Archive pour la catégorie ‘Disparition d’enfant’

Du couple amoureux au couple parental sans drames ?

6 février 2012

Le grand défi d’une séparation, où des enfants sont impliqués, est de garder la composante parentale du couple lorsque la composante conjugale s’efface. Pour la plupart, cette transformation réussit, grâce notamment aux outils mis à disposition. Des drames existeront toujours, mais le législateur a décidé de se donner des instruments pour en limiter le nombre. Que cette tendance ne s’atténue pas, car il s’agit malheureusement d’une problématique d’actualité.

Synthèse de la Soirée Sarah Oberson 2011, Working Report

Inspirée par le drame de la disparition d’Alessia et Livia, la Fondation Sarah Oberson, lors de la Soirée Sarah Oberson 2011, s’est posée la question suivante : Comment éviter que la séparation des parents ne finisse en drame pour les enfants?

«En Suisse, plus de 50 % des mariages se terminent en divorces, avec leurs cortèges de problèmes pour les parents et surtout pour les enfants concernés», dont le nombre est estimé à 15’000 par année (Comby). Les experts conviés à cette soirée s’entendent pour dire qu’il n’existe pas une solution miracle qui permette de vivre toutes les séparations de manière à respecter le bien-être et les intérêts de l’enfant. Par contre, des outils existent pour atténuer les conflits et réduire les répercussions dramatiques.

Lors d’une séparation, il y a des tensions qui sont souvent le fruit de malentendus. Sur ces incompréhensions se construisent les tensions futures qui peuvent déboucher sur un conflit ouvert ou même sur un drame. Si lors de la séparation, une personne qualifiée, un médiateur, peut aider à dissiper ces malentendus, beaucoup de situations potentiellement explosives peuvent être évitées (Agazzi).

Inscrite officiellement depuis le 1er janvier 2011 dans le code de procédures civiles (Partie 2, Titre 2), la médiation familiale (1) peut être bénéfique dans la mesure où il existe une réelle volonté et une capacité d’auto-responsabilisation de la part des deux parents. Par contre, lorsque le conflit est cristallisé, elle peut devenir un moyen supplémentaire pour alimenter les désaccords.

Malgré ces limitations, la médiation familiale jouit d’un taux de réussite de 75% et «propose une approche différente de la séparation qui place la dimension humaine et affective au centre (…) et qui donne à chacun la possibilité de se positionner en tant que véritable acteur face à la séparation. Utilisée à bon escient et de manière professionnelle, cette démarche permet d’appréhender la séparation non pas telle qu’elle est traduite par les acteurs juridiques, mais telle qu’elle est vécue par les conjoints et parents concernés.» (Debons)  Un autre instrument, en discussion au Parlement, pourrait être l’introduction de l’autorité parentale conjointe (2) comme règle lors de divorce ou de séparation. Partagée, l’autorité parentale est un outil qui permet à l’enfant de bénéficier de l’apport éducatif des deux parents.

Cette solution, tout comme la médiation familiale, peut prévenir les cas dramatiques en tuant dès le départ des situations potentiellement conflictuelles qui pourraient porter à des drames, notamment l’enlèvement (3).

Cheval de bataille du Mouvement pour la Condition Paternelle du Valais (Métrailler) et souhaitée par tous les experts et les groupes d’intérêts, l’autorité parentale conjointe comme règle, est contestée par la Fédération Suisse des Familles Monoparentales.
La formule actuelle exige, des parents qui veulent partager cette responsabilité, l’élaboration commune d’une convention sur l’organisation future de la famille. Elle force ainsi les parents à réfléchir conjointement sur comment ils vont communiquer et sur ce qu’ils vont décider ensemble. Si elle devient la règle, ce processus de réflexion commun n’est plus exigé. Le risque est de perpétuer le conflit et «reporter sur l’enfant la mésentente (non résolue) des parents» (Agazzi). «En effet, pour instaurer une autorité parentale conjointe, il faut une grande collaboration entre les parents. Imposer à l’un des deux cette autorité me paraît donc aléatoire en pratique si la collaboration ne se fait pas naturellement dans l’intérêt de l’enfant.» (Joris).

Ainsi, la médiation familiale et l’autorité parentale conjointe comme norme peuvent prévenir les drames dans la mesure où il existe une réelle volonté des deux parents de transformer le couple amoureux en couple parental responsable.

Dès le 1er janvier 2011, si ces conditions ne sont pas remplies, le juge responsable de l’affaire peut nommer, un curateur (un avocat d’enfant) qui défendra les intérêts de l’enfant (art. 299 et 300 du code de procédure civile). Ce nouvel acteur est partie prenante à la procédure juridique, il a des droits au même titre que les avocats des autres parties : le droit d’interjeter un recours, le droit de déposer des écritures.

Lorsque les conflits sont cristallisés, lorsque les parents n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente pour garantir des conditions de vie satisfaisantes pour leurs enfants, le curateur est l’élément procédural qui prend du recul et se concentre sur les intérêts de ces derniers sans l’influence de l’une ou de l’autre partie. Ainsi faisant, il peut désamorcer des situations qui peuvent s’avérer dangereuses pour le développement de l’enfant, mais aussi pour sa sécurité.

Lorsque l’enfant est enlevé par un parent souffrant mais bienveillant, le Service Social international, qui fait face régulièrement à ce type d’événements, trouve des solutions viables pour les enfants en travaillant avec la médiation. Comme Mme Debons, M. Widmer souligne la nécessité d’une volonté de l’un ou de l’autre parent d’entreprendre une médiation. Cette volonté peut être puisée dans l’amour que les deux parents portent à leur enfant, sans accusations et sans jugements.
Dans un système de collaboration entre les institutions compétentes, cette médiation doit être préparée et portée à bien par des personnes compétentes. Il faut aussi vérifier que les décisions prises dans ce cadre soient dans l’intérêt de l’enfant. Puis, il faut assurer un suivi de l’enfant et des décisions prises car si «un nouveau conflit surgit, les réactions peuvent s’avérer dommageables pour l’enfant».
Selon Widmer, il est nécessaire d’accompagner la famille «même sans solutions, même sans buts précis, il est nécessaire que les personnes qui vivent de tels moments ne soient pas laissées toutes seules».

Par ailleurs, il est utopique de penser qu’on puisse éliminer tout risque de drame de notre société. Il faut donc prévoir des mesures répondant aux situations extrêmes, lorsque la sécurité physique et psychique d’un enfant est menacée.

Dans ce cadre, l’Alerte enlèvement est opérationnelle en Suisse depuis début 2010, grâce notamment à la Fondation Sarah Oberson. L’enlèvement par un parent, par contre, n’est pas un critère pour son déclenchement. Selon Varone, le système reste perfectible et la mise en danger de l’intégrité physique et psychique d’un enfant, même par un parent, peut amener à son utilisation. Il reste à améliorer l’échange d’information entre les services compétents d’un canton, afin que la menace encourue par l’enfant soit évaluée au mieux et ainsi permettre une réaction adéquate pour le bien du mineur.

«La Fondation Sarah Oberson souhaite aussi que la Suisse se dote rapidement du numéro européen 116000 (système décrit par M. Toutounghi, p. …), pour apporter une écoute attentive, des conseils utiles et un soutien bienveillant aux familles confrontées à la disparition des enfants. (…) Il s’agit à notre avis d’un complément indispensable au système Alerte Enlèvement». (Comby)

Le grand défi d’une séparation, où des enfants sont impliqués, est de garder la composante parentale du couple lorsque la composante conjugale s’efface. Pour la plupart, cette transformation réussit, grâce notamment aux outils mis à disposition. Des drames existeront toujours, mais le législateur a décidé de se donner des instruments pour en limiter le nombre. Que cette tendance ne s’atténue pas, car il s’agit malheureusement d’une problématique d’actualité.

Clara Balestra, 06.02.2012

(1) «La médiation familiale (…) consiste à mettre en œuvre un processus volontaire au cours duquel un tiers neutre et impartial – le médiateur familial – propose aux parents un espace de parole confidentiel et accompagne ces derniers dans l’élaboration de solutions satisfaisantes pour toutes les personnes concernées (…). Cette démarche, basée sur le dialogue, vise le maintien de la co-parentalité au-delà de la séparation et place l’intérêt de l’enfant au cœur du processus.» (Debons)

(2) «L’autorité parentale est le pouvoir légal des parents de prendre les décisions nécessaires pour l’enfant mineur. Elle comprend, notamment, la compétence de déterminer les soins à donner à l’enfant, de diriger son éducation (y compris religieuse) en vue de son bien et de prendre les décisions nécessaires, de même que de décider de son lieu de résidence.» (Joris).

(3) «Les dispositions révisées portent également sur la détermination du domicile. Le parent qui souhaite déménager, seul ou avec l’enfant, devra en principe obtenir l’assentiment de l’autre parent, sauf s’il reste en Suisse et que le changement de domicile n’affecte pas de manière significative l’exercice de l’autorité parentale (p. ex. lorsque la distance séparant les deux domiciles ne s’en trouve pas sensiblement modifiée). En cas de litige, il reviendra au juge ou à l’autorité de protection de l’enfant de trancher.» Communiqué de presse du Conseil fédéral du 17.11.2011.

Intervenants :
M. Bernard Comby, Président de la Fondation Sarah Oberson
Mme Doris Agazzi, Coordinatrice Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM)
Mme Christine Debons, Médiatrice indépendante agréée par la Fédération suisse des Associations de Médiation (FSM)
M. Christophe Joris, Juge de district, Tribunal de Martigny et St-Maurice
M. Frédéric Métrailler, Membre du Mouvement de la Condition Paternelles Valais
Mme Patricia Michellod, Avocate et Curatrice dans le Canton de Genève
M. Rolf Widmer, Directeur du Service Social International (SSI), Genève
M. Christian Varone, Commandant de la Police cantonale valaisanne
M. Yves Toutounghi, Directeur général de la Fondation Missing Children Switzerland

Aussi : La médiation dans l’ordre juridique suisse.

C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé d’organiser cette Soirée Sarah Oberson 2011

29 novembre 2011

La tragédie de la disparition des jumelles Alessia et Livia au début de cette année nous a tous interpellés !.. Au sein de la Fondation Sarah Oberson, nous nous sommes demandés comment faudrait-il faire pour éviter à l’avenir que la séparation des parents  finisse en drame pour les enfants ?

Discours d’ouverture de la Soirée Sarah OBerson 2011, Dr. Bernard Comby

La tragédie de la disparition des jumelles Alessia et Livia au début de cette année nous a tous interpellés !.. Au sein de la Fondation Sarah Oberson, nous nous sommes demandés comment faudrait-il faire pour éviter à l’avenir que la séparation des parents  finisse en drame pour les enfants ?
C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé d’organiser cette Soirée Sarah Oberson 2011, consacrée à cette importante problématique d’actualité, en attirant votre attention sur les nouvelles solutions à développer pour le futur.

Il faut savoir qu’en Suisse, plus de 50 % des mariages se terminent en divorces, avec leurs cortèges de problèmes pour les parents et surtout pour les enfants concernés. Certes, le divorce fait partie de l’évolution de notre société et n’est pas nécessairement une calamité. Mais il porte en lui son lot de souffrances pour les milliers d’enfants involontairement touchés par ces ruptures entre adultes. Chaque année, ils sont au nombre d’environ 15’000 enfants embarqués bien malgré eux dans cette aventure.
Fort heureusement, dans la grande majorité des cas, les situations trouvent un règlement à l’amiable, respectant le bien des enfants concernés. Nous estimons à quelque 10 % les cas de divorces litigieux. Certains conduisent même à des situations extrêmes.
Par exemple, en Suisse, l’année dernière, 102 nouveaux cas d’enlèvements parentaux internationaux ont eu lieu. Il s’agit-là de couples bi-nationaux déchirés, qui engendrent des situations où les enfants sont en quelque sorte pris en otage par l’un des deux parents…

Quelles sont les solutions qui permettront à l’avenir de mieux régler cette délicate question de la séparation ou du divorce des parents ? La médiation familiale, l’autorité parentale partagée, le curateur des enfants ; il s’agit-là de solutions à mettre en œuvre pour apporter des réponses adéquates aux douloureux problèmes posés.

Pour ma part, je pense que nous devrions généraliser la médiation familiale lors de toute séparation ou de tout divorce, entraînant dans leur sillage des enfants. Il faudrait la rendre obligatoire ! Les expériences réalisées en France dans ce domaine ont donné des résultats tout à fait probants. En Suisse, des expériences concluantes ont également été faites à ce sujet. Dans le cas d’enlèvements sur le plan national, voire international, la médiation demeure aussi sans doute la solution la plus efficace. Mais il ne faut pas non plus exclure la possibilité d’élargir les critères du déclenchement de l’Alerte Enlèvement lorsque l’intégrité de l’enfant est mise en danger…

La Fondation Sarah Oberson souhaite aussi que la Suisse se dote rapidement du numéro européen 116000 pour apporter une écoute attentive, des conseils utiles et un soutien bienveillant aux familles confrontées à la disparition des enfants. Il semble que la Confédération veuille sérieusement empoigner ce problème, avec l’aide des ONG spécialisées en la matière. Nous l’y encourageons ardemment. Il s’agit à notre avis d’un complément indispensable au système Alerte Enlèvement, entré en vigueur dans notre pays le 1er janvier 2010.

Quant à la solution de l’autorité parentale partagée, qui fait débat actuellement en Suisse, elle devrait sans doute devenir la règle dans tous les cas de séparations ou de divorces.
D’ailleurs, une motion vient d’être approuvée tacitement dans ce sens par le Conseil National, le 30 septembre 2011 et une modification du Code Civil devrait rapidement voir le jour dans notre pays, selon la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.
Certes, il ne s’agit pas d’une panacée, car plusieurs mesures concomittantes s’avèrent indispensables afin de respecter le bien et l’intérêt de l’enfant concerné, conformément à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ratifiée par la Suisse. Mais il est temps que notre pays fasse de l’autorité parentale partagée une règle générale à appliquer dans toutes ces situations. Personnellement, je saisis l’occasion de cette Soirée pour lancer un appel en faveur de cette solution.

En remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène de société, la Soirée Sarah Oberson 2011 vise donc à réfléchir sur certains dispositifs mis en place partiellement ou à titre expérimental dans notre pays, à savoir notamment la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant.
En confrontant ces pratiques avec la réalité quotidienne, les exposés que nous allons entendre et la Table ronde nous apporteront sans doute les réponses souhaitées.
D’ores et déjà, je remercie chaleureusement tous les Intervenants de ce soir, qui nous ont fait l’honneur et l’amitié de leur présence et vous dédie à tous cette pensée de Fénelon :

“L’enfant est comme une bougie allumée dans un lieu exposé au vent : sa lumière vacille toujours.”

 

Mobilisons-nous contre la disparition d’enfants

8 novembre 2011

La Fondation Sarah Oberson organise une soirée pour éviter que la séparation des parents ne provoque l’enlèvement d’enfants. A suivre demain à Saxon.

Article paru dans Le Nouvelliste le 8 novembre 2011 – CHRISTINE SAVIOZ

EVITER DES DRAMES

La dernière image de Sarah Oberson, avant son enlèvement. Elle avait 5 ans. DR Sarah Oberson aurait 31 ans aujourd’hui. Qu’est donc devenue la fillette disparue à Saxon en 1985? La question est sur toutes les lèvres depuis plus de vingt-cinq ans. Pendant toutes ces années, ses parents ont espéré la retrouver. Aujourd’hui, ils espèrent toujours, envers et contre tout. Même si, pour l’instant, les recherches n’ont pas abouti. “Le dossier ne sera pas fermé tant qu’on n’aura pas retrouvé Sarah”, affirme Bernard Comby, président de la Fondation Sarah Oberson.

Un drame marquant

Le Saxonin s’est beaucoup investi pour que la disparition de Sarah ne sombre pas dans l’oubli. Il était l’un des pionniers du mouvement de recherche de la fillette à la fin des années 80, puis de la Fondation au nom de Sarah Oberson. “Ce drame m’a beaucoup touché. Ma fille connaissait bien Sarah. Sa disparition a plongé le village dans la stupeur. C’était la pire catastrophe qui pouvait arriver”, se souvient Bernard Comby.

Depuis lors, il n’a jamais baissé les bras. Pour soutenir la famille de Sarah, mais aussi pour faire de la prévention dans l’enlèvement d’enfants. Chaque année, la Fondation organise des journées Sarah Oberson. Cette année, décision a été prise de mettre sur pied une soirée sur le thème: “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes“. La soirée, sans inscription et gratuite, aura lieu demain à 19 heures au casino de Saxon (voir encadré). “Nous avons eu l’idée de ce thème suite à la disparition des jumelles Alessia et Livia. L’enlèvement d’enfant par l’un des parents est malheureusement de plus en plus fréquent et nous voulions tenter de donner quelques solutions avant qu’il ne soit trop tard”, note Bernard Comby.

Ainsi la Fondation s’investit-elle à fond dans la mise sur pied des numéros d’alerte enlèvement, dont le 116 000, (numéro européen) – également l’un des buts de la Fondation Missing Children Switzerland fondée par la maman des jumelles, Irina Lucidi. “Le 116 000 n’est pas encore en vigueur en Suisse, alors qu’il l’est dans de nombreux pays européens, dont la France, l’Italie et l’Allemagne”, souligne Bernard Comby. Or les chiffres le prouvent: cette ligne d’urgence gratuite est plus que nécessaire en Suisse. L’an dernier, 102 parents ont enlevé leurs enfants dans le pays. “La grande majorité de ces enlèvements se sont faits hors frontières helvétiques, lorsque le parent a emmené l’enfant dans son pays d’origine”, explique Bernard Comby. Sans oublier les fugues d’enfants. “Nous pouvons compter entre 1000 et 1100 enfants disparus en Suisse chaque année.”

Si la Fondation Sarah Oberson est active dans la promotion du 116 000, elle ne peut cependant pas financer une telle entreprise. “C’est une affaire à un million et nous n’en avons pas les moyens. C’est à la Confédération de prendre en main ce projet”, explique Bernard Comby.

Car le phénomène n’est pas près de s’atténuer. Les disparitions d’enfants font la une des journaux régulièrement. La semaine dernière encore, Océane, 8 ans, a été retrouvée morte après avoir été enlevée en plein cœur de Bellegarde, un village français de 6000 habitants. “S’il n’est pas bon de tomber dans la psychose, il faut quand même redoubler de prudence”, note Bernard Comby.

Une fois le drame arrivé, difficile ensuite pour les parents de faire le deuil. Surtout lorsque l’enfant n’a pas été retrouvé. “Comment vivre après une disparition? Je crois que l’on survit. En plus, pour les parents Oberson par exemple, chaque fois que l’on reparle de l’enlèvement de Sarah, tout remonte à la surface. C’est pénible à vivre pour eux.” Des parents qui ont pourtant décidé de ne jamais baisser les bras et d’aider les autres personnes vivant un tel drame. “A travers la Fondation, ils essaient de supporter l’insupportable. C’est aussi une façon de maintenir leur enfant vivante.”

C’était le 28 septembre 1985…

Le 28 septembre 1985, à 17 h 30, Sarah Oberson, 5 ans, quitte son domicile de Saxon pour se rendre chez sa grand-maman quelques mètres plus loin. Elle n’y est jamais arrivée.

A 18 h 30, ses parents, aidés d’une dizaine d’autres personnes, commencent à la chercher dans le village. Le vélo de Sarah est retrouvé au bas de l’escalier accédant à la salle de gymnastique. Deux personnes diront plus tard avoir aperçu la fillette dans la cour d’école, à 50 mètres du domicile familial.

A 21 h 20, le papa de Sarah avertit la police cantonale. Un avis de disparition est alors diffusé partout. Les recherches seront intensives pendant des semaines. Sans succès.

De fausse piste en fausse piste

Vingt-six ans ont passé. Mais le dossier n’est pas fermé. Chaque année, des informations parviennent à la police cantonale. Informations contrôlées, vérifiées. Certains affirment avoir aperçu une petite fille ressemblant à Sarah – comme cette dame disant l’avoir vue à Vienne; d’autres prétendent savoir l’endroit où se trouve la fillette devenue une jeune femme, grâce à des pendules. Toutes les pistes ont été étudiées. Malheureusement, les fausses pistes se sont succédé. A chaque fois, l’espoir des parents a été déçu. Un portrait robot de Sarah, vieillie de quelques années, a même été réalisé par le FBI plusieurs années après sa disparition. Cela n’a pas suffi. Sarah Oberson reste introuvable. Est-elle seulement toujours vivante?

L’espoir demeure

“Nous ne voulons pas perdre espoir. Peut-être qu’il existe encore des personnes qui ont vu quelque chose et n’ont rien dit. Nous sommes prêts à les entendre”, souligne Bernard Comby, conscient que la disparition date de plus de vingt-six ans. “Certaines personnes sont peut-être décédées avec quelque chose qu’elles savaient. Elles sont peut-être mortes en emportant ce secret.”

En attendant, l’élan de solidarité qu’a soulevé cette disparition n’a jamais failli depuis 1985. Des centaines de personnes ont aidé la famille et ont été sensibilisées par ce drame qui peut arriver à tout parent. Une manière aussi de ne jamais oublier Sarah Oberson.

Entre 1984 et 1986, quatre autres enfants ont disparu en Suisse, dont on est toujours sans nouvelles aujourd’hui.

“La médiation est la meilleure solution”

“Nous avons en moyenne 70 à 80 dossiers par année de parents ayant enlevé leurs enfants”, souligne Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI) à Genève – il sera d’ailleurs l’un des intervenants de la soirée Sarah Oberson demain soir à Saxon. Parmi les dossiers traités par ce service, il existe des cas valaisans. “Oui, nous en avons, bien sûr. Ce sont surtout des parents binationaux. L’un des deux parents ayant décidé de retourner dans son pays d’origine avec l’enfant.” Dans ces situations particulières, le SSI tente alors de nouer le contact avec le parent qui a disparu. “En général, nous savons où il est parti.” Place ensuite à la médiation. L’essentiel étant de pouvoir instaurer un dialogue entre le père et la mère. “La solution ne peut être trouvée que si les parents acceptent de se parler. La médiation est la meilleure solution”, ajoute Rolf Widmer.

Dans 80% des cas, le dialogue peut être rétabli. “Nous avons par exemple eu récemment la situation d’une maman partie en Australie. Le papa a alors pu dialoguer à nouveau avec ses enfants, en leur parlant par webcam dans nos bureaux. Il venait chaque jour pour voir ses enfants.”

Sécurité de l’enfant primordiale

Le plus important reste la sécurité de l’enfant. “Nous faisons tout notre possible pour en savoir plus sur son état et pour le protéger ensuite”, ajoute Rolf Widmer. Toutes les décisions sont prises dans l’intérêt de l’enfant. “De nombreux parents enlèvent leurs enfants par peur de ne plus avoir de droit de visite. Il s’agit alors de discuter pour voir comment les choses peuvent s’arranger au mieux.” Le Service social international dispose d’un réseau mondial comptant 140 pays, un atout non négligeable pour retrouver un père ou une mère ayant disparu.

Parfois, une maman peut faire appel au SSI par prévention. “Elle craint par exemple que son ex-mari n’emmène ses enfants dans son pays d’origine. On tente alors d’instaurer le dialogue avec le papa pour donner des sécurités, pour rassurer la maman. Cela représente la moitié de nos dossiers”, précise encore Rolf Widmer.

Si le Service social international a identifié le lieu où s’est réfugié un parent, la police n’intervient pas. “Sauf si un tribunal l’exige”, note Rolf Widmer. Pour toutes les autres disparitions, les policiers interviennent immédiatement. D’où l’importance de la mise en service du numéro 116 000 en Suisse. “C’est au moins un endroit où les parents pourront s’adresser. Mais cela ne marchera que si les personnes répondantes sont bien formées”, conclut le directeur du Service social international.

Commentaire : Christine Savioz

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je me rappelle de cette image diffusée sur le petit écran, placardée partout dans le canton, de cette bouille joviale brutalement arrachée aux siens.

Je me souviens de l’incompréhension aussi. Comment une fillette de 5 ans pouvait-elle ainsi être enlevée dans un village où tout le monde se connaît? L’acte paraissait inimaginable pour les Valaisans. Subitement, tous les parents du canton ont redoublé de vigilance. Ils ont prévenu, encore et encore, leurs enfants de ne pas suivre des inconnus. Je me souviens des consignes parentales me demandant de faire attention aux “individus paraissant bizarres”. Tout le monde semblait soudain suspect aux yeux de l’adolescente que j’étais. L’ambiance était à la méfiance partout, dans et hors de la cour d’école. L’affaire a soulevé des vagues d’émotions et de solidarité en Valais, en Suisse et dans toute l’Europe. Les témoignages se sont accumulés. Il y a eu les espoirs. Puis, les déceptions. Car, malgré des recherches intensives, des appels répétés à la population d’ici et d’ailleurs, rien n’y a fait.

Sarah est toujours introuvable. Le mystère reste complet. Et la douleur des parents ne peut pas s’amenuiser.

Comment ne pas se révolter devant un tel drame? Comment vivre après la disparition de son enfant?

Les parents de Sarah Oberson ont sans doute tenu bon pour leurs autres enfants. Ils ont peut-être puisé la force de survivre dans leur envie d’aider les parents vivant le même drame. Dans leur investissement pour contribuer au développement des alertes enlèvement, aussi. En s’investissant pour les autres, ils ont réussi à traverser les années et à avancer malgré tout. Même si le chagrin ne passera jamais. Comme l’espoir de retrouver un jour leur adorable Sarah. Je me souviens d’une photographie en noir-blanc. La fillette souriait à pleines dents, devant un arbre en fleurs. Elle semblait heureuse.

Ce 28 septembre-là, il a subitement fait très froid.

Au Programme

 

La soirée Sarah Oberson aura lieu ce mercredi 9 novembre à 19 heures au casino de Saxon, sur le thème “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes”. Les intervenants tenteront de trouver des solutions pour éviter que la séparation des parents ne finisse en drame pour les enfants. L’entrée est gratuite.

19 heures. Les enlèvements parentaux: l’enfant otage, par Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI).

19 h 20. “Enfants et séparations: quel rôle pour la médiation familiale”, par Christine Debons, médiatrice indépendante.

19 h 35. “L’autorité parentale conjointe: pratique des tribunaux” par Christophe Joris, juge de district, Tribunal de Martigny et Saint-Maurice.

19 h 50. “Le curateur de l’enfant: un nouveau venu sur la scène judiciaire” par Patricia Michellod, avocate et curatrice dans le canton de Genève.

20 h 05. Table Ronde dirigée par Fabrice Germanier, membre du Conseil de la Fondation Sarah Oberson, avec Christian Varone, commandant de la police cantonale valaisanne, Yves Toutounghi, directeur général de la Fondation Missing Children Switzerland, Doris Agazzi, coordinatrice romande de la Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM) et Frédéric Métrailler, membre du Mouvement de la Condition Paternelle Valais.

21 heures. Clôture

21 h 05. Apéritif offert par la commune de Saxon.

Renseignements complémentaires sur www.sarahoberson.org.

A noter que toute personne peut soutenir les activités de la Fondation en devenant marraine ou parrain par le versement d’un montant de 20 francs.

Vers le lancement en Suisse du numéro 0848 116 000 en cas de disparition d’enfant

7 octobre 2011

La Fondation Sarah Oberson et la Fondation suisse du Service Social International soutiennent vivement le lancement du Numéro 0848 116 000 en Suisse, par l’intermédiaire de la Fondation Missing Children Switzerland.

La Fondation Sarah Oberson, la Fondation suisse du Service Social International, ainsi que la Fondation Missing Children Switzerland, unissent leurs efforts pour promouvoir le lancement en Suisse de la ligne d’urgence 116 000 européenne en cas de disparition d’enfants. Le 116 000 permet aux familles d’enfants disparus d’obtenir des informations, une écoute et un soutien professionnel, accessibles et disponibles en tous temps. Il s’agit d’un complément indispensable au système d’alerte enlèvement, entré en vigueur dans notre pays en 2010.

Le 116 000 offre une écoute en plusieurs langues, assurée par des professionnels. Il est gratuit et accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Il veut assurer une meilleure coordination à l’échelle nationale ainsi qu’européenne des recherches de la part des autorités compétentes. Il est désormais opérationnel dans 17 pays européens, dont la France, l’Italie et l’Allemagne.

En outre, des relais opérationnels seront choisis dans tous les cantons, en collaboration avec les autorités, notamment les polices cantonales. Enfin, un Comité de Suivi, avec des représentants des partenaires, sera mis en place.

Communiqué de presse

Fondation Sarah Oberson
www.sarahoberson.org
Bernard COMBY
Président

Fondation Missing Children Switzerland International
www.missingchildren.ch
Irina LUCIDI
Présidente

Fondation suisse du Service Social
www.ssiss.ch
Rolf WIDMER
Directeur

Lire aussi :

Après Alerte enlèvement, peut-on offrir mieux ?

Dernier appel pour la mise en œuvre du 116’000

116 000, un complément au dispositif d’Alerte enlèvement ?

 

Comment éviter que la séparation des parents finisse en drame pour les enfants ?

6 septembre 2011

Comment éviter que la séparation des parents finisse en drame pour les enfants? Remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène, la Fondation Sarah Oberson organise la Soirée Sarah Oberson 2011 : “Séparation des parents, disparition des enfants : quelques pistes”, qui vise à réfléchir sur certains de dispositifs qui tentent d’atténuer les répercussions négatives de ces ruptures : la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant. En invitant des praticiens qui travaillent avec ces outils, la Fondation cherche à confronter ces pratiques à la réalité.

Chaque année en Suisse, environ 50% des mariages finissent en divorces : on estime à 15’000 les enfants concernés par la séparation de leurs parents, sans compter les séparations hors mariage. Malgré l’acceptation sociale acquise dans les dernières décennies, la rupture porte avec elle un lot important de souffrance, pour les parents eux-mêmes mais aussi pour les enfants issus de ces alliances.

La grande majorité des situations se règlent de manière civilisée. On estime que les cas de divorce litigieux ne sont que le 10%. Il n’en reste pas moins que, entre ces cas litigieux, des cas extrêmes existent. En Suisse, 102 nouveaux cas d’enlèvements parentaux ont été enregistrés en 2010 – ces chiffres ne considèrent que les enlèvements internationaux. Les médias nous informent régulièrement de cas d’homicide d’enfants perpétués par un des parents et qui tente de se suicider par la suite. Les enfants paient parfois cher la séparation de leurs parents.

La France a instauré des tribunaux des familles, qui permettent une spécialisation des professionnels et un encadrement des familles. La Suisse a choisi de faire face à ce phénomène en introduisant des mécanismes qui tentent d’atténuer les répercussions négatives de ces ruptures, notamment sur les enfants. Remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène, la Soirée Sarah Oberson 2011 vise à réfléchir sur certains de ces dispositifs : la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant. En invitant des praticiens qui travaillent avec ces outils, la Fondation cherche à confronter ces pratiques à la réalité.

La médiation familiale fait désormais partie des démarches de séparation que se soit sur le plan judiciaire qu’extrajudiciaires. Lors de séparation, dans des familles qui ne fonctionnent pas sur un modèle égalitaire et démocratique, la médiation, promotrice des séparations négociées, peut-elle arriver à des résultats qui garantissent une meilleure protection du mineur ?
L’autorité parentale conjointe – pratique de plus en plus appliquée que se soit dans les pays voisins qu’en Suisse – fait débat dans notre pays depuis maintenant deux ans. Dans la pratique quotidienne, lors de couples déchirés par des conflits, est-elle un moyen pour permettre à l’enfant de bénéficier de l’apport éducatif des deux parents, ou elle perpétue plutôt les mésententes, en aggravant ainsi le contexte de vie de l’enfant ?
Le curateur, ce nouvel acteur juridique, défend les intérêts de l’enfant. Quels remparts existent pour garantir la légitimité de cette représentation, notamment quand l’enfant n’a pas encore développé sa capacité de discerner ? Et de quelle manière le fait de défendre les intérêts de l’enfant, membre égalitaire de la famille en conflit, permet de lui garantir une meilleure protection ?

En vue de refléter la complexité et la diversité des situations de séparation et d’envisager des pistes de solution réalistes, la Fondation Sarah Oberson a organisé une table ronde qui suivra les présentations des experts. Cette table ronde se veut à la fois contradictoire et constructive en introduisant dans le débat, en plus des professionnels du secteur, la voix et le vécu des parents gardiens et non-gardiens, par des représentants respectivement de la Fédération suisse des familles monoparentales et du Mouvement de la Condition Paternelle Valais.

LA FONDATION SARAH OBERSON,
L’INSTITUT INTERNATIONAL DES DROITS DE L’ENFANT

organisent
une soirée de réflexion sur le thème :

Séparation des parents, disparition des enfants : quelques pistes

Le mercredi 9 novembre 2011
au Casino de Saxon

Programme de la Soirée

Bulletin d’inscription

Brochure 2011

La Fondation Sarah Oberson organise chaque année une journée de réflexion, sur les thèmes d’actualité liés à la protection de l’enfance. Cette année, elle propose une nouvelle formule dans le but de rendre plus accessible ce moment d’approfondissement aux professionnels et aux parents. Elle présente ainsi 4 interventions d’experts de 15 minutes chacune et une table ronde qui se veut ouverte au débat d’idées.

Des news, à n’importe quel prix

3 août 2011

News of the World s’en prend à la famille d’un enfant disparu.

La famille de Milly (Amanda Jane) Dowler vient vient d’assigner le journal News of the World (tabloïd britannique) en justice pour le paiement de dommages et intérêts. Le scandale des écoutes abusives, qui secoue actuellement le Royaume-Uni, n’épargne pas cette famille touchée par la disparition de sa fille.

Milly Dowler, une fille de 13 ans, disparaît en mars 2002 en rentrant de l’école. Dès l’annonce de sa disparition, News of the World demande à un investigateur privé les numéros de téléphone de la famille. Avec ces informations obtenues illégalement, le journal pirate le cellulaire de Milly et intercepte ses messages vocaux. Lorsque les parents et amis tentent de contacter la jeune fille sur son cellulaire, les journalistes enregistrent leurs messages.

Durant les premiers jours après la disparition de la jeune fille, la boîte vocale de son cellulaire, étant pleine, n’accepte plus de messages supplémentaires. News of the World insatisfaits des informations obtenues, décide alors de vider la boîte vocale.

Les effets sont délétères. D’une part, les investigateurs n’ont jamais eu accès à des informations qui auraient pu être cruciales au déroulement de l’enquête. D’autre part, le journal a donné des espoirs injustifiés à la famille qui a pensé que Milly avait elle-même vidé sa boîte vocale, prouvant ainsi qu’elle était, peut-être, toujours en vie. Malheureusement, Milly était déjà morte à ce moment là. Le jugement du meurtrier de l’enfant s’est tenu au mois de juin 2011.
Encore à l’affût de sensationnalisme, le journal demande et obtient, dans cette période, une interview exclusive de la famille. Cette dernière y parle justement  de ce regain d’espoir suscité par les pratiques du journal lui-même.

Suite aux révélations du rôle joué par le journal dans les premiers jours de la disparition de leur fille, les parents de Milly Dowler ont décidé d’attaquer en justice le tabloïd pour avoir interféré dans les investigations sur la recherche de leur fille et pour les faux espoirs que le journal a fait surgir par ses actes inconsidérés.

L’énorme réaction du public britannique à ces découvertes a contribué à la fermeture du journal. Elle a aussi mené à une avalanche d’investigations et d’enquêtes sur le piratage informatique des téléphones et sur l’éthique journalistique qui dépassent largement les frontières du journal incriminé et touche les hautes sphères du pouvoir britannique.

Informations tirées de l’article Missing Milly Dowler’s voicemail was hacked by News of the World, The Guardian, 4 juillet 2011, et Murder of Milly Dowler, Wikipédia

Comment vivre avec un enfant disparu ?

18 juillet 2011

Comment vivre avec un enfant disparu ? Pour mieux comprendre et mieux aider, on nécessite des connaissances scientifiques ultérieures sur les spécificités de la  situation vécue par les familles confrontées à la disparition de longue durée de leur enfant dans des circonstances inexpliquées. Les cas sont fort heureusement rares, ce qui rend la recherche scientifique difficile. La Fondation appelle tout de même le corps scientifique à se pencher sur cette question.

Plusieurs démarches ont été entreprises par la Fondation Sarah Oberson afin de rassembler du matériel scientifique concernant la situation de «deuil suspendu» vécu par les familles d’enfants disparus en circonstances inexpliquées, sans nouvelles depuis longtemps.

Des textes qui traitent du deuil des familles en cas de disparition existent, mais ils n’abordent souvent que des situations de violence – dites les disparitions forcées (Argentine, Balkans). Néanmoins, ces derniers peuvent aider à la compréhension des situations de disparitions inexpliquées par le point qui les rapproche, soit le manque d’informations sur l’absence de la personne aimée.

«Dans la pensée traditionnelle, les rites de deuil ont pour but d’apaiser l’âme du défunt et de la fixer dans le monde des morts afin qu’elle ne revienne pas hanter les survivants et leur porter préjudice» (Probst Favret, p. 109).
Par contre, lorsqu’un être cher disparaît «les familles restent en suspens, dans l’indétermination la plus complète. Si leurs proches ne donnent plus signe de vie, c’est sans doute qu’ils sont morts. Mais rien ne vient marquer la mort comme un événement : ni langage, ni images, ni rituel. (…) Les familles sont au seuil (limen en latin) de la mort, du veuvage, du deuil. Mais cette étape transitionnelle est, par le silence, perpétuellement maintenue» (Verstraten, p. 75-76).
«Dans ce deuil suspendu, comment dès lors parvenir à une élaboration mentale de la séparation ?» (Probst Favret, p. 108) «Peut-on parler véritablement de deuil, dans la mesure où à aucun moment la mort n’a été avérée, ni décrétée, point de départ d’un travail de deuil ?» (Probst Favret, p. 102)

Pour ce qui est des disparitions forcées, Verstraten et Probst Favret soulignent l’importance des pratiques collectives de ritualisation qui aident les familles à survivre à la perte et à l’inconnu. Les manifestations des Madres de la Plaza de Mayo permettaient, durant la dictature, de rendre réelles ces personnes qui se perdaient dans le silence du régime (Verstraten). Les commémorations collectives de Srebrenica permettent aux familles de marquer, par une cérémonie, le souvenir de leurs proches disparus, sans pour autant les enterrer (Probst Favret). Les nombreux monuments du souvenir érigés partout dans le monde témoignent eux-aussi de cette nécessité de concrétiser les absences.
Les pratiques collectives de ritualisation sous-entendent un moment historique donné, une situation vécue par la communauté, par la nation. La mort des disparus, par le contexte historique, peut être considérée, si pas certaine, comme probable.

Ainsi, Probst Favret décrit, dans son article, le processus d’apaisement d’une famille dont le père est disparu à Srebrenica. Cette famille a réussi à «passer par un processus de séparation et du deuil, mais un deuil particulier (qu’on nommera) «deuil centré sur l’absence» (…) Ce deuil particulier qui comporte de fortes présomptions de mort, a permis dans la thérapie, sans ambigüités, d’évoquer le disparu et d’inciter la famille à élaborer psychiquement et socialement cette absence, avec ses dimensions de perte et de présomptions de mort. Cette évocation a permis l’expression des affects et de l’attachement ainsi que la recherche de souvenirs qui initient l’intériorisation du lien, absent de la réalité»  (p. 109).

Il faut souligner que la reconnaissance de l’existence de ces disparus, leur commémoration et l’intériorisation de lien, tout en permettant d’avancer dans le processus de séparation, n’apporte pas une réponse définitive, car «l’absence (du corps génère) toujours un espoir de survie, parfois inavouable» (Probst Favret, p. 108).

Pour les enfants, ou les adultes, disparus dans des circonstances inexpliquées, les dimensions collective et historique n’ont pas lieu d’être. Aussi, le décès ne peut-il être considéré ni comme certain ni comme probable.

Ainsi, comment ritualiser l’attente sans «tuer» symboliquement la personne disparue ? Peu de réponses ont été trouvées pour l’instant dans la littérature scientifique.
Selon Bowers et Boss, sans informations susceptibles de clarifier la situation, la famille n’a pas d’autre choix que de vivre avec le paradoxe de l’absence-présence de l’être aimé. La seule chose qui peut faire penser à un parent que l’enfant est mort, c’est son choix personnel. Cependant, en faisant ce choix, le parent peut avoir l’impression d’éliminer lui-même son enfant. Comment éteindre ne serait-ce que la plus petite lueur d’espoir de le retrouver vivant ? Selon Boss, toutefois, ces familles peuvent, avec du support et de la résilience, apprendre à balancer la capacité de pleurer ce qui a été perdu en reconnaissant en même temps ce qui est possible (DeYoung, p. 359)

Comme le dit Boss, pour mieux comprendre et mieux aider, on nécessite des connaissances scientifiques ultérieures sur les spécificités de cette situation vécue par les familles confrontées à la disparition de longue durée de leur enfant dans des circonstances inexpliquées. Les cas sont fort heureusement rares, ce qui rend la recherche scientifique difficile. La Fondation appelle tout de même le corps scientifique à se pencher sur cette question.

Clara Balestra, 18.07.2011

Références
Boss, P. (1999). Ambiguous loss: Learning to live with unresolved grief. Cambridge, MA: Harvard University Press.

Bowers Duane T. (2007), A Child Is Missing : Providing Support for Families of Missing Children, National Center for Missing and Exploited Children, Alexandria, Virginia.

CICR (2003) «Les disparus: Action pour résoudre le problème des personnes portées disparues dans le cadre d’un conflit armé ou d’une situation de violence interne et pour venir en aide à leurs familles», Conférence internationale d’experts gouvernementaux et non-gouvernementaux Genève, 19 – 21 février 2003. http://www.icrc.org/fre/assets/files/other/irrc_849_disparus.pdf

Probst Favret Marie-Corinne (2009), «Enfants de père porté disparu: le deuil suspendu», in Betty Goguikian Ratcliff et Olivier Strasser (dir.), Clinique de l’exil. Chroniques d’une pratique engagée, Chêne-Bourg: Editions Georg, pp. 101-110.

Verstraeten Alice (2006), «La “ disparition forcée ” en Argentine. Occultation de la mort, empêchement du deuil, terreur, liminalité», Frontières, vol. 19, n° 1.

Young Robert, Buzzi Barbara (2003), Coping Strategies : the Differences among Parents of Murdered or abducted, Long-term Missing Children, Saint Thomas University, Miami, Florida, Omega, Vol. 47(4), p. 343-360.

Liens
Comité International de la Croix Rouge, Personnes disparues.

Après Alerte enlèvement, peut-on offrir mieux ?

24 mai 2011

Le 25 mai, la Journée internationale des enfants disparus : cette journée veut garder vivace le souvenir de ces enfants et donner un message d’espoir et de solidarité aux parents qui n’ont plus de nouvelles.


Depuis trois ans, la Fondation Sarah Oberson souligne par un article sur son blog  la Journée internationale des enfants disparus, le 25 mai. Cette journée veut garder vivace le souvenir de ces enfants et donner un message d’espoir et de solidarité aux parents qui n’ont plus de nouvelles.

Myosotis.scorpioides

Durant ces trois ans, l’arsenal de réaction à une disparition d’enfant en Suisse s’est doté du système Alerte enlèvement, système qui n’arrête pas de se perfectionner. L’extension du réseau de distribution des messages de disparition s’étend depuis le 1er février de cette année aux téléphones portables des personnes inscrites sur la liste de distribution. (Inscrivez-vous)

L’Union européenne (UE) œuvre aussi pour l’opérationnalisation d’un système de réaction de plus en plus performant.

D’une part, l’alerte enlèvement au niveau européen, pour laquelle la famille McCann a déployé beaucoup d’énergie, devient une idée en voie de réalisation. Désormais, 6 pays européens disposent d’un système d’alerte enlèvement. De plus, la France « s’est associée au Royaume-Uni, à la Belgique et aux Pays-Bas, dans le cadre d’un projet européen dénommé LADS.eu (Lutte Anti-Disparitions dans l’Union européenne). Ce programme, cofinancé par la Commission européenne, a pour objectif le renforcement de la compatibilité et de la coordination des dispositifs d’alerte enlèvement entre la Belgique, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ».

D’autre part, grâce aux normes édictées et au soutien de l’UE, quinze pays européens, dont la France et l’Italie (au Royaume Uni ce service n’est que partiellement opérationnel), disposent du numéro d’appel unique 116 000. Il s’agit d’un numéro destiné à écouter et à accompagner les familles d’enfants disparus, fugueurs ou enlevés. Ce numéro unique et gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, veut assurer une meilleure coordination à l’échelle européenne des recherches de la part des autorités compétentes.  Le 116 000 permet également aux familles d’enfants disparus d’obtenir des informations, une écoute et un soutien professionnel, accessible et disponible. Ce numéro unique offre une écoute en plusieurs langues, assurée par des professionnels.

Du fait de la grande mobilité des résidents suisses et européens, la Suisse pourrait continuer à optimiser son système et s’inscrire au réseau européen afin de compléter le système Alerte enlèvement et faciliter les démarches des familles et des autorités compétentes.

Fondation Sarah Oberson, 24.05.2011

- Alerte enlèvement : Situation internationale, Fondation Sarah Oberson
- Europe : Missing Children Europe calls for Enhancement of the Professional Standard of 116 000 Hotlines for Missing Children, 20.05.11
A practical guide for 116 000 hotlines, 05.2011
- France : 9ème Journée internationale des enfants disparus, 19.05.2011
- ‘Comme si le départ de Lucie n’était pas vain‘, Fondation Sarah Oberson, 25.05.2010
- ‘Une fleur, message d’espoir et de solidarité‘, Fondation Sarah Oberson, 25.05.2009

Statistique sur les enlèvement d’enfants: questions ouvertes en lien avec la loi

4 avril 2011

L’Office fédéral de la justice embellit l’application de la loi fédérale sur les enlèvements internationaux d’enfants

Cet article est paru le 3 février 2011 sur le site du Réseau suisse des Droits de l’Enfant

L’Office fédérale de la justice a publié la statistique 2010 des enlèvements internationaux d’enfants. Son communiqué de presse laisse entendre que la nouvelle loi fédérale sur les enlèvements internationaux d’enfants garantit des procédures conformes aux intérêts de l’enfant. L’application de la loi dans la pratique s’en trouve embellie. Alors que le Réseau suisse des droits de l’enfant avait salué cette loi dans le deuxième rapport des ONG en la qualifiant d’étape prometteuse (lien : extrait du rapport des ONG), il constate que les innovations allant dans le sens des droits de l’enfant ne sont mises en œuvre que de manière hésitante.

Dans un souci de respect de l’enfant, la nouvelle loi prévoyait notamment que la procédure de retour devait débuter par une phase de médiation, qu’un réseau d’intervention interdisciplinaire devait être constitué et que des représentants-es indépendants-es devaient être engagés-es pour les enfants concernés. Malheureusement, les expériences montrent, jusqu’ici, que la sensibilité reste insuffisante pour un véritable changement de paradigme en faveur de l’intérêt de l’enfant.

Les aspects administratifs et judiciaires de la procédure continuent de prédominer, ne laissant que peu de place pour une médiation indépendante ou pour l’implication d’experts indépendants. La volonté et les ressources nécessaires pour la mise en place et le maintien d’un réseau d’intervention efficace font défaut. La représentation systématique des enfants par des acteurs indépendants n’est pas non plus garantie. De l’avis du Prof. Andreas Bucher, sous la présidence duquel a œuvré la commission d’experts en charge de l’élaboration du projet de loi, les récentes décisions du tribunal fédéral et la pratique des tribunaux en matière de droit de l’enfant à exprimer son opinion et à voir celle-ci prise en considération reste critiquable.

Dans cette même logique, on peut s’étonner de voir l’Office fédérale se référer à des propos médiatiques comme « les mères enlèvent plus souvent leurs enfants ». Si les procédures impliquant des pays non signataires sont prises en compte, on constate en effet que les deux sexes sont à peu près concernés de manière égale. Pour les enfants concernés, l’essentiel n’est pas de savoir si le parent responsable de l’enlèvement est de sexe masculin ou féminin. La prise en compte concrète de la situation familiale dans la procédure de retour revêt une bien plus grande importance.

Il est regrettable que l’Office fédéral de la justice publie ces chiffres sans porter un regard critique sur l’état des lieux de la mise en œuvre de la loi fédérale. Le Conseil fédéral a répondu à une interpellation de la conseillère nationale Anita Thanei au sujet de l’application de la loi fédérale sur les enlèvements internationaux d’enfants.

Le 18.03.11, la discussion au Conseil national sur l’interpellation Thanei (10.4017) a été rapportée.

Lire aussi :
Enfin une amélioration pour les enfants enlevés ?, blog Fondation Sarah Oberson, 31.08.2010
Suisse : Enlèvements d’enfants : une nouvelle loi pour remettre l’enfant au centre de la procédure, blog Fondation Sarah Oberson, 17 août 2009
Une nouvelle loi sur l’enlèvement international d’enfant centrée sur l’intérêt supérieur de l’enfant, blog Fondation Sarah Oberson, 1 juillet 2009

200 disparitions d’enfants par jour en Chine

21 février 2011

Contre les nombreux enlèvements d’enfants en Chine, la Croix-Rouge nationale propose des GPS

En Chine, l’enlèvement d’enfants est devenu un fléau national. Selon les journalistes de Sept à Huit de TF1 (22.08.2010), 200 enfants sont volés par jour sur tout le territoire chinois (73’000 par an). Selon les chiffres de la Croix-Rouge chinoise on compte plus de 60’000 cas de disparitions par année.

L’achat d’enfants par les familles chinoises semble être la principale source de profit de ce marché noir. Dans une société où la tradition veut que le garçon prenne soin des parents dans leurs vieux jours (la fille appartiendra à la famille du mari), les couples sont tenaillés entre le désir d’avoir des fils et la difficulté d’en avoir à cause de l’infertilité mais surtout de la politique de l’enfant unique.

Cette politique, entrée en vigueur depuis 1979, est désormais remise en cause en raison des conséquences qu’elle a entrainées (vieillissement de la population, violence envers les femmes, enfants-roi, enfants sans papier, etc.). Depuis son introduction, par exemple, on estime à 40 millions les avortements sélectifs effectués. Le résultat est un manque de femmes en âge de se marier. Une autre possibilité de contourner la politique de l’enfant unique est l’achat et la vente d’enfants avec comme conséquence le vol répandu de ces derniers :
-    Les familles, pour éviter les aléas des grossesses, achètent des garçons de moins de 4 ans qui ne se rappelleront pas de leur famille d’origine ;
-    Les familles riches achètent des petites filles pour éviter le problème du manque de filles à marier. Elles les élèvent jusqu’à 10 ans, âge auquel elles peuvent les marier à leur fils ;
-    Elles achètent aussi des filles plus âgées qui sont mariées de suite, elles sont alors séparées de leur famille et, l’expérience le prouve, souvent abusées ;
-    Enfin, les couples stériles, qui ne peuvent financièrement pas se permettre la voie légale de l’adoption, achètent des enfants au marché noir.

En Chine, le vol d’enfant est passible de la peine de mort. Selon l’article de Infancia Hoy, entre 2009 et 2010, la police a appréhendé 18’000 trafiquants et désarticulé 3’000 mafias. Elle réussit parfois à retrouver les enfants volés, mais les retrouvailles sont rares comparées aux disparitions. Au contraire, le documentaire présenté par TF1 dénonce son inefficacité, « la police ne fait pas grand-chose pour arrêter les coupables. (…) les autorités ne souhaitent surtout pas ébruiter un sujet qui ternit l’image du pays ». Cette volonté de dissimulation laisse les familles des disparus seules face aux démarches de recherche. TF1 parle même de harcèlement de la police politique contre ces familles qui refusent de rester silencieuses devant la perte de leur enfant.

Face à cette solitude, des initiatives individuelles surgissent. Aussi, les familles s’organisent-elles parfois en associations pour s’apporter un soutien mutuel (soutien psychologique, affiches, jeux de cartes avec les photos d’enfants disparus, etc.).

Cependant, devant l’ampleur du phénomène, la dissimulation est difficile, comme le démontre la mobilisation de la Croix Rouge nationale pour la prévention des enlèvements d’enfants. Cette organisation caritative fait preuve d’originalité. Après de fructueux essais dans différentes classes de la capitale, elle aidera les familles en distribuant 20’000 téléphones portables avec GPS en forme de montre à des écoliers fréquentant des établissements primaires et secondaires.

Le taux de disparitions d’enfants en Chine sont dus en grande partie à une situation politique et sociale spécifique qui exacerbe les demandes de la part des familles et donc alimente un marché noir.

En Suisse, malheureusement, les disparitions d’enfants existent. On parle par contre de cas isolés. Le débat sur la nécessité de fournir des GPS à nos enfants surgit régulièrement – puce informatique à implanter sous la peau de l’enfant, GPS dans les chaussures, …- il reste par contre un choix familial. Les autorités, tout comme la Fondation Sarah Oberson, n’abondent pas dans cette direction qui ne ferait qu’alimenter un climat de panique qui n’a pas lieu d’être.

Clara Balestra, 21.02.2011

Lire aussi :
- Chine : Enfants disparus, une tragédie nationale, Courrier international, 01.10.12

Sources :
- Enfants volés, Emission Sept à Huit, TF1, 22.08.10
- Entregan celulares con GPS a niños para evitar secuestros, Infancia Hoy, 09.01.11
- Photographiez et sauvez des enfants mendiants !, Courrier international, 14.02.11

Autres liens :
- Reports of Forced Abortions Fuel Push to End Chinese Law, New Yorker Times, 22.07.12
- Babies for sale: The scandal of China’s brutal single child policy, MailOnline, 06.10.07
- Des mères chinoises racontent l’abandon de leurs filles, Rue 89, 07.02.11
- China’s stolen children: internal child trafficking in the People’s Republic of China, 2012
- China’s stolen children, BBC, 9.07.2012 Last updated at 22:56 GMT Help
Chinese authorities have hailed the success of an operation last week in which they arrested 800 human traffickers and rescued nearly two hundred children. But the high-profile raids revealed the extent of child trafficking across the country.