Un grand magistrat nous a quittés…

12 mars 2012 par fso

Il devint Juge de la Jeunesse, puis Président du Tribunal de la Jeunesse, fonction qu’il exerça pendant plus de vingt cinq ans, pour tout le bénéfice d’une génération d’enfants et d’adolescents, dont les bêtises passagères les conduisaient, avec appréhension, à la Rue des Chaudronniers.

Jean Zermatten et Philip D. Jaffé, 11.03.2012

André Dunant aimait à dire “je suis un juge pour les petits…”; pourtant, par l’envergure de son action en Suisse et à l’étranger, c’est bien un grand magistrat qui vient de nous quitter, vaincu par plus de deux années d’une maladie impitoyable. André Dunant incarnait cette vocation que peu manifestent avec autant de passion, celle de juge des enfants (juge de la Jeunesse, selon l’appellation de sa Genève natale). Passion qu’il a fait rayonner autour de ses collègues locaux et helvétiques, mais surtout qu’il a déployée au cours de très nombreuses missions effectuées pour diverses organisations internationales ou ONGs, aux quatre coins de la planète.

Il faut dire qu’il avait reçu une excellente formation académique de juriste avec quelques années de pratique du barreau, doublée d’une formation d’assistant social, qu’il avait estimée nécessaire pour mieux saisir les problèmes des jeunes en conflit avec la loi. C’est donc tout naturellement qu’il devint Juge de la Jeunesse, puis Président du Tribunal de la Jeunesse, fonction qu’il exerça pendant plus de vingt cinq ans, pour tout le bénéfice d’une génération d’enfants et d’adolescents, dont les bêtises passagères les conduisaient, avec appréhension, à la Rue des Chaudronniers. (L’un de nous se souvient encore de son père qui, à court d’arguments face au fiston récalcitrant, agitait la menace de consulter le Juge Dunant). En plus de cette formation pratique, André Dunant avait aussi eu la chance de côtoyer d’éminents collègues magistrats, comme le Juge Maurice Veillard, figure emblématique de Suisse romande ou le Juge Jean Chazal de Paris. A leur contact, il apprit beaucoup et s’inspira de leurs méthodes et de leur grande humanité. Il amenait également toute la conviction d’un homme qui savait parler aux jeunes, avec cette intensité du grand sportif qu’il était, dont la forme physique impeccable témoignait d’une détermination à laquelle il valait mieux ne pas s’opposer.

Rien d’étonnant, dès lors, de savoir qu’il devint rapidement l’un des principaux animateurs de l’Association latine des juges des mineurs, que la Société suisse de droit pénal des mineurs l’élut comme Président, que l’Association internationale des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille lui confia la conduite suprême de ses affaires et qu’il devint, à sa création, le Président de l’Association Veillard-Cybulsky, en reconnaissance à l’œuvre de son maître (une charge qu’il n’abandonna que l’an dernier). La simple évocation de ses nombreux mandats, au plus haut niveau, disent tout l’estime dont il jouissait parmi ses pairs. Inlassable dévouement d’André Dunant: établi en Valais, après sa retraite, il accepta la fonction de Président de la Chambre pupillaire d’Arbaz, pour mettre sa longue expérience au profit des enfants et adultes en difficulté. André Dunant aura été l’exemple même d’un citoyen dévoué, passionné et toujours prêt à aider.

Son sens de l’action, du concret et des décisions à prendre au quotidien l’ont fait privilégier les courtes notes aux longues publications académiques. Il laisse de très nombreux petits carnets, tracés d’une écriture de collégien appliqué, une mine de trésors. Il s’est très souvent exprimé sur les questions de la Justice juvénile, a donné un nombre invraisemblable de cours et a dirigé de nombreuses formations professionnelles notamment en Afrique de l’Ouest. Il aimait soutenir l’idée d’une justice juvénile non répressive, bienveillante et visant à intégrer les enfants, plutôt que de simplement les punir. Un des ses cheval de bataille était la détention avant jugement, souvent effectuée dans des endroits propices aux pires violations des droits des enfants. Il a défendu cette cause de manière admirable.
Rendons à André Dunant l’hommage dû à un grand magistrat. Que sa famille, ses enfants, petits-enfants, nombreux amis et admirateurs, trouvent dans le souvenir de son action, la force de poursuivre leur propre destin!

Cet article est paru le 12 mars 2012 dans la rubrique Edito-Actualité sur le site de Institut international des Droits de l’Enfant (IDE).

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