre toutes formes de violence. Le châtiment corporel tel que défini par le Comité est, à l’évidence, l’une de ces formes.

Le 15 juin 2008, le Conseil de l’Europe (que préside actuellement la Suisse) a lancé une campagne «Lève la main contre la fessée». En Europe, 20 pays ont totalement banni les châtiments corporels, y compris à la maison ; 7 pays se sont engagés à le faire dans un avenir proche. Dans le  monde : 25 pays ont totalement prohibé les châtiments corporels et 17 le feront.

Et la Suisse ? Dans notre pays, le châtiment corporel est interdit à l’école, dans les institutions et comme sanction pénale. Mais il n’est pas interdit à la maison. Uni initiative parlementaire de G. Vermot-Mangold (06.419) a été repoussée en décembre 2008, sous prétexte que l’arsenal juridique était suffisant.

La violence entraîne la violence. Nous autres les adultes, nous ne devons pas contribuer à augmenter la violence. Nous avons tout avantage à respecter l’enfant : parce qu’il est une personne, une personne fragile et sans expérience. Il n’est pas plus capricieux, méchant ou pervers que la plupart des adultes qui eux, exigent le respect de la part de l’enfant. L’enfant respecté de ses parents et de ses éducateurs saura à son tour leur exprimer son respect. Faudra-t-il une autre initiative parlementaire pour le démontrer ?

(1)    Observation générale no 8. Le droit de l’enfant à une protection contre les châtiments corporels et les autres formes cruelles ou dégradantes de châtiments (art. 19, 28 (par. 2) et 37, entre autres) CRC/C/GC/8, par. 11.

Lire aussi :
-    Où il est à nouveau question du châtiment corporel,  Fondation Sarah Oberson, 14 septembre 2009
-    L’éducation basée sur la violence est condamnée, Fondation Sarah Oberson, 15 décembre 2009