Fugues en Valais : radiographie du phénomène

28 août 2017

“En Valais, il y a eu entre 2014 et 2016 un total de 1’074 fugues qui ont fait l’objet d’une inscription dans le système national de recherche informatisé de police RiPol. Cela signifie qu’il y a en permanence une moyenne de 7 fugueurs signalés disparus.”

La Fondation Sarah Oberson a entrepris avec la filière Travail social de la HES-SO Valais-Wallis une étude quantitative sur les fugues en Valais . Depuis plusieurs années, la Fondation demande la création de statistiques nationales concernant la disparition d’enfants. Cette recherche est un premier pas dans ce sens (1).

L’objectif de la Fondation Sarah Oberson est de mieux cerner l’ampleur de ce phénomène, afin de stimuler d’autres recherches scientifiques qui permettront de planifier des stratégies de prévention et de réponse adéquates.

Afin de mettre en valeur ce document et surtout pour que ses conclusions servent à alimenter une discussion autour de ce thème dans notre canton, la Fondation Sarah Oberson organise le 18.10.2017 une demi-journée de réflexion (14h00-17h00) à la Fondation Universitaire Kurt Bösch, Bramois/Sion. Entrée gratuite, ouverte à tous, gratuit sur inscription (email, fax).

La FSO profite de cet article pour remercier les étudiants de leur travail consciencieux ; la HES-SO Valais-Wallis pour sa collaboration ; la Police cantonale valaisanne ainsi que le Service cantonal de la jeunesse pour l’aide fourni dans l’accès aux données nécessaires et à la compréhension des protocoles appliqués en cas de fugues d’enfants.

Ci-dessous vous trouvez la synthèse en chiffres de l’étude effectuée par MM. Yannick Frossard et Samuel Morard, qui y ont consacré leur Travail de Bachelor ((2), p. 75-76).

Synthèses des données

-          En Valais, il y a eu entre 2014 et 2016 un total de 1’074 fugues qui ont fait l’objet d’une inscription dans le système national de recherche informatisé de police RiPol. Cela signifie qu’il y a en permanence une moyenne de 7 fugueurs signalés disparus.

-          Ces fugues se produisent principalement depuis des foyers (n=867, soit 80.7 %), des domiciles familiaux (n=143, soit 13.3 %) et des hôpitaux pédopsychiatriques (n=55, soit 5.1 %). Quelques cas ont été signalés depuis des écoles, des familles d’accueil et des centres de requérants d’asile mineurs non accompagnés.

-          Les disparitions de mineurs non accompagnés sont fréquentes. Selon l’Office de l’Asile, il y en a eu 5 en 2013-2014 et 16 en 2015-2016. Cependant, seules 4 situations ont été annoncées à la PCVS, toutes en 2016.

-          Les fugues sont principalement le fait de garçons (n=644, soit 60 %). Depuis les domiciles, il y a autant de fugues de filles (n=71) que de garçons (n=72), et dans les hôpitaux quatre fois plus de fugues de filles (n=44) que de garçons (n=11) ; ce sont donc les fugues de foyers qui ont un impact sur la surreprésentation masculine (n=310 ; n=557).

-          L’ensemble des 1’074 fugues sont le fait de 373 enfants : la question de la récidive est donc centrale. La fugue a constitué un épisode unique pour près de la moitié des enfants fugueurs (45.8 %), mais les récidivistes sont à l’origine de la grande majorité des situations (84.1 %). La médiane des récidives se situe à 2 fugues par personne.

-          Une augmentation est constatée au cours de la période étudiée (de 315 en 2014 à 420 en 2016). Cette augmentation se manifeste uniquement depuis les foyers (de 234 à 356, soit + 52.1 %).

-          Une fugue toute les 30 heures se produit en moyenne depuis un foyer (n=867).

-          Depuis les domiciles familiaux, en moyenne une fugue par semaine est signalée (n=143). 91 enfants ont fugué de leur domicile, à une ou plusieurs reprises. Au moins 28 d’entre eux ont par la suite été placés dans des foyers ou ont séjourné dans des hôpitaux, puisqu’ils y ont récidivé.

-          Concernant l’âge des fugueurs, la médiane se situe à 15 ans. Il y a peu de fugues d’enfants de moins de 12 ans (n=8), et la quasi-totalité des fugues d’enfants de moins de 13 ans ont été effectuées depuis des foyers (n=42/45, soit 93.3 %).

-          Une fugue dure en moyenne 7.4 jours (n=7919÷1’074) : cette donnée est soumise à une variation significative en fonction du genre (8.2 jours pour les garçons et 6.1 jours pour les filles). L’âge du fugueur a une incidence considérable sur la durée moyenne de la fugue, qui oscille de 4 jours à 12-13 ans à plus de 9 jours à 17 ans.

-          La grande majorité des fugues se terminent au cours de la semaine (n=832, soit 77.5 %). 119 avis de fugue ont été révoqués au cours de la même journée. Au lendemain de l’annonce, un tiers des fugues était révoqué (n=357). Il y a aussi 16.4 % qui durent entre 7 et 30 jours (n=176), et 6.1 % plus de 30 jours (n=66). Le pourcentage de ces longues fugues augmente avec l’âge : il passe de 16.7 % pour les 12-14 ans (n=45/269), à 22.9 % pour les 15-16 ans (n=137/597), puis à 30 % pour les fugueurs âgés de 17 ans (n=60/200).

-          Le nombre de signalements est soumis à d’importantes variations en fonction des mois. Ainsi, il y a presque deux fois moins de fugues en février (n=62) et en juillet (n=62) qu’en mai (n=119) et en septembre (n=117).

-          La nationalité ne semble pas être un facteur de risque significatif : les fugues sont le fait de détenteurs de la nationalité suisse (61.5 %), de ressortissants de l’Union Européenne (22.4 %), d’autres pays européens (3.5 %), et d’autres continents (11.7 %).

(1) CONTACT : Guillaume Grand, Fond. Sarah Oberson, Vice-président du Conseil de fondation, 076 421 39 71, info@sarahoberson.org

(2)   Yannick Frossard et Samuel Morard (2017), Fugues en sol valaisan : phénomène mineur ?, mandaté par la Fondation Sarah Oberson, Travail de Bachelor pour l’obtention du diplôme Bachelor of Arts HES·SO en travail social Haute École de Travail Social − HES·SO//Valais – Wallis

Fondation Sarah Oberson : Rapport succinct d’activités 2016

24 avril 2017

Activités 2016, Points forts :

  • Recherche « Statistiques des disparitions d’enfants en Valais » (2016-2017) en partenariat avec l’HES-SO Filière du Travail social
  • Projet Fiches pédagogiques «Les droits de l’enfant en classe » en partenariat avec l’IDE
  • Evaluation Campagne de sensibilisation Fondation Sarah Oberson (FSO) en partenariat avec le MIDE de l’Université de Genève
  • Intervention parlementaire : «Point sur le phénomène des fugues en Valais »
  •  Thèmes d’actualité abordés sous l’angle des droits de l’enfant, sur le blog de la FSO

Rapport d’activité 2016 complet

1.   Contribuer à l’amélioration du système de réponse à la disparition d’enfants

Depuis son opérationnalisation en janvier 2010, l’alerte enlèvement n’a jamais été déclenchée en Suisse : dès lors, la Fondation Sarah Oberson (FSO) milite pour que le déclenchement puisse se faire sans que des critères trop stricts ne le limitent. Le critère de la mise en danger de l’intégrité physique et psychique de l’enfant doit être prioritaire, incluant ainsi les enlèvements parentaux et les fugues si nécessaire (Voir Rapport d’activités 2016 pour les actualités suisses et européennes tout comme pour les priorités de la Fondation dans ce domaine).

Valais

Recherche « Statistiques des disparitions d’enfants en Valais »

La FSO a entrepris avec la filière Travail social de l’HES-SO un projet de recherche « Statistiques des disparitions d’enfants en Valais » qui a été élaboré en deux étapes. En 2016, sept étudiants ont effectué une revue de la littérature sur les différentes catégorisations possibles des disparitions d’enfants. Différentes pistes d’action sont explorées actuellement par la FSO afin d’exploiter à sa juste valeur ce travail de recherche.

En 2017, deux étudiants établiront une recherche quantitative des fugues d’enfants dans le canton du Valais, sur deux années consécutives, dans le cadre de leur Travail de Bachelor. L’objectif à long terme de la FSO est que l’Etat puisse planifier des mesures de prévention et des stratégies de réponse adéquates aux différentes catégories de disparitions d’enfants, basées sur des statistiques et des recherches scientifiques de qualité.

Fugues – Intervention parlementair

Une interpellation parlementaire « Point sur le phénomène des fugues en Valais » a été déposée le 10.03.2016 par Mme Nicole Carrupt, parlementaire PLR, et co-signée par Mme Véronique Coppey. L’interpellation demande plus de clarté sur le phénomène de la fugue d’enfants.

Le 8 septembre 2016, le Conseiller d’Etat Freysinger répond partiellement à cette interpellation. Les députées et la FSO pensent poursuivre dans cette voie, en l’alimentant avec les données de la recherche en cours avec l’HES-SO.

Campagne de sensibilisation : Votre enfant n’est pas rentré ?

En 2014, la campagne d’information à la population sur la problématique des disparitions d’enfants a été lancée pour se terminer le premier trimestre 2016 avec la publication d’un dernier Communiqué de presse sur les fugues d’enfants en allemand (pour mieux connaître toutes les actions de cette campagne voir sur le site de la FSO ou le Rapport d’activité 2015, 1.1.3).

Grâce à l’implication et à la collaboration de M. Maximilien Dacheville, Doctorant au Centre Interdisciplinaire d’Analyse des Processus Humains et Sociaux (CIAPHS) à l’Université de Rennes (France), la FSO a tenté en 2016 de mesurer l’impact de cette campagne de sensibilisation. Cette recherche a été initiée avec l’aide du Master Interdisciplinaire en Droits de l’Enfant (MIDE) de l’Université de Genève. En 2016, cinq étudiantes ont recueilli 300 questionnaires auprès de parents vivant dans le district de Sion. Une analyse quantitative préliminaire de ces questionnaires a été effectuée par ces étudiantes. Il reste maintenant à savoir si ces données peuvent être analysées qualitativement par le doctorant M. Dacheville.

2.   Susciter et animer le dialogue sur les violations des droits de l’enfant

Projet de Fiches pédagogiques

Le Conseil de la FSO a décidé de soutenir le projet «Fiches pédagogiques : Les droits de l’enfant à l’école : promotion de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CDE) en Suisse pour les élèves et leurs enseignant-e-s». Ce projet, dirigé par l’IDE, a pour but général de promouvoir et mettre en pratique la CDE en milieu scolaire au niveau national.

Site internet de la Fondation

A travers son site internet, la FSO souhaite donner un espace privilégié à des textes, des articles, de la documentation et des actions sur le thème des droits de l’enfant. Constamment ajourné, il se veut une vitrine nationale sur les questions de droits de l’enfant et de disparition d’enfants.

Blog

En 2016, 23 articles ont été mis en ligne. Les thèmes d’actualité abordés sous l’angle des droits de l’enfant, sont particulièrement chers à la FSO : droits de l’enfant en général (accès à la justice, conventions et protocoles internationaux) ; disparition d’enfants (alerte enlèvement, enlèvements, fugues, MNA, …) ; maltraitance envers les enfants (dont mariages forcés) ; … Dans un souci d’information intégrante pour nos lecteurs, les articles écrits par ou pour la FSO sont complétés par des articles d’autres sites spécialisés dans les droits de l’enfant (IDE, SSI, ADEM, Réseau suisse des droits de l’enfant, CSDH,.

Réseaux sociaux

La Fondation dispose d’une page Facebook ; d’un compte LinkedIn avec une page FSO et l’accès aux différents groupes ; d’un compte Twitter ; et d’un compte Google+.

Les alertes enlèvement européennes sous la loupe

23 mai 2016

Le 25 mai est la Journée internationale des enfants disparus : offrons une fleur en souvenir de tous les enfants disparus et en solidarité avec leurs familles.

Pour pallier cette problématique, les efforts continuent, comme le prouve l’approbation, par la grande majorité des députés du Parlement européen,  de la Déclaration Ecrite proposée par AMBER Alert Europe (voir édito FSO 22.02.16) ou la récente étude de l’Université de Portsmouth exposée ci-dessous.

Pour la première fois en Europe, une étude, même si préliminaire, s’est penchée sur les atouts et les faiblesses des systèmes d’alerte enlèvement européens. Introduite sur ce continent en 2006, l’alerte enlèvement a été déclenchée 23 fois en 2015 : 16 Etats de l’Union européenne ainsi que la Suisse possède un tel système, mais seulement 8 l’ont employé jusqu’à ce jour.

L’étude prend en considération 4 Etats (Hollande, Tchéquie, Royaume Uni et Pologne) qui ont déclenché le 82% de ces alertes et examine les opinions et les expériences de 14 policiers expérimentés qui ont employé ce système au moins une fois. Ce nombre restreint est dû en grande partie au nombre limité d’alertes déclenchées. Malgré l’échantillon réduit, qui empêche des conclusions définitives, les résultats reflètent dans les grandes lignes ceux d’études américaines équivalentes. En effet, les types de cas où les alertes européennes et américaines ont été employées sont similaires, ce qui permet une comparaison.

Cette recherche suggère que l’alerte enlèvement a le potentiel de retrouver rapidement et de manière sécuritaire l’enfant disparu, répondant ainsi à son principal objectif. Mais pas seulement :
- Elle est un complément valable aux investigations : elle permet de recevoir des informations de qualité ; facilite la bonne collaboration entre différentes polices et entre Etats …
- Elle améliore les relations entre la police et la famille du disparu : elle donne l’assurance que tout le possible a été fait ; met la pression qui pousse souvent le parent coupable à la confession…
- Elle améliore les relations entre la police et le public : ce dernier a la sensation de participer ; il se mobilise facilement pour aider ; il peut mieux comprendre le travail de la police…

Cette analyse soulève des points de préoccupation qui, sans en diminuer les atouts, doivent être pris en compte, tels que :
- Le risque d’empirer la situation de sécurité de l’enfant en portant l’auteur à des gestes inconsidérés.
- Le volume important d’appel à vérifier et le grand nombre de volontaires à gérer.
- Le risque de malentendus ou d’impairs si les informations publiées ne sont pas balisées en amont avec la famille.
- Des expectatives du public trop élevées.

Cette étude exploratoire enrichit d’ores et déjà la discussion autour de l’emploi des alertes enlèvement nationales et de l’éventuelle introduction d’une alerte européenne. Elle demande toutefois d’autres recherches plus approfondies afin d’améliorer l’efficience de cet instrument.

Photo :  fdecomite, flickr/creative commons

Clara Balestra, Fondation Sarah Oberson, 23.05.16

Les activités 2015 de la Fondation Sarah Oberson en résumé

12 avril 2016

La Fondation Sarah Oberson, à but non lucratif, est une organisation créée pour améliorer le sort de l’enfance en suscitant et animant le dialogue sur les droits de l’enfant). Fidèle à ses origines, la FSO s’engage aussi à collaborer avec et à  intervenir auprès des autorités suisses pour que soient mis en place à travers le pays un système performant de réponse rapide et efficace aux disparitions d’enfants, tout comme une structure de soutien aux familles efficace.

Le Rapport d’activités 2015 dans sa version intégral

1. Contribuer à l’amélioration du système de réponse à la disparition d’enfants
Depuis son opérationnalisation en janvier 2010, l’alerte enlèvement n’a jamais été déclenchée en Suisse : dès lors, la Fondation Sarah Oberson milite pour que le déclenchement puisse se faire sans que des critères trop stricts le limitent. Le critère de la mise en danger de l’intégrité physique et psychique de l’enfant doit être prioritaire, incluant ainsi les enlèvements parentaux et les fugues si nécessaire (Voir Rapport d’activités 2015 pour les actualités suisses et européennes tout comme pour les priorités de la Fondation dans ce domaine).

Valais
La Fondation Sarah Oberson a invité, déjà en septembre 2012, les Chefs de services cantonaux concernés à une rencontre de travail pour échanger sur l’amélioration du système de réponse aux disparitions d’enfants au niveau cantonal. Les bénéfices de cette réunion se font encore sentir:

  •  En 2013, les démarches entreprises ont permis de déclencher un processus de prise de conscience interne aux différents Départements, dont la conséquence a été une information utile du personnel.
  •  En 2014, la campagne d’information à la population sur la problématique des disparitions d’enfants a débuté, et
  •  ne terminera qu’en 2016.

Campagne de sensibilisation : Votre enfant n’est pas rentré ?
La Fondation Sarah Oberson a lancé en novembre 2014 une vaste campagne d’information dans les écoles du Valais romand, avec la distribution de 45’000 flyers élaborés en étroite collaboration avec l’Etat du Valais. Objectif: prévenir l’enlèvement d’enfants, permettre un déclenchement rapide de l’alerte enlèvement en cas de besoin, mais aussi et surtout rassurer les parents.

La distribution des flyers a permis d’entamer un autre volet de la campagne : la sensibilisation de la population aux thèmes liés à la disparition d’enfant. Ainsi, la Soirée Sarah Oberson 2014 a été consacrée à l’enlèvement parental : «La séparation des parents et la disparition d’enfants». Fin janvier 2015, un communiqué de presse sur la thématique de la fugue d’enfants a été diffusé. Ce communiqué a attiré l’attention du politique (voir ci-dessous) et de la presse - voir les Revues de presse correspondantes. Le 25.05.2015, Journée internationale des enfants disparus, un autre communiqué de presse a été consacré à l’amélioration de l’alerte enlèvement, la nécessité de statistiques nationales fiables et de recherches scientifiques – voir les Revues de presse correspondantes.

Ce dernier communiqué, bilingue, a clos la campagne dans le Valais romand et lancé celle du Haut Valais. En septembre 2015, 15’000 flyers ont été envoyés dans les écoles du Haut-Valais. Le 21 mars 2016, un dernier communiqué de presse sur les fugues d’enfants a été publié en allemand. Ceci mettra un point final à la campagne de sensibilisation.

Fugues – Intervention parlementaire
Suite au communiqué de presse consacré aux fugues d’enfants, Mme Véronique Coppey, députée au Grand Conseil valaisan, a pris contact avec la fondation pour savoir comment le politique pourrait aider cette cause. Depuis, des démarches parlementaires sont en cours afin de proposer des mesures efficaces et adaptées à la situation du Valais.

2. Susciter et animer le dialogue sur les violations des droits de l’enfant

Soirée Sarah Oberson 2015
La Soirée 2015 de la Fondation Sarah Oberson, le 11 novembre, a été un succès : plus 140 personnes ont participé à la réflexion intitulée: «Etre enfant pauvre en Suisse».  Selon les chiffres les plus récents, les enfants restent la catégorie d’âge la plus touchée par la précarité. Lors de cette soirée, la Fondation Sarah Oberson a réfléchi à la réalité quotidienne de ces enfants et aux conséquences de cette précarité sur leurs perspectives futures et sur l’adéquation des réponses apportées.

Toute la conférence a été enregistrée, sa reproduction AUDIO, de haute qualité, est disponible sur le site de la Fondation.

Par ailleurs, au printemps 2015, le Working Report des Soirées Sarah Oberson 2011 et 2014 a été publié sous le titre : « Séparation des parents, disparition des enfants ». Traitée sous des aspects juridiques en 2011, la Fondation Sarah Oberson a repris cette thématique en 2014 en tenant compte cette fois de ses référents psychosociaux.

Site internet de la Fondation

A travers son site internet, la Fondation Sarah Oberson souhaite donner un espace privilégié à des textes, des articles, de la documentation et des actions sur le thème des droits de l’enfant et de la disparition d’enfants, afin de sensibiliser le public. Il se veut une vitrine nationale sur les questions de droits de l’enfant et de disparition d’enfants. Constamment ajourné, le site bénéficie de plus de 20’000 visites par année.

Blog
Proposant plusieurs éditos par mois sur les différents sujets traités par la Fondation, le blog vient en enrichir le contenu du site internet de la Fondation Sarah Oberson.

Réseaux sociaux
La Fondation dispose désormais d’une page Facebook ; d’un compte LinkedIn avec une page Fondation Sarah Oberson et l’accès aux différents groupes ; d’un compte Twitter ; et d’un compte Google+, ouvert le 16.06.2015.

FSO, avril 2016

Pour une alerte enlèvement améliorée

21 mai 2015

A l’occasion de la Journée internationale des enfants disparus, la Fondation Sarah Oberson milite pour un assouplissement des critères de déclenchement de l’alerte enlèvement en Suisse et un établissement de statistiques nationales en la matière.

COMMUNIQUÉ AUX MÉDIA


Les premières heures qui suivent un enlèvement sont décisives pour le succès des recherches; d’elles dépendent les probabilités de retrouver la victime saine et sauve. L’actualité française récente l’a encore démontrée avec le cas de la petite Berenyss, où le plan d’alerte enlèvement a été déployé avec succès pour la 14ème fois depuis son instauration en 2006. En Suisse, le dispositif existe depuis 2010 mais n’a encore jamais été mis en œuvre. Engagée depuis plus de 15 ans pour la défense des droits des enfants, la Fondation Sarah Oberson juge trop restrictifs les critères actuels de déclenchement de l’alerte et milite pour leur assouplissement.

Le critère de dangerosité doit primer

Tous les cas d’enlèvement ne déclenchent pas une alerte; celle-ci n’est activée que dans des situations d’urgence, où l’intégrité physique et psychique de l’enfant est mise en danger. «Ce critère doit être la priorité, explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation. Il ne s’agit pas de déclencher des alertes à tout-va mais de le faire objectivement, compte tenu du danger et des indices à disposition de la police.»

Un assouplissement des critères permettrait également une mise en œuvre du plan d’alerte dans les cas de fugue à risques et d’enlèvements parentaux. «Aujourd’hui, ce facteur n’est pas déterminant en Suisse, contrairement à d’autres pays. Aux Etats-Unis[1] par exemple, plus de la moitié des plans d’alerte déployés en 2011 l’ont été suite à un enlèvement parental. Cet élément ne peut plus être négligé dans notre pays quand on sait que plus de 85% des disparitions d’enfants enregistrées dans le canton de Vaud entre 2010 et 2012 sont le fait d’un parent[2]. »

Avec près de la moitié des mariages se terminant par un divorce et une séparation sur dix entraînant des litiges sur le plan juridique, la dégradation du cadre familial est souvent déterminante dans ces disparitions. Les conséquences peuvent être désastreuses et traumatisantes pour les enfants, privés de leur milieu social et contraints à ne plus voir l’un des deux parents.

Des statistiques qui font défaut

Autre cheval de bataille de la Fondation Sarah Oberson depuis plusieurs années, la création de statistiques nationales concernant la disparition d’enfants. Dans un récent rapport sur la situation helvétique, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU relève qu’aucun système centralisé de collectes de données n’existe en Suisse, en particulier concernant les groupes d’enfants marginalisés ou dans des situations vulnérables. Guillaume Grand espère que les conclusions du Comité porteront leurs fruits: «Il s’agit aujourd’hui d’une réalité méconnue. La création d’un système centralisé suggéré par le Comité nous permettrait d’être mieux à même de quantifier ces disparitions, de les comprendre au travers de recherches scientifiques, ainsi que de planifier les mesures de prévention et les stratégies de réponse adéquates.» Comme le dit régulièrement Jean Zermatten, président de la Fondation Oberson: «Ne croyons pas que les droits de l’enfant soient totalement respectés en Suisse, il y a aussi du travail chez nous.»


[2] Chiffres tirés du «Projet de recherche sur la faisabilité d’une étude sur les disparitions de mineurs dans le canton de Vaud» mandaté par Missing Children Switzerland.
photo 1  : http://angolodellamicizia.forumfree.it/?t=65584523
photo 2 : http://www.alerteenlevement.ch/Pages/Register.aspx

La fugue, un cri d’alarme

2 février 2015

Après la campagne de sensibilisation menée cet automne auprès des écoles valaisannes sur l’enlèvement, la Fondation Sarah Oberson sensibilise à une autre thématique, la fugue des enfants. Une réalité préoccupante, puisque le Valais enregistre, à lui seul, près de 300 cas par année. Les conduites à risques des adolescents feront en outre l’objet d’un colloque le 3 février prochain, à Genève.

Les fêtes de fin d’année sont terminées, les décorations rangées, les bougies éteintes et la magie de Noël… passée. Pour tous, c’est le retour à la vie normale, la reprise du travail pour certains, à l’école ou en institution pour d’autres.

La période s’avère particulièrement délicate pour les jeunes vivant des situations difficiles, qu’elles soient d’ordre scolaire ou familial. Une mauvaise note, un conflit avec ses parents, un désintérêt de leur part, voire de la maltraitance, une rupture avec sa copine, et certains peuvent alors envisager la fugue comme une solution pour échapper à leur environnement. L’espace de quelques heures, de quelques jours, de plusieurs semaines parfois. «Il est impossible de prévoir une fugue avec certitude, relève le Professeur Olivier Halfon, Chef du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA), CHUV, à Lausanne. Mais il faut être attentif à tout changement de comportement, par exemple un enfant qui s’isole et/ou qui diminue son rendement scolaire.» (1)

En matière de fugue, les statistiques sont lacunaires. Toutefois, selon une étude réalisée en 2013 par l’Université de Lausanne, le canton de Vaud enregistre à lui seul trois cas par jour! Autre certitude, le phénomène connaît une forte augmentation dans les pays voisins, sans doute en Suisse aussi. Des études internationales estiment que le nombre d’adolescents fuyant le domicile varie entre 1,1% et 8,7%. A titre d’exemple, reporté à la population suisse de 2011, cela représenterait entre 7’000 et 53’000 cas.


Signaler la disparition à la police sans tarder

Le concept selon lequel la fugue constitue un «rite de passage» vers l’âge adulte, est dépassé. L’enfant qui quitte volontairement son domicile lance un véritable cri d’alarme. Fuguer est sa manière de dire à sa famille, à la société: «J’ai besoin d’aide. Je ne peux plus supporter ma situation, donc j’agis et je fuis.»

De plus, l’adolescence est une période charnière du développement cérébral, qui voit émerger certains «comportements caractéristiques: interaction sociale amplifiée, prise de risque plus élevée, recherche accrue de sensations et de nouveauté, curiosité et exploration augmentées.»1. Les transformations cérébrales qui ont lieu pendant cette période incitent l’adolescent à passer à l’acte «avant d’avoir pleinement mesuré les conséquences de leurs actes.»(1)

«La fugue est l’une des attitudes hasardeuses qui s’inscrivent dans ce schéma de développement, explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation Sarah Oberson. En tant que telle, elle ne peut pas être prise à la légère, que ce soit pendant la disparition ou lors du retour de l’enfant.» Plus celui-ci va passer de temps dans la rue, plus son intégrité va être en danger. Il importe donc de le retrouver dans les plus brefs délais. Face à son absence, après avoir contacté ses proches et/ou l’école, la première réaction consiste à alerter la police, sans hésiter.

A noter que les conduites à risques des adolescents seront abordées le 3 février prochain aux Hôpitaux universitaires de Genève, dans le cadre d’une rencontre intitulée «Le réseau santé-social à l’épreuve de la crise suicidaire chez l’adolescent – Par maux et par mots, que nous enseigne la parole des jeunes?». La parole des adolescents sera au cœur de cette manifestation, placée notamment sous l’égide de la Fondation Children Action, au cours de laquelle alterneront conférences et témoignages.

Profiter du retour de l’enfant pour entamer un dialogue constructif

Autant que pendant la disparition de l’enfant, la fugue doit être prise au sérieux lors de son retour. Il importe alors d’ouvrir un espace de dialogue. Que le jeune puisse exprimer son ressenti et les raisons de son geste; que l’adulte puisse présenter son point de vue, sans jugement. «Nous sommes persuadés qu’une réflexion sur les significations des fugues adolescentes peut aider à améliorer la prise en charge des fugueurs, souligne Clara Balestra, même si une connaissance approfondie du phénomène manque encore en Suisse.»
Réflexion que la Fondation avait d’ailleurs mené en 2012 au cours de sa soirée annuelle, consacrée à chaque fois à une thématique en lien avec l’enfance. Cette année-là, plusieurs spécialistes s’étaient exprimés et les présentations ainsi que la table ronde qui a suivi ont donné lieu à un compte-rendu, disponible sur le site de la Fondation.

En Valais, lorsque l’enfant est retrouvé, si la police estime qu’une prise en charge sociale est nécessaire, elle transmet le dossier à l’Office pour la protection de l’enfant (OPE). Celui-ci détermine les mesures à prendre, telles que soutien familial, placement ou hospitalisation. Si aucune intervention d’urgence n’est nécessaire, l’OPE prend contact séparément avec la famille et l’enfant, pour leur proposer une assistance.

(1) Soirée Sarah Oberson 2012 – «Fugue: rite de passage ou cri d’alarme?», Jean Zermatten et al., novembre 2012.

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Des chiffres qui inquiètent

La fugue est un phénomène dont on ne connaît pas la véritable ampleur, puisqu’il n’existe aucune statistique nationale à ce sujet et que tous les cas ne sont pas forcément déclarés. Selon une étude réalisée en 2013 par l’Université de Lausanne, portant sur les années 2010 à 2012, dans le canton de Vaud:

> 3296 fugues ont été enregistrées par la Police cantonale vaudoise, avec presque 1100 cas par année, soit trois par jour environ
> la personne qui fugue est en grande majorité âgée de 13 à 18 ans (89,9%)
> plus de la moitié des personnes (52,9%) ont fugué une seule fois.

En Valais, durant la même période, 848 fugues d’enfants ont été annoncées aux autorités, soit 282 par année environ.

En France, 30’000 fugues d’adolescents sont déclarées par an; leur nombre réel est estimé à 100’000.

En Suisse, les suicides sont, après les accidents de la route, la deuxième cause de décès parmi les jeunes âgés de 15 à 19 ans.

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>> Plus d’informations sur la fugue de l’enfant (compte-rendu de la soirée Sarah Oberson 2012: «Fugue: rite de passage ou cri d’alarme?») http://www.sarahoberson.org/soiree-sarah-oberson-2012,fr,78,pa.html

>> Pour des informations sur les problématiques liées à l’enfance et à l’adolescence, consulter le site de Fondation Sarah Oberson  www.sarahoberson.org

>> Informations sur le colloque «Le réseau santé-social à l’épreuve de la crise suicidaire chez l’adolescent»
http://www.hug-ge.ch/evenement/reseau-sante-social-epreuve-crise-suicidaire-chez?popup=1

Le Chef de l’OPE Valais s’exprime sur le thème «Enfants et séparation…»

13 janvier 2015

Séparation et disparition d’enfants : De nouvelles actions axées sur une offre diversifiée d’aide se développent ou sont à l’étude au sein des services consultés. Il s’agit d’offrir un soutien préventif pour les parents lors d’une séparation afin de faciliter une réorganisation de vie adéquate pour les enfants et une coparentalité fonctionnelle. Il s’agirait de mettre à disposition des parents qui se séparent une offre de prestations permanentes, regroupées et facilement accessible. Dans ce sens un projet de cours de sensibilisation pour tous les parents est en cours d’élaboration au sein du Service cantonal de la jeunesse et devrait voir le jour en 2015.

De M. Marc Rossier, Chef de l’Office cantonal de la Protection de l’Enfance (OPE) du Valais qui s’exprime sur le thème de la Soirée Sarah Oberson 2014 : « Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées! », où il a participé comme Intervenant à la Table ronde.

Si dans la majorité des séparations, la transition et la nouvelle organisation de vie pour les enfants se déroulent sans difficultés majeures, force est de constater sur le terrain de la protection de l’enfance, que l’impact de certains conflits parentaux peuvent compromettre gravement le développement des enfants impliqués et pour certains se révéler dramatique (enlèvement, suicide, meurtre).

Depuis quelques années, nous observons en Suisse une tendance des Autorités à faire un large usage des services de protection de l’enfance et de spécialistes dans le but de prévenir les conflits parentaux impliquant des enfants. Ainsi aujourd’hui de nombreux services publics et privés sont débordés.

Une étude menée au sujet de la protection de l’enfant en Suisse , a montré que sur la base d’un échantillon de 146 dossiers pris en charge par les services de protection de l’enfance dans plusieurs cantons, 71% sont dues à des conflits d’adultes autour de l’enfant souvent imputable aux multiples procédures de séparation. Il s’agit de situations où les parents, absorbés par leurs ressentiments et des difficultés socio-économiques consécutives à leur séparation, n’arrivent plus à assumer un rôle protecteur et structurant pour leurs enfants.

Comme l’expliquent Thayer et Zimmerman, le conflit parental peut atteindre parfois une telle force de captation que les parents continuent de se quereller alors que les enfants se débattent seuls avec leur propre développement. C’est comme si un enfant était entrain de se noyer au milieu du lac alors que les parents sont sur le quai. Plutôt que de sauter à l’eau, ils se querellent à propos de qui est coupable de ce qui arrive, qui devraient ou non lancer la bouée de sauvetage à l’enfant  ou lequel est le plus apte à le sauver ? Le drame est que pendant qu’ils se bagarrent leur enfant se noie !

Dans des cas extrêmes, les enfants sont devenus l’instrument d’une véritable « bataille » judiciaire. Dans ce contexte les Autorités sont amenés à devoir prendre des décisions tranchées au terme d’une procédure interminable en s’appuyant sur les recommandations d’experts et des services de protection de l’enfance. Même s’il ne fait aucun doute qu’il s’agit dans certains cas de la seule voie possible pour protéger au mieux l’enfant, notamment dans les situations de maltraitance avérée, le constat est que les parents délèguent de plus en plus aux Tribunaux le soin de déterminer à leur place leurs responsabilités parentales futures dans une logique de gagnant/perdant, ce qui engendre après coup beaucoup de souffrance et de sentiments d’injustice. En fait personne n’y gagne au final car les conséquences de la lutte peuvent être dévastatrices pour tout le monde, en particulier pour les enfants si on prend la peine d’entendre leur position.

D’autre part, les mesures de protection de l’enfant prévue dans le droit civil pour répondre à ces difficultés, comme la curatelle de gestion des relations personnelles (Code civil Suisse, art. 308 al. 2), sont ressenties en général par les personnes comme étant dirigées contre l’un des parents. Elles renforcent l’impression de désigner un perdant et un gagnant. Comme toute procédure de séparation fortement judiciarisée, elles font naître un sentiment d’impuissance et d’humiliation d’un côté et, de l’autre, de puissance et de réparation (OFAS, Questions familiales, 1/2005). Les intervenant(e)s en protection de l’enfant chargés de l’application de ces mesures sont réduits souvent à un rôle de spectateurs du conflit parental qui s’exprime à travers un comptage d’épicier des jours de visites, des divergences éducatives permanente au sujet de leur enfant, voir des suspicions d’incompétences parentales. La pratique montre aussi que les parents ont dans ces cas-là des attentes quasi « magiques » à l’égard des curateurs et tendent en même temps à se décharger de leurs responsabilités.

En Suisse, un mariage sur deux se termine par un divorce et cela concerne chaque année environ 13’000 enfants. Des adaptations importantes du droit de la famille en Suisse ont été réalisées. Elles permettent aujourd’hui de mieux encadrer ces changements sociétaux comme par exemple l’exhortation envers les parents de faire appel à une médiation familiale pour régler l’organisation de la séparation ou le principe de l’autorité parentale (AP) conjointe. Entrée en vigueur le 1er juillet dernier, l’AP conjointe renforce à bon escient deux principes qui doivent servir avant tout l’intérêt de l’enfant : une responsabilité partagée dans toutes les décisions concernant l’enfant indépendamment du statut des parents ainsi que son bien comme principe décisionnel prépondérant. Cependant l’AP implique que les deux parents continuent à coopérer ensemble de manière constructive ce qui n’est pas toujours possible.

Alors comment soutenir au mieux les parents en conflit afin de garantir à leur enfant qu’il puisse continuer à bénéficier d’une relation affective vivante et d’un soutien éducatif indispensable à sa construction mais aussi de les aimer librement indépendamment de la relation de leurs parents ?

A l’instar d’autres pays confrontés à ce problème, de nouvelles actions axées sur une offre diversifiée d’aide se développent ou sont à l’étude au sein des services consultés. Il s’agit d’offrir un soutien préventif pour les parents lors d’une séparation afin de faciliter une réorganisation de vie adéquate pour les enfants et une coparentalité fonctionnelle. Dans le cadre de la permanence de l’Office pour la protection de l’enfant, nous recevons quotidiennement des demandes de conseils de parents séparés au sujet de l’organisation de la prise en charge (garde partagée, visites, décision scolaire ou médicale), des conséquences psychologiques pour leur enfant ou pour trouver un espace neutre afin de réguler leurs conflits (médiation).  Nous essayons dans la mesure du possible d’y répondre directement ou de les orienter vers d’autres spécialistes. Cependant il manque à mon avis un dispositif facilement identifiable et coordonné de prévention des conflits familiaux. Il s’agirait de mettre à disposition des parents qui se séparent une offre de prestations permanentes (par exemple brochures d’informations et de sensibilisation, cours de coparentalité, conseils juridiques et psychosociaux, médiation), regroupées et facilement accessible (principe du guichet unique). Dans ce sens un projet de cours de sensibilisation pour tous les parents est en cours d’élaboration au sein du Service cantonal de la jeunesse et devrait voir le jour en 2015. Un cours de coparentalité a déjà été testé par l’Office pour la protection de l’enfant depuis maintenant deux ans.  Le constat est qu’il répond à une demande des parents mais intervient souvent trop tard dans la séparation. D’autre part il devrait être accessible à tout le monde et hors d’un contexte judiciarisé.

La nomination d’un curateur de représentation  pour l’enfant (Code de procédure civil suisse, article 299) est encore utilisée lors d’une procédure de séparation dans les cas de conflits élevés entre les parents et lorsque les enfants sont pris en otage. Nous avons constaté dans plusieurs affaires récentes que la présence d’un avocat pour l’enfant dans la procédure matrimoniale permet de replacer l’intérêt de ce dernier au centre de la « scène » judiciaire et trouver ainsi des solutions fonctionnelles en mettant fin plus rapidement à la procédure judiciaire.

Dans les cas les plus difficiles, nous expérimentons, dans le cadre des mandats de curatelles qui nous sont confiés, la mise en place de plan de parentage précis et détaillés pour l’organisation de la prise en charge de l’enfant lorsque les parents n’arrivent plus à coopérer. Ces plans de parentage utilisés fréquemment dans d’autres pays pourraient être ordonnés plus systématiquement par les Autorités. Toutefois ils devraient être accompagnés d’instruments légaux dissuasifs et contraignants pour s’assurer qu’ils soient respectés ensuite par les parents.

Enfin, la formation et la sensibilisation des professionnels œuvrant dans la prise en charge des situations de conflits parentaux doit se poursuivre. Une telle politique de prévention nécessite aussi des ressources supplémentaires afin soutenir les projets et offres proposées tant au niveau public (accessibilité à tous à la médiation ou à un cours de coparentalité) que privé (par ex. la Fondation As’trame). Je reste convaincu que la promotion et le soutien pour le développement de tels projets permettrait de réduire sensiblement le risque de voir certains conflits parentaux dégénérer et aurait un effet préventif sur la santé et le développement futurs des enfants.

Votre enfant n’est pas rentré?

4 novembre 2014

media: comm-media-nov-2014/flyer_web.jpgLa Fondation Sarah Oberson, active depuis de nombreuses années sur le front de la protection de l’enfance, lance aujourd’hui une vaste campagne d’information dans les écoles du Valais romand.

Objectif: prévenir l’enlèvement d’enfants, permettre un déclenchement rapide de l’alerte enlèvement en cas de besoin, mais aussi et surtout rassurer les parents.

Dès demain, 45’000 flyers édités par la Fondation Sarah Oberson seront envoyés dans les crèches, écoles enfantines, primaires, cycles d’orientation et institutions spécialisées du Valais romand. Le document, doté d’une face destinée aux parents et aux enseignants (Votre enfant n’est pas rentré?), et d’une autre à l’intention des enfants (Conseils aux enfants), a été réalisé en collaboration avec le Département de la formation et de la sécurité (dont la Police cantonale, le Service de l’enseignement et le Service de la jeunesse), le Service de la santé publique et le Ministère public du canton du Valais.

La rumeur de «la camionnette blanche»

media: comm-media-nov-2014/FondOberson-groupe.pngA l’origine de la démarche de la Fondation, un constat. «Vous n’imaginez pas le nombre de fois où nous entendons des mamans dire qu’elles ont vu une camionnette blanche, qu’un enfant aurait été enlevé la semaine dernière devant l’école, qu’elles n’osent plus laisser leur enfant rentrer seul, etc.», explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation Oberson. «On peut donc dire que notre démarche est partie de l’envie de rassurer les parents.»

Rassurer d’abord, parce que les statistiques parlent d’elles-mêmes. La police valaisanne enregistre chaque année, en moyenne, entre 3 et 4 disparitions d’enfants – tous généralement retrouvés chez des amis ou des proches – et 2 à 3 signalements d’enlèvement et/ou de séquestration. A ce jour, 7 enfants (de 0 à 18 ans) sont enregistrés comme «personnes disparues» dans le répertoire de la police. Pour 6 d’entre eux, l’hypothèse d’une fugue, d’un accident ou d’un suicide est privilégiée. La disparition de Sarah Oberson, le 28 septembre 1985, est la seule pour laquelle la piste d’un enlèvement par un tiers est envisagée. Autre statistique significative, donnée par la police vaudoise cette fois: 88% des disparitions d’enfants sont le fait de l’un de leurs parents. Une réalité que la Fondation Oberson connaît et qu’elle traite d’ailleurs régulièrement lors de sa soirée annuelle, comme ce sera le cas le 12 novembre prochain. (Lire encadré)

Effectuer les premières vérifications 
et faciliter le déclenchement de l’alerte enlèvement

media: comm-media-nov-2014/FondOberson-seule.pngRassurer, donc, mais aussi informer. Car la Fondation, née de la disparition de la petite Sarah, 5 ans, à Saxon, le sait bien: le drame se produit parfois. Et chaque fois, c’est une fois de trop. «La Fondation a donc beaucoup milité pour la mise sur pied d’une alerte enlèvement nationale en Suisse, explique Jean Zermatten, président du Conseil de fondation. Reste que celle-ci, instaurée en 2010, n’a encore jamais été déclenchée.» Ainsi, la Fondation Oberson rappelle dans son flyer les premières vérifications à entreprendre avant de contacter la police: téléphoner à l’école, à la famille, aux amis, et aux voisins. Un travail précieux qui, réalisé par ceux qui connaissent le mieux l’enfant, permettra de confirmer – ou non – le soupçon de disparition et/ou d’enlèvement. Et donc de déclencher – ou non – rapidement l’alerte enlèvement. Car l’expérience le montre, le temps joue contre les victimes. Il s’agit dès lors d’en gagner.

Instaurer le dialogue en classe, à la maison

Enfin, le document s’adresse également aux enfants, et leur dispense quelques conseils pour bien réagir en cas de danger, ou mieux encore, l’éviter: ne pas se déplacer seul, prendre toujours le même chemin pour se rendre dans les endroits où il va souvent (école, foot, amis, etc.), ou encore hurler et se débattre en cas d’agression.

«Plus de 200 structures vont recevoir cette semaine un paquet de flyers, accompagné d’un courrier leur demandant de distribuer ceux-ci en classe, explique Guillaume Grand, vice-président du Conseil de fondation de la Fondation Sarah Oberson. Nous souhaitons faire remonter l’information aux parents par la voie des enfants, et créer ainsi le dialogue autour de cette thématique, à la fois en classe et à la maison. Nous espérons que les directeurs et enseignants joueront le jeu, et que notre message pourra être relayé.»

Les enseignants qui n’auraient pas reçu le document peuvent l’obtenir auprès de info@sarahoberson.org. A noter que la campagne se déploiera dans le Haut-Valais au printemps 2015.

De l’Amber Alert à une Alerte enlèvement européenne ?

6 novembre 2012

L‘Amber Alert aux Etats Unis a directement contribué à retrouver sains et saufs 572 enfants depuis sa création en 1998. Face à une éventuelle Alerte enlèvement européenne, l’expérience américaine peut aider l’Europe à trouver un modus operandi qui protège les acquis des systèmes d’Alerte nationaux, en évitant leur suremploi.

http://www.risp.state.ri.us/amberalert/

Le système Amber Alert, de réponse aux disparitions d’enfants, précurseur de l’Alerte enlèvement suisse, a été instauré aux USA depuis la disparition et l’assassinat de Amber Hagerman, un enfant de 9 ans, en 1996. Dès lors, le programme s’est étendu aux 50 Etats et, localement, à 80 régions et tribus des Etats Unis. Jusqu’en mars 2012, ce système d’alerte a directement contribué à retrouver sains et saufs 572 enfants. Depuis sa création, beaucoup d’améliorations basées sur l’énorme expérience acquise ont été apportées, notamment par le biais de l’élaboration d’un Guide de bonnes pratiques qui vient d’être publié.

Selon ce guide, il est nécessaire de connaître le phénomène des enfants disparus, avant de commencer à donner des réponses : Qui sont les enfants qui disparaissent ? Qu’est-ce qu’il leur arrive ? Qui sont les auteurs des éventuels enlèvements ? Quelles actions sont recommandées pour les retrouver ? Quelle prise en charge des familles et des enfants retrouvés ? etc.

On estime aux USA à 1.3 millions le nombre d’enfants qui disparaît chaque année. La majorité d’entre eux sont retrouvé sains et saufs, cependant ce chiffre démontre l’ampleur de ce phénomène et donne une idée de la charge de travail demandée aux institutions, notamment aux forces de l’ordre, pour y faire face.

A titre de comparaison, en Valais, en 2011, la police a dû répondre à 344 disparitions d’enfants – fort heureusement tous ont été retrouvés sains et saufs. Les ressources humaines, financières et émotionnelles qui ont été mises en œuvre sont néanmoins considérables. Malgré l’importance des chiffres, aucune statistique nationale suisse de disparition d’enfants n’existe et aucune étude n’a été menée pour comprendre et analyser ce phénomène.

En outre, l’Amber Alert doit s’inscrire dans une stratégie globale de protection de l’enfance, qui s’appuie sur un réseau fort et efficace (1). L’importance de la création et le maintien d’un réseau est essentiel au succès de l’alerte. Ce réseau doit impliquer les médias et les autres acteurs qui distribuent le message d’alerte, ainsi que les instances de protection de l’enfance, les services de santé, etc. Ces dernières sont essentielles pour une éventuelle prise en charge de la famille et de l’enfant retrouvé, mais aussi pour le recueil des données dans l’urgence. Une réponse appropriée à une disparition d’enfant est une réponse informée. Le soin porté à ce réseau doit être soutenu.

Les Etats Unis ont déjà expérimenté des alertes dans plusieurs Etats. En juillet 2011, 4 Etats ont été sollicités pour la recherche de Raymon Slocum, un bébé de 4 mois pris en otage par son père et retrouvé sain et sauf. Un leadership étatique centralisé et de haut niveau hiérarchique, l’unification des critères, les compétences entre partenaires clairement définies, le maintien d’un bon réseau à l’intérieur et à l’extérieur de l’Etat facilitent le travail de terrain dans l’urgence. La formation constante des professionnels aux dernières connaissances sur ce phénomène complexe, sur les techniques existantes, mais aussi sur les méthodes qui permettent de faire face à la pression donnée par la famille, le public et les médias. De plus, on préconise d’inscrire sans attendre la disparition de l’enfant sur la base de données nationale y relative (National Crime Information Center, NCIC), afin d’élargir de suite les recherches à un plus grand territoire. Enfin, le public doit savoir qu’est-ce qu’on attend de lui et éventuellement comment prévenir de tels drames.

L’Amber Alert donne de si bons résultats que trois autres types d’alerte semblent prendre de plus en plus d’ampleur Outre Atlantique :
-    The Blue Alert : pour les policiers tués ou en danger.
-    The Silver Alert : pour les séniors disparus.
-    The Gold Alert : pour les adultes vulnérables disparus – une nouveauté de l’Etat de New York, 2011.
Conscients du danger de la sur-sollicitation du public avec une multiplication des alertes, un guide a été édité pour ne pas mettre en danger les acquis de l’Amber Alert.

Face à une éventuelle Alerte enlèvement européenne, l’expérience américaine peut aider l’Europe à trouver un modus operandi qui protège les acquis des systèmes d’Alerte nationaux, en évitant leur suremploi.

Clara Balestra, 06.11.2012

(1)    En 2003, la plus haute instance politique américaine, le Président, signe le PROTECT Act (Prosecutorial Remedies and Other Tools to End the Exploitation of Children Today), qui demande à tous les Etats d’élaborer des stratégies nationales globales pour lutter entre autres contre la disparition d’enfants et d’attribuer les ressources nécessaires à leur application. Ceci a fait en sorte que l’Amber Alert s’est inscrite dans la stratégie globale de protection de l’enfance. Elle bénéficie des ressources nécessaires mais aussi du réseau que cette stratégie comporte. Le PROTECT Act désigne une des hautes instances judiciaires de chaque Etat comme coordinateur de l’Alert (Assistant Attorney General for the Office of Justice Programs (OJP)). Cet Act démontre qu’il existe une forte volonté, au plus haut niveau politique, de faire face à cette problématique. En Suisse, un pouvoir central très réticent a été bousculé par l’opinion publique afin qu’il instaure l’alerte enlèvement.
A titre d’information, la police fédérale fait office de facilitateur de l’alerte enlèvement, dont la responsabilité reste dans les mains des instances judiciaires cantonales.

USA : AMBER Alerts for missing children now in Google Search and Maps, 31.10.12

Mobilisons-nous contre la disparition d’enfants

8 novembre 2011

La Fondation Sarah Oberson organise une soirée pour éviter que la séparation des parents ne provoque l’enlèvement d’enfants. A suivre demain à Saxon.

Article paru dans Le Nouvelliste le 8 novembre 2011 – CHRISTINE SAVIOZ

EVITER DES DRAMES

La dernière image de Sarah Oberson, avant son enlèvement. Elle avait 5 ans. DR Sarah Oberson aurait 31 ans aujourd’hui. Qu’est donc devenue la fillette disparue à Saxon en 1985? La question est sur toutes les lèvres depuis plus de vingt-cinq ans. Pendant toutes ces années, ses parents ont espéré la retrouver. Aujourd’hui, ils espèrent toujours, envers et contre tout. Même si, pour l’instant, les recherches n’ont pas abouti. “Le dossier ne sera pas fermé tant qu’on n’aura pas retrouvé Sarah”, affirme Bernard Comby, président de la Fondation Sarah Oberson.

Un drame marquant

Le Saxonin s’est beaucoup investi pour que la disparition de Sarah ne sombre pas dans l’oubli. Il était l’un des pionniers du mouvement de recherche de la fillette à la fin des années 80, puis de la Fondation au nom de Sarah Oberson. “Ce drame m’a beaucoup touché. Ma fille connaissait bien Sarah. Sa disparition a plongé le village dans la stupeur. C’était la pire catastrophe qui pouvait arriver”, se souvient Bernard Comby.

Depuis lors, il n’a jamais baissé les bras. Pour soutenir la famille de Sarah, mais aussi pour faire de la prévention dans l’enlèvement d’enfants. Chaque année, la Fondation organise des journées Sarah Oberson. Cette année, décision a été prise de mettre sur pied une soirée sur le thème: “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes“. La soirée, sans inscription et gratuite, aura lieu demain à 19 heures au casino de Saxon (voir encadré). “Nous avons eu l’idée de ce thème suite à la disparition des jumelles Alessia et Livia. L’enlèvement d’enfant par l’un des parents est malheureusement de plus en plus fréquent et nous voulions tenter de donner quelques solutions avant qu’il ne soit trop tard”, note Bernard Comby.

Ainsi la Fondation s’investit-elle à fond dans la mise sur pied des numéros d’alerte enlèvement, dont le 116 000, (numéro européen) – également l’un des buts de la Fondation Missing Children Switzerland fondée par la maman des jumelles, Irina Lucidi. “Le 116 000 n’est pas encore en vigueur en Suisse, alors qu’il l’est dans de nombreux pays européens, dont la France, l’Italie et l’Allemagne”, souligne Bernard Comby. Or les chiffres le prouvent: cette ligne d’urgence gratuite est plus que nécessaire en Suisse. L’an dernier, 102 parents ont enlevé leurs enfants dans le pays. “La grande majorité de ces enlèvements se sont faits hors frontières helvétiques, lorsque le parent a emmené l’enfant dans son pays d’origine”, explique Bernard Comby. Sans oublier les fugues d’enfants. “Nous pouvons compter entre 1000 et 1100 enfants disparus en Suisse chaque année.”

Si la Fondation Sarah Oberson est active dans la promotion du 116 000, elle ne peut cependant pas financer une telle entreprise. “C’est une affaire à un million et nous n’en avons pas les moyens. C’est à la Confédération de prendre en main ce projet”, explique Bernard Comby.

Car le phénomène n’est pas près de s’atténuer. Les disparitions d’enfants font la une des journaux régulièrement. La semaine dernière encore, Océane, 8 ans, a été retrouvée morte après avoir été enlevée en plein cœur de Bellegarde, un village français de 6000 habitants. “S’il n’est pas bon de tomber dans la psychose, il faut quand même redoubler de prudence”, note Bernard Comby.

Une fois le drame arrivé, difficile ensuite pour les parents de faire le deuil. Surtout lorsque l’enfant n’a pas été retrouvé. “Comment vivre après une disparition? Je crois que l’on survit. En plus, pour les parents Oberson par exemple, chaque fois que l’on reparle de l’enlèvement de Sarah, tout remonte à la surface. C’est pénible à vivre pour eux.” Des parents qui ont pourtant décidé de ne jamais baisser les bras et d’aider les autres personnes vivant un tel drame. “A travers la Fondation, ils essaient de supporter l’insupportable. C’est aussi une façon de maintenir leur enfant vivante.”

C’était le 28 septembre 1985…

Le 28 septembre 1985, à 17 h 30, Sarah Oberson, 5 ans, quitte son domicile de Saxon pour se rendre chez sa grand-maman quelques mètres plus loin. Elle n’y est jamais arrivée.

A 18 h 30, ses parents, aidés d’une dizaine d’autres personnes, commencent à la chercher dans le village. Le vélo de Sarah est retrouvé au bas de l’escalier accédant à la salle de gymnastique. Deux personnes diront plus tard avoir aperçu la fillette dans la cour d’école, à 50 mètres du domicile familial.

A 21 h 20, le papa de Sarah avertit la police cantonale. Un avis de disparition est alors diffusé partout. Les recherches seront intensives pendant des semaines. Sans succès.

De fausse piste en fausse piste

Vingt-six ans ont passé. Mais le dossier n’est pas fermé. Chaque année, des informations parviennent à la police cantonale. Informations contrôlées, vérifiées. Certains affirment avoir aperçu une petite fille ressemblant à Sarah – comme cette dame disant l’avoir vue à Vienne; d’autres prétendent savoir l’endroit où se trouve la fillette devenue une jeune femme, grâce à des pendules. Toutes les pistes ont été étudiées. Malheureusement, les fausses pistes se sont succédé. A chaque fois, l’espoir des parents a été déçu. Un portrait robot de Sarah, vieillie de quelques années, a même été réalisé par le FBI plusieurs années après sa disparition. Cela n’a pas suffi. Sarah Oberson reste introuvable. Est-elle seulement toujours vivante?

L’espoir demeure

“Nous ne voulons pas perdre espoir. Peut-être qu’il existe encore des personnes qui ont vu quelque chose et n’ont rien dit. Nous sommes prêts à les entendre”, souligne Bernard Comby, conscient que la disparition date de plus de vingt-six ans. “Certaines personnes sont peut-être décédées avec quelque chose qu’elles savaient. Elles sont peut-être mortes en emportant ce secret.”

En attendant, l’élan de solidarité qu’a soulevé cette disparition n’a jamais failli depuis 1985. Des centaines de personnes ont aidé la famille et ont été sensibilisées par ce drame qui peut arriver à tout parent. Une manière aussi de ne jamais oublier Sarah Oberson.

Entre 1984 et 1986, quatre autres enfants ont disparu en Suisse, dont on est toujours sans nouvelles aujourd’hui.

“La médiation est la meilleure solution”

“Nous avons en moyenne 70 à 80 dossiers par année de parents ayant enlevé leurs enfants”, souligne Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI) à Genève – il sera d’ailleurs l’un des intervenants de la soirée Sarah Oberson demain soir à Saxon. Parmi les dossiers traités par ce service, il existe des cas valaisans. “Oui, nous en avons, bien sûr. Ce sont surtout des parents binationaux. L’un des deux parents ayant décidé de retourner dans son pays d’origine avec l’enfant.” Dans ces situations particulières, le SSI tente alors de nouer le contact avec le parent qui a disparu. “En général, nous savons où il est parti.” Place ensuite à la médiation. L’essentiel étant de pouvoir instaurer un dialogue entre le père et la mère. “La solution ne peut être trouvée que si les parents acceptent de se parler. La médiation est la meilleure solution”, ajoute Rolf Widmer.

Dans 80% des cas, le dialogue peut être rétabli. “Nous avons par exemple eu récemment la situation d’une maman partie en Australie. Le papa a alors pu dialoguer à nouveau avec ses enfants, en leur parlant par webcam dans nos bureaux. Il venait chaque jour pour voir ses enfants.”

Sécurité de l’enfant primordiale

Le plus important reste la sécurité de l’enfant. “Nous faisons tout notre possible pour en savoir plus sur son état et pour le protéger ensuite”, ajoute Rolf Widmer. Toutes les décisions sont prises dans l’intérêt de l’enfant. “De nombreux parents enlèvent leurs enfants par peur de ne plus avoir de droit de visite. Il s’agit alors de discuter pour voir comment les choses peuvent s’arranger au mieux.” Le Service social international dispose d’un réseau mondial comptant 140 pays, un atout non négligeable pour retrouver un père ou une mère ayant disparu.

Parfois, une maman peut faire appel au SSI par prévention. “Elle craint par exemple que son ex-mari n’emmène ses enfants dans son pays d’origine. On tente alors d’instaurer le dialogue avec le papa pour donner des sécurités, pour rassurer la maman. Cela représente la moitié de nos dossiers”, précise encore Rolf Widmer.

Si le Service social international a identifié le lieu où s’est réfugié un parent, la police n’intervient pas. “Sauf si un tribunal l’exige”, note Rolf Widmer. Pour toutes les autres disparitions, les policiers interviennent immédiatement. D’où l’importance de la mise en service du numéro 116 000 en Suisse. “C’est au moins un endroit où les parents pourront s’adresser. Mais cela ne marchera que si les personnes répondantes sont bien formées”, conclut le directeur du Service social international.

Commentaire : Christine Savioz

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je me rappelle de cette image diffusée sur le petit écran, placardée partout dans le canton, de cette bouille joviale brutalement arrachée aux siens.

Je me souviens de l’incompréhension aussi. Comment une fillette de 5 ans pouvait-elle ainsi être enlevée dans un village où tout le monde se connaît? L’acte paraissait inimaginable pour les Valaisans. Subitement, tous les parents du canton ont redoublé de vigilance. Ils ont prévenu, encore et encore, leurs enfants de ne pas suivre des inconnus. Je me souviens des consignes parentales me demandant de faire attention aux “individus paraissant bizarres”. Tout le monde semblait soudain suspect aux yeux de l’adolescente que j’étais. L’ambiance était à la méfiance partout, dans et hors de la cour d’école. L’affaire a soulevé des vagues d’émotions et de solidarité en Valais, en Suisse et dans toute l’Europe. Les témoignages se sont accumulés. Il y a eu les espoirs. Puis, les déceptions. Car, malgré des recherches intensives, des appels répétés à la population d’ici et d’ailleurs, rien n’y a fait.

Sarah est toujours introuvable. Le mystère reste complet. Et la douleur des parents ne peut pas s’amenuiser.

Comment ne pas se révolter devant un tel drame? Comment vivre après la disparition de son enfant?

Les parents de Sarah Oberson ont sans doute tenu bon pour leurs autres enfants. Ils ont peut-être puisé la force de survivre dans leur envie d’aider les parents vivant le même drame. Dans leur investissement pour contribuer au développement des alertes enlèvement, aussi. En s’investissant pour les autres, ils ont réussi à traverser les années et à avancer malgré tout. Même si le chagrin ne passera jamais. Comme l’espoir de retrouver un jour leur adorable Sarah. Je me souviens d’une photographie en noir-blanc. La fillette souriait à pleines dents, devant un arbre en fleurs. Elle semblait heureuse.

Ce 28 septembre-là, il a subitement fait très froid.

Au Programme

 

La soirée Sarah Oberson aura lieu ce mercredi 9 novembre à 19 heures au casino de Saxon, sur le thème “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes”. Les intervenants tenteront de trouver des solutions pour éviter que la séparation des parents ne finisse en drame pour les enfants. L’entrée est gratuite.

19 heures. Les enlèvements parentaux: l’enfant otage, par Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI).

19 h 20. “Enfants et séparations: quel rôle pour la médiation familiale”, par Christine Debons, médiatrice indépendante.

19 h 35. “L’autorité parentale conjointe: pratique des tribunaux” par Christophe Joris, juge de district, Tribunal de Martigny et Saint-Maurice.

19 h 50. “Le curateur de l’enfant: un nouveau venu sur la scène judiciaire” par Patricia Michellod, avocate et curatrice dans le canton de Genève.

20 h 05. Table Ronde dirigée par Fabrice Germanier, membre du Conseil de la Fondation Sarah Oberson, avec Christian Varone, commandant de la police cantonale valaisanne, Yves Toutounghi, directeur général de la Fondation Missing Children Switzerland, Doris Agazzi, coordinatrice romande de la Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM) et Frédéric Métrailler, membre du Mouvement de la Condition Paternelle Valais.

21 heures. Clôture

21 h 05. Apéritif offert par la commune de Saxon.

Renseignements complémentaires sur www.sarahoberson.org.

A noter que toute personne peut soutenir les activités de la Fondation en devenant marraine ou parrain par le versement d’un montant de 20 francs.