De la fessée !

10 mai 2010 par fso

Editorial de M. Jean Zermatten, vice-président de la Fondation Sarah Oberson et du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, Directeur de l’Institut international des Droits de l’enfant

Il y a quelques semaines, un parti politique centriste m’a invité à présenter une conférence sur les châtiments corporels, conférence intitulée «la fessée». Titre accrocheur, puisque de nombreux média du pays ont suivi cette présentation ; deux quotidiens ont même lancé un sondage : pour ou contre la fessée ? Les résultats ne m’ont pas surpris : plus de 70% des personnes s’étant exprimées était en faveur du recours à la fessée, comme moyen de discipline des enfants ; quelques contre, des indécis et une série d’avis me qualifiant de naïf, doux rêveur, angélique…

On appelle châtiment corporel, une forme de punition où la douleur physique est infligée à une personne, associée à une certaine humiliation. La douleur est censée ne pas causer de dommages irrémédiables et les éventuelles lésions corporelles doivent être de courte durée ; elle a un but de correction et est considérée par beaucoup comme un moyen de «dresser» les enfants. Parmi les châtiments corporels communs : gifle, tarte, volée, torgnole, baffe … fessée ! L’usage des châtiments corporels est une «tradition», justifiée comme raisonnable, modérée, éducative… On a toujours fait ainsi ; la tradition veut que…

Juridiquement, la Convention des droits de l’enfant et le Comité chargé de son application sont clairs : les châtiments «corporels» ou «physiques», comme tout châtiment impliquant l’usage de la force physique et visant à infliger un certain degré de douleur, aussi léger soit-il, doivent être prohibés partout.

De plus certaines formes non physiques sont également incompatibles avec la Convention : les châtiments tendant à rabaisser, humilier, dénigrer, prendre pour bouc émissaire, menacer, effrayer ou ridiculiser l’enfant.

De l’avis du Comité, le recours au châtiment corporel est directement attentatoire au droit inaliénable des enfants au respect de leur dignité humaine et de leur intégrité physique. On en peut pas traiter plus mal un enfant qu’un adulte et ce qui, entre adultes est considéré comme intolérable et susceptible d’être poursuivi et puni, doit l’être au moins également lorsqu’infligé à un enfant.

Davantage même, car les enfants ont droit à plus de protection : leur singularité, leur dépendance physique et affective, leur situation d’être en développement, leur vulnérabilité sont autant d’arguments pour une protection particulière. Les enfants doivent être protégés contre toutes formes de violence. Le châtiment corporel tel que défini par le Comité est, à l’évidence, l’une de ces formes.

Le 15 juin 2008, le Conseil de l’Europe (que préside actuellement la Suisse) a lancé une campagne «Lève la main contre la fessée». En Europe, 20 pays ont totalement banni les châtiments corporels, y compris à la maison ; 7 pays se sont engagés à le faire dans un avenir proche. Dans le  monde : 25 pays ont totalement prohibé les châtiments corporels et 17 le feront.

Et la Suisse ? Dans notre pays, le châtiment corporel est interdit à l’école, dans les institutions et comme sanction pénale. Mais il n’est pas interdit à la maison. Uni initiative parlementaire de G. Vermot-Mangold (06.419) a été repoussée en décembre 2008, sous prétexte que l’arsenal juridique était suffisant.

La violence entraîne la violence. Nous autres les adultes, nous ne devons pas contribuer à augmenter la violence. Nous avons tout avantage à respecter l’enfant : parce qu’il est une personne, une personne fragile et sans expérience. Il n’est pas plus capricieux, méchant ou pervers que la plupart des adultes qui eux, exigent le respect de la part de l’enfant. L’enfant respecté de ses parents et de ses éducateurs saura à son tour leur exprimer son respect. Faudra-t-il une autre initiative parlementaire pour le démontrer ?

(1)    Observation générale no 8. Le droit de l’enfant à une protection contre les châtiments corporels et les autres formes cruelles ou dégradantes de châtiments (art. 19, 28 (par. 2) et 37, entre autres) CRC/C/GC/8, par. 11.

Lire aussi :
-    Où il est à nouveau question du châtiment corporel,  Fondation Sarah Oberson, 14 septembre 2009
-    L’éducation basée sur la violence est condamnée, Fondation Sarah Oberson, 15 décembre 2009

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