Mes droits, c’est quoi ?

12 janvier 2016

« Il y a quelques semaines, la Fondation suisse du Service Social International (SSI) a organisé une journée d’ateliers avec des mineurs non accompagnés (MNA) dans le but de créer le deuxième numéro du journal « Ma voix pour toi » qui leur est entièrement dédié. »

Article de la Revue en ligne « Ma voix pour toi », Journal des mineurs non accompagnés en Suisse, Hiver 2015, n°2, p. 5


Nous avons ensuite discuté de nos droits. La majorité d’entre nous ne connaissait pas la Convention des droits de l’enfant et son rôle. Nous nous sommes donc intéressés à elle et nous avons pris conscience de nos droits à l’éducation et à la formation ainsi que des différences avec nos pays d’origine.

«Je ne savais pas que d’aller à l’école, c’était un de mes droits.» Aman, Erythrée

«On n’a pas le droit d’aller à l’école dans tous les pays. Des fois on a le droit, mais c’est les moyens qui comptent et on les a pas forcément. C’est au pays et au gouvernement de donner les moyens.» Kasim, Irak

«L’école ici c’est bien, on a beaucoup de gens qui peuvent nous aider comme les conseillers en orientation par exemple. Ce n’était pas comme ça chez moi.» Asante, Erythrée

«Dans mon pays, la Somalie, il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent aller à l’école, ce n’est pas public. C’est difficile pour moi de parler français je ne sais pas bien le parler, je ne l’écris pas, je ne le lis pas.» Salman, Somalie

«Tout le monde devrait pouvoir aller à l’école. Pour ça, c’est bien ici en Suisse, on peut tous y aller.» Abel, Tunisie

«On dit ici c’est important d’avoir des papiers mais chez moi ce n’est pas comme ça, ça n’existe pas. Ici, on est obligé d’avoir des papiers qui prouvent qu’on peut faire des choses, qui on est et tout. Si j’ai pas de papier qui prouve que je peux rester ici, tout peut arriver, on peut venir me chercher et me renvoyer… Un jeune qui commence à s’intégrer, qui commence une formation, c’est pas possible de donner une décision négative.» Abdoulaye, Guinée-Conakry

«Avoir le droit, pour moi c’est important. Ici en Suisse, on a ce droit. On nous aide beaucoup mais c’est difficile de trouver un apprentissage. Pour l’*OPTI, j’ai attendu quatre mois pour y aller et maintenant j’ai encore des difficultés pour trouver un métier qui peut me plaire, c’est difficile, j’arrive pas à passer cette étape. Le problème c’est s’ils veulent de moi ou pas, et moi faut que je réfléchisse. Dans mon pays, y’a pas de CFC, si tu veux essayer un truc tu essaies et si ça te plaît pas, tu pars. Mais là il faut un CFC et ça dure 3 ans… Il faut déjà comprendre le système, comment ça marche et ça c’est déjà difficile.» Nahom, Erythrée

Nous nous sommes rendus compte de la chance que nous avons ici en Suisse de pouvoir aller à l’école, quelque soit notre origine ou notre statut, car c’est un droit pour tous. L’éducation est gratuite et des personnes sont là pour nous aider. Par contre, certains d’entre nous ont dû attendre des mois avant de pouvoir y aller, cela dépend du canton où nous habitons.

«Il y a beaucoup de jeunes qui sont arrivés, tout est plein, il y a des listes d’attente. Mais ça dépend des cantons. En Valais, il n’y a pas tellement d’attente par exemple.» Marwan, Syrie

«C’est vrai que moi, quand je suis arrivé en Valais dans le foyer du *Rados, j’ai attendu que 15 jours avant de pouvoir aller à l’école. Et pour la formation aussi c’est plus facile ici.» Abel, Tunisie

«J’ai connu des jeunes avec *Speak Out! qui n’étaient pas allés à l’école depuis des mois, voire des années.» Asante, Erythrée

«Quand je suis arrivé en Suisse, j’ai passé quatre mois à Lugano. Ensuite, je n’ai pas eu l’école pendant cinq mois. Et quand je suis arrivé à Fribourg, j’ai pu aller à l’école un mois après.» Jamal, Afghanistan

«J’ai attendu sept mois avant de pouvoir aller à l’école.» Jawo, Gambie

«Cela dépend beaucoup du canton et de l’endroit où on vit, la structure. Moi je vis avec ma sœur et c’est très difficile pour moi.» Asante, Erythrée

«Nous, au Rados, ça va très bien. On s’en sort bien, on a une grosse aide c’est comme une famille.» Kasim, Irak

*Organisme pour le Perfectionnement scolaire, la Transition et l’Insertion professionnelle dans le canton de Vaud
*Foyer pour MNA à Sion
*Projet de participation socio-politique

Colloque « la révolution silencieuse: 25 ans des droits de l’enfant »

18 novembre 2014

La Convention des droits de l’enfant (CDE) a 25 ans. L’Institut des Droits de l’Enfant et la Ville de Genève font la fête.

Annonce de l’Institut international des Droits de l’Enfant

Le programme du colloque « La révolution silencieuse : 25 ans des droits de l’enfant », qui aura lieu les 20 et 21 novembre au Centre International de Conférences de Genève (CICG) a été dévoilé ! Organisé dans le cadre de « 2014, année de l’enfance » en Ville de Genève et à l’occasion des 25 ans de la Convention relative aux droits de l’enfant, cette rencontre aura pour objectif de sonder la portée de ces droits dans la vie des enfants. Leur ont-ils permis de mieux participer à la vie de la Cité ?

Une série de conférences données par des universitaires, des experts et des responsables politiques, s’articuleront autour de quatre thèmes :

  • De la violence à la dignité
  • De l’expression à la participation
  • Du rêve à la réalité
  • Être enfant dans la Cité

pdfProgramme détaillé.

Site internet de la manifestation.

pdfFlyer d’annonce de l’événement.

Une manifestation qui s’inscrit dans la lignée des événements régulièrement organisés par l’Institut international des Droits de l’Enfant (IDE) le 20 novembre, jour anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies.

Aller à la page du site dévolue aux manifestations du 20 novembre.

La représentation politique des enfants et sa légitimité

22 avril 2009

Dans le canton de Glaris (Suisse) les enfants dès 16 ans  peuvent voter (le droit à l’éligibilité reste fixé à 18 ans). Le canton de Berne est sur la même voie et dans d’autres cantons, dont Fribourg, les débats sont ouverts.

Les initiatives qui visent à abaisser la limite du droit de vote en-dessous de 18 ans, permettent à cette catégorie de résidents (16-18 ans) de susciter l’intérêt des élus et ainsi d’augmenter leurs chances de voir leurs intérêts défendus sur la scène politique.

La Convention des droits de l’enfant (CDE), tout en véhiculant une image de l’enfant sujet de droit, n’octroie pas de droits politiques aux enfants (droit de voter et d’être élu); elle leur garantit cependant des libertés politiques telles que le droit d’exprimer leur opinion dans des questions qui les concernent (art. 12) ; la liberté d’expression (art. 13) ; la liberté de pensée et d’association (art. 14 et 15) et le droit de s’informer (art. 17).

Une brèche s’est ainsi ouverte pour la participation des enfants à la formation de la volonté politique. Par contre, leur participation politique reste sujette au bon vouloir des décideurs traditionnels et, pour défendre leurs intérêts, les enfants doivent recourir à la représentation politique.

La conception qu’on a de l’enfant influence la manière dont l’adulte appréhende sa représentation politique. L’image classique de l’enfant présume une approche basée sur la notion de besoins que l’adulte, en tant que personne compétente, peut énumérer et satisfaire. L’image actuelle de l’enfant comme sujet de droit demande, par contre, une approche basée sur la compétence et les intérêts spécifiques des enfants. Le simple fait d’être adulte ne légitime plus le choix des besoins à assouvir. Des normes tempèrent l’omnipotence de l’adulte quant aux choix qu’il fait pour l’enfant (ex. les droits de l’enfant), mais les adultes restent les décideurs privilégiés.

Une question s’ouvre alors : sur qui et quoi repose la légitimité de la représentation politique des enfants par les adultes ?

L’approche des droits de l’homme proclame que les sujets ont des droits qui sont protégés légalement même s’ils ne peuvent pas les exercer. Elle donne des droits justement à ceux qui manquent de la capacité de les exercer et qui ont besoin de leur protection. Dans cette situation, les sujets de droit et les agents moraux qui les défendent sont deux entités différentes.

Cette approche, tout en sous-entendant l’existence de représentants, ne soulève pas la question de leur légitimité. Les droits de l’enfant mettent en évidence ce déficit de légitimité, car pour les premières années de leurs vies, les enfants sont totalement dépendants des adultes. Cet état de fait ne va pas changer avec le temps comme cela a été le cas pour les femmes : une fois émancipées, elles ont pu assumer directement la défense de leurs droits. Ainsi, d’une part, des adultes s’autoproclament représentants des intérêts des enfants. D’autre part, ils décident quels intérêts défendre et comment les interpréter (1).

Il existe une conséquence perverse de cette situation soulignée par Pupavac (1). Dans l’approche classique, la représentation de l’enfant dans la sphère publique est donnée aux parents. En mettant en discussion ce modèle, on remet en cause la capacité des parents à défendre les droits de l’enfant sans pour autant émanciper les enfants. Par conséquent, les droits de l’enfant ne font que dé-légitimiser les parents en faveur des officiels, des professionnels et des activistes.

Dans la pratique, de plus en plus de voix se lèvent pour souligner la précarité dans laquelle vivent les enfants aujourd’hui et beaucoup font le lien entre cette situation préjudiciable et leur manque de droits politiques qui engendre un manque d’intérêts des représentants dans les instances décisionnelles. L’Organisation mondiale de la santé, par exemple, se sent dans l’obligation de demander aux Etats de défendre les plus vulnérables en dépit du fait qu’ils ne soient pas des électeurs (2).

Tout en étant centrale dans le discours des droits de l’enfant, la question de la légitimité de la représentation politique reste marginale, mais elle se doit d’être débattue.

Clara Balestra, 22.04.09

Références
(1) Pupavac V. (2006), ‘A critical review of children’s rights in context’, in International Interdisciplinary
Course in Children’s Rights
, Ghent University, December 2006.
(2) Krug Etienne G., Dahlberg Linda L., Mercy James A., Zwi Anthony et Lozano-Ascencio Rafael (2002), ‘La maltraitance des enfants et le manque de soins de la part des parents ou des tuteurs’, en Rapport mondial sur la violence et la santé, OMS, Genève, 2002, p. 86.