Les boîtes à bébé : efficaces ou dangereuses ?

10 juillet 2012 par fso

Le nombre d’infanticides et d’abandons en situations dangereuses pour la survie de l’enfant, malgré l’ouverture de boîtes à bébé, reste inquiétant. Les limites et les possibles dérives de cette méthode demandent tout du moins de la prudence. Chercheurs, professionnels et politiciens s’accordent pour dire qu’il faut agir face au phénomène toujours plus inquiétant de l’abandon d’enfants en Europe. En premier lieu, il faut récolter des données fiables pour mieux connaître ce phénomène et mettre en œuvre des mesures adéquates.

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Illustration tirée du journal Vigousse

Le Comité des droits de l’enfant, organe onusien garant de l’application des droits de l’enfant dans le monde, s’insurge contre la multiplication de boîtes à bébés en Europe. Cette pratique va à l’encontre des droits de l’enfant. Entre autres, contre les droits de connaître ses origines et de maintenir des relations personnelles avec ses parents. Droits essentiels pour le bien-être de l’enfant.

Le Comité demande instamment à l’État partie de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour mettre un terme au programme des «boîtes à bébé» dans les plus brefs délais et de renforcer et promouvoir sans tarder des programmes de substitution, en tenant pleinement compte de son devoir de se conformer strictement à toutes les dispositions de la Convention.” (CRC/C/CZE/3-4/point 50)

L’étude de Browne de 2012, analyse et compare les normes et procédures adoptées dans les différents pays européens pour faire face à l’abandon d’enfants, les boîtes à bébé sont aussi examinées. Au-delà du débat entre le droit à la vie et le droit de connaître ses origines – déjà exposé dans L’abandon anonyme des nouveau-nés,  cette étude soulève des points inquiétants sur la pratique, sans pour autant se prononcer sur son bien-fondé.

En amont de l’instauration de ces boîtes, il existe un déficit criant de données sur le phénomène de l’abandon d’enfants en Europe : le nombre d’abandons et d’infanticides ; les raisons de ces abandons ; les problèmes et les besoins des enfants abandonnés ; les caractéristiques des femmes qui abandonnent ou tuent leurs enfants ; …. Cette carence empêche une approche globale et efficace qui permettrait d’avancer dans la lutte contre l’abandon d’enfants. Elle porte aussi à croire que les solutions trouvées pour faire face à ce phénomène, dont la création de boîtes à bébé, ne soient pas le fruit de connaissances empiriques mais de théories non confirmées qui nous viennent de la nuit des temps.

L’efficacité
Les boîtes à bébé sont une des réponses qui nous viennent du Moyen Age pour, selon leurs partisans, prévenir les infanticides, les abandons de nouveau-nés dans des circonstances qui mettent leur vie en danger, et éventuellement pour diminuer le nombre d’avortements et de maltraitance envers les enfants.

Mme Herczog, membre du Comité des droits de l’enfant, affirmeJust like medieval times in many countries we see people claiming that baby boxes prevent infanticide … there is no evidence for this.” Des études démontrent en effet que le nombre d’infanticides en Allemagne et en Autriche n’ont pas diminué depuis l’ouverture des boîtes à bébé, tout comme dans la ville de Budapest.

Cette inefficacité est aussi due, selon Browne, au fait que d’une part l’information de l’existence de cette alternative à l’infanticide n’arrive pas  jusqu’aux femmes concernées, puisqu’on ignore qui abandonne ses enfants dans lesdites boîtes à bébé. D’autre part, des études autrichiennes remettent en cause l’hypothèse de départ qui veut que les femmes qui tuent leur bébé soient les mêmes qui les auraient abandonnées dans une boite à bébé.

L’efficacité des boîtes à bébé n’a pas pu être vérifiée. Sans données empiriques, il est stérile d’aller plus loin dans l’analyse.

Les limites
Comparée à d’autres méthodes d’abandon d’enfant telles que l’accouchement sous X et la loi américaine safe haven laws, la mise en place de boîtes à bébé présente des lacunes importantes. Elle ne prend pas en compte les dangers des accouchements solitaires ; elle ne permet pas la vérification du consentement de la mère à l’abandon du nouveau-né  – voir plus loin ; elle prive la mère la possibilité d’avoir un soutien professionnel.
Ce soutien semble être efficace pour éviter certains abandons en offrant aux femmes le secours dont elles ont besoin – comme suggéré par une étude roumaine auprès de femmes abandonnant ouvertement leurs enfants. Les mères sensibilisées aux besoins de leurs enfants consentent parfois à laisser quelques données personnelles, médicales et/ou familiales qui permettraient à l’enfant de vivre l’abandon avec un niveau moins important d’angoisses. (Browne, p. 24)

Enfin, les deux autres méthodes légales d’abandon d’enfants donnent la possibilité de proposer au père ou à la famille élargie de s’occuper de l’enfant, alternative impossible en ce qui concerne les boîtes à bébé. (Browne, p. 29)

Les dérives
Dans un hôpital hongrois, les portiers, malgré le fait que ceci devrait être impossible, ont pu voir que sur 16 enfants abandonnés dans la boite à bébé, 15 avaient été apportés par des hommes. Situation anecdotique mais parlante. Comment vérifier si l’abandon a été fait avec le consentement de la mère ou à l’encontre de ses droits ? Les boîtes à bébé sont potentiellement un moyen de pression, sans qu’aucune vérification ni soutien ne soient envisageables. (Browne, p. 29)

L’adoption, surtout internationale, est désormais une affaire lucrative. La pratique des boîtes à bébé peut ouvrir la porte à des zones d’ombre pernicieuses. “Actuellement, (affirme Mme Herczog) le système sert d’abord et avant tout l’intérêt des futurs parents adoptifs…“  . Browne a constaté que les données sur l’abandon d’enfants dans ces structures ne sont pas récoltées de manière systématique, ce qui empêche un suivi sérieux de la prise en charge et du parcours des enfants.

Une étude européenne a constaté une corrélation positive entre le nombre d’enfants (au-dessous de 3 ans) en institution et le nombre d’adoptions internationales effectuées. D’autres études ont rapporté que des femmes ont été encouragées à abandonner leurs enfants afin d’atteindre la demande pour l’adoption internationale. (Browne, p. 28)

Les boîtes à bébé sont perméables à des dérives dangereuses tant pour la mère que pour l’enfant.

Conclusion
Le nombre d’infanticides et d’abandons en situations dangereuses pour la survie de l’enfant, malgré l’ouverture de boîtes à bébé, reste inquiétant. Les limites et les possibles dérives de cette méthode demandent tout du moins de la prudence.

Chercheurs, professionnels et politiciens s’accordent pour dire qu’il faut agir face au phénomène toujours plus inquiétant de l’abandon d’enfants en Europe (Browne). En premier lieu, il faut récolter des données fiables pour mieux connaître ce phénomène et mettre en œuvre des mesures adéquates.

Le Comité des droits de l’enfant demande instamment aux États parties de prendre toutes les mesures nécessaires afin d’assurer que les parents soient à même de s’acquitter au premier chef de leur devoir vis-à-vis de leurs enfants; d’aider les parents à accomplir leur devoir, notamment en atténuant les manques, perturbations et déséquilibres susceptibles d’affecter l’enfant et d’intervenir lorsque le bien-être de l’enfant pourrait être menacé. Les États parties devraient viser en général à faire diminuer le nombre des enfants abandonnés ou orphelins et celui des enfants nécessitant un placement en institution ou d’autres formes de prise en charge à long terme, sauf dans les cas où il en va de l’intérêt supérieur de l’enfant (voir également la section VI ci-après).” (Observation Générale N° 7, Point 18)

Clara Balestra, 10.07.2012

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