Orientation sexuelle et Identité de genre : l’Institut Universitaire Kurt Bösch ose le débat

11 juin 2013 par fso

Que ce soit à l’école ou dans sa famille, l’enfant doit pouvoir se sentir en sécurité or dans chacun de ces deux espaces, un enfant homosexuel, intersexuel ou transgenre doit faire face aux préjugés et à l’incompréhension.

Par Claire Littaye, Institut international des Droits de l’Enfants, 14.05.13

Le 2 mai 2013, l’Institut Universitaire Kurt Bösch a ouvert ses portes pour son 5ème colloque international consacré cette année au droit de l’enfant et de l’adolescent de disposer librement de son orientation sexuelle et de son identité de genre. Les jours précédents, ont eu lieu à Genève et Lausanne, deux brillantes conférences inaugurales, la première sur l’histoire de l’hétérosexualité par Louis-Georges Tin et la seconde sur la manière d’aborder la diversité sexuelle à l’école par Kevin Jennings.

La première journée de conférence fut consacrée à l’exploration de la problématique du droit de construire son identité de genre et son orientation sexuelle librement. Nicolas Beger, coordinateur des campagnes d’Amnesty International en Europe, a commencé par mettre en perspective l’application des droits des personnes Gays, Lesbiennes, Bisexuelles, Transsexuelles et Intersexuelles (LGBTI), ou plutôt les multiples violations de leurs droits dues à la discrimination, à l’ignorance et au conservatisme. Puis Jean Zermatten a focalisé la problématique sur les enfants LGBTI et les différents dispositifs normatifs qui existent et suffisent mais dont la mise en œuvre et le respect font encore défaut. L’école est un lieu où les enfants sont particulièrement confrontés à l’homophobie. Christophe Cornu, représentant de l’UNESCO, a mis l’accent sur la corrélation entre le droit à l’éducation et l’éducation des droits. Conférencière à l’université de Londres, Natacha Kennedy, nous a ensuite éclairés sur la complexité définitionnelle ; indépendamment de son sexe biologique, un individu est « auteur de son propre genre ».

Que ce soit à l’école ou dans sa famille, l’enfant doit pouvoir se sentir en sécurité or dans chacun de ces deux espaces, un enfant homosexuel, intersexuel ou transgenre doit faire face aux préjugés et à l’incompréhension. Erik Schneider et Peter Keins, sous l’angle de la psychologie, ont mis en lumière la petite enfance comme étant une période clé de la construction de l’identité de genre qui débute vers trois, quatre ans. Kevin Jennings à travers la présentation de pistes  pour aborder la diversité sexuelle à l’école, a illustré le cheminement de manière schématique : entre 8-11 ans, l’enfant découvre son orientation qui est innée, entre 13-16 ans, il adopte un comportement spécifique qui est « choisi » et entre 15-18 ans, il définit son identité qui est imposée ou revendiquée. La journée s’est terminée par une conférence magistrale au double sens du terme, de Marina Castañeda sur le coming-out comme étant un autre passage clé de toute personne LGBTI. Le fin mot du jour : « Aller au-delà des discours idéologiques et revenir au bon sens ! »

La seconde journée fut dédiée aux normes et aux pratiques européennes et Suisses. Différents représentants du Conseil de l’Europe étaient présents et les recommandations de ce dernier nous ont été exposées. Le projet LGBT, mis en place avec des états partenaires, doit permettre la mise en œuvre de ces recommandations. Deux tables rondes rassemblant les représentants d’associations locales et les coordinateurs nationaux de six pays européens, ont présenté cette mise en œuvre. Au niveau Suisse, différentes associations en faveur des personnes LGBTI sont (re)présentées. Christina Hausammann du Centre Suisse de Compétences pour les Droits Humains, a dressé pour nous, un panorama des normes pénales existantes, du manque de loi spécifique mentionnant les personnes LGBTI et les violations de droits dont elles sont victimes. Enfin au niveau cantonal, Elizabeth Thorens-Gaud et Olivier Duperex ont mis la focale sur les politiques en cours dans les cantons de Vaud et Genève.

Michael Hausermann, co-fondateur de l’association Dialogai a illustré par des chiffres alarmants l’impact de l’homophobie sur la santé mentale et physique des personnes LGBTI : solitude, troubles cliniques, tentatives de suicides, agressions sont le lot de beaucoup. De cette journée nous retenons comme l’ont défendu Alecs Recher, parlementaire gai de la ville de Zurich puis Robert Biedrón, membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et premier parlementaire gai du parlement polonais, que la sexualité est « un sujet publique et politique » et que les états doivent s’engager en faveur des enfants LGBTI. Les violations de leurs droits sont multiples, souvent impunies mais bien visibles et effectives sur leur santé et leur développement. Pour terminer la journée, Helen Kennedy a exposé une politique anti-homophobe encourageante, en œuvre dans de nombreuses écoles au Canada.

Pour conclure ce riche colloque et après une présentation du programme Pestalozzi du Conseil de l’Europe par Michaël Von Bönninghausen et sa mise en œuvre en Italie, en Lettonie et au Monténégro, les participants se sont rassemblés au sein d’ateliers d’approfondissements afin de discuter des meilleures lignes de conduites à adopter. Voici quelques réflexions clés :
-Les personnes LGBTI et leurs familles doivent avoir accès à l’information et à des réseaux de professionnels interdépendants et formés notamment aux situations de crise.
-Au-delà de la dimension physique, il importe de considérer la dimension spirituelle de l’âme et celle créative, qui offrent d’autres ressources et d’autres perspectives.
-Les politiques d’éducation doivent accorder plus d’importance à toute activité fédératrice, l’exemple du sport a été discuté parce qu’étant une activité genrée par excellence. Le sport est perçu comme un support de catégorisation des genres qui peut être utilisé comme vecteur d’empowerment et de socialisation.
- Enfin, il faut privilégier le dialogue, le questionnement, l’implication de chacun, à tous les niveaux, sur les droits des personnes LGBTI afin de construire les rapports sociaux sur le socle du « vivre ensemble ».

C’est finalement à Erik Schneider que revient la difficile tâche du bilan. Après avoir mis en exergue quelques « angles morts » oubliés tels que les thérapies de réparation, le mélange hétéroclite et parfois confus des personnes transsexuelles et des intersexuelles, les difficultés rencontrées par les parents concernant le respect des droits des enfants LGBTI et le cas des personnes bisexuelles marginalisées lors des discussions, il conclut sur une note positive. Ce colloque, qui a rassemblé des acteurs de terrains, des représentants politiques, des chercheurs et des praticiens de multiples domaines autour de la problématique du respect des droits des enfants LGBTI, est une pierre supplémentaire dans la construction d’un monde plus tolérant.

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