Crise économique et maltraitance

9 février 2009

Le Groupe de Tutelle Enfants du Kinderspital vient de lancer un cri d’alarme. En 2008, 455 mineurs ont été hospitalisés pour avoir subi des maltraitances, ce qui signifie une augmentation de 13% par rapport aux années précédentes. Environ la moitié de ces enfants étaient âgés de moins de 7 ans . Souvent, les actes de violence se déroulent au sein de la famille (1).

Dans son édito ‘Crise financière et droits de l’enfant’ du 23 janvier 2009, l’IDE écrit :

‘… la relation entre pauvreté et maltraitance des enfants a déjà été mise en évidence, notamment dans un rapport du Parlement Européen sur la question. En Floride on a récemment fait état de violences dont ont été victimes des enfants en raison de la pression financière. (…) En Australie également, l’augmentation des violences familiales a été en grande partie attribuée à la situation économique.

Ziegert (2) dégage deux phénomènes déterminants qui expliquent l’emploi des punitions physiques au sein de la famille. D’une part, il existe une acceptation de ce phénomène dans les normes et valeurs sociales. D’autre part, la situation de surcharge des parents déterminée par leur environnement diminue leur capacité à se contrôler.

De plus, les chercheurs démontrent que plus on emploie la force pour punir, plus on est enclin à en abuser. La grande majorité des abus physiques constatés sont des actes de discipline qui ont dégénéré (3).

Le rapport Enfance maltraitée en Suisse de 1992 (4) déclare que ‘le recours à la violence en famille n’est pas sans prétendre à un certain statut de normalité’. Cette affirmation est confirmée dans l’étude de l’Université de Fribourg de 2004 (5) sur le comportement éducatif des parents en Suisse. On peut ainsi affirmer que la punition physique est culturellement acceptée dans notre pays.

L’étude de 2004 démontre que les enfants les plus touchés par cette méthode éducative sont les enfants de moins de 4 ans, les plus vulnérables aux éventuelles conséquences physiques et psychologiques de la violence. Un enfant sur 5 de moins de 2,5 ans est battu régulièrement, dont 1 sur 100 avec des objets.

Ces données ont été recueillies en 2003. Durant cette année, la Suisse affichait un taux de chômage de 1,9% et on était loin de parler de crise financière ou économique. En 2009, la crise financière et économique internationale s’intensifie. L’économie de notre pays commence à sentir les premiers signes d’essoufflement. Il reste à espérer que la recrudescence de la violence envers les enfants dans la famille ne vienne pas allonger la liste des conséquences néfastes de cette situation.

Clara Balestra, 09.02.2009

Références

1. Telegiorale RTSI, 02.02.09
2. Ziegert K.A. (1983), ‘The Swedish prohibition of corporal punishment : A preliminary report’, en Journal of Marriage and Family, 45, p. 917-926.
3. Durrant Joan E. (2005), ‘Corporal punishment : prevalence, predictors & implications for children behaviour & development’, in Durrant Joan E., Newell Peter, Power Clark et Stuart N. Hart, Eliminating Corporal Punishment : the way forward to constructive child discipline, UNESCO, Paris, p. 49-90.
4. Bouverat Germain préside le Groupe de travail (1992), Enfance maltraitée en Suisse, Rapport final présenté au chef du Département fédéral de l’Intérieur, Office centrral des imprimés et du matériel, Berne, 1992.
5. Schöbi D. & Perrez M. (2004), Bestrafungsverhalten von Erziehungsberechtingen in der Schweiz : Eine vergleichende Analyse des Bestrafungsverhaltens von Erziehungsberechtingen 1990 und 2004, Universität Freiburg, Freiburg.