Droit à l’enfant, droit des enfants

15 juillet 2009

Editorial de Mme Marie André, collaboratrice de l’Institut des Droits de l’Enfant (IDE)

La pratique des biotechnologies rend le phénomène de la reproduction humaine difficile à penser. Les nouvelles pratiques d’assistance à la procréation engagent l’humanité dans de nouveaux défis moraux, éthiques et culturels. Droit à l’enfant et droit des enfants, comment  ces deux notions s’articulent-elles ?

La corrélation entre la loi sur la procréation médicalement assistée et le droit des enfants se joue dans le cas du diagnostic pré-implantatoire (DPI) qui permet de détecter des pathologies graves dont un embryon est porteur afin de choisir de ne pas l’implanter. Dans de tels cas,  il se discute de l’intérêt de l’enfant à venir au monde ou non. C’est aussi dans les cas des « bébés-médicaments » – dits aussi « bébé-docteurs » – où la naissance d’un enfant est « utilisée » pour guérir un frère ou une sœur aîné(e). Alors, le destin de l’enfant à naître est attendu pour soigner un autre, la venue d’un enfant est ainsi prise dans  cette « mission  originelle » de «  sauver un autre ».

Qu’est ce qu’une situation normale en matière de procréation ? Face aux possibilités biotechnologiques, comment poser le cadre normatif d’une pensée de la procréation ? Les médias confrontent souvent à des situations extrêmes qui projettent la réflexion sur les biotechnologies hors des mesures. La technique semble défier toute loi « naturelle ».

Mais justement, comment penser les biotechnologie de la reproduction et leurs pratiques?  Existe-t-il une loi de la nature en matière de procréation ? Le corps d’une femme permet la procréation dès la puberté (environ12 ans), pourtant la culture occidentale proscrit cet âge comme trop précoce. La ménopause prive le corps féminin de la faculté de procréer, mais la technique tente de repousser ces limites. Toute définition de la nature et de ses lois est prise dans la culture : les traditions, les religions, les croyances, etc. Ainsi lorsqu’un couple hétérosexuel en âge « naturel » de procréer est diagnostiqué comme infertile et recourt à la procréation assistée (PMA) pour avoir un enfant, nous considérons que cela reste une situation «  normale », voire banale. Penser la PMA dans le cadre d’une situation commune de procréation, resitue la technique dans une norme. Mais pourtant, c’est bien relativement aux normes que se joue les biotechnologies de la procréation, car par les perspectives qu’elles ouvrent, elles viennent bouleverser les structures fondamentales de notre pensée. En faisant apparaître de nouveaux possibles, les technologies de la procréation font vaciller les normes culturelles. Elles mettent à mal les grandes lois de la culture occidentale qui sont celles de la nécessité de conserver la différence des sexes et des générations dans la procréation.

De surcroît, les médias font régulièrement état de nombreuses situations extrêmes où la PMA est pointée comme une technique déviante, c’est-à-dire dans un mode qui va à l’encontre des cadres donnés par la procréation « naturelle » ou « culturelle ». Faisant part de situations extrêmes, impensables, les médias invitent à penser une situation banale à partir d’exemples impensables et souvent effrayants. En effet, comment penser le recours à la PMA par un couple hors de l’âge « naturel » de  procréer (trop jeune ou trop âgé)? Comment penser le recours à l’insémination artificielle, à la fécondation in vitro par des couples homosexuels ? Comment penser le recours à des mères porteuses ? Comment penser qu’une mère célibataire, sans revenu ni situation sociale mette au monde huit nouveaux-nés par le biais d’une insémination artificielle alors qu’elle est déjà mère de six autres enfants ? Bref, dans tous ces exemples, le vertige de la procréation est sans fond et la technique est la source de monstruosités. Ces pratiques questionnent.

Dans quelle mesure peut-on penser au droit d’un enfant avant sa procréation ?  Dans quelle mesure peut-on parler d’un droit d’être procréé ? A-t-on des droits avant d’être né ? Mais encore, est-ce que l’on peut savoir soi-même pourquoi nos parents nous ont faits ? Sait-on pourquoi l’on a été procréé ?

Cet éditorial de Mme Marie André a été réalisé avec le précieux soutien du Prof. François Ansermet, Hôpitaux Universitaires de Genève, et est paru le 23 juin 2009 dans la rubrique Edito-Actualité sur le site de l’IDE.