Archive pour la catégorie ‘Alerte enlèvement’

Les enfants disparus en Europe : un phénomène difficile à chiffrer

6 juin 2017

Pour une meilleure connaissance du phénomène de la disparition d’enfants, l’Europe a besoin de statistiques fiables et exhaustives. La Fondation Sarah Oberson milite en Suisse pour l’établissement de statistiques nationales qui permettrait d’être mieux à même de quantifier ces disparitions, de les comprendre au travers de recherches scientifiques, ainsi que de planifier les mesures de prévention et les stratégies de réponse adéquates.

Photo :  achrntatrps, flickr/creative commons

A l’occasion de la Journée internationale des enfants disparus du 25 mai, deux organisations ont publié des statistiques européennes. L’une parle de 3’536 et l’autre de 5’742 enfants disparus. Pourquoi une telle différence ? La réponse est simple. Il n’existe pour l’instant aucune statistique européenne officielle sur le sujet. Chaque pays, et dans le cas de la Suisse chaque canton, classifie et recueille ces données différemment. De ce fait, compilation et comparaison sont impossibles à réaliser. Ces deux organisations essaient ainsi de mettre des chiffres sur un phénomène difficilement quantifiable à ce jour.

En 2016, Amber Alert Europe parle de 3’536 enfants disparus. Il s’agit d’enfants[1] dont la police de leur pays a décidé de rendre publique la disparition[2]. 22 Etats ont publié ces 3’536 annonces et 73% de ces enfants ont été retrouvés dans le mois qui suit.

Aussi en 2016, 29 alertes enlèvements[3] ont été déclenchées dans 5 pays pour la recherche de 33 enfants, dont 32 ont été retrouvés – 83% dans les 24 heures.

Comme le fait noter cette organisation, ces données ne font que donner un aperçu de la situation, mais ne peuvent pas être la source de recherches scientifiques sur la disparition d’enfants car les critères qui engendrent l’annonce publique et ceux qui déclenchent l’alerte enlèvement diffèrent d’un pays à l’autre.

Toujours en 2016, Missing Children Europe parle de 5’742 enfants disparus. Elle puise ses données dans les cas traités par 23 numéros d’urgences 116 000[4]. Des 5’742 enfants disparus, 57% sont des enfants qui ont fugué ou qui ont été forcé à partir de la maison ; 7% sont des MNA ; 23% sont des cas d’enlèvements parentaux ; moins de 1% sont des cas d’enlèvements criminels par un tiers ; alors que 13% sont des enfants perdus, blessés ou autres.

Autre donnée intéressante, 1 cas sur 5 implique le passage d’une frontière, ce qui souligne l’importance d’une bonne collaboration internationale entre les autorités compétentes. Grande nouveauté de 2016, une augmentation importante des appels faits par les enfants disparus eux-mêmes : 12% de plus.

Malheureusement, on voit un recul dans le retour des enfants : seulement le 42% des enfants ont été retrouvés dans l’année, contre le 46% en 2015. Ceci est dû en grande partie à la diminution de fugueurs retrouvés (57% en 2015 contre 46% en 2016). Pour la catégorie des fugueurs, on dénote aussi une augmentation des enfants qui ont fugué plus de trois fois. Ce qui questionne sur la prise en charge de leur retour.

Encore une fois, ces données ne font que transmettre un aperçu de la situation. Les sources ne sont pas officielles, mais ne dépendent que des familles et de leur volonté de faire appel à ce service. Toutefois, ces chiffres peuvent être compilés et comparés car Missing Children Europe a entrepris un travail d’uniformisation de la collecte de données. Plus difficile est la comparaison entre les années, vu que le nombre de pays pris en compte varie d’une année à l’autre : 26 en 2014, 27 en 2015  et 23 en 2016.

L’Europe a besoin de statistiques fiables et exhaustives. La Fondation Sarah Oberson milite en Suisse pour une meilleure connaissance du phénomène de la disparition d’enfants grâce à l’établissement de statistiques nationales qui permettrait d’être mieux à même de quantifier ces disparitions, de les comprendre au travers de recherches scientifiques, ainsi que de planifier les mesures de prévention et les stratégies de réponse adéquates.

La Suisse, de par son fédéralisme, vit à son échelle les mêmes difficultés de l’Europe pour ce qui est de l’uniformisation de la collecte de données. Elle pourrait ainsi devenir l’exemple à suivre.

A noter que depuis le 25.05.2017, la Suisse bénéficie aussi d’une hotline 116 000, sous l’égide de Missing Children Switzerland.

Clara Balestra, Fondation Sarah Oberson, 06.06.2017

Photo :  achrntatrps, flickr/creative commons


[1] Moins de 18 ans, selon l’art. 1 de la CDE.

[2] Les annonces sur le site sont enlevées dès le retour de l’enfant et si la disparition dépasse un mois.

[3] « Introduite sur ce continent en 2006, l’alerte enlèvement a été déclenchée 29 fois en 2016 : 17 Etats de l’Union européenne ainsi que la Suisse possède un tel système, mais seulement 9 l’ont employé jusqu’à ce jour. »

[4] C’est-à-dire, dans 23 Etats. 31 Etats européens bénéficient de ce service, dont la Suisse désormais.

Les alertes enlèvement européennes sous la loupe

23 mai 2016

Le 25 mai est la Journée internationale des enfants disparus : offrons une fleur en souvenir de tous les enfants disparus et en solidarité avec leurs familles.

Pour pallier cette problématique, les efforts continuent, comme le prouve l’approbation, par la grande majorité des députés du Parlement européen,  de la Déclaration Ecrite proposée par AMBER Alert Europe (voir édito FSO 22.02.16) ou la récente étude de l’Université de Portsmouth exposée ci-dessous.

Pour la première fois en Europe, une étude, même si préliminaire, s’est penchée sur les atouts et les faiblesses des systèmes d’alerte enlèvement européens. Introduite sur ce continent en 2006, l’alerte enlèvement a été déclenchée 23 fois en 2015 : 16 Etats de l’Union européenne ainsi que la Suisse possède un tel système, mais seulement 8 l’ont employé jusqu’à ce jour.

L’étude prend en considération 4 Etats (Hollande, Tchéquie, Royaume Uni et Pologne) qui ont déclenché le 82% de ces alertes et examine les opinions et les expériences de 14 policiers expérimentés qui ont employé ce système au moins une fois. Ce nombre restreint est dû en grande partie au nombre limité d’alertes déclenchées. Malgré l’échantillon réduit, qui empêche des conclusions définitives, les résultats reflètent dans les grandes lignes ceux d’études américaines équivalentes. En effet, les types de cas où les alertes européennes et américaines ont été employées sont similaires, ce qui permet une comparaison.

Cette recherche suggère que l’alerte enlèvement a le potentiel de retrouver rapidement et de manière sécuritaire l’enfant disparu, répondant ainsi à son principal objectif. Mais pas seulement :
- Elle est un complément valable aux investigations : elle permet de recevoir des informations de qualité ; facilite la bonne collaboration entre différentes polices et entre Etats …
- Elle améliore les relations entre la police et la famille du disparu : elle donne l’assurance que tout le possible a été fait ; met la pression qui pousse souvent le parent coupable à la confession…
- Elle améliore les relations entre la police et le public : ce dernier a la sensation de participer ; il se mobilise facilement pour aider ; il peut mieux comprendre le travail de la police…

Cette analyse soulève des points de préoccupation qui, sans en diminuer les atouts, doivent être pris en compte, tels que :
- Le risque d’empirer la situation de sécurité de l’enfant en portant l’auteur à des gestes inconsidérés.
- Le volume important d’appel à vérifier et le grand nombre de volontaires à gérer.
- Le risque de malentendus ou d’impairs si les informations publiées ne sont pas balisées en amont avec la famille.
- Des expectatives du public trop élevées.

Cette étude exploratoire enrichit d’ores et déjà la discussion autour de l’emploi des alertes enlèvement nationales et de l’éventuelle introduction d’une alerte européenne. Elle demande toutefois d’autres recherches plus approfondies afin d’améliorer l’efficience de cet instrument.

Photo :  fdecomite, flickr/creative commons

Clara Balestra, Fondation Sarah Oberson, 23.05.16

Alerte enlèvement, la Suisse à l’encontre de la tendance européenne

22 février 2016

Le Conseil fédéral vient de décider que les critères de déclenchement de l’alerte enlèvement en Suisse ne doivent pas être assouplis, en allant ainsi à l’encontre de la tendance européenne. En effet, le 1er février 2016, 19 parlementaires européens, représentants les 6 plus grands groupes politiques, ont présenté une Déclaration Ecrite (DE 7/2016) qui vise «à soutenir le plan fondé sur 5 mesures proposé par AMBER Alert Europe» qui demande entre autres une plus grande flexibilité dans les critères de déclenchement des alertes. Ces parlementaires ont trois mois pour intéresser la majorité du Parlement européen afin que cette DE soit «publiée au procès-verbal et transmise aux institutions de l’Union européenne».

Regroupant 22 membres en 16 pays européens, AMBER Alert Europe est «le réseau européen d’alertes des services de secours aux enfants et des forces de police en cas de disparition d’enfant».

La Déclaration Écrite a été adoptée de manière éclatante en mai 2016 : European Parliament adopts action plan to save missing children in most successful Written Declaration since 2011, Amber Alert Europe, 10.05.2016

Le plan en 5 mesures qu’elle propose demande :

  1. Un agrandissement et un renforcement du réseau des alertes enlèvements nationales : encourager plus de pays européens à développer des systèmes d’alertes enlèvements nationaux. Actuellement, 16 pays de l’Union européenne, plus la Suisse, ont instauré le système.
  2. Plus de flexibilité dans les critères de déclenchement des alertes : assouplir les critères actuels et permettre le déclenchement de l’alerte lorsque les enquêteurs spécialisés ont évalué que la vie de l’enfant est en danger, en faisant abstraction des autres critères habituels, dont celui d’un enlèvement avéré (ex. France).
  3. Un meilleur partage d’information entre les Etats : assurer le partage des informations concernant un enfant en danger entre les Etats limitrophes : en élaborant des protocoles qui permettent une distribution immédiate d’informations entre forces de l’ordre de pays voisins ; en transmettant aux médias des pays limitrophes les alertes nationales afin d’informer le grand public des deux côtés de la frontière (ex. Pologne-Allemagne).
  4. Une meilleure coopération policière transfrontalière : créer d’un réseau formel d’experts en disparition d’enfant et d’alertes au niveau national. AMBER Alert Europe a créé un réseau similaire (Police Network on Missing Children) qui comprend désormais 34 experts des forces de l’ordre de 11 pays, dont la Suisse.
  5. Une meilleure identification et protection des enfants aux frontières : faire en sorte que les enfants en danger soient inscrits immédiatement dans la base de données de Schengen Information System (SIS II) afin d’informer sans délai les gardes-frontières ; former les gardes-frontière à ce sujet en collaboration avec Frontex.

La Fondation Sarah Oberson salue cette démarche qui est en accord avec son mandat et ses actions. En effet, la Fondation a œuvré activement pour l’instauration en Suisse du système d’alerte enlèvement. Elle s’engage désormais pour :

- l’assouplissement des critères de déclenchement de l’alerte ;

- l’intégration de la Suisse dans une éventuelle alerte enlèvement européenne ;

- une meilleure connaissance du phénomène de la disparition d’enfants grâce à l’établissement de statistiques nationales de disparitions d’enfants et d’études scientifiques analysant cette problématique ;

- l’introduction en Suisse du numéro d’urgence 116 000.


L’enlèvement parental est une atteinte à l’intégrité de l’enfant

2 novembre 2015

L’enlèvement parental est, de part lui-même, une atteinte à l’intégrité de l’enfant. En tant que tel, il fait partie des critères de déclenchement de l’alerte enlèvement. Cette dernière n’est pas la panacée pour lutter contre les enlèvements parentaux. Elle est par contre un des outils à disposition de la Suisse pour y répondre et éviter à des enfants des souffrances qui vont au-delà de la mise en danger physique.

Voir des témoignages d’enfants enlevés plus bas.
Photo : © Steve C, Flickr/Creative Commons

En Suisse, le système d’alerte enlèvement existe depuis 2010. Pour qu’elle soit déclenchée l’alerte doit cumuler les conditions suivantes:

  • «Il a concrètement été établi qu’une personne mineure a été enlevée ou il y a une suspicion justifiée d’un tel enlèvement;
  • Il y a lieu de supposer que la personne enlevée est sérieusement mise en danger dans son intégrité physique, sexuelle ou psychique;
  • Il y a suffisamment d’informations fiables laissant présumer une localisation des auteurs et/ou de la victime suite au déclenchement de l’alarme. »

Les autorités fédérales soulignent que «en règle général, lorsque l’auteur de l’enlèvement est un des parents, respectivement lorsqu’il s’agit d’un enlèvement de mineur selon l’art. 220 CPS. L’alarme n’est alors pas activée étant donné que dans  ce cas-là, l’intégrité physique de la personne enlevée n’est en principe pas menacée.»

Ainsi, lors d’un d’enlèvement parental, l’alerte n’est pas déclenchée. Pourtant, d’une part, la Suisse s’est engagée à tout mettre en œuvre pour éviter ces enlèvements et l’alerte enlèvement est un outil dont l’efficacité n’est plus à prouver. D’autre part, l’enlèvement parental a un impact négatif important sur l’intégrité psychique de l’enfant et rentre ainsi dans les critères suisses du déclenchement de l’alerte.

La Convention des droits de l’enfant (CDE) impose à la Suisse de veiller «à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré» (art. 9.1). Elle va plus loin en demandant d’agir spécifiquement contre les enlèvements d’enfants en y consacrant un article (art.11) qui impose à l’Etat de prendre «des mesures pour lutter contre les déplacements et les non-retours illicites d’enfants à l’étranger…»

L’alerte enlèvement est une des mesures à disposition d’un Etat. Elle a déjà fait ses preuves aux Etats-Unis, pays créateur de ce type d’alerte, où plus de la moitié des plans d’alerte déployés en 2011 l’ont été suite à un enlèvement parental : 80% de ces cas ont été résolu positivement.

Par ailleurs, la CDE impose, dans l’article 19.1, d’intégrer ses actions à tous les échelons de l’administration pour lutter contre toute atteinte physique, sexuelle ou psychique à l’enfant «pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux …». Un des critères suisses de déclenchement de l’alerte enlèvement y fait écho, sans pour autant l’attribuer aux parents.

«Les enfants qui ont été enlevés par un parent souffrent émotionnellement et parfois physiquement entre les mains du parent ravisseur. Beaucoup de ces enfants entendent que l’autre parent est mort ou bien qu’il (elle) ne les aime plus. Déracinés, séparés de parents et amis, les enfants enlevés reçoivent souvent une nouvelle identité par le parent-ravisseur et la consigne de ne pas divulguer leur vrai nom et leur ancien domicile.» (Hoff)

Considérer que l’enlèvement par un des parents n’est pas une atteinte à l’intégrité de l’enfant n’est plus possible. Les impacts psychiques existent et perdurent tout au long de leur vie. Enlever un enfant est une maltraitance en elle-même, qu’elle soit perpétrée par un parent ou pas.

«Effects identified in this study by the abductees included loss of trust with the opposite sex, trouble making and keeping friends, feeling like they were in a dream-like world, trouble recalling important aspects of the abduction, and trouble sleeping and concentrating after the abduction.» The Family Journal July 2013 vol. 21 no. 3 313-317

L’enlèvement parental est, de part lui-même, une atteinte à l’intégrité de l’enfant. En tant que tel, il fait partie des critères de déclenchement de l’alerte enlèvement. Cette dernière n’est pas la panacée pour lutter contre les enlèvements parentaux. Elle est par contre un des outils à disposition de la Suisse pour y répondre et éviter à des enfants des souffrances qui vont au-delà de la mise en danger physique.

«Est-ce que je pense que mon père devrait être inculpé pour m’avoir enlevé ? Absolument. Les enfants ne devraient pas servir d’armes contre l’autre parent, et dans la plupart des cas c’est précisément la raison de l’enlèvement.» (Traduction libre)


Clara Balestra, Fondation Sarah Oberson, 29.10.15

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Témoignages d’enfants enlevés recueillis sur le site de la fondation Take Roots,
Organisation qui soutient les victimes d’enlèvements parentaux. « Our purpose is to add the collected wisdom of former missing children to the public and policy discussions on child-abduction, using the voice of victims to improve America’s missing child response.”

-       « For so long, I thought it stopped when I was found, but it only began. I have been unhappy for so long because of they things my mother did. I have feelings I don’t know how to deal with and anger towards her I don’t know how to let go of. And I am ready to let go, but for some reason I can’t. Sometimes I feel sorry for myself because what happened is not my fault, but then I tell myself this is my life and I have to take control. But I know I have issues because of what happened to me and I feel like I can’t move forward until I resolve them, and I don’t know always where to start.” http://takeroot.org/rebekah/

-       “Do I think he should have served time for his abduction? Absolutely. Children should never be used as weapons and in most cases of abduction that is precisely the reason the act is committed.” http://takeroot.org/mics-story/

-       “I had never spoken to another person, other than my brother, who truly understood the ghosts that haunt me on a daily basis. (…)I learned how to avoid hurt . . . Don’t let anyone close enough and it’s not a problem. I learned how to avoid lies . . . Never trust that anyone is telling you the truth anyway. I learned to appear to the outside world that I was ok . . . No chance of hurting anyone’s feelings by not being ok then. I learned how to make others happy at my own expense.” http://takeroot.org/sheris-story/

Pour une alerte enlèvement améliorée

21 mai 2015

A l’occasion de la Journée internationale des enfants disparus, la Fondation Sarah Oberson milite pour un assouplissement des critères de déclenchement de l’alerte enlèvement en Suisse et un établissement de statistiques nationales en la matière.

COMMUNIQUÉ AUX MÉDIA


Les premières heures qui suivent un enlèvement sont décisives pour le succès des recherches; d’elles dépendent les probabilités de retrouver la victime saine et sauve. L’actualité française récente l’a encore démontrée avec le cas de la petite Berenyss, où le plan d’alerte enlèvement a été déployé avec succès pour la 14ème fois depuis son instauration en 2006. En Suisse, le dispositif existe depuis 2010 mais n’a encore jamais été mis en œuvre. Engagée depuis plus de 15 ans pour la défense des droits des enfants, la Fondation Sarah Oberson juge trop restrictifs les critères actuels de déclenchement de l’alerte et milite pour leur assouplissement.

Le critère de dangerosité doit primer

Tous les cas d’enlèvement ne déclenchent pas une alerte; celle-ci n’est activée que dans des situations d’urgence, où l’intégrité physique et psychique de l’enfant est mise en danger. «Ce critère doit être la priorité, explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation. Il ne s’agit pas de déclencher des alertes à tout-va mais de le faire objectivement, compte tenu du danger et des indices à disposition de la police.»

Un assouplissement des critères permettrait également une mise en œuvre du plan d’alerte dans les cas de fugue à risques et d’enlèvements parentaux. «Aujourd’hui, ce facteur n’est pas déterminant en Suisse, contrairement à d’autres pays. Aux Etats-Unis[1] par exemple, plus de la moitié des plans d’alerte déployés en 2011 l’ont été suite à un enlèvement parental. Cet élément ne peut plus être négligé dans notre pays quand on sait que plus de 85% des disparitions d’enfants enregistrées dans le canton de Vaud entre 2010 et 2012 sont le fait d’un parent[2]. »

Avec près de la moitié des mariages se terminant par un divorce et une séparation sur dix entraînant des litiges sur le plan juridique, la dégradation du cadre familial est souvent déterminante dans ces disparitions. Les conséquences peuvent être désastreuses et traumatisantes pour les enfants, privés de leur milieu social et contraints à ne plus voir l’un des deux parents.

Des statistiques qui font défaut

Autre cheval de bataille de la Fondation Sarah Oberson depuis plusieurs années, la création de statistiques nationales concernant la disparition d’enfants. Dans un récent rapport sur la situation helvétique, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU relève qu’aucun système centralisé de collectes de données n’existe en Suisse, en particulier concernant les groupes d’enfants marginalisés ou dans des situations vulnérables. Guillaume Grand espère que les conclusions du Comité porteront leurs fruits: «Il s’agit aujourd’hui d’une réalité méconnue. La création d’un système centralisé suggéré par le Comité nous permettrait d’être mieux à même de quantifier ces disparitions, de les comprendre au travers de recherches scientifiques, ainsi que de planifier les mesures de prévention et les stratégies de réponse adéquates.» Comme le dit régulièrement Jean Zermatten, président de la Fondation Oberson: «Ne croyons pas que les droits de l’enfant soient totalement respectés en Suisse, il y a aussi du travail chez nous.»


[2] Chiffres tirés du «Projet de recherche sur la faisabilité d’une étude sur les disparitions de mineurs dans le canton de Vaud» mandaté par Missing Children Switzerland.
photo 1  : http://angolodellamicizia.forumfree.it/?t=65584523
photo 2 : http://www.alerteenlevement.ch/Pages/Register.aspx

Votre enfant n’est pas rentré?

4 novembre 2014

media: comm-media-nov-2014/flyer_web.jpgLa Fondation Sarah Oberson, active depuis de nombreuses années sur le front de la protection de l’enfance, lance aujourd’hui une vaste campagne d’information dans les écoles du Valais romand.

Objectif: prévenir l’enlèvement d’enfants, permettre un déclenchement rapide de l’alerte enlèvement en cas de besoin, mais aussi et surtout rassurer les parents.

Dès demain, 45’000 flyers édités par la Fondation Sarah Oberson seront envoyés dans les crèches, écoles enfantines, primaires, cycles d’orientation et institutions spécialisées du Valais romand. Le document, doté d’une face destinée aux parents et aux enseignants (Votre enfant n’est pas rentré?), et d’une autre à l’intention des enfants (Conseils aux enfants), a été réalisé en collaboration avec le Département de la formation et de la sécurité (dont la Police cantonale, le Service de l’enseignement et le Service de la jeunesse), le Service de la santé publique et le Ministère public du canton du Valais.

La rumeur de «la camionnette blanche»

media: comm-media-nov-2014/FondOberson-groupe.pngA l’origine de la démarche de la Fondation, un constat. «Vous n’imaginez pas le nombre de fois où nous entendons des mamans dire qu’elles ont vu une camionnette blanche, qu’un enfant aurait été enlevé la semaine dernière devant l’école, qu’elles n’osent plus laisser leur enfant rentrer seul, etc.», explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation Oberson. «On peut donc dire que notre démarche est partie de l’envie de rassurer les parents.»

Rassurer d’abord, parce que les statistiques parlent d’elles-mêmes. La police valaisanne enregistre chaque année, en moyenne, entre 3 et 4 disparitions d’enfants – tous généralement retrouvés chez des amis ou des proches – et 2 à 3 signalements d’enlèvement et/ou de séquestration. A ce jour, 7 enfants (de 0 à 18 ans) sont enregistrés comme «personnes disparues» dans le répertoire de la police. Pour 6 d’entre eux, l’hypothèse d’une fugue, d’un accident ou d’un suicide est privilégiée. La disparition de Sarah Oberson, le 28 septembre 1985, est la seule pour laquelle la piste d’un enlèvement par un tiers est envisagée. Autre statistique significative, donnée par la police vaudoise cette fois: 88% des disparitions d’enfants sont le fait de l’un de leurs parents. Une réalité que la Fondation Oberson connaît et qu’elle traite d’ailleurs régulièrement lors de sa soirée annuelle, comme ce sera le cas le 12 novembre prochain. (Lire encadré)

Effectuer les premières vérifications 
et faciliter le déclenchement de l’alerte enlèvement

media: comm-media-nov-2014/FondOberson-seule.pngRassurer, donc, mais aussi informer. Car la Fondation, née de la disparition de la petite Sarah, 5 ans, à Saxon, le sait bien: le drame se produit parfois. Et chaque fois, c’est une fois de trop. «La Fondation a donc beaucoup milité pour la mise sur pied d’une alerte enlèvement nationale en Suisse, explique Jean Zermatten, président du Conseil de fondation. Reste que celle-ci, instaurée en 2010, n’a encore jamais été déclenchée.» Ainsi, la Fondation Oberson rappelle dans son flyer les premières vérifications à entreprendre avant de contacter la police: téléphoner à l’école, à la famille, aux amis, et aux voisins. Un travail précieux qui, réalisé par ceux qui connaissent le mieux l’enfant, permettra de confirmer – ou non – le soupçon de disparition et/ou d’enlèvement. Et donc de déclencher – ou non – rapidement l’alerte enlèvement. Car l’expérience le montre, le temps joue contre les victimes. Il s’agit dès lors d’en gagner.

Instaurer le dialogue en classe, à la maison

Enfin, le document s’adresse également aux enfants, et leur dispense quelques conseils pour bien réagir en cas de danger, ou mieux encore, l’éviter: ne pas se déplacer seul, prendre toujours le même chemin pour se rendre dans les endroits où il va souvent (école, foot, amis, etc.), ou encore hurler et se débattre en cas d’agression.

«Plus de 200 structures vont recevoir cette semaine un paquet de flyers, accompagné d’un courrier leur demandant de distribuer ceux-ci en classe, explique Guillaume Grand, vice-président du Conseil de fondation de la Fondation Sarah Oberson. Nous souhaitons faire remonter l’information aux parents par la voie des enfants, et créer ainsi le dialogue autour de cette thématique, à la fois en classe et à la maison. Nous espérons que les directeurs et enseignants joueront le jeu, et que notre message pourra être relayé.»

Les enseignants qui n’auraient pas reçu le document peuvent l’obtenir auprès de info@sarahoberson.org. A noter que la campagne se déploiera dans le Haut-Valais au printemps 2015.

Vers un système de réponse aux disparitions d’enfants toujours plus performant

24 mai 2013

Le 25 mai marque la Journée internationale des enfants disparus. Cette journée veut garder présent le souvenir de ces enfants et transmettre un message d’espoir et de solidarité aux parents dans l’attente de nouvelles.



Photo : http://camelia.fond-ecran-image.com/blog-photo/2008/04/19/myosotis/

Le symbole de la journée est en effet la fleur «Non ti scordar di me» ou «Vergissmeinnicht» (‘ne m’oublie pas‘), en français Myosotis.

Les premières heures après la disparition d’un enfant sont cruciales. La Suisse s’est dotée d’un arsenal de mesures rapides pour répondre aux disparitions d’enfant, notamment par le biais du système Alerte enlèvement (AE). Le succès de ce dernier (AE) est basé entre autres sur des critères assez strictes qui en limitent le déclenchement et permettent ainsi d’éviter la «sursollicitation » du public, au risque de le lasser.

Ces derniers jours, ces critères ont été mis à rude épreuve. Deux disparitions se trouvant hors de limites du cadre de l’AE, ont défrayé la chronique : 1) Le 13 mai 2013, Marie disparait dans le Canton de Vaud. Un témoin affirme l’avoir vue lorsqu’on la forçait à entrer dans un véhicule. Elle vient de fêter ses 19 ans. L’AE est disponible que pour les enfants jusqu’à 18 ans. 2) Le 12 mai 2013, Fiona, une petite fille de 5 ans, disparait en France dans un parc publique. Les éléments collectés dans les premières heures ne permettent pas de conclure à un enlèvement. L’AE peut être déclenchée uniquement lorsque les indices concrets pointent vers un risque d’enlèvement.

Aujourd’hui, personnes ne peut dire si le déclenchement d’une l’Alerte enlèvement aurait changé l’issue de ces drames. Il n’en reste pas moins que les critères pourraient être réévalué régulièrement, afin de les confronter aux nouvelles réalités des disparitions.

Aussi, l’Union Européenne (UE) œuvre pour l’opérationnalisation d’un système de réaction de plus en plus performant, notamment pour la réalisation d’une alerte enlèvement au niveau européen et l’instauration du numéro d’appel unique 116 000 dans toute l’UE.

Du fait de la grande mobilité des résidents suisses et européens, la Suisse devrait continuer à optimiser son système et s’inscrire dans un réseau européen afin de compléter le système Alerte enlèvement et faciliter les démarches des familles et des autorités compétentes. La Conférence des Commandants des Polices cantonales suisses (CCPCS), en charge du dossier, s’interroge sur l’ouverture vers l’Europe. La Fondation Sarah Oberson encourage ces démarches –  ”La Fondation Sarah Oberson est favorable à l’intégration de la Suisse dans une éventuelle Alerte enlèvement européenne“.

Pour que les disparitions d’enfants ne se transforment pas nécessairement en drames, le système doit continuer à se remettre en question, à s’adapter aux nouvelles réalités avec le concours de tous les acteurs.

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Annonce :
La Soirée Sarah Oberson 2013, le 13 novembre au Casino de Saxon, s’intéressera au thème «De Lucie à Marie – Comment éviter les récidives ?»

Lire aussi :
- Rubrique Système de réponse aux disparitions d’enfant du site de la Fondation Sarah Oberson
- Rubrique Alerte enlèvement et Disparition d’enfant du blog de la Fondation Sarah Oberson

De l’Amber Alert à une Alerte enlèvement européenne ?

6 novembre 2012

L‘Amber Alert aux Etats Unis a directement contribué à retrouver sains et saufs 572 enfants depuis sa création en 1998. Face à une éventuelle Alerte enlèvement européenne, l’expérience américaine peut aider l’Europe à trouver un modus operandi qui protège les acquis des systèmes d’Alerte nationaux, en évitant leur suremploi.

http://www.risp.state.ri.us/amberalert/

Le système Amber Alert, de réponse aux disparitions d’enfants, précurseur de l’Alerte enlèvement suisse, a été instauré aux USA depuis la disparition et l’assassinat de Amber Hagerman, un enfant de 9 ans, en 1996. Dès lors, le programme s’est étendu aux 50 Etats et, localement, à 80 régions et tribus des Etats Unis. Jusqu’en mars 2012, ce système d’alerte a directement contribué à retrouver sains et saufs 572 enfants. Depuis sa création, beaucoup d’améliorations basées sur l’énorme expérience acquise ont été apportées, notamment par le biais de l’élaboration d’un Guide de bonnes pratiques qui vient d’être publié.

Selon ce guide, il est nécessaire de connaître le phénomène des enfants disparus, avant de commencer à donner des réponses : Qui sont les enfants qui disparaissent ? Qu’est-ce qu’il leur arrive ? Qui sont les auteurs des éventuels enlèvements ? Quelles actions sont recommandées pour les retrouver ? Quelle prise en charge des familles et des enfants retrouvés ? etc.

On estime aux USA à 1.3 millions le nombre d’enfants qui disparaît chaque année. La majorité d’entre eux sont retrouvé sains et saufs, cependant ce chiffre démontre l’ampleur de ce phénomène et donne une idée de la charge de travail demandée aux institutions, notamment aux forces de l’ordre, pour y faire face.

A titre de comparaison, en Valais, en 2011, la police a dû répondre à 344 disparitions d’enfants – fort heureusement tous ont été retrouvés sains et saufs. Les ressources humaines, financières et émotionnelles qui ont été mises en œuvre sont néanmoins considérables. Malgré l’importance des chiffres, aucune statistique nationale suisse de disparition d’enfants n’existe et aucune étude n’a été menée pour comprendre et analyser ce phénomène.

En outre, l’Amber Alert doit s’inscrire dans une stratégie globale de protection de l’enfance, qui s’appuie sur un réseau fort et efficace (1). L’importance de la création et le maintien d’un réseau est essentiel au succès de l’alerte. Ce réseau doit impliquer les médias et les autres acteurs qui distribuent le message d’alerte, ainsi que les instances de protection de l’enfance, les services de santé, etc. Ces dernières sont essentielles pour une éventuelle prise en charge de la famille et de l’enfant retrouvé, mais aussi pour le recueil des données dans l’urgence. Une réponse appropriée à une disparition d’enfant est une réponse informée. Le soin porté à ce réseau doit être soutenu.

Les Etats Unis ont déjà expérimenté des alertes dans plusieurs Etats. En juillet 2011, 4 Etats ont été sollicités pour la recherche de Raymon Slocum, un bébé de 4 mois pris en otage par son père et retrouvé sain et sauf. Un leadership étatique centralisé et de haut niveau hiérarchique, l’unification des critères, les compétences entre partenaires clairement définies, le maintien d’un bon réseau à l’intérieur et à l’extérieur de l’Etat facilitent le travail de terrain dans l’urgence. La formation constante des professionnels aux dernières connaissances sur ce phénomène complexe, sur les techniques existantes, mais aussi sur les méthodes qui permettent de faire face à la pression donnée par la famille, le public et les médias. De plus, on préconise d’inscrire sans attendre la disparition de l’enfant sur la base de données nationale y relative (National Crime Information Center, NCIC), afin d’élargir de suite les recherches à un plus grand territoire. Enfin, le public doit savoir qu’est-ce qu’on attend de lui et éventuellement comment prévenir de tels drames.

L’Amber Alert donne de si bons résultats que trois autres types d’alerte semblent prendre de plus en plus d’ampleur Outre Atlantique :
-    The Blue Alert : pour les policiers tués ou en danger.
-    The Silver Alert : pour les séniors disparus.
-    The Gold Alert : pour les adultes vulnérables disparus – une nouveauté de l’Etat de New York, 2011.
Conscients du danger de la sur-sollicitation du public avec une multiplication des alertes, un guide a été édité pour ne pas mettre en danger les acquis de l’Amber Alert.

Face à une éventuelle Alerte enlèvement européenne, l’expérience américaine peut aider l’Europe à trouver un modus operandi qui protège les acquis des systèmes d’Alerte nationaux, en évitant leur suremploi.

Clara Balestra, 06.11.2012

(1)    En 2003, la plus haute instance politique américaine, le Président, signe le PROTECT Act (Prosecutorial Remedies and Other Tools to End the Exploitation of Children Today), qui demande à tous les Etats d’élaborer des stratégies nationales globales pour lutter entre autres contre la disparition d’enfants et d’attribuer les ressources nécessaires à leur application. Ceci a fait en sorte que l’Amber Alert s’est inscrite dans la stratégie globale de protection de l’enfance. Elle bénéficie des ressources nécessaires mais aussi du réseau que cette stratégie comporte. Le PROTECT Act désigne une des hautes instances judiciaires de chaque Etat comme coordinateur de l’Alert (Assistant Attorney General for the Office of Justice Programs (OJP)). Cet Act démontre qu’il existe une forte volonté, au plus haut niveau politique, de faire face à cette problématique. En Suisse, un pouvoir central très réticent a été bousculé par l’opinion publique afin qu’il instaure l’alerte enlèvement.
A titre d’information, la police fédérale fait office de facilitateur de l’alerte enlèvement, dont la responsabilité reste dans les mains des instances judiciaires cantonales.

USA : AMBER Alerts for missing children now in Google Search and Maps, 31.10.12

C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé d’organiser cette Soirée Sarah Oberson 2011

29 novembre 2011

La tragédie de la disparition des jumelles Alessia et Livia au début de cette année nous a tous interpellés !.. Au sein de la Fondation Sarah Oberson, nous nous sommes demandés comment faudrait-il faire pour éviter à l’avenir que la séparation des parents  finisse en drame pour les enfants ?

Discours d’ouverture de la Soirée Sarah OBerson 2011, Dr. Bernard Comby

La tragédie de la disparition des jumelles Alessia et Livia au début de cette année nous a tous interpellés !.. Au sein de la Fondation Sarah Oberson, nous nous sommes demandés comment faudrait-il faire pour éviter à l’avenir que la séparation des parents  finisse en drame pour les enfants ?
C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé d’organiser cette Soirée Sarah Oberson 2011, consacrée à cette importante problématique d’actualité, en attirant votre attention sur les nouvelles solutions à développer pour le futur.

Il faut savoir qu’en Suisse, plus de 50 % des mariages se terminent en divorces, avec leurs cortèges de problèmes pour les parents et surtout pour les enfants concernés. Certes, le divorce fait partie de l’évolution de notre société et n’est pas nécessairement une calamité. Mais il porte en lui son lot de souffrances pour les milliers d’enfants involontairement touchés par ces ruptures entre adultes. Chaque année, ils sont au nombre d’environ 15’000 enfants embarqués bien malgré eux dans cette aventure.
Fort heureusement, dans la grande majorité des cas, les situations trouvent un règlement à l’amiable, respectant le bien des enfants concernés. Nous estimons à quelque 10 % les cas de divorces litigieux. Certains conduisent même à des situations extrêmes.
Par exemple, en Suisse, l’année dernière, 102 nouveaux cas d’enlèvements parentaux internationaux ont eu lieu. Il s’agit-là de couples bi-nationaux déchirés, qui engendrent des situations où les enfants sont en quelque sorte pris en otage par l’un des deux parents…

Quelles sont les solutions qui permettront à l’avenir de mieux régler cette délicate question de la séparation ou du divorce des parents ? La médiation familiale, l’autorité parentale partagée, le curateur des enfants ; il s’agit-là de solutions à mettre en œuvre pour apporter des réponses adéquates aux douloureux problèmes posés.

Pour ma part, je pense que nous devrions généraliser la médiation familiale lors de toute séparation ou de tout divorce, entraînant dans leur sillage des enfants. Il faudrait la rendre obligatoire ! Les expériences réalisées en France dans ce domaine ont donné des résultats tout à fait probants. En Suisse, des expériences concluantes ont également été faites à ce sujet. Dans le cas d’enlèvements sur le plan national, voire international, la médiation demeure aussi sans doute la solution la plus efficace. Mais il ne faut pas non plus exclure la possibilité d’élargir les critères du déclenchement de l’Alerte Enlèvement lorsque l’intégrité de l’enfant est mise en danger…

La Fondation Sarah Oberson souhaite aussi que la Suisse se dote rapidement du numéro européen 116000 pour apporter une écoute attentive, des conseils utiles et un soutien bienveillant aux familles confrontées à la disparition des enfants. Il semble que la Confédération veuille sérieusement empoigner ce problème, avec l’aide des ONG spécialisées en la matière. Nous l’y encourageons ardemment. Il s’agit à notre avis d’un complément indispensable au système Alerte Enlèvement, entré en vigueur dans notre pays le 1er janvier 2010.

Quant à la solution de l’autorité parentale partagée, qui fait débat actuellement en Suisse, elle devrait sans doute devenir la règle dans tous les cas de séparations ou de divorces.
D’ailleurs, une motion vient d’être approuvée tacitement dans ce sens par le Conseil National, le 30 septembre 2011 et une modification du Code Civil devrait rapidement voir le jour dans notre pays, selon la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.
Certes, il ne s’agit pas d’une panacée, car plusieurs mesures concomittantes s’avèrent indispensables afin de respecter le bien et l’intérêt de l’enfant concerné, conformément à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ratifiée par la Suisse. Mais il est temps que notre pays fasse de l’autorité parentale partagée une règle générale à appliquer dans toutes ces situations. Personnellement, je saisis l’occasion de cette Soirée pour lancer un appel en faveur de cette solution.

En remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène de société, la Soirée Sarah Oberson 2011 vise donc à réfléchir sur certains dispositifs mis en place partiellement ou à titre expérimental dans notre pays, à savoir notamment la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant.
En confrontant ces pratiques avec la réalité quotidienne, les exposés que nous allons entendre et la Table ronde nous apporteront sans doute les réponses souhaitées.
D’ores et déjà, je remercie chaleureusement tous les Intervenants de ce soir, qui nous ont fait l’honneur et l’amitié de leur présence et vous dédie à tous cette pensée de Fénelon :

“L’enfant est comme une bougie allumée dans un lieu exposé au vent : sa lumière vacille toujours.”

 

Mobilisons-nous contre la disparition d’enfants

8 novembre 2011

La Fondation Sarah Oberson organise une soirée pour éviter que la séparation des parents ne provoque l’enlèvement d’enfants. A suivre demain à Saxon.

Article paru dans Le Nouvelliste le 8 novembre 2011 – CHRISTINE SAVIOZ

EVITER DES DRAMES

La dernière image de Sarah Oberson, avant son enlèvement. Elle avait 5 ans. DR Sarah Oberson aurait 31 ans aujourd’hui. Qu’est donc devenue la fillette disparue à Saxon en 1985? La question est sur toutes les lèvres depuis plus de vingt-cinq ans. Pendant toutes ces années, ses parents ont espéré la retrouver. Aujourd’hui, ils espèrent toujours, envers et contre tout. Même si, pour l’instant, les recherches n’ont pas abouti. “Le dossier ne sera pas fermé tant qu’on n’aura pas retrouvé Sarah”, affirme Bernard Comby, président de la Fondation Sarah Oberson.

Un drame marquant

Le Saxonin s’est beaucoup investi pour que la disparition de Sarah ne sombre pas dans l’oubli. Il était l’un des pionniers du mouvement de recherche de la fillette à la fin des années 80, puis de la Fondation au nom de Sarah Oberson. “Ce drame m’a beaucoup touché. Ma fille connaissait bien Sarah. Sa disparition a plongé le village dans la stupeur. C’était la pire catastrophe qui pouvait arriver”, se souvient Bernard Comby.

Depuis lors, il n’a jamais baissé les bras. Pour soutenir la famille de Sarah, mais aussi pour faire de la prévention dans l’enlèvement d’enfants. Chaque année, la Fondation organise des journées Sarah Oberson. Cette année, décision a été prise de mettre sur pied une soirée sur le thème: “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes“. La soirée, sans inscription et gratuite, aura lieu demain à 19 heures au casino de Saxon (voir encadré). “Nous avons eu l’idée de ce thème suite à la disparition des jumelles Alessia et Livia. L’enlèvement d’enfant par l’un des parents est malheureusement de plus en plus fréquent et nous voulions tenter de donner quelques solutions avant qu’il ne soit trop tard”, note Bernard Comby.

Ainsi la Fondation s’investit-elle à fond dans la mise sur pied des numéros d’alerte enlèvement, dont le 116 000, (numéro européen) – également l’un des buts de la Fondation Missing Children Switzerland fondée par la maman des jumelles, Irina Lucidi. “Le 116 000 n’est pas encore en vigueur en Suisse, alors qu’il l’est dans de nombreux pays européens, dont la France, l’Italie et l’Allemagne”, souligne Bernard Comby. Or les chiffres le prouvent: cette ligne d’urgence gratuite est plus que nécessaire en Suisse. L’an dernier, 102 parents ont enlevé leurs enfants dans le pays. “La grande majorité de ces enlèvements se sont faits hors frontières helvétiques, lorsque le parent a emmené l’enfant dans son pays d’origine”, explique Bernard Comby. Sans oublier les fugues d’enfants. “Nous pouvons compter entre 1000 et 1100 enfants disparus en Suisse chaque année.”

Si la Fondation Sarah Oberson est active dans la promotion du 116 000, elle ne peut cependant pas financer une telle entreprise. “C’est une affaire à un million et nous n’en avons pas les moyens. C’est à la Confédération de prendre en main ce projet”, explique Bernard Comby.

Car le phénomène n’est pas près de s’atténuer. Les disparitions d’enfants font la une des journaux régulièrement. La semaine dernière encore, Océane, 8 ans, a été retrouvée morte après avoir été enlevée en plein cœur de Bellegarde, un village français de 6000 habitants. “S’il n’est pas bon de tomber dans la psychose, il faut quand même redoubler de prudence”, note Bernard Comby.

Une fois le drame arrivé, difficile ensuite pour les parents de faire le deuil. Surtout lorsque l’enfant n’a pas été retrouvé. “Comment vivre après une disparition? Je crois que l’on survit. En plus, pour les parents Oberson par exemple, chaque fois que l’on reparle de l’enlèvement de Sarah, tout remonte à la surface. C’est pénible à vivre pour eux.” Des parents qui ont pourtant décidé de ne jamais baisser les bras et d’aider les autres personnes vivant un tel drame. “A travers la Fondation, ils essaient de supporter l’insupportable. C’est aussi une façon de maintenir leur enfant vivante.”

C’était le 28 septembre 1985…

Le 28 septembre 1985, à 17 h 30, Sarah Oberson, 5 ans, quitte son domicile de Saxon pour se rendre chez sa grand-maman quelques mètres plus loin. Elle n’y est jamais arrivée.

A 18 h 30, ses parents, aidés d’une dizaine d’autres personnes, commencent à la chercher dans le village. Le vélo de Sarah est retrouvé au bas de l’escalier accédant à la salle de gymnastique. Deux personnes diront plus tard avoir aperçu la fillette dans la cour d’école, à 50 mètres du domicile familial.

A 21 h 20, le papa de Sarah avertit la police cantonale. Un avis de disparition est alors diffusé partout. Les recherches seront intensives pendant des semaines. Sans succès.

De fausse piste en fausse piste

Vingt-six ans ont passé. Mais le dossier n’est pas fermé. Chaque année, des informations parviennent à la police cantonale. Informations contrôlées, vérifiées. Certains affirment avoir aperçu une petite fille ressemblant à Sarah – comme cette dame disant l’avoir vue à Vienne; d’autres prétendent savoir l’endroit où se trouve la fillette devenue une jeune femme, grâce à des pendules. Toutes les pistes ont été étudiées. Malheureusement, les fausses pistes se sont succédé. A chaque fois, l’espoir des parents a été déçu. Un portrait robot de Sarah, vieillie de quelques années, a même été réalisé par le FBI plusieurs années après sa disparition. Cela n’a pas suffi. Sarah Oberson reste introuvable. Est-elle seulement toujours vivante?

L’espoir demeure

“Nous ne voulons pas perdre espoir. Peut-être qu’il existe encore des personnes qui ont vu quelque chose et n’ont rien dit. Nous sommes prêts à les entendre”, souligne Bernard Comby, conscient que la disparition date de plus de vingt-six ans. “Certaines personnes sont peut-être décédées avec quelque chose qu’elles savaient. Elles sont peut-être mortes en emportant ce secret.”

En attendant, l’élan de solidarité qu’a soulevé cette disparition n’a jamais failli depuis 1985. Des centaines de personnes ont aidé la famille et ont été sensibilisées par ce drame qui peut arriver à tout parent. Une manière aussi de ne jamais oublier Sarah Oberson.

Entre 1984 et 1986, quatre autres enfants ont disparu en Suisse, dont on est toujours sans nouvelles aujourd’hui.

“La médiation est la meilleure solution”

“Nous avons en moyenne 70 à 80 dossiers par année de parents ayant enlevé leurs enfants”, souligne Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI) à Genève – il sera d’ailleurs l’un des intervenants de la soirée Sarah Oberson demain soir à Saxon. Parmi les dossiers traités par ce service, il existe des cas valaisans. “Oui, nous en avons, bien sûr. Ce sont surtout des parents binationaux. L’un des deux parents ayant décidé de retourner dans son pays d’origine avec l’enfant.” Dans ces situations particulières, le SSI tente alors de nouer le contact avec le parent qui a disparu. “En général, nous savons où il est parti.” Place ensuite à la médiation. L’essentiel étant de pouvoir instaurer un dialogue entre le père et la mère. “La solution ne peut être trouvée que si les parents acceptent de se parler. La médiation est la meilleure solution”, ajoute Rolf Widmer.

Dans 80% des cas, le dialogue peut être rétabli. “Nous avons par exemple eu récemment la situation d’une maman partie en Australie. Le papa a alors pu dialoguer à nouveau avec ses enfants, en leur parlant par webcam dans nos bureaux. Il venait chaque jour pour voir ses enfants.”

Sécurité de l’enfant primordiale

Le plus important reste la sécurité de l’enfant. “Nous faisons tout notre possible pour en savoir plus sur son état et pour le protéger ensuite”, ajoute Rolf Widmer. Toutes les décisions sont prises dans l’intérêt de l’enfant. “De nombreux parents enlèvent leurs enfants par peur de ne plus avoir de droit de visite. Il s’agit alors de discuter pour voir comment les choses peuvent s’arranger au mieux.” Le Service social international dispose d’un réseau mondial comptant 140 pays, un atout non négligeable pour retrouver un père ou une mère ayant disparu.

Parfois, une maman peut faire appel au SSI par prévention. “Elle craint par exemple que son ex-mari n’emmène ses enfants dans son pays d’origine. On tente alors d’instaurer le dialogue avec le papa pour donner des sécurités, pour rassurer la maman. Cela représente la moitié de nos dossiers”, précise encore Rolf Widmer.

Si le Service social international a identifié le lieu où s’est réfugié un parent, la police n’intervient pas. “Sauf si un tribunal l’exige”, note Rolf Widmer. Pour toutes les autres disparitions, les policiers interviennent immédiatement. D’où l’importance de la mise en service du numéro 116 000 en Suisse. “C’est au moins un endroit où les parents pourront s’adresser. Mais cela ne marchera que si les personnes répondantes sont bien formées”, conclut le directeur du Service social international.

Commentaire : Christine Savioz

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je me rappelle de cette image diffusée sur le petit écran, placardée partout dans le canton, de cette bouille joviale brutalement arrachée aux siens.

Je me souviens de l’incompréhension aussi. Comment une fillette de 5 ans pouvait-elle ainsi être enlevée dans un village où tout le monde se connaît? L’acte paraissait inimaginable pour les Valaisans. Subitement, tous les parents du canton ont redoublé de vigilance. Ils ont prévenu, encore et encore, leurs enfants de ne pas suivre des inconnus. Je me souviens des consignes parentales me demandant de faire attention aux “individus paraissant bizarres”. Tout le monde semblait soudain suspect aux yeux de l’adolescente que j’étais. L’ambiance était à la méfiance partout, dans et hors de la cour d’école. L’affaire a soulevé des vagues d’émotions et de solidarité en Valais, en Suisse et dans toute l’Europe. Les témoignages se sont accumulés. Il y a eu les espoirs. Puis, les déceptions. Car, malgré des recherches intensives, des appels répétés à la population d’ici et d’ailleurs, rien n’y a fait.

Sarah est toujours introuvable. Le mystère reste complet. Et la douleur des parents ne peut pas s’amenuiser.

Comment ne pas se révolter devant un tel drame? Comment vivre après la disparition de son enfant?

Les parents de Sarah Oberson ont sans doute tenu bon pour leurs autres enfants. Ils ont peut-être puisé la force de survivre dans leur envie d’aider les parents vivant le même drame. Dans leur investissement pour contribuer au développement des alertes enlèvement, aussi. En s’investissant pour les autres, ils ont réussi à traverser les années et à avancer malgré tout. Même si le chagrin ne passera jamais. Comme l’espoir de retrouver un jour leur adorable Sarah. Je me souviens d’une photographie en noir-blanc. La fillette souriait à pleines dents, devant un arbre en fleurs. Elle semblait heureuse.

Ce 28 septembre-là, il a subitement fait très froid.

Au Programme

 

La soirée Sarah Oberson aura lieu ce mercredi 9 novembre à 19 heures au casino de Saxon, sur le thème “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes”. Les intervenants tenteront de trouver des solutions pour éviter que la séparation des parents ne finisse en drame pour les enfants. L’entrée est gratuite.

19 heures. Les enlèvements parentaux: l’enfant otage, par Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI).

19 h 20. “Enfants et séparations: quel rôle pour la médiation familiale”, par Christine Debons, médiatrice indépendante.

19 h 35. “L’autorité parentale conjointe: pratique des tribunaux” par Christophe Joris, juge de district, Tribunal de Martigny et Saint-Maurice.

19 h 50. “Le curateur de l’enfant: un nouveau venu sur la scène judiciaire” par Patricia Michellod, avocate et curatrice dans le canton de Genève.

20 h 05. Table Ronde dirigée par Fabrice Germanier, membre du Conseil de la Fondation Sarah Oberson, avec Christian Varone, commandant de la police cantonale valaisanne, Yves Toutounghi, directeur général de la Fondation Missing Children Switzerland, Doris Agazzi, coordinatrice romande de la Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM) et Frédéric Métrailler, membre du Mouvement de la Condition Paternelle Valais.

21 heures. Clôture

21 h 05. Apéritif offert par la commune de Saxon.

Renseignements complémentaires sur www.sarahoberson.org.

A noter que toute personne peut soutenir les activités de la Fondation en devenant marraine ou parrain par le versement d’un montant de 20 francs.