Mobilisons-nous contre la disparition d’enfants

8 novembre 2011 par fso

La Fondation Sarah Oberson organise une soirée pour éviter que la séparation des parents ne provoque l’enlèvement d’enfants. A suivre demain à Saxon.

Article paru dans Le Nouvelliste le 8 novembre 2011 – CHRISTINE SAVIOZ

EVITER DES DRAMES

La dernière image de Sarah Oberson, avant son enlèvement. Elle avait 5 ans. DR Sarah Oberson aurait 31 ans aujourd’hui. Qu’est donc devenue la fillette disparue à Saxon en 1985? La question est sur toutes les lèvres depuis plus de vingt-cinq ans. Pendant toutes ces années, ses parents ont espéré la retrouver. Aujourd’hui, ils espèrent toujours, envers et contre tout. Même si, pour l’instant, les recherches n’ont pas abouti. “Le dossier ne sera pas fermé tant qu’on n’aura pas retrouvé Sarah”, affirme Bernard Comby, président de la Fondation Sarah Oberson.

Un drame marquant

Le Saxonin s’est beaucoup investi pour que la disparition de Sarah ne sombre pas dans l’oubli. Il était l’un des pionniers du mouvement de recherche de la fillette à la fin des années 80, puis de la Fondation au nom de Sarah Oberson. “Ce drame m’a beaucoup touché. Ma fille connaissait bien Sarah. Sa disparition a plongé le village dans la stupeur. C’était la pire catastrophe qui pouvait arriver”, se souvient Bernard Comby.

Depuis lors, il n’a jamais baissé les bras. Pour soutenir la famille de Sarah, mais aussi pour faire de la prévention dans l’enlèvement d’enfants. Chaque année, la Fondation organise des journées Sarah Oberson. Cette année, décision a été prise de mettre sur pied une soirée sur le thème: “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes“. La soirée, sans inscription et gratuite, aura lieu demain à 19 heures au casino de Saxon (voir encadré). “Nous avons eu l’idée de ce thème suite à la disparition des jumelles Alessia et Livia. L’enlèvement d’enfant par l’un des parents est malheureusement de plus en plus fréquent et nous voulions tenter de donner quelques solutions avant qu’il ne soit trop tard”, note Bernard Comby.

Ainsi la Fondation s’investit-elle à fond dans la mise sur pied des numéros d’alerte enlèvement, dont le 116 000, (numéro européen) – également l’un des buts de la Fondation Missing Children Switzerland fondée par la maman des jumelles, Irina Lucidi. “Le 116 000 n’est pas encore en vigueur en Suisse, alors qu’il l’est dans de nombreux pays européens, dont la France, l’Italie et l’Allemagne”, souligne Bernard Comby. Or les chiffres le prouvent: cette ligne d’urgence gratuite est plus que nécessaire en Suisse. L’an dernier, 102 parents ont enlevé leurs enfants dans le pays. “La grande majorité de ces enlèvements se sont faits hors frontières helvétiques, lorsque le parent a emmené l’enfant dans son pays d’origine”, explique Bernard Comby. Sans oublier les fugues d’enfants. “Nous pouvons compter entre 1000 et 1100 enfants disparus en Suisse chaque année.”

Si la Fondation Sarah Oberson est active dans la promotion du 116 000, elle ne peut cependant pas financer une telle entreprise. “C’est une affaire à un million et nous n’en avons pas les moyens. C’est à la Confédération de prendre en main ce projet”, explique Bernard Comby.

Car le phénomène n’est pas près de s’atténuer. Les disparitions d’enfants font la une des journaux régulièrement. La semaine dernière encore, Océane, 8 ans, a été retrouvée morte après avoir été enlevée en plein cœur de Bellegarde, un village français de 6000 habitants. “S’il n’est pas bon de tomber dans la psychose, il faut quand même redoubler de prudence”, note Bernard Comby.

Une fois le drame arrivé, difficile ensuite pour les parents de faire le deuil. Surtout lorsque l’enfant n’a pas été retrouvé. “Comment vivre après une disparition? Je crois que l’on survit. En plus, pour les parents Oberson par exemple, chaque fois que l’on reparle de l’enlèvement de Sarah, tout remonte à la surface. C’est pénible à vivre pour eux.” Des parents qui ont pourtant décidé de ne jamais baisser les bras et d’aider les autres personnes vivant un tel drame. “A travers la Fondation, ils essaient de supporter l’insupportable. C’est aussi une façon de maintenir leur enfant vivante.”

C’était le 28 septembre 1985…

Le 28 septembre 1985, à 17 h 30, Sarah Oberson, 5 ans, quitte son domicile de Saxon pour se rendre chez sa grand-maman quelques mètres plus loin. Elle n’y est jamais arrivée.

A 18 h 30, ses parents, aidés d’une dizaine d’autres personnes, commencent à la chercher dans le village. Le vélo de Sarah est retrouvé au bas de l’escalier accédant à la salle de gymnastique. Deux personnes diront plus tard avoir aperçu la fillette dans la cour d’école, à 50 mètres du domicile familial.

A 21 h 20, le papa de Sarah avertit la police cantonale. Un avis de disparition est alors diffusé partout. Les recherches seront intensives pendant des semaines. Sans succès.

De fausse piste en fausse piste

Vingt-six ans ont passé. Mais le dossier n’est pas fermé. Chaque année, des informations parviennent à la police cantonale. Informations contrôlées, vérifiées. Certains affirment avoir aperçu une petite fille ressemblant à Sarah – comme cette dame disant l’avoir vue à Vienne; d’autres prétendent savoir l’endroit où se trouve la fillette devenue une jeune femme, grâce à des pendules. Toutes les pistes ont été étudiées. Malheureusement, les fausses pistes se sont succédé. A chaque fois, l’espoir des parents a été déçu. Un portrait robot de Sarah, vieillie de quelques années, a même été réalisé par le FBI plusieurs années après sa disparition. Cela n’a pas suffi. Sarah Oberson reste introuvable. Est-elle seulement toujours vivante?

L’espoir demeure

“Nous ne voulons pas perdre espoir. Peut-être qu’il existe encore des personnes qui ont vu quelque chose et n’ont rien dit. Nous sommes prêts à les entendre”, souligne Bernard Comby, conscient que la disparition date de plus de vingt-six ans. “Certaines personnes sont peut-être décédées avec quelque chose qu’elles savaient. Elles sont peut-être mortes en emportant ce secret.”

En attendant, l’élan de solidarité qu’a soulevé cette disparition n’a jamais failli depuis 1985. Des centaines de personnes ont aidé la famille et ont été sensibilisées par ce drame qui peut arriver à tout parent. Une manière aussi de ne jamais oublier Sarah Oberson.

Entre 1984 et 1986, quatre autres enfants ont disparu en Suisse, dont on est toujours sans nouvelles aujourd’hui.

“La médiation est la meilleure solution”

“Nous avons en moyenne 70 à 80 dossiers par année de parents ayant enlevé leurs enfants”, souligne Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI) à Genève – il sera d’ailleurs l’un des intervenants de la soirée Sarah Oberson demain soir à Saxon. Parmi les dossiers traités par ce service, il existe des cas valaisans. “Oui, nous en avons, bien sûr. Ce sont surtout des parents binationaux. L’un des deux parents ayant décidé de retourner dans son pays d’origine avec l’enfant.” Dans ces situations particulières, le SSI tente alors de nouer le contact avec le parent qui a disparu. “En général, nous savons où il est parti.” Place ensuite à la médiation. L’essentiel étant de pouvoir instaurer un dialogue entre le père et la mère. “La solution ne peut être trouvée que si les parents acceptent de se parler. La médiation est la meilleure solution”, ajoute Rolf Widmer.

Dans 80% des cas, le dialogue peut être rétabli. “Nous avons par exemple eu récemment la situation d’une maman partie en Australie. Le papa a alors pu dialoguer à nouveau avec ses enfants, en leur parlant par webcam dans nos bureaux. Il venait chaque jour pour voir ses enfants.”

Sécurité de l’enfant primordiale

Le plus important reste la sécurité de l’enfant. “Nous faisons tout notre possible pour en savoir plus sur son état et pour le protéger ensuite”, ajoute Rolf Widmer. Toutes les décisions sont prises dans l’intérêt de l’enfant. “De nombreux parents enlèvent leurs enfants par peur de ne plus avoir de droit de visite. Il s’agit alors de discuter pour voir comment les choses peuvent s’arranger au mieux.” Le Service social international dispose d’un réseau mondial comptant 140 pays, un atout non négligeable pour retrouver un père ou une mère ayant disparu.

Parfois, une maman peut faire appel au SSI par prévention. “Elle craint par exemple que son ex-mari n’emmène ses enfants dans son pays d’origine. On tente alors d’instaurer le dialogue avec le papa pour donner des sécurités, pour rassurer la maman. Cela représente la moitié de nos dossiers”, précise encore Rolf Widmer.

Si le Service social international a identifié le lieu où s’est réfugié un parent, la police n’intervient pas. “Sauf si un tribunal l’exige”, note Rolf Widmer. Pour toutes les autres disparitions, les policiers interviennent immédiatement. D’où l’importance de la mise en service du numéro 116 000 en Suisse. “C’est au moins un endroit où les parents pourront s’adresser. Mais cela ne marchera que si les personnes répondantes sont bien formées”, conclut le directeur du Service social international.

Commentaire : Christine Savioz

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je me rappelle de cette image diffusée sur le petit écran, placardée partout dans le canton, de cette bouille joviale brutalement arrachée aux siens.

Je me souviens de l’incompréhension aussi. Comment une fillette de 5 ans pouvait-elle ainsi être enlevée dans un village où tout le monde se connaît? L’acte paraissait inimaginable pour les Valaisans. Subitement, tous les parents du canton ont redoublé de vigilance. Ils ont prévenu, encore et encore, leurs enfants de ne pas suivre des inconnus. Je me souviens des consignes parentales me demandant de faire attention aux “individus paraissant bizarres”. Tout le monde semblait soudain suspect aux yeux de l’adolescente que j’étais. L’ambiance était à la méfiance partout, dans et hors de la cour d’école. L’affaire a soulevé des vagues d’émotions et de solidarité en Valais, en Suisse et dans toute l’Europe. Les témoignages se sont accumulés. Il y a eu les espoirs. Puis, les déceptions. Car, malgré des recherches intensives, des appels répétés à la population d’ici et d’ailleurs, rien n’y a fait.

Sarah est toujours introuvable. Le mystère reste complet. Et la douleur des parents ne peut pas s’amenuiser.

Comment ne pas se révolter devant un tel drame? Comment vivre après la disparition de son enfant?

Les parents de Sarah Oberson ont sans doute tenu bon pour leurs autres enfants. Ils ont peut-être puisé la force de survivre dans leur envie d’aider les parents vivant le même drame. Dans leur investissement pour contribuer au développement des alertes enlèvement, aussi. En s’investissant pour les autres, ils ont réussi à traverser les années et à avancer malgré tout. Même si le chagrin ne passera jamais. Comme l’espoir de retrouver un jour leur adorable Sarah. Je me souviens d’une photographie en noir-blanc. La fillette souriait à pleines dents, devant un arbre en fleurs. Elle semblait heureuse.

Ce 28 septembre-là, il a subitement fait très froid.

Au Programme

 

La soirée Sarah Oberson aura lieu ce mercredi 9 novembre à 19 heures au casino de Saxon, sur le thème “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes”. Les intervenants tenteront de trouver des solutions pour éviter que la séparation des parents ne finisse en drame pour les enfants. L’entrée est gratuite.

19 heures. Les enlèvements parentaux: l’enfant otage, par Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI).

19 h 20. “Enfants et séparations: quel rôle pour la médiation familiale”, par Christine Debons, médiatrice indépendante.

19 h 35. “L’autorité parentale conjointe: pratique des tribunaux” par Christophe Joris, juge de district, Tribunal de Martigny et Saint-Maurice.

19 h 50. “Le curateur de l’enfant: un nouveau venu sur la scène judiciaire” par Patricia Michellod, avocate et curatrice dans le canton de Genève.

20 h 05. Table Ronde dirigée par Fabrice Germanier, membre du Conseil de la Fondation Sarah Oberson, avec Christian Varone, commandant de la police cantonale valaisanne, Yves Toutounghi, directeur général de la Fondation Missing Children Switzerland, Doris Agazzi, coordinatrice romande de la Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM) et Frédéric Métrailler, membre du Mouvement de la Condition Paternelle Valais.

21 heures. Clôture

21 h 05. Apéritif offert par la commune de Saxon.

Renseignements complémentaires sur www.sarahoberson.org.

A noter que toute personne peut soutenir les activités de la Fondation en devenant marraine ou parrain par le versement d’un montant de 20 francs.

Laisser une réponse