Archive pour la catégorie ‘La Fondation’

Alerte enlèvement, la Suisse à l’encontre de la tendance européenne

22 février 2016

Le Conseil fédéral vient de décider que les critères de déclenchement de l’alerte enlèvement en Suisse ne doivent pas être assouplis, en allant ainsi à l’encontre de la tendance européenne. En effet, le 1er février 2016, 19 parlementaires européens, représentants les 6 plus grands groupes politiques, ont présenté une Déclaration Ecrite (DE 7/2016) qui vise «à soutenir le plan fondé sur 5 mesures proposé par AMBER Alert Europe» qui demande entre autres une plus grande flexibilité dans les critères de déclenchement des alertes. Ces parlementaires ont trois mois pour intéresser la majorité du Parlement européen afin que cette DE soit «publiée au procès-verbal et transmise aux institutions de l’Union européenne».

Regroupant 22 membres en 16 pays européens, AMBER Alert Europe est «le réseau européen d’alertes des services de secours aux enfants et des forces de police en cas de disparition d’enfant».

La Déclaration Écrite a été adoptée de manière éclatante en mai 2016 : European Parliament adopts action plan to save missing children in most successful Written Declaration since 2011, Amber Alert Europe, 10.05.2016

Le plan en 5 mesures qu’elle propose demande :

  1. Un agrandissement et un renforcement du réseau des alertes enlèvements nationales : encourager plus de pays européens à développer des systèmes d’alertes enlèvements nationaux. Actuellement, 16 pays de l’Union européenne, plus la Suisse, ont instauré le système.
  2. Plus de flexibilité dans les critères de déclenchement des alertes : assouplir les critères actuels et permettre le déclenchement de l’alerte lorsque les enquêteurs spécialisés ont évalué que la vie de l’enfant est en danger, en faisant abstraction des autres critères habituels, dont celui d’un enlèvement avéré (ex. France).
  3. Un meilleur partage d’information entre les Etats : assurer le partage des informations concernant un enfant en danger entre les Etats limitrophes : en élaborant des protocoles qui permettent une distribution immédiate d’informations entre forces de l’ordre de pays voisins ; en transmettant aux médias des pays limitrophes les alertes nationales afin d’informer le grand public des deux côtés de la frontière (ex. Pologne-Allemagne).
  4. Une meilleure coopération policière transfrontalière : créer d’un réseau formel d’experts en disparition d’enfant et d’alertes au niveau national. AMBER Alert Europe a créé un réseau similaire (Police Network on Missing Children) qui comprend désormais 34 experts des forces de l’ordre de 11 pays, dont la Suisse.
  5. Une meilleure identification et protection des enfants aux frontières : faire en sorte que les enfants en danger soient inscrits immédiatement dans la base de données de Schengen Information System (SIS II) afin d’informer sans délai les gardes-frontières ; former les gardes-frontière à ce sujet en collaboration avec Frontex.

La Fondation Sarah Oberson salue cette démarche qui est en accord avec son mandat et ses actions. En effet, la Fondation a œuvré activement pour l’instauration en Suisse du système d’alerte enlèvement. Elle s’engage désormais pour :

- l’assouplissement des critères de déclenchement de l’alerte ;

- l’intégration de la Suisse dans une éventuelle alerte enlèvement européenne ;

- une meilleure connaissance du phénomène de la disparition d’enfants grâce à l’établissement de statistiques nationales de disparitions d’enfants et d’études scientifiques analysant cette problématique ;

- l’introduction en Suisse du numéro d’urgence 116 000.


Etre enfant pauvre dans un pays riche

26 janvier 2016

Le défis qui se pose par rapport à la question de la pauvreté des enfants dans les pays riches est de trouver le moyen de casser ce cercle vicieux ou de le casser encore plus qu’il ne le soit actuellement.

Aperçu de l’intervention à la Soirée Sarah Oberson 2015 de Jean-Michel Bonvin, Professeur ordinaire à l’Institut de socioéconomie de la Faculté de science de la Société, Université de Genève. AUDIO de l’INTEGRAL en ligne.

Le terme de pauvreté peut relever de trois significations différentes : pauvreté matérielle ; pauvreté des opportunités ; pauvreté démocratique.

La pauvreté matérielle
Dans les pays industrialisés, on ne parle pas de pauvreté absolue (1) mais de pauvreté relative. On estime que toute personne/enfant/famille qui est située en-dessous du 50% du revenu moyen annuel d’une société, est en situation de pauvreté relative. Cette pauvreté a des impacts sur plusieurs sphères de la vie : l’accès aux soins de santé, au logement, aux loisirs, à la formation et aux structures de garde.

Pour pouvoir comprendre son impact en termes d’accès aux prestations, la pauvreté matérielle ne doit pas être considérée comme une fin en soi, mais doit être mise en relation avec le cadre institutionnel et les politiques sociales dans lesquels elle s’inscrit. Si un Etat choisit de faciliter l’accès à la santé, l’effet de la pauvreté relative sur ce domaine sera atténué. Il existe en effet une corrélation importante entre le taux de pauvreté relative des enfants et l’ampleur des politiques sociales de redistribution (3).
Aussi, moins les politiques sociales seront redistributives plus il y aura un risque d’hérédité de la pauvreté (4).

Selon les données d’Unicef (2), parmi les 41 pays industrialisés étudiés, 76.5 millions d’enfants vivent dans la pauvreté. Dans tous ces pays, les familles nombreuses, monoparentales et migrantes sont les plus touchées.

La tendance actuelle, dans ces Etats, n’est pas à la diminution des prestations mais à l’augmentation des conditions d’accès aux allocations. On conditionne leur octroi au suivi scolaire familial des enfants, à l’absentéisme scolaire, etc. Pour les familles pauvres, ce genre de mesure peut aboutir à une diminution importante des prestations.

Pauvreté des opportunités
Il subsiste un lien très fort entre l’origine sociale des personnes et les opportunités qui leur sont ouvertes. L’école, qui était censée égaliser les chances, n’y est pas parvenue de manière adéquate. Plusieurs explications sont avancées.

Selon Bourdieu, cela s’explique par le fait que l’école a été créée pour favoriser le savoir des classes sociales moyennes ou supérieures. Les autres classes, qui ne maîtrisent pas ces langages et ces manières d’être, se retrouvent désavantagées.

En revanche, selon les théories de l’investissement social, qui s’inspire de la psychologie développementaliste, cela s’explique par le fait que l’école intervient trop tard. Avant l’école, un ensemble d’éléments discriminatoires se mettent en place et l’école n’arrive pas à redresser la barre. Trois éléments sont décisifs:
-    Inégalités de revenu : moins de revenu se traduit par moins d’opportunités.
-    Investissement des parents dans le temps éducatif : les statistiques montrent clairement que les parents des classes aisées peuvent investir plus de temps dans l’éducation de leurs enfants (5).
-    Effet culture : dans les classes plus favorisées il y a un environnement culturel qui est plus incitatif au développement de l’enfant. Cet environnement plus favorable débouche sur un accroissement des opportunités des enfants concernés.
Selon ces mêmes théories, un emploi (effet positif sur l’inégalité des revenus) et des structures de garde de qualité (effet positif sur l’investissement parental et l’effet culture) permettent de neutraliser les trois éléments discriminatoires susmentionnés et donc d’égaliser l’accès aux opportunités offertes aux enfants.

Pauvreté démocratique
Cette pauvreté fait référence aux droits de participation des enfants pauvres. Trois questions permettent de l’expliciter :
-    Quelle est la place pour les essaies et les erreurs des enfants vivant dans la précarité – p. ex. si on échoue à l’école obligatoire on est amené à faire des choix de carrière plus rapidement que les enfants qui terminent l’école secondaire supérieure.
-    Quels sont actuellement les droits de participation des enfants pauvres dans les espaces de parole qui ont été créé pour les jeunes (parlements des jeunes, …) espaces très souvent réservés par des enfants plutôt favorisés.
-    Par conséquent, comment peut-on arriver à créer des politiques publiques qui prennent en compte les thématiques des jeunes les plus défavorisés si on n’est pas là pour les écouter, pour se laisser informer par les éléments qu’ils ont à nous dire.

Conclusion
Si le contexte institutionnel, si les politiques qui sont mises en place ne sont pas adéquates, il y a un risque important de cumule des trois types de pauvreté : ce qui seront pauvres matériellement, seront pauvres en opportunités et en capacité de participation démocratique. Cet état de fait rend d’autant plus difficile de s’extraire de la précarité et comporte ainsi un danger accru d’hérédité de la pauvreté.
Le défis qui se pose par rapport à la question de la pauvreté des enfants dans les pays riches est de trouver le moyen de casser ce cercle vicieux ou de le casser encore plus qu’il ne le soit actuellement.

(1)    Familles qui se trouvent dans un état de dénouement tel qu’elles ont de la peine à pouvoir subvenir à leurs besoins.
(2)    Enfant dans les pays développés, 2014
(3)    Une nette différence se profile entre les pays scandinaves – connus pour avoir des politiques de redistribution importantes (le taux de pauvreté relative des enfants entre 5 et 10%) et les pays anglo-saxons (ce même taux se trouve plutôt entre 25 et 30%).
(4)    La pauvreté qui se transmet de génération en génération.
(5)    On observe un différentiel de 20%.

Lire aussi Documentation – Pauvreté

L’enlèvement parental est une atteinte à l’intégrité de l’enfant

2 novembre 2015

L’enlèvement parental est, de part lui-même, une atteinte à l’intégrité de l’enfant. En tant que tel, il fait partie des critères de déclenchement de l’alerte enlèvement. Cette dernière n’est pas la panacée pour lutter contre les enlèvements parentaux. Elle est par contre un des outils à disposition de la Suisse pour y répondre et éviter à des enfants des souffrances qui vont au-delà de la mise en danger physique.

Voir des témoignages d’enfants enlevés plus bas.
Photo : © Steve C, Flickr/Creative Commons

En Suisse, le système d’alerte enlèvement existe depuis 2010. Pour qu’elle soit déclenchée l’alerte doit cumuler les conditions suivantes:

  • «Il a concrètement été établi qu’une personne mineure a été enlevée ou il y a une suspicion justifiée d’un tel enlèvement;
  • Il y a lieu de supposer que la personne enlevée est sérieusement mise en danger dans son intégrité physique, sexuelle ou psychique;
  • Il y a suffisamment d’informations fiables laissant présumer une localisation des auteurs et/ou de la victime suite au déclenchement de l’alarme. »

Les autorités fédérales soulignent que «en règle général, lorsque l’auteur de l’enlèvement est un des parents, respectivement lorsqu’il s’agit d’un enlèvement de mineur selon l’art. 220 CPS. L’alarme n’est alors pas activée étant donné que dans  ce cas-là, l’intégrité physique de la personne enlevée n’est en principe pas menacée.»

Ainsi, lors d’un d’enlèvement parental, l’alerte n’est pas déclenchée. Pourtant, d’une part, la Suisse s’est engagée à tout mettre en œuvre pour éviter ces enlèvements et l’alerte enlèvement est un outil dont l’efficacité n’est plus à prouver. D’autre part, l’enlèvement parental a un impact négatif important sur l’intégrité psychique de l’enfant et rentre ainsi dans les critères suisses du déclenchement de l’alerte.

La Convention des droits de l’enfant (CDE) impose à la Suisse de veiller «à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré» (art. 9.1). Elle va plus loin en demandant d’agir spécifiquement contre les enlèvements d’enfants en y consacrant un article (art.11) qui impose à l’Etat de prendre «des mesures pour lutter contre les déplacements et les non-retours illicites d’enfants à l’étranger…»

L’alerte enlèvement est une des mesures à disposition d’un Etat. Elle a déjà fait ses preuves aux Etats-Unis, pays créateur de ce type d’alerte, où plus de la moitié des plans d’alerte déployés en 2011 l’ont été suite à un enlèvement parental : 80% de ces cas ont été résolu positivement.

Par ailleurs, la CDE impose, dans l’article 19.1, d’intégrer ses actions à tous les échelons de l’administration pour lutter contre toute atteinte physique, sexuelle ou psychique à l’enfant «pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux …». Un des critères suisses de déclenchement de l’alerte enlèvement y fait écho, sans pour autant l’attribuer aux parents.

«Les enfants qui ont été enlevés par un parent souffrent émotionnellement et parfois physiquement entre les mains du parent ravisseur. Beaucoup de ces enfants entendent que l’autre parent est mort ou bien qu’il (elle) ne les aime plus. Déracinés, séparés de parents et amis, les enfants enlevés reçoivent souvent une nouvelle identité par le parent-ravisseur et la consigne de ne pas divulguer leur vrai nom et leur ancien domicile.» (Hoff)

Considérer que l’enlèvement par un des parents n’est pas une atteinte à l’intégrité de l’enfant n’est plus possible. Les impacts psychiques existent et perdurent tout au long de leur vie. Enlever un enfant est une maltraitance en elle-même, qu’elle soit perpétrée par un parent ou pas.

«Effects identified in this study by the abductees included loss of trust with the opposite sex, trouble making and keeping friends, feeling like they were in a dream-like world, trouble recalling important aspects of the abduction, and trouble sleeping and concentrating after the abduction.» The Family Journal July 2013 vol. 21 no. 3 313-317

L’enlèvement parental est, de part lui-même, une atteinte à l’intégrité de l’enfant. En tant que tel, il fait partie des critères de déclenchement de l’alerte enlèvement. Cette dernière n’est pas la panacée pour lutter contre les enlèvements parentaux. Elle est par contre un des outils à disposition de la Suisse pour y répondre et éviter à des enfants des souffrances qui vont au-delà de la mise en danger physique.

«Est-ce que je pense que mon père devrait être inculpé pour m’avoir enlevé ? Absolument. Les enfants ne devraient pas servir d’armes contre l’autre parent, et dans la plupart des cas c’est précisément la raison de l’enlèvement.» (Traduction libre)


Clara Balestra, Fondation Sarah Oberson, 29.10.15

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Témoignages d’enfants enlevés recueillis sur le site de la fondation Take Roots,
Organisation qui soutient les victimes d’enlèvements parentaux. « Our purpose is to add the collected wisdom of former missing children to the public and policy discussions on child-abduction, using the voice of victims to improve America’s missing child response.”

-       « For so long, I thought it stopped when I was found, but it only began. I have been unhappy for so long because of they things my mother did. I have feelings I don’t know how to deal with and anger towards her I don’t know how to let go of. And I am ready to let go, but for some reason I can’t. Sometimes I feel sorry for myself because what happened is not my fault, but then I tell myself this is my life and I have to take control. But I know I have issues because of what happened to me and I feel like I can’t move forward until I resolve them, and I don’t know always where to start.” http://takeroot.org/rebekah/

-       “Do I think he should have served time for his abduction? Absolutely. Children should never be used as weapons and in most cases of abduction that is precisely the reason the act is committed.” http://takeroot.org/mics-story/

-       “I had never spoken to another person, other than my brother, who truly understood the ghosts that haunt me on a daily basis. (…)I learned how to avoid hurt . . . Don’t let anyone close enough and it’s not a problem. I learned how to avoid lies . . . Never trust that anyone is telling you the truth anyway. I learned to appear to the outside world that I was ok . . . No chance of hurting anyone’s feelings by not being ok then. I learned how to make others happy at my own expense.” http://takeroot.org/sheris-story/

Suisse : les droits de l’enfant et la pauvreté

21 septembre 2015

Selon la Convention des droits de l’enfant (CDE), «tout enfant (a droit) à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social. » (art. 27.1) A ce sujet, en février 2015, lors de l’examen du rapport de la Suisse au Comité des droits de l’enfant, « 65. Le Comité recommande à l’État partie (Suisse) de renforcer encore son système d’allocations et de prestations pour les familles de sorte que tous les enfants (…) aient un niveau de vie suffisant, dans l’ensemble du pays.»

Soirée Sarah Oberson 2015 : Etre enfant pauvre en Suisse
le mercredi 11 novembre 2015 au Casino de Saxon de 19:00 à 21:00


© D Sharon Pruitt, Flickr/Creative Commons

En effet, «les effets de la pauvreté et de l’appartenance à un milieu défavorisé sur l’enfant sont connus : mauvaise santé, développement physique compromis, progrès cognitifs et linguistiques faibles, résultats scolaires médiocres, troubles du comportement, voire même des risques de chômage et/ou de délinquance et/ou de toxicomanie à l’avenir.» (CSDH, 31.10.12)

En Suisse, la classe d’âge de 0-17 ans est la plus touchée par la pauvreté, comme l’indique les statistiques de l’aide sociale de l’Office Fédéral de la Statistique (OFS). Alors que le taux d’aide sociale toutes catégories d’âge confondues est de 3.2, pour la catégorie 0-17 ans il est de 5.2 (données les plus récentes, 2013). Cette situation n’est pas nouvelle. En 2006, la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse tire la sonnette d’alarme en dénonçant la précarisation matérielle des enfants, «…près de 45% des personnes à l’aide sociale sont des enfants… ».

Le Valais ne fait pas exception. Selon l’étude mandatée par l’Etat du Valais, présentée le 01.06.15, «le coût de l’assistance sociale a plus que doublé en Valais entre 2011 et 2014». Selon M. Favre, Chef de l’Office cantonal de coordination des prestations sociales, «avec 27% des situations, les familles monoparentales sont surreprésentées» (Le Nouvelliste, 02.06.15, p. 4).

La Suisse réagit. En 2010, le Conseil fédéral (CF) publie la Stratégie globale de la Suisse en matière de lutte contre la pauvreté. La priorité est clairement donnée aux enfants. «C’est précisément l’aspect de la limitation du potentiel de développement qui revêt, chez les enfants, davantage d’importance que chez les autres groupes de population menacés par la pauvreté, car elle compromet aussi leurs chances futures dans la vie en général». Ainsi, le CF approuve, en 2013, le Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté 2014-2018.

Toutefois, le Conseil fédéral a choisi de ne pas considérer la prévention et la lutte contre la pauvreté des enfants sous l’angle des droits de l’enfant en allant à l’encontre de ses aspirations internationales (ratification CDE par la Suisse en 1997). Cette méthodologie devrait être privilégiée non seulement car c’est une aspiration de politique internationale de la Suisse, mais aussi parce qu’elle permettrait de prendre en compte tous les aspects du phénomène et résoudre certaines faiblesses des réponses apportées. Selon le Centre Suisse de compétence des Droits Humains (CSDH), «une approche basée sur la mise en place d’indicateurs reliés aux droits de l’enfant (…) pourrait vraisemblablement donner une image plus objective de la situation des enfants en Suisse et permettre des mesures plus ciblées et plus efficaces.»

D’une part, on assiste à une prolifération de programmes quinquennaux nationaux ayant comme objectif de porter des réponses à diverses problématiques touchant l’enfance (programme jeunes et média ; programme jeunes et violence…) avec le risque de manquer de cohérence et d’harmonisation dans les réponses. Il est important de rappeler que la CDE n’est pas une liste de règles à suivre, mais un ensemble de droits interdépendants et complémentaires à réaliser. Ainsi, toujours en 2015, «11.Le Comité recommande à l’État partie (Suisse) d’élaborer et de mettre en œuvre, en concertation avec les enfants et la société civile, une politique et une stratégie nationale pour l’application intégrale des principes et des dispositions de la Convention, offrant ainsi un cadre pour les stratégies et plans cantonaux.»

D’autre part, on tend à ghettoïser la recherche de solution. Il existe une interdépendance directe entre la société dans laquelle les enfants vivent et la réalisation de leurs droits. « Plus globalement, tout se passe comme si, dans l’acception la plus courante, les politiques de l’enfance et de la jeunesse se limitaient à des interventions sectorielles et ciblées, comme si (…) les interventions dans des domaines tels que le social, l’aménagement urbain, le logement, la mobilité ou l’emploi ne concernaient pas les enfants, les jeunes et leurs familles, ou n’avaient pas d’incidence significative sur leur vie de tous les jours. » (Poretti, p. 27)

Les droits de l’enfant doivent être pris en considération dans toutes les décisions qui de près ou de loin touchent les enfants. Il s’agit de créer un « réflexe droits de l’enfant » ou une « culture droits de l’enfant ». La problématique de la pauvreté des enfants pourrait ainsi ‘sortir’ des quartiers pauvres et être envisagées dans sa globalité (socio, pol, éc, fiscale, culturelle, …).

Enfin, il faut souligner, dans les réponses suisses à la pauvreté, le manque de participation des enfants eux-mêmes. Les enfants ont le droit de participer à la connaissance, la compréhension et la recherche de solutions de ce phénomène (art. 12, CDE), qui est en premier lieu leur quotidien et leur futur. De plus, leur participation ne peut qu’augmenter les chances de réussite.

En partant d’une vision théorique des droits de l’enfant, la Soirée Sarah Oberson veut réfléchir sur les réalités suisses et locales de l’enfant pauvre, avec des experts de la théorie et de la pratique.

Lire aussi Documentation – Pauvreté

Votre enfant n’est pas rentré?

15 septembre 2015

La Fondation Sarah Oberson, active depuis de nombreuses années sur le front de la protection de l’enfance, lance aujourd’hui une vaste campagne d’information dans les écoles du Haut Valais.

Objectif: prévenir l’enlèvement d’enfants, permettre un déclenchement rapide de l’alerte enlèvement en cas de besoin, mais aussi et surtout rassurer les parents.

Dès demain, et donnant suite à une première campagne déployée en automne dernier auprès des établissements du Valais romand, 15’000 flyers édités par la Fondation Sarah Oberson seront envoyés dans les crèches, écoles enfantines, primaires, cycles d’orientation et institutions spécialisées du Haut-Valais. Le document, doté d’une face destinée aux parents et aux enseignants (Votre enfant n’est pas rentré?), et d’une autre à l’intention des enfants (Conseils aux enfants), a été réalisé en collaboration avec le Département de la formation et de la sécurité (dont la Police cantonale, le Service de l’enseignement et le Service de la jeunesse), le Service de la santé publique et le Ministère public du canton du Valais.

Conseiller communal viégeois en charge de l’éducation, Michael Kreuzer applaudit la démarche: «Il est capital de sensibiliser les enfants au risque d’enlèvement. Celui-ci pouvant effectivement survenir sur le chemin de l’école, la démarche de la Fondation Oberson est à saluer. D’ailleurs, le flyer permettra aussi d’informer les parents, qui le recevront via leurs bambins.» A noter que Viège possède déjà une procédure conjointe avec la police communale dans le cas où un enfant ne se présenterait pas à l’école sans préavis de ses parents.

La rumeur de «la camionnette blanche»

A l’origine de la démarche de la Fondation, un constat. «Vous n’imaginez pas le nombre de fois où nous entendons des mamans dire qu’elles ont vu une camionnette blanche, qu’un enfant aurait été enlevé la semaine dernière devant l’école, qu’elles n’osent plus laisser leur enfant rentrer seul, etc.», explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation Oberson. «On peut donc dire que notre démarche est partie de l’envie de rassurer les parents.»

Rassurer d’abord, parce que les statistiques parlent d’elles-mêmes. La police valaisanne enregistre chaque année, en moyenne, entre 3 et 4 disparitions d’enfants – tous généralement retrouvés chez des amis ou des proches – et 2 à 3 signalements d’enlèvement et/ou de séquestration. A ce jour, 7 enfants (de 0 à 18 ans) sont enregistrés comme «personnes disparues» dans le répertoire de la police. Pour 6 d’entre eux, l’hypothèse d’une fugue, d’un accident ou d’un suicide est privilégiée. La disparition de Sarah Oberson, le 28 septembre 1985, est la seule pour laquelle la piste d’un enlèvement par un tiers est envisagée. Autre statistique significative, donnée par la police vaudoise cette fois: 88% des disparitions d’enfants sont le fait de l’un de leurs parents. Une réalité que la Fondation Oberson connaît et qu’elle a d’ailleurs traitée lors de ses soirées annuelles 2011 et 2014[1].

Effectuer les premières vérifications et faciliter le déclenchement de l’alerte enlèvement

Rassurer, donc, mais aussi informer. Car la Fondation, née de la disparition de la petite Sarah, 5 ans, à Saxon, le sait bien: le drame se produit parfois. Et chaque fois, c’est une fois de trop. «La Fondation a donc beaucoup milité pour la mise sur pied d’une alerte enlèvement nationale en Suisse, explique Jean Zermatten, président du Conseil de fondation. Reste que celle-ci, instaurée en 2010, n’a encore jamais été déclenchée.» Ainsi, la Fondation Oberson rappelle dans son flyer les premières vérifications à entreprendre avant de contacter la police: téléphoner à l’école, à la famille, aux amis, et aux voisins. Un travail précieux qui, réalisé par ceux qui connaissent le mieux l’enfant, permettra de confirmer – ou non – le soupçon de disparition et/ou d’enlèvement. Et donc de déclencher – ou non – rapidement l’alerte enlèvement. Car l’expérience le montre, le temps joue contre les victimes. Il s’agit dès lors d’en gagner.

Instaurer le dialogue en classe, à la maison

Enfin, le document s’adresse également aux enfants, et leur dispense quelques conseils pour bien réagir en cas de danger, ou mieux encore, l’éviter: ne pas se déplacer seul, prendre toujours le même chemin pour se rendre dans les endroits où il va souvent (école, foot, amis, etc.), ou encore hurler et se débattre en cas d’agression.

«Une centaine de structures vont recevoir cette semaine un paquet de flyers, accompagné d’un courrier leur demandant de distribuer ceux-ci en classe, explique Guillaume Grand, vice-président du Conseil de fondation de la Fondation Sarah Oberson. Nous souhaitons faire remonter l’information aux parents par la voie des enfants, et créer ainsi le dialogue autour de cette thématique, à la fois en classe et à la maison. Nous espérons que les directeurs et enseignants joueront le jeu, et que notre message pourra être relayé

Les enseignants qui n’auraient pas reçu le document peuvent l’obtenir auprès deinfo@sarahoberson.org.


[1] « Séparation des parents, disparition des enfants » publication issue des Soirées Sarah Oberson 2011 et 2014 dédiées à ce thème.

Le 4 nevembre 2014, le flyer a été distribué à toutes les écoles du Valais romand

Etre enfant pauvre en Suisse : Soirée Sarah Oberson 2015

16 juin 2015

Lors de la Soirée Sarah Oberson 2015,  le mercredi 11 novembre au Casino de Saxon, de 19:00 à 21:00, la Fondation Sarah Oberson va réfléchir avec des experts sur la réalité quotidienne des enfants vivant dans la précarité ; sur l’impact de cette situation sur leurs perspectives futures et sur l’adéquation des réponses apportées.

En novembre 2014, le Commissaire aux droits de l’homme au Conseil de l’Europe, expose dans un article les quatre grandes menaces pour les droits de l’enfant en Europe.  « La pauvreté, qui frappe de plus en plus d’enfants », en fait partie.  Il met en garde les Etats : « A long terme cette situation risque d’avoir des effets dévastateurs pour les sociétés européennes, puisque la pauvreté chronique subie durant l’enfance est l’une des principales causes de pauvreté et d’exclusion sociale à l’âge adulte. » (Bulletin suisse des droits de l’enfant, vol.21, N°1, Mars 2015, p. 7-8).

En effet, « les effets de la pauvreté et de l’appartenance à un milieu défavorisé  sur l’enfant sont connus : mauvaise santé, développement physique compromis, progrès cognitifs et linguistiques faibles, résultats scolaires médiocres, troubles du comportement, voire même des risques de chômage et/ou de délinquance et/ou de toxicomanie à l’avenir. » (CSDH, 31.10.12)

En Suisse, la classe d’âge de 0-17 ans est la plus touchée par la pauvreté, comme l’indique les statistiques de l’aide sociale de l’Office de la Statistique Suisse. Alors que le taux d’aide sociale toutes catégories d’âge confondues est de 3.2, pour la catégorie 0-17 ans il est de 5.2 (données les plus récentes, 2013). Cette situation n’est pas nouvelle. En 2006, la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse tire la sonnette d’alarme en dénonçant la précarisation matérielle des enfants, «…près de 45% des personnes à l’aide sociale sont des enfants… ».

La Suisse réagit. En 2010, le Conseil fédéral publie la Stratégie globale de la Suisse en matière de lutte contre la pauvreté, dont les premiers chapitres traitent de la pauvreté des enfants. En 2013, il approuve le Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté 2014-2018 : la Confédération joue désormais un rôle de soutien et de coordination ; la compétence principale pour la lutte contre la pauvreté reste dans les mains des cantons, villes et communes.

Néanmoins, « selon Caritas (…), la Suisse compte quelque 260’000 enfants pauvres (janvier 2012). Circonstance aggravante : comme la mobilité sociale est très faible en Suisse de manière générale, cette pauvreté est également héréditaire. » (CSDH, 31.10.12)

Selon l’étude mandatée par l’Etat du Valais, présentée le 01.06.15, « le coût de l’assistance sociale a plus que doublé en Valais entre 2011 et 2014 ». Selon M. Favre, Chef de l’Office cantonale de coordination des prestations sociales, « avec 27% des situations, les familles monoparentales sont surreprésentées » (Le Nouvelliste, 02.06.15, p. 4). Encore une fois, les enfants sont au centre de la problématique, dont la tendance est à la péjoration.

Lors de la Soirée Sarah Oberson 2015,  le mercredi 11 novembre au Casino de Saxon, de 19:00 à 21:00, la Fondation Sarah Oberson va réfléchir avec des experts sur la réalité quotidienne de ces enfants ; sur les conséquences de cette précarité sur leurs perspectives futures et sur l’adéquation des réponses apportées.

Clara Balestra, 16.06.15

Lire aussi :

Quelles mesures contre pauvreté des enfants ?, blog FSO ; 6.12.2011

La pauvreté en Suisse : une affaire d’enfants, blog FSO, 21.06.2010

Lire aussi Documentation – Pauvreté

Pour une alerte enlèvement améliorée

21 mai 2015

A l’occasion de la Journée internationale des enfants disparus, la Fondation Sarah Oberson milite pour un assouplissement des critères de déclenchement de l’alerte enlèvement en Suisse et un établissement de statistiques nationales en la matière.

COMMUNIQUÉ AUX MÉDIA


Les premières heures qui suivent un enlèvement sont décisives pour le succès des recherches; d’elles dépendent les probabilités de retrouver la victime saine et sauve. L’actualité française récente l’a encore démontrée avec le cas de la petite Berenyss, où le plan d’alerte enlèvement a été déployé avec succès pour la 14ème fois depuis son instauration en 2006. En Suisse, le dispositif existe depuis 2010 mais n’a encore jamais été mis en œuvre. Engagée depuis plus de 15 ans pour la défense des droits des enfants, la Fondation Sarah Oberson juge trop restrictifs les critères actuels de déclenchement de l’alerte et milite pour leur assouplissement.

Le critère de dangerosité doit primer

Tous les cas d’enlèvement ne déclenchent pas une alerte; celle-ci n’est activée que dans des situations d’urgence, où l’intégrité physique et psychique de l’enfant est mise en danger. «Ce critère doit être la priorité, explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation. Il ne s’agit pas de déclencher des alertes à tout-va mais de le faire objectivement, compte tenu du danger et des indices à disposition de la police.»

Un assouplissement des critères permettrait également une mise en œuvre du plan d’alerte dans les cas de fugue à risques et d’enlèvements parentaux. «Aujourd’hui, ce facteur n’est pas déterminant en Suisse, contrairement à d’autres pays. Aux Etats-Unis[1] par exemple, plus de la moitié des plans d’alerte déployés en 2011 l’ont été suite à un enlèvement parental. Cet élément ne peut plus être négligé dans notre pays quand on sait que plus de 85% des disparitions d’enfants enregistrées dans le canton de Vaud entre 2010 et 2012 sont le fait d’un parent[2]. »

Avec près de la moitié des mariages se terminant par un divorce et une séparation sur dix entraînant des litiges sur le plan juridique, la dégradation du cadre familial est souvent déterminante dans ces disparitions. Les conséquences peuvent être désastreuses et traumatisantes pour les enfants, privés de leur milieu social et contraints à ne plus voir l’un des deux parents.

Des statistiques qui font défaut

Autre cheval de bataille de la Fondation Sarah Oberson depuis plusieurs années, la création de statistiques nationales concernant la disparition d’enfants. Dans un récent rapport sur la situation helvétique, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU relève qu’aucun système centralisé de collectes de données n’existe en Suisse, en particulier concernant les groupes d’enfants marginalisés ou dans des situations vulnérables. Guillaume Grand espère que les conclusions du Comité porteront leurs fruits: «Il s’agit aujourd’hui d’une réalité méconnue. La création d’un système centralisé suggéré par le Comité nous permettrait d’être mieux à même de quantifier ces disparitions, de les comprendre au travers de recherches scientifiques, ainsi que de planifier les mesures de prévention et les stratégies de réponse adéquates.» Comme le dit régulièrement Jean Zermatten, président de la Fondation Oberson: «Ne croyons pas que les droits de l’enfant soient totalement respectés en Suisse, il y a aussi du travail chez nous.»


[2] Chiffres tirés du «Projet de recherche sur la faisabilité d’une étude sur les disparitions de mineurs dans le canton de Vaud» mandaté par Missing Children Switzerland.
photo 1  : http://angolodellamicizia.forumfree.it/?t=65584523
photo 2 : http://www.alerteenlevement.ch/Pages/Register.aspx

Synthèse de “Séparation des parents, disparition des enfants”

11 mai 2015

Qu’on le veuille ou non, la séparation des familles fait partie intégrante de notre société. Phénomène banal en nombre, une séparation bouleverse totalement l’équilibre familial et peut mener à de grandes souffrances, notamment pour les enfants. Le point central, pour ce qui concerne la protection des enfants, se trouve dans la construction de la relation coparentale hors du couple. Son aménagement va constituer une étape cruciale vis-à-vis des enfants.

Tiré du Working Report des Soirées Sarah Oberson 2011 et 2014 dédié au thème de la “Séparation des parents et disparition enfants”

Événement désormais sociétal, le divorce demande une adaptation de la société elle-même, qui doit se préparer à y faire face que se soit dans la famille unie, ou pendant et après la séparation.

L’institution familiale et les normes socio-économiques et culturelles en vigueur (monde du travail, offres de conciliation de la vie professionnelle et familiale, séparation des rôles à l’intérieur de la famille) continuent de soutenir l’image d’une famille traditionnelle viable à long terme . Cette image n’est pas structurée pour répondre à une séparation. Elle ne permet pas d’anticiper les difficultés subies par les enfants de familles séparées, telle que leur paupérisation – annexe II. Ces complications peuvent exacerber les conflits entre les ex-partenaires et aboutir parfois à des épisodes violents.
Un réajustement des normes structurant la famille doit avoir lieu afin de faire face aux différents phénomènes qui la traversent, notamment le divorce.

Pendant et après la séparation, la Suisse, ses autorités mais aussi sa société civile, a décidé de fournir différents instruments – exposés dans ce document – qui permettent d’adoucir la transition. Les experts s’accordent à dire qu’il n’existe pas de remède miracle, chaque situation est unique et les différents instruments seront plus ou moins adéquats selon le contexte.
Cette offre variée existe et tend à s’adapter aux nouvelles réalités en se différenciant et en s’améliorant. Il serait cependant avisé de la faire mieux connaître aux bénéficiaires pour qu’ils puissent se l’approprier avant que les conflits ne surgissent et/ou s’enlisent. Dans ce document, on parle par exemple d’un guichet unique (Rossier).

Ainsi, pour éviter que la séparation des parents se termine en drame pour les enfants, des moyens existent. La séparation reste une démarche privée.  Toutefois, la société possède, à travers des modifications socio-économiques adaptées d’une part et des mesures juridiques et psycho-sociales d’autre part, une marge de manœuvre qui permet d’agir pour adoucir le passage d’une famille unie à une famille séparée, tant du côté des enfants que de celui des parents.

« En effet, la séparation et ses conséquences dépassent le niveau micro-social de la cellule familiale : elles trouvent des racines et des ferments dans des facteurs structurels (styles conjugaux et éducatifs, infrastructures, politique familiale, etc.) qui doivent être mis en regard des capacités individuelles de personnes (père, mère, enfants) à composer avec, et à s’exprimer à leur propos. Ce n’est qu’ainsi qu’on respectera davantage les intérêts et les droits de chacun. » (Stoecklin)

Clara Balestra, 05.05.15

En une semaine, 4 enfants de 2 ans disparaissent

27 avril 2015

Quatre enfants de deux ans ont disparu la semaine passée, dont deux en Suisse. Seulement un des quatre a été retrouvé sain et sauf pour l’instant.

1. Le 18 avril 2015 à 14 :30, un garçon érythréen de deux ans est disparu à Wattwil (SG), aux alentours de la rivière Thur. Une chaussure a été retrouvée sur la rive du cours d’eau. Après d’importantes recherches sur la rivière, les recherches se sont arrêtées le jeudi suivant. « Les forces de l’ordre penchent pour une noyade accidentelle. » Il est possible que les recherches reprennent dès que le niveau de l’eau redescend.
Signalement
: « Un pull-over brun avec le ruban rose et un pantalon brun »
Photo
 
ou http://www.kapo.sg.ch/home/fahndung/vermisste_personen.html

2. Le 21 avril 2015, un enfant de 2 et demi disparaît à Freiburg en Allemagne vers 19h00. Une heure plus tard, l’enfant est retrouvé sain et sauf un peu plus loin dans une arcade par une patrouille de police avec chiens de recherche.

3. Le 24 avril 2015, en France, dans la Val-d’Oise, un autre enfant de deux ans disparaît d’une maison située à proximité d’un cours d’eau. Les policiers sondent ainsi pendant plusieurs heures la rivière Oise, malheureusement sans succès jusqu’à aujourd’hui. « La Brigade de recherches de Pontoise a été (depuis) saisie d’une enquête pour “disparition inquiétante”. Et si la maison de l’enfant est très proche de l’eau, aucune piste n’est à ce stade privilégiée. »
Signalement
: « Marcus, décrit comme “métis” de corpulence normale – 12kg pour 85 cm – avec les cheveux et les yeux noirs, était vêtu vendredi d’un pantalon de jogging bleu, d’un haut beige et bleu et de baskets bleues. Il a disparu avec son jouet, un hélicoptère en plastique. »

4. Le 25 avril 2015, « Un enfant de deux ans est porté disparu à Windisch (AG), près de Baden. Son père l’a perdu de vue lors d’une promenade le long de la Reuss. Des recherches ont été lancées par la police, un hélicoptère de la Rega et des chiens, mais sans succès jusqu’ici. Un bateau a également été mobilisé. »
Signalement
: « Le bambin a les cheveux blonds bouclés, porte un pullover strié jaune, bleu et blanc, des jeans et des baskets. »
Photo

La Fondation Sarah Oberson compatit à la douleur des familles et espère que les recherches permettront de retrouver ces enfants.

Enfants de parents séparés : Une approche par les capabilités

31 mars 2015

“La séparation et ses conséquences dépassent le niveau micro-social de la cellule familiale : elles trouvent des racines et des ferments dans des facteurs structurels (styles conjugaux et éducatifs, infrastructures, politique familiale, etc.) qui doivent être mis en regard des capacités individuelles de personnes (père, mère, enfants) à composer avec, et à s’exprimer à leur propos. Ce n’est qu’ainsi qu’on respectera davantage les intérêts et les droits de chacun.”

Extraits du texte de M. Daniel Stoecklin, Professeur associé en sociologie, avec spécialisation enfance et droits de l’enfant à l’Institut Universitaire Kurt Bösch, Sion qui s’exprime sur le thème de la Soirée Sarah Oberson 2014 : « Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées! », où il a participé comme Intervenant à la Table ronde. (Texte intégral)

« Je voudrais mettre l’accent sur les éléments qu’il me semble important de développer pour mieux préciser le rôle de la société dans la violence qui caractérise certaines ruptures. (…) Le sentiment d’un parent ou des deux d’être traité injustement dans les questions relatives au maintien du contact avec l’enfant a des soubassements sociologiques profonds liés aux places assignées respectivement à l’homme et à la femme dans l’éducation des enfants et aux places que tous trois, enfant, femme et homme, ont pu conquérir dans la reconnaissance de leurs droits. (…)

Les styles conjugaux et éducatifs sont des facteurs sociaux très importants qui influencent la situation des enfants dans les cas de divorce et de séparation. (…) Une approche théorique possible pour mettre en évidence ces influences est celle des capabilités . (…) Dans cette optique, c’est le développement de la capacité de choix des acteurs et non leurs choix particuliers qui est l’objet d’attention. (…)

Cette optique plus large permet de voir que les pensions alimentaires retardées ou insuffisantes ne sont en fait qu’un aspect de la problématique et que bien d’autres facteurs plus structurels ont une importance prépondérante. (…)

Plus largement, on peut aussi inscrire cette étude dans « L’analyse des parcours de vie (pour) étudier cette diversité (…) dans une perspective longitudinale (…) » . En effet, il faut tenir compte de l’inversion des « flux intergénérationnels d’aisance », allant désormais des parents vers les enfants. A la fin du 19ème siècle, (en effet) l’enfant devient un « bien collectif » (protection de l’enfance) et la séparation entre sphère privée et sphère publique devient plus ténue. Il y a donc un effacement progressif de la très forte hiérarchisation des genres et des générations .

En particulier, on peut mettre en évidence les coûts d’opportunité : « ce que la maternité coûte à la femme en termes de réalisation personnelle, notamment professionnelle » . En Suisse ces coûts sont exacerbés ; on constate effectivement une grande difficulté à concilier vie féconde et vie professionnelle : « Au sein de la génération 1960-64, il y a 22% de femmes sans enfant mais cette proportion monte à 39% parmi celles qui ont une formation tertiaire, celles qui ont le plus de peine à concilier vie féconde et vie professionnelle »  . Oris conclut en disant que « c’est l’entrelacement de l’économique, du social et du culturel, qui est constitutif de clivages au sein du genre féminin. Dans la situation suisse contemporaine s’y ajoutent les effets d’un système sociopolitique inadapté car il reste structuré autour de valeurs familiales anciennes »  . (…)

Les enfants vivant une séparation ou un divorce de leurs parents ont des droits qu’il s’agit de respecter tout en respectant les droits de toutes les personnes qui sont impliquées dans ces situations souvent complexes et émotionnellement chargées. (…) Pour ce faire, nous préconisons l’approche par les capabilités qui doit permettre de mettre en lumière toute la complexité sociologique impliquée dans ces situations. En effet, la séparation et ses conséquences dépassent le niveau micro-social de la cellule familiale : elles trouvent des racines et des ferments dans des facteurs structurels (styles conjugaux et éducatifs, infrastructures, politique familiale, etc.) qui doivent être mis en regard des capacités individuelles de personnes (père, mère, enfants) à composer avec, et à s’exprimer à leur propos. Ce n’est qu’ainsi qu’on respectera davantage les intérêts et les droits de chacun. »