Archive pour la catégorie ‘Disparition d’enfant’

Synthèse de “Séparation des parents, disparition des enfants”

11 mai 2015

Qu’on le veuille ou non, la séparation des familles fait partie intégrante de notre société. Phénomène banal en nombre, une séparation bouleverse totalement l’équilibre familial et peut mener à de grandes souffrances, notamment pour les enfants. Le point central, pour ce qui concerne la protection des enfants, se trouve dans la construction de la relation coparentale hors du couple. Son aménagement va constituer une étape cruciale vis-à-vis des enfants.

Tiré du Working Report des Soirées Sarah Oberson 2011 et 2014 dédié au thème de la “Séparation des parents et disparition enfants”

Événement désormais sociétal, le divorce demande une adaptation de la société elle-même, qui doit se préparer à y faire face que se soit dans la famille unie, ou pendant et après la séparation.

L’institution familiale et les normes socio-économiques et culturelles en vigueur (monde du travail, offres de conciliation de la vie professionnelle et familiale, séparation des rôles à l’intérieur de la famille) continuent de soutenir l’image d’une famille traditionnelle viable à long terme . Cette image n’est pas structurée pour répondre à une séparation. Elle ne permet pas d’anticiper les difficultés subies par les enfants de familles séparées, telle que leur paupérisation – annexe II. Ces complications peuvent exacerber les conflits entre les ex-partenaires et aboutir parfois à des épisodes violents.
Un réajustement des normes structurant la famille doit avoir lieu afin de faire face aux différents phénomènes qui la traversent, notamment le divorce.

Pendant et après la séparation, la Suisse, ses autorités mais aussi sa société civile, a décidé de fournir différents instruments – exposés dans ce document – qui permettent d’adoucir la transition. Les experts s’accordent à dire qu’il n’existe pas de remède miracle, chaque situation est unique et les différents instruments seront plus ou moins adéquats selon le contexte.
Cette offre variée existe et tend à s’adapter aux nouvelles réalités en se différenciant et en s’améliorant. Il serait cependant avisé de la faire mieux connaître aux bénéficiaires pour qu’ils puissent se l’approprier avant que les conflits ne surgissent et/ou s’enlisent. Dans ce document, on parle par exemple d’un guichet unique (Rossier).

Ainsi, pour éviter que la séparation des parents se termine en drame pour les enfants, des moyens existent. La séparation reste une démarche privée.  Toutefois, la société possède, à travers des modifications socio-économiques adaptées d’une part et des mesures juridiques et psycho-sociales d’autre part, une marge de manœuvre qui permet d’agir pour adoucir le passage d’une famille unie à une famille séparée, tant du côté des enfants que de celui des parents.

« En effet, la séparation et ses conséquences dépassent le niveau micro-social de la cellule familiale : elles trouvent des racines et des ferments dans des facteurs structurels (styles conjugaux et éducatifs, infrastructures, politique familiale, etc.) qui doivent être mis en regard des capacités individuelles de personnes (père, mère, enfants) à composer avec, et à s’exprimer à leur propos. Ce n’est qu’ainsi qu’on respectera davantage les intérêts et les droits de chacun. » (Stoecklin)

Clara Balestra, 05.05.15

En une semaine, 4 enfants de 2 ans disparaissent

27 avril 2015

Quatre enfants de deux ans ont disparu la semaine passée, dont deux en Suisse. Seulement un des quatre a été retrouvé sain et sauf pour l’instant.

1. Le 18 avril 2015 à 14 :30, un garçon érythréen de deux ans est disparu à Wattwil (SG), aux alentours de la rivière Thur. Une chaussure a été retrouvée sur la rive du cours d’eau. Après d’importantes recherches sur la rivière, les recherches se sont arrêtées le jeudi suivant. « Les forces de l’ordre penchent pour une noyade accidentelle. » Il est possible que les recherches reprennent dès que le niveau de l’eau redescend.
Signalement
: « Un pull-over brun avec le ruban rose et un pantalon brun »
Photo
 
ou http://www.kapo.sg.ch/home/fahndung/vermisste_personen.html

2. Le 21 avril 2015, un enfant de 2 et demi disparaît à Freiburg en Allemagne vers 19h00. Une heure plus tard, l’enfant est retrouvé sain et sauf un peu plus loin dans une arcade par une patrouille de police avec chiens de recherche.

3. Le 24 avril 2015, en France, dans la Val-d’Oise, un autre enfant de deux ans disparaît d’une maison située à proximité d’un cours d’eau. Les policiers sondent ainsi pendant plusieurs heures la rivière Oise, malheureusement sans succès jusqu’à aujourd’hui. « La Brigade de recherches de Pontoise a été (depuis) saisie d’une enquête pour “disparition inquiétante”. Et si la maison de l’enfant est très proche de l’eau, aucune piste n’est à ce stade privilégiée. »
Signalement
: « Marcus, décrit comme “métis” de corpulence normale – 12kg pour 85 cm – avec les cheveux et les yeux noirs, était vêtu vendredi d’un pantalon de jogging bleu, d’un haut beige et bleu et de baskets bleues. Il a disparu avec son jouet, un hélicoptère en plastique. »

4. Le 25 avril 2015, « Un enfant de deux ans est porté disparu à Windisch (AG), près de Baden. Son père l’a perdu de vue lors d’une promenade le long de la Reuss. Des recherches ont été lancées par la police, un hélicoptère de la Rega et des chiens, mais sans succès jusqu’ici. Un bateau a également été mobilisé. »
Signalement
: « Le bambin a les cheveux blonds bouclés, porte un pullover strié jaune, bleu et blanc, des jeans et des baskets. »
Photo

La Fondation Sarah Oberson compatit à la douleur des familles et espère que les recherches permettront de retrouver ces enfants.

La séparation, un séisme ordinaire

10 février 2015

As’trame “est persuadée de l’utilité d’un travail avec le cadre parental afin d’élaborer et d’aménager la coparentalité en co-construction avec les parents. C’est en effet la qualité des pratiques parentales et la capacité à faire équipe avec l’autre parent qui sont, à notre sens, de véritables facteurs de protection.”

Présentation de Charlotte Crettenand, Psychologue-psychothérapeute FSP, Présidente As’trame Valais, Intervenante à la Soirée Sarah Oberson 2014 : « Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées! ».

En raison des statistiques en la matière, la séparation est un événement de vie bien souvent banalisé. Les familles qui nous consultent témoignent elles-mêmes que dans les classes de leurs enfants, il est presque plus « anormal » d’être issu d’une famille dans laquelle père et mère vivent ensemble que d’une famille monoparentale ou recomposée…

Pourtant, lorsque la séparation nous touche personnellement, c’est un bouleversement majeur. C’est bien ce qu’exprime une maman que nous avons rencontrée dans le cadre d’As’trame : “Lorsque mon mari m’a quittée, je me suis sentie anéantie. Pour moi, c’était la “fin du monde”. Je n’avais plus aucun repère. J’étais totalement perdue. Mes enfants étaient elles aussi perdues. Elles naviguaient entre tristesse, colère et incompréhension. Je ne me sentais pas suffisamment forte pour répondre à toutes leurs attentes, leurs questions. (…) Vivre une séparation est un séisme émotionnel et lorsque l’on ressent le besoin d’en parler, il est parfois difficile de ne pas se sentir jugé.”

Structure de la famille : niveaux conjugal et coparental

Lorsque la famille est unie, il est quasiment impossible de distinguer ce qui relève du conjugal ou du coparental. En tant qu’adulte, on est aussi bien un conjoint qu’un parent. Tout cela est entremêlé.

Quand la famille éclate, le lien conjugal est rompu. Comme on le répète souvent dans ce genre de situation : « si papa et maman ne s’aiment plus, ils resteront toujours ton papa et ta maman ». C’est bien là que réside tout l’enjeu de la séparation vis-à-vis des enfants : comment continuer à collaborer en tant que parents lorsqu’on est une femme (ou un homme) déchirée, trahie, désillusionnée… ?

Néanmoins, le lien de filiation perdure. La décision prise en tant qu’adultes n’influence pas le lien qui unit deux parents à leurs enfants. Du moins, en théorie. En effet, dans certaines situations, le conflit conjugal continue à perdurer et s’immisce dans la relation aux enfants.

Dans tous les cas, les membres de la famille sont amenés à vivre un véritable processus d’intégration de la perte (de la famille idéale, unie). Proche de celui du deuil, il n’est pourtant pas semblable puisqu’il s’agit d’une « perte ambiguë » (Pauline Boss, 1999). En effet, si le conjoint et parent n’est plus présent physiquement, il continue d’exister (et d’être actif). Cette présence-absence est un autre défi auquel sont confrontées les familles dans lesquelles le couple se sépare.

Conséquences chez l’enfant

Suite à la séparation, divers signes réactionnels vont être observés chez l’enfant qui peuvent différer suivant ses contextes de vie (famille, école, extra-scolaire…). Dans le cadre d’une brochure éditée en 2012 (« L’enfant et le divorce »), nous avons notamment mis en évidence cinq grandes manifestations parmi les plus courantes, qui ne vont pas être reprises en détail ici.

L’idée est de montrer brièvement la grande diversité de ces signes réactionnels qui peuvent être :

  • émotionnels : tristesse, colère, incompréhension, anxiété, peur de l’abandon, baisse de l’estime de soi…
  • comportementaux : agressivité, difficultés de concentration, modification du comportement alimentaire, difficultés d’endormissement…
  • propres à la séparation : difficultés lors des moments de transitions, tentatives de réconcilier les parents, prendre parti pour un des parents…

Evidemment, tous les enfants ne réagissent pas de la même manière et peuvent rencontrer bien d’autres difficultés que celles données en exemple ci-dessus.

As’trame au service des familles

As’trame propose un accompagnement structuré et ponctuel à toute famille qui en ressent le besoin, au moment opportun pour elle. Certaines familles nous contactent très rapidement après la séparation, d’autres plusieurs années après, quelques unes avant même l’annonce aux enfants, afin d’avoir des pistes.

C’est souvent par le biais des enfants – qui inquiètent leurs parents (ou les professionnels qui les encadrent : enseignantes, éducatrices, infirmières scolaires…) à travers différentes manifestations – que nous avons accès aux familles.

Nous intervenons en amont, dès les premiers indices de mal-être et pour tout questionnement relatif au processus de la séparation. Nous sommes convaincus que cette action permet, dans la plupart des cas, d’atténuer progressivement les signes de souffrance et d’éviter que les difficultés s’installent durablement.

Pour ce faire, nous invitons enfants, adolescents et adultes à entreprendre un « Parcours de Reliance » (en individuel, en fratrie ou en groupe) afin de soutenir les personnes, mobiliser leurs ressources et prévenir les risques engendrés par les ruptures de liens familiaux.

Nous sommes aussi persuadés de l’utilité d’un travail avec le cadre parental afin d’élaborer et d’aménager la coparentalité en co-construction avec les parents. C’est en effet la qualité des pratiques parentales et la capacité à faire équipe avec l’autre parent qui sont, à notre sens, de véritables facteurs de protection.

Références :

As’trame (2012). L’enfant et le divorce. Comprendre ce qu’il vit et le soutenir dans les changements qu’il traverse. Brochure gratuite et commandable sur : http://www.astrame.ch/actu-et-documentation/commande-de-documents/

Boss, Pauline (1999). Ambiguous Loss. Harvard University Press.

La fugue, un cri d’alarme

2 février 2015

Après la campagne de sensibilisation menée cet automne auprès des écoles valaisannes sur l’enlèvement, la Fondation Sarah Oberson sensibilise à une autre thématique, la fugue des enfants. Une réalité préoccupante, puisque le Valais enregistre, à lui seul, près de 300 cas par année. Les conduites à risques des adolescents feront en outre l’objet d’un colloque le 3 février prochain, à Genève.

Les fêtes de fin d’année sont terminées, les décorations rangées, les bougies éteintes et la magie de Noël… passée. Pour tous, c’est le retour à la vie normale, la reprise du travail pour certains, à l’école ou en institution pour d’autres.

La période s’avère particulièrement délicate pour les jeunes vivant des situations difficiles, qu’elles soient d’ordre scolaire ou familial. Une mauvaise note, un conflit avec ses parents, un désintérêt de leur part, voire de la maltraitance, une rupture avec sa copine, et certains peuvent alors envisager la fugue comme une solution pour échapper à leur environnement. L’espace de quelques heures, de quelques jours, de plusieurs semaines parfois. «Il est impossible de prévoir une fugue avec certitude, relève le Professeur Olivier Halfon, Chef du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA), CHUV, à Lausanne. Mais il faut être attentif à tout changement de comportement, par exemple un enfant qui s’isole et/ou qui diminue son rendement scolaire.» (1)

En matière de fugue, les statistiques sont lacunaires. Toutefois, selon une étude réalisée en 2013 par l’Université de Lausanne, le canton de Vaud enregistre à lui seul trois cas par jour! Autre certitude, le phénomène connaît une forte augmentation dans les pays voisins, sans doute en Suisse aussi. Des études internationales estiment que le nombre d’adolescents fuyant le domicile varie entre 1,1% et 8,7%. A titre d’exemple, reporté à la population suisse de 2011, cela représenterait entre 7’000 et 53’000 cas.


Signaler la disparition à la police sans tarder

Le concept selon lequel la fugue constitue un «rite de passage» vers l’âge adulte, est dépassé. L’enfant qui quitte volontairement son domicile lance un véritable cri d’alarme. Fuguer est sa manière de dire à sa famille, à la société: «J’ai besoin d’aide. Je ne peux plus supporter ma situation, donc j’agis et je fuis.»

De plus, l’adolescence est une période charnière du développement cérébral, qui voit émerger certains «comportements caractéristiques: interaction sociale amplifiée, prise de risque plus élevée, recherche accrue de sensations et de nouveauté, curiosité et exploration augmentées.»1. Les transformations cérébrales qui ont lieu pendant cette période incitent l’adolescent à passer à l’acte «avant d’avoir pleinement mesuré les conséquences de leurs actes.»(1)

«La fugue est l’une des attitudes hasardeuses qui s’inscrivent dans ce schéma de développement, explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation Sarah Oberson. En tant que telle, elle ne peut pas être prise à la légère, que ce soit pendant la disparition ou lors du retour de l’enfant.» Plus celui-ci va passer de temps dans la rue, plus son intégrité va être en danger. Il importe donc de le retrouver dans les plus brefs délais. Face à son absence, après avoir contacté ses proches et/ou l’école, la première réaction consiste à alerter la police, sans hésiter.

A noter que les conduites à risques des adolescents seront abordées le 3 février prochain aux Hôpitaux universitaires de Genève, dans le cadre d’une rencontre intitulée «Le réseau santé-social à l’épreuve de la crise suicidaire chez l’adolescent – Par maux et par mots, que nous enseigne la parole des jeunes?». La parole des adolescents sera au cœur de cette manifestation, placée notamment sous l’égide de la Fondation Children Action, au cours de laquelle alterneront conférences et témoignages.

Profiter du retour de l’enfant pour entamer un dialogue constructif

Autant que pendant la disparition de l’enfant, la fugue doit être prise au sérieux lors de son retour. Il importe alors d’ouvrir un espace de dialogue. Que le jeune puisse exprimer son ressenti et les raisons de son geste; que l’adulte puisse présenter son point de vue, sans jugement. «Nous sommes persuadés qu’une réflexion sur les significations des fugues adolescentes peut aider à améliorer la prise en charge des fugueurs, souligne Clara Balestra, même si une connaissance approfondie du phénomène manque encore en Suisse.»
Réflexion que la Fondation avait d’ailleurs mené en 2012 au cours de sa soirée annuelle, consacrée à chaque fois à une thématique en lien avec l’enfance. Cette année-là, plusieurs spécialistes s’étaient exprimés et les présentations ainsi que la table ronde qui a suivi ont donné lieu à un compte-rendu, disponible sur le site de la Fondation.

En Valais, lorsque l’enfant est retrouvé, si la police estime qu’une prise en charge sociale est nécessaire, elle transmet le dossier à l’Office pour la protection de l’enfant (OPE). Celui-ci détermine les mesures à prendre, telles que soutien familial, placement ou hospitalisation. Si aucune intervention d’urgence n’est nécessaire, l’OPE prend contact séparément avec la famille et l’enfant, pour leur proposer une assistance.

(1) Soirée Sarah Oberson 2012 – «Fugue: rite de passage ou cri d’alarme?», Jean Zermatten et al., novembre 2012.

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Des chiffres qui inquiètent

La fugue est un phénomène dont on ne connaît pas la véritable ampleur, puisqu’il n’existe aucune statistique nationale à ce sujet et que tous les cas ne sont pas forcément déclarés. Selon une étude réalisée en 2013 par l’Université de Lausanne, portant sur les années 2010 à 2012, dans le canton de Vaud:

> 3296 fugues ont été enregistrées par la Police cantonale vaudoise, avec presque 1100 cas par année, soit trois par jour environ
> la personne qui fugue est en grande majorité âgée de 13 à 18 ans (89,9%)
> plus de la moitié des personnes (52,9%) ont fugué une seule fois.

En Valais, durant la même période, 848 fugues d’enfants ont été annoncées aux autorités, soit 282 par année environ.

En France, 30’000 fugues d’adolescents sont déclarées par an; leur nombre réel est estimé à 100’000.

En Suisse, les suicides sont, après les accidents de la route, la deuxième cause de décès parmi les jeunes âgés de 15 à 19 ans.

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>> Plus d’informations sur la fugue de l’enfant (compte-rendu de la soirée Sarah Oberson 2012: «Fugue: rite de passage ou cri d’alarme?») http://www.sarahoberson.org/soiree-sarah-oberson-2012,fr,78,pa.html

>> Pour des informations sur les problématiques liées à l’enfance et à l’adolescence, consulter le site de Fondation Sarah Oberson  www.sarahoberson.org

>> Informations sur le colloque «Le réseau santé-social à l’épreuve de la crise suicidaire chez l’adolescent»
http://www.hug-ge.ch/evenement/reseau-sante-social-epreuve-crise-suicidaire-chez?popup=1

Le Chef de l’OPE Valais s’exprime sur le thème «Enfants et séparation…»

13 janvier 2015

Séparation et disparition d’enfants : De nouvelles actions axées sur une offre diversifiée d’aide se développent ou sont à l’étude au sein des services consultés. Il s’agit d’offrir un soutien préventif pour les parents lors d’une séparation afin de faciliter une réorganisation de vie adéquate pour les enfants et une coparentalité fonctionnelle. Il s’agirait de mettre à disposition des parents qui se séparent une offre de prestations permanentes, regroupées et facilement accessible. Dans ce sens un projet de cours de sensibilisation pour tous les parents est en cours d’élaboration au sein du Service cantonal de la jeunesse et devrait voir le jour en 2015.

De M. Marc Rossier, Chef de l’Office cantonal de la Protection de l’Enfance (OPE) du Valais qui s’exprime sur le thème de la Soirée Sarah Oberson 2014 : « Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées! », où il a participé comme Intervenant à la Table ronde.

Si dans la majorité des séparations, la transition et la nouvelle organisation de vie pour les enfants se déroulent sans difficultés majeures, force est de constater sur le terrain de la protection de l’enfance, que l’impact de certains conflits parentaux peuvent compromettre gravement le développement des enfants impliqués et pour certains se révéler dramatique (enlèvement, suicide, meurtre).

Depuis quelques années, nous observons en Suisse une tendance des Autorités à faire un large usage des services de protection de l’enfance et de spécialistes dans le but de prévenir les conflits parentaux impliquant des enfants. Ainsi aujourd’hui de nombreux services publics et privés sont débordés.

Une étude menée au sujet de la protection de l’enfant en Suisse , a montré que sur la base d’un échantillon de 146 dossiers pris en charge par les services de protection de l’enfance dans plusieurs cantons, 71% sont dues à des conflits d’adultes autour de l’enfant souvent imputable aux multiples procédures de séparation. Il s’agit de situations où les parents, absorbés par leurs ressentiments et des difficultés socio-économiques consécutives à leur séparation, n’arrivent plus à assumer un rôle protecteur et structurant pour leurs enfants.

Comme l’expliquent Thayer et Zimmerman, le conflit parental peut atteindre parfois une telle force de captation que les parents continuent de se quereller alors que les enfants se débattent seuls avec leur propre développement. C’est comme si un enfant était entrain de se noyer au milieu du lac alors que les parents sont sur le quai. Plutôt que de sauter à l’eau, ils se querellent à propos de qui est coupable de ce qui arrive, qui devraient ou non lancer la bouée de sauvetage à l’enfant  ou lequel est le plus apte à le sauver ? Le drame est que pendant qu’ils se bagarrent leur enfant se noie !

Dans des cas extrêmes, les enfants sont devenus l’instrument d’une véritable « bataille » judiciaire. Dans ce contexte les Autorités sont amenés à devoir prendre des décisions tranchées au terme d’une procédure interminable en s’appuyant sur les recommandations d’experts et des services de protection de l’enfance. Même s’il ne fait aucun doute qu’il s’agit dans certains cas de la seule voie possible pour protéger au mieux l’enfant, notamment dans les situations de maltraitance avérée, le constat est que les parents délèguent de plus en plus aux Tribunaux le soin de déterminer à leur place leurs responsabilités parentales futures dans une logique de gagnant/perdant, ce qui engendre après coup beaucoup de souffrance et de sentiments d’injustice. En fait personne n’y gagne au final car les conséquences de la lutte peuvent être dévastatrices pour tout le monde, en particulier pour les enfants si on prend la peine d’entendre leur position.

D’autre part, les mesures de protection de l’enfant prévue dans le droit civil pour répondre à ces difficultés, comme la curatelle de gestion des relations personnelles (Code civil Suisse, art. 308 al. 2), sont ressenties en général par les personnes comme étant dirigées contre l’un des parents. Elles renforcent l’impression de désigner un perdant et un gagnant. Comme toute procédure de séparation fortement judiciarisée, elles font naître un sentiment d’impuissance et d’humiliation d’un côté et, de l’autre, de puissance et de réparation (OFAS, Questions familiales, 1/2005). Les intervenant(e)s en protection de l’enfant chargés de l’application de ces mesures sont réduits souvent à un rôle de spectateurs du conflit parental qui s’exprime à travers un comptage d’épicier des jours de visites, des divergences éducatives permanente au sujet de leur enfant, voir des suspicions d’incompétences parentales. La pratique montre aussi que les parents ont dans ces cas-là des attentes quasi « magiques » à l’égard des curateurs et tendent en même temps à se décharger de leurs responsabilités.

En Suisse, un mariage sur deux se termine par un divorce et cela concerne chaque année environ 13’000 enfants. Des adaptations importantes du droit de la famille en Suisse ont été réalisées. Elles permettent aujourd’hui de mieux encadrer ces changements sociétaux comme par exemple l’exhortation envers les parents de faire appel à une médiation familiale pour régler l’organisation de la séparation ou le principe de l’autorité parentale (AP) conjointe. Entrée en vigueur le 1er juillet dernier, l’AP conjointe renforce à bon escient deux principes qui doivent servir avant tout l’intérêt de l’enfant : une responsabilité partagée dans toutes les décisions concernant l’enfant indépendamment du statut des parents ainsi que son bien comme principe décisionnel prépondérant. Cependant l’AP implique que les deux parents continuent à coopérer ensemble de manière constructive ce qui n’est pas toujours possible.

Alors comment soutenir au mieux les parents en conflit afin de garantir à leur enfant qu’il puisse continuer à bénéficier d’une relation affective vivante et d’un soutien éducatif indispensable à sa construction mais aussi de les aimer librement indépendamment de la relation de leurs parents ?

A l’instar d’autres pays confrontés à ce problème, de nouvelles actions axées sur une offre diversifiée d’aide se développent ou sont à l’étude au sein des services consultés. Il s’agit d’offrir un soutien préventif pour les parents lors d’une séparation afin de faciliter une réorganisation de vie adéquate pour les enfants et une coparentalité fonctionnelle. Dans le cadre de la permanence de l’Office pour la protection de l’enfant, nous recevons quotidiennement des demandes de conseils de parents séparés au sujet de l’organisation de la prise en charge (garde partagée, visites, décision scolaire ou médicale), des conséquences psychologiques pour leur enfant ou pour trouver un espace neutre afin de réguler leurs conflits (médiation).  Nous essayons dans la mesure du possible d’y répondre directement ou de les orienter vers d’autres spécialistes. Cependant il manque à mon avis un dispositif facilement identifiable et coordonné de prévention des conflits familiaux. Il s’agirait de mettre à disposition des parents qui se séparent une offre de prestations permanentes (par exemple brochures d’informations et de sensibilisation, cours de coparentalité, conseils juridiques et psychosociaux, médiation), regroupées et facilement accessible (principe du guichet unique). Dans ce sens un projet de cours de sensibilisation pour tous les parents est en cours d’élaboration au sein du Service cantonal de la jeunesse et devrait voir le jour en 2015. Un cours de coparentalité a déjà été testé par l’Office pour la protection de l’enfant depuis maintenant deux ans.  Le constat est qu’il répond à une demande des parents mais intervient souvent trop tard dans la séparation. D’autre part il devrait être accessible à tout le monde et hors d’un contexte judiciarisé.

La nomination d’un curateur de représentation  pour l’enfant (Code de procédure civil suisse, article 299) est encore utilisée lors d’une procédure de séparation dans les cas de conflits élevés entre les parents et lorsque les enfants sont pris en otage. Nous avons constaté dans plusieurs affaires récentes que la présence d’un avocat pour l’enfant dans la procédure matrimoniale permet de replacer l’intérêt de ce dernier au centre de la « scène » judiciaire et trouver ainsi des solutions fonctionnelles en mettant fin plus rapidement à la procédure judiciaire.

Dans les cas les plus difficiles, nous expérimentons, dans le cadre des mandats de curatelles qui nous sont confiés, la mise en place de plan de parentage précis et détaillés pour l’organisation de la prise en charge de l’enfant lorsque les parents n’arrivent plus à coopérer. Ces plans de parentage utilisés fréquemment dans d’autres pays pourraient être ordonnés plus systématiquement par les Autorités. Toutefois ils devraient être accompagnés d’instruments légaux dissuasifs et contraignants pour s’assurer qu’ils soient respectés ensuite par les parents.

Enfin, la formation et la sensibilisation des professionnels œuvrant dans la prise en charge des situations de conflits parentaux doit se poursuivre. Une telle politique de prévention nécessite aussi des ressources supplémentaires afin soutenir les projets et offres proposées tant au niveau public (accessibilité à tous à la médiation ou à un cours de coparentalité) que privé (par ex. la Fondation As’trame). Je reste convaincu que la promotion et le soutien pour le développement de tels projets permettrait de réduire sensiblement le risque de voir certains conflits parentaux dégénérer et aurait un effet préventif sur la santé et le développement futurs des enfants.

La médiation, une piste possible !

9 décembre 2014

Lors d’une séparation, le médiateur accompagne le couple à rester un couple de parents vis à vis de leur enfant. Ils sont confrontés à leurs responsabilités parentales dans l’intérêt de leur enfant. (…) Cette démarche débouche sur une organisation sur mesure pour l’enfant.

Par Mme Jocelyne Duc Schweri, Médiatrice indépendante auprès de l’Espace de Médiations à Sion, agréée par la Fédération suisse des Associations de Médiation (FSM), qui s’exprime sur le thème de la Soirée Sarah Oberson 2014 : « Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées! », où elle a participé comme Intervenante à la Table ronde

Dans un espace neutre, confidentiel, sécurisé, en présence d’un tiers, la médiation offre une approche concrète qui permet d’explorer, de construire ou de reconstruire des solutions cohérentes et durables.

Lors d’une séparation, le médiateur accompagne le couple à rester un couple de parents vis à vis de leur enfant. Ils sont confrontés à leurs responsabilités parentales dans l’intérêt de leur enfant. La médiation s’oriente dans le présent pour organiser le futur mais ne s’articule pas dans le passé.

Pour cheminer dans la co-responsabilité des liens entre l’enfant et les parents, il est nécessaire d’explorer la situation actuelle de l’enfant de manière très concrète, (sommeil, école, sport, santé, formation, frais, … ) afin de dégager la position de l’un et l’autre parent.

A partir de ce moment là, les parents peuvent :

- s’écouter sur les besoins spécifiques de leur enfant et les prendre en compte dans leurs discussions, par exemple : santé, loisirs, …

- exprimer leurs besoins en tant que père, que mère et les mettre en lien avec l’âge de celui-ci par exemple : à l’adolescence, engagement qui va perdurer au delà des 18 ans pour les enfants qui poursuivent les études, …

- ouvrir leur réflexion au cercle élargi de la famille, par exemple : grand-père, grand-mère, oncle, tante, amis, copains, copines …

- et tenir compte d’un nombre important de déterminants dans l’organisation autour de l’enfant, par exemple : proximité des domiciles, …

L’organisation autour de l’enfant s’effectue dans la co-responsabilité de chaque entité de père et de mère. Celle-ci débouche sur une organisation sur mesure pour l’enfant ce qui signifie l’acceptation des différences entre père et mère. Cette co-construction peut aboutir à un accord consigné qui peut être présenté pour homologation auprès des autorités : APEA, juge, …

L’idéal est de pouvoir construire un projet en amont de la séparation afin de pouvoir  rassurer l’enfant au moment de l’annonce de la séparation avec une attitude « homéopathique ». L’attitude homéopathique étant d’apporter un maximum de sécurité dans cette transition.

Cependant, la médiation peut intervenir à tout moment du processus de séparation ou plus tard lors discussions parentales en lien avec l’organisation autour de l’enfant.

Votre enfant n’est pas rentré?

4 novembre 2014

media: comm-media-nov-2014/flyer_web.jpgLa Fondation Sarah Oberson, active depuis de nombreuses années sur le front de la protection de l’enfance, lance aujourd’hui une vaste campagne d’information dans les écoles du Valais romand.

Objectif: prévenir l’enlèvement d’enfants, permettre un déclenchement rapide de l’alerte enlèvement en cas de besoin, mais aussi et surtout rassurer les parents.

Dès demain, 45’000 flyers édités par la Fondation Sarah Oberson seront envoyés dans les crèches, écoles enfantines, primaires, cycles d’orientation et institutions spécialisées du Valais romand. Le document, doté d’une face destinée aux parents et aux enseignants (Votre enfant n’est pas rentré?), et d’une autre à l’intention des enfants (Conseils aux enfants), a été réalisé en collaboration avec le Département de la formation et de la sécurité (dont la Police cantonale, le Service de l’enseignement et le Service de la jeunesse), le Service de la santé publique et le Ministère public du canton du Valais.

La rumeur de «la camionnette blanche»

media: comm-media-nov-2014/FondOberson-groupe.pngA l’origine de la démarche de la Fondation, un constat. «Vous n’imaginez pas le nombre de fois où nous entendons des mamans dire qu’elles ont vu une camionnette blanche, qu’un enfant aurait été enlevé la semaine dernière devant l’école, qu’elles n’osent plus laisser leur enfant rentrer seul, etc.», explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation Oberson. «On peut donc dire que notre démarche est partie de l’envie de rassurer les parents.»

Rassurer d’abord, parce que les statistiques parlent d’elles-mêmes. La police valaisanne enregistre chaque année, en moyenne, entre 3 et 4 disparitions d’enfants – tous généralement retrouvés chez des amis ou des proches – et 2 à 3 signalements d’enlèvement et/ou de séquestration. A ce jour, 7 enfants (de 0 à 18 ans) sont enregistrés comme «personnes disparues» dans le répertoire de la police. Pour 6 d’entre eux, l’hypothèse d’une fugue, d’un accident ou d’un suicide est privilégiée. La disparition de Sarah Oberson, le 28 septembre 1985, est la seule pour laquelle la piste d’un enlèvement par un tiers est envisagée. Autre statistique significative, donnée par la police vaudoise cette fois: 88% des disparitions d’enfants sont le fait de l’un de leurs parents. Une réalité que la Fondation Oberson connaît et qu’elle traite d’ailleurs régulièrement lors de sa soirée annuelle, comme ce sera le cas le 12 novembre prochain. (Lire encadré)

Effectuer les premières vérifications 
et faciliter le déclenchement de l’alerte enlèvement

media: comm-media-nov-2014/FondOberson-seule.pngRassurer, donc, mais aussi informer. Car la Fondation, née de la disparition de la petite Sarah, 5 ans, à Saxon, le sait bien: le drame se produit parfois. Et chaque fois, c’est une fois de trop. «La Fondation a donc beaucoup milité pour la mise sur pied d’une alerte enlèvement nationale en Suisse, explique Jean Zermatten, président du Conseil de fondation. Reste que celle-ci, instaurée en 2010, n’a encore jamais été déclenchée.» Ainsi, la Fondation Oberson rappelle dans son flyer les premières vérifications à entreprendre avant de contacter la police: téléphoner à l’école, à la famille, aux amis, et aux voisins. Un travail précieux qui, réalisé par ceux qui connaissent le mieux l’enfant, permettra de confirmer – ou non – le soupçon de disparition et/ou d’enlèvement. Et donc de déclencher – ou non – rapidement l’alerte enlèvement. Car l’expérience le montre, le temps joue contre les victimes. Il s’agit dès lors d’en gagner.

Instaurer le dialogue en classe, à la maison

Enfin, le document s’adresse également aux enfants, et leur dispense quelques conseils pour bien réagir en cas de danger, ou mieux encore, l’éviter: ne pas se déplacer seul, prendre toujours le même chemin pour se rendre dans les endroits où il va souvent (école, foot, amis, etc.), ou encore hurler et se débattre en cas d’agression.

«Plus de 200 structures vont recevoir cette semaine un paquet de flyers, accompagné d’un courrier leur demandant de distribuer ceux-ci en classe, explique Guillaume Grand, vice-président du Conseil de fondation de la Fondation Sarah Oberson. Nous souhaitons faire remonter l’information aux parents par la voie des enfants, et créer ainsi le dialogue autour de cette thématique, à la fois en classe et à la maison. Nous espérons que les directeurs et enseignants joueront le jeu, et que notre message pourra être relayé.»

Les enseignants qui n’auraient pas reçu le document peuvent l’obtenir auprès de info@sarahoberson.org. A noter que la campagne se déploiera dans le Haut-Valais au printemps 2015.

La réglementation en matière d’entretien dans les cas de déficit après divorce ou séparation

21 octobre 2014

Conjointement dans l’autorité parentale mais pas dans l’obligation de supporter le déficit…?

“Le projet de loi ne prévoit pas de lever l’obligation unilatérale de supporter le déficit. Il reviendra donc toujours au parent bénéficiaire de la contribution d’entretien – et non au parent débiteur – de s’adresser aux services d’assistance et de se soumettre au régime toujours plus difficile de l’aide sociale.”

Evaluation du point de vue des droits humains de l’obligation unilatérale du parent bénéficiaire de supporter le déficit – Etude du CSDH.

Par le Centre suisse de compétence pour les droits humains (CSDH) le 21.10.14

Cette étude porte sur la pratique actuelle du droit suisse en matière de contribution d’entretien dans les cas de déficit à la suite d’un divorce ou d’une séparation. En Suisse, selon la pratique actuelle, il revient principalement, voire entièrement dans certaines conditions, au parent bénéficiaire de la contribution d’entretien d’assumer l’éventuel déficit financier. On parle de cas de déficit lorsque, après un divorce ou une séparation, le revenu commun ne suffit plus à couvrir les besoins des parents et des enfants vivant désormais dans deux ménages différents.

Selon la situation juridique actuelle, le minimum vital du parent soumis à l’obligation d’entretien doit être préservé selon le droit des poursuites (principe de l’intangibilité du minimum vital). Dans les cas de déficit, aucune contribution d’entretien après le divorce n’est donc accordée à l’époux/épouse et, selon la pratique actuelle, seule une contribution d’entretien réduite, voire nulle, est accordée pour l’enfant. Le parent titulaire de la garde des enfants – en général la femme – est donc tenu d’assumer non seulement les responsabilités éducationnelles, mais aussi la responsabilité financière partielle ou totale des enfants. Faute de moyens financiers suffisants, il se voit alors contraint de recourir à l’aide sociale pour compenser le revenu manquant.

Les réflexions menées actuellement autour de la révision des dispositions régissant l’entretien de l’enfant prévoient diverses mesures pour réduire les inégalités subies en cas de déficit par le parent bénéficiaire tenu d’assumer unilatéralement la responsabilité financière de l’enfant. Il s’agit ainsi, par exemple, de lever l’obligation de rembourser l’aide sociale octroyée pour l’enfant. Le projet de loi ne prévoit toutefois pas de lever l’obligation unilatérale de supporter le déficit. Il reviendra donc toujours au parent bénéficiaire de la contribution d’entretien – et non au parent débiteur – de s’adresser aux services d’assistance et de se soumettre au régime toujours plus difficile de l’aide sociale.

Contenu de l’étude

L’étude se penche sur les exigences que posent à la Suisse les droits humains et fondamentaux qu’elle a reconnus et qui la contraignent à instaurer une réglementation équitable (pour l’enfant, la mère et le père) en matière de contribution d’entretien dans les situations de déficit. Tenant compte du contexte juridique actuel suisse, elle entend se pencher sur les aspects suivants:

  • L’obligation unilatérale de supporter le déficit contrevient-elle au principe de l’égalité de traitement ou à l’interdiction de discriminer?
  • Quelles exigences posent les droits de l’enfant pour la réglementation en matière d’entretien?
  • Quelles exigences posées par les garanties prévues par les droits humains en matière de minimum vital et de droit à un standard de vie décent doivent être prises en compte?

En conclusion, l’étude résume et évalue la situation juridique de plusieurs pays européens. Elle propose finalement des recommandations pour une réglementation conforme aux droits humains.

Lire aussi :
- Enfants, séparation et drames : et si la société avait sa part de responsabilité ?, blog Fondation Sarah Oberson, 23.09.14
L’introduction de l’Autorité Parentale Conjointe (APC) ne doit être que le premier pas, blog Fondation Sarah Oberson, 15.07.14

Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées

30 septembre 2014

Soirée Sarah Oberson 2014 : La soirée vise à débattre des dispositifs existants de soutien psychosocial mis en place pour protéger l’enfant durant et après la séparation. Il sera aussi question du rôle joué par la société elle-même dans la violence qui caractérise certaines ruptures, violence née notamment des injustices perçues lors du choix de la garde des enfants. Sans généraliser des situations particulièrement intimes et individuelles, la table ronde portera sur la cohérence entre les corrélations avancées et les solutions apportées, ainsi que sur les pistes à envisager à long terme. Tout public.

Casino de Saxon, 12.11.14 de 19:00 à 21:00, Programme

Argumentaire

Que l’on veuille ou non, la séparation des familles fait partie intégrante de notre société (en 2012, 43% divorces, 12’700 enfants impliqués ; sans compter les séparations hors mariage). Phénomène banal en nombre, une séparation bouleverse totalement l’équilibre familial et peut mener à de grandes souffrances, notamment des enfants : des réactions variées sont généralement observées, autant émotionnelles que comportementales. Des aides existent pour les soutenir, comme le Parcours de Reliance de l’association As’trame Valais, où une écoute attentive de leurs besoins et un espace neutre où ils peuvent s’exprimer, leur sont offerts.

Les parents, outre la gestion de leur douleur, doivent trouver des espaces pour adapter la nouvelle vie de famille. Si le couple est dissout, la relation coparentale, elle, perdure. Son aménagement va constituer une étape cruciale vis-à-vis des enfants. La médiation familiale s’est avérée être un moyen efficace dans les cas de séparation où il existe une réelle volonté de réussite de la part des deux parents. La grande majorité des situations se règlent en effet de manière pacifique.

Les cas de divorce litigieux ne représenteraient que le 10%. Il n’en reste pas moins que dans bien des cas, une séparation rime avec paupérisation. Aussi, au sein des cas litigieux, des exemples extrêmes existent. Durant l’année 2013, la Suisse a enregistré 106 nouveaux cas d’enlèvements parentaux internationaux. De plus, les médias nous informent régulièrement de cas d’homicide d’enfants perpétrés par l’un des parents, qui tente par la suite de se suicider.

Des dispositions psychosociales de protection des enfants impliqués sont offertes et ils viennent renforcer les ressources juridiques déjà présentées lors de la Soirée Sarah Oberson 2011. L’Office de la Protection de l’Enfance valaisan est ainsi mandaté pour « assurer la protection des enfants domiciliés ou séjournant dans le canton », entre autres en « assur(ant) la coordination des différentes instances lors d’enlèvements internationaux d’enfants». Dans le cas de ces derniers, l’expertise du Service Social International démontre que la médiation reste un des moyens envisageables pour permettre aux parents de trouver des solutions viables, même dans des situations extrêmes.

Est-ce que ces mesures agissent sur les causes de ces débordements ? Palazzo et Modak émettent «…l’idée (…) selon laquelle l’écart statutaire et symbolique (diplôme, insertion dans l’emploi, position sociale, salaire, identité de genre, identité maternelle ou paternelle, etc.) entre les deux ex-conjoints a un impact particulièrement important. Plus les capitaux dont dispose chaque partenaire sont asymétriques (…) plus le « couple » s’engage dans une dynamique de continuité du modèle familial antérieur, que se soit dans le sens de l’interdépendance ou de la dépendance… ». Ainsi, selon Modak, le passage d’une famille unie à une famille séparée et fonctionnelle «ne peut sans doute que se construire en amont, avec une égalisation des conditions parentales, professionnelles et familiales, dans la famille indivisée et dans le marché du travail.»

Toutefois, en Suisse, les conditions socio-économiques et culturelles font que la mère prend en charge la majorité de la responsabilité parentale, alors que le père reste le pourvoyeur financier principal. D’une part, «…on constate qu’une répartition de l’activité lucrative entre les deux membres du couple n’est pas toujours intéressante. Autrement dit, le modèle du couple à salaire unique reste plus avantageux. » L’offre de conditions de conciliation entre la vie professionnelle et familiale fait partie de cette équation. D’autre part, l’idée culturellement dominante que «plus on accorde de l’importance (à la famille) moins on est ouvert à partager (sa) prise en charge», renforce ce schéma.

La séparation reste une démarche privée. Les soutiens et les mesures psycho-sociales et juridiques proposées permettent de contenir les conséquences difficiles de la séparation sur les enfants, lorsque le processus est déjà enclenché. La société possède toutefois, à travers des modifications socio-économiques adaptées, une bonne marge de manœuvre qui permettrait d’agir en amont pour adoucir le passage d’une famille unie à une famille séparée, autant du côté des enfants que des parents.

Références :

Libertino et Oberson, Les politiques familiales, SP 2010.

Modak, « Etre parent après une séparation », in Burton-Jeangros, Lalive D’Epinay et Widmer, Interactions familiales et construction de l’intimité : Hommage à Jean Kellerhals, L’harmattan, 2007, p. 313-324.

Palazzo-Crettol et Modak, « Etre parent après une séparation : analyse des processus de « départage » de l’enfant », in Swiss Journal of Sociology, 31 (2), 2005, 363-381

Robert-Nicoud, « Regional Disparities in Divorce Rates Within one Country : The Case of Switzerland », in Swiss Journal of Sociology, 40 (1), 2014, 29-55. Cit. « The regression analyses show the major importance of the socio-economic dimension, which exceeds the relative impact of the others. »

Solidarité avec la famille à la suite de la disparition de Emilie Fortuzi

22 janvier 2014

Il y a trois mois déjà, Emilie Fortuzi, 15 ans, disparaissait de l’institution “Les Buissonnets” de Fribourg où elle était placée ; les circonstances de sa disparition, le 12 novembre 2013, restent, pour l’heure encore inconnues.

Nous sommes tous meurtris par cette tragédie. Nous partageons l’angoisse et la douleur de sa famille.

Nous avons une pensée émue à l’égard de ses parents et de toutes les familles frappées par la douleur de ce drame. De tout cœur, nous souhaitons que toutes les démarches soient entreprises pour éclaircir les circonstances de cette disparition et formons tous nos voeux pour qu’Emilie soit retrouvée.

La Fondation Sarah Oberson remercie la Police fribourgeoise, ainsi que tous ce qui ont participé aux efforts déjà consentis pour retrouver Émilie Fortuzi. Elle exprime toute sa solidarité avec la famille d’Émilie.

« N’est-ce pas au plus profond de la nuit, qu’il faut croire à la lumière ? ».

Jean Zermatten
Président de la Fondation Sarah Oberson
Sion, le 21 janvier 2014.

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La Fondation Sarah Oberson adresse toutes ses condoléances à la famille d’Emilie Fortuzi, dont le corps a été retrouvé dans le lac de Schiffenen (FR) (06.02.2014).

http://www.lematin.ch/faits-divers/restait-petit-espoir-qu-emilie-vivante/story/14993418