Etre enfant pauvre en Suisse : Soirée Sarah Oberson 2015

16 juin 2015

Lors de la Soirée Sarah Oberson 2015,  le mercredi 11 novembre au Casino de Saxon, de 19:00 à 21:00, la Fondation Sarah Oberson va réfléchir avec des experts sur la réalité quotidienne des enfants vivant dans la précarité ; sur l’impact de cette situation sur leurs perspectives futures et sur l’adéquation des réponses apportées.

En novembre 2014, le Commissaire aux droits de l’homme au Conseil de l’Europe, expose dans un article les quatre grandes menaces pour les droits de l’enfant en Europe.  « La pauvreté, qui frappe de plus en plus d’enfants », en fait partie.  Il met en garde les Etats : « A long terme cette situation risque d’avoir des effets dévastateurs pour les sociétés européennes, puisque la pauvreté chronique subie durant l’enfance est l’une des principales causes de pauvreté et d’exclusion sociale à l’âge adulte. » (Bulletin suisse des droits de l’enfant, vol.21, N°1, Mars 2015, p. 7-8).

En effet, « les effets de la pauvreté et de l’appartenance à un milieu défavorisé  sur l’enfant sont connus : mauvaise santé, développement physique compromis, progrès cognitifs et linguistiques faibles, résultats scolaires médiocres, troubles du comportement, voire même des risques de chômage et/ou de délinquance et/ou de toxicomanie à l’avenir. » (CSDH, 31.10.12)

En Suisse, la classe d’âge de 0-17 ans est la plus touchée par la pauvreté, comme l’indique les statistiques de l’aide sociale de l’Office de la Statistique Suisse. Alors que le taux d’aide sociale toutes catégories d’âge confondues est de 3.2, pour la catégorie 0-17 ans il est de 5.2 (données les plus récentes, 2013). Cette situation n’est pas nouvelle. En 2006, la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse tire la sonnette d’alarme en dénonçant la précarisation matérielle des enfants, «…près de 45% des personnes à l’aide sociale sont des enfants… ».

La Suisse réagit. En 2010, le Conseil fédéral publie la Stratégie globale de la Suisse en matière de lutte contre la pauvreté, dont les premiers chapitres traitent de la pauvreté des enfants. En 2013, il approuve le Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté 2014-2018 : la Confédération joue désormais un rôle de soutien et de coordination ; la compétence principale pour la lutte contre la pauvreté reste dans les mains des cantons, villes et communes.

Néanmoins, « selon Caritas (…), la Suisse compte quelque 260’000 enfants pauvres (janvier 2012). Circonstance aggravante : comme la mobilité sociale est très faible en Suisse de manière générale, cette pauvreté est également héréditaire. » (CSDH, 31.10.12)

Selon l’étude mandatée par l’Etat du Valais, présentée le 01.06.15, « le coût de l’assistance sociale a plus que doublé en Valais entre 2011 et 2014 ». Selon M. Favre, Chef de l’Office cantonale de coordination des prestations sociales, « avec 27% des situations, les familles monoparentales sont surreprésentées » (Le Nouvelliste, 02.06.15, p. 4). Encore une fois, les enfants sont au centre de la problématique, dont la tendance est à la péjoration.

Lors de la Soirée Sarah Oberson 2015,  le mercredi 11 novembre au Casino de Saxon, de 19:00 à 21:00, la Fondation Sarah Oberson va réfléchir avec des experts sur la réalité quotidienne de ces enfants ; sur les conséquences de cette précarité sur leurs perspectives futures et sur l’adéquation des réponses apportées.

Clara Balestra, 16.06.15

Lire aussi :

Quelles mesures contre pauvreté des enfants ?, blog FSO ; 6.12.2011

La pauvreté en Suisse : une affaire d’enfants, blog FSO, 21.06.2010

Lire aussi Documentation – Pauvreté

La pauvreté en Suisse : une affaire d’enfants

21 juin 2010

En Suisse, en 2006, la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) tire la sonnette d’alarme en dénonçant «la précarisation matérielle croissante d’une frange aussi importante qu’inattendue de la population : (…) près de 45% des personnes à l’aide sociale sont des enfants et des jeunes. Pour éclairer cette réalité préoccupante et largement méconnue, la CFEJ a centré son approche sur les enfants et les jeunes, considérés pour eux-mêmes et non plus simplement comme membres d’une famille pauvre.»

En 2008, la situation des enfants (1) en Suisse reste préoccupante. Comme l’indiquent les statistiques rendues publiques en avril 2010, le 4,4% des enfants entre 0 et 17 ans est bénéficiaire de l’aide sociale, étant ainsi la catégorie d’âge la plus touchée par la pauvreté. En effet, pour l’ensemble de la population ce taux se réduit à 3,7 % (OFS, avril 2010, p. 10).

Dans sa Stratégie globale de la Suisse en matière de lutte contre la pauvreté, le Conseil fédéral prend en considération cette situation. La priorité est clairement donnée à l’enfant. « C’est précisément l’aspect de la limitation du potentiel de développement qui revêt, chez les enfants, davantage d’importance que chez les autres groupes de population menacés par la pauvreté, car elle compromet aussi leurs chances futures dans la vie en général ».

Ainsi, le Conseil fédéral propose, dans les deux premiers chapitres (Enfants de familles touchées par la pauvreté, Transition école-formation et formation-emploi), des mesures pour améliorer la situation des enfants eux-mêmes. Dans le 3e chapitre, il dresse des recommandations au bénéfice des familles en situation de précarité en considérant ainsi tous les aspects de la vie des enfants.

La stratégie du Conseil fédéral comporte un autre aspect important. Elle a été élaborée avec la participation de personnes vivant dans la pauvreté. L’ATD-Quart monde a coordonné cette consultation. Grâce à cette démarche, plusieurs de leurs revendications ont été prises en compte (Communiqué de presse du 31.03.2010).

Toutefois, le Conseil fédéral, dans cette consultation, n’a pas demandé l’avis des enfants concernés, comme l’exige la Convention des droits de l’enfant (art. 12). D’autant plus qu’il s’agit de la catégorie d’âge la plus touchée par ce phénomène. Un groupe de jeunes seulement a été consulté, et encore indirectement (1).

La participation des enfants à l’élaboration de mesures de lutte contre la pauvreté est essentielle. Permettre à ces enfants d’exprimer leur point de vue, contribue à une meilleure compréhension du problème. De même, l’enfant met en place, dans sa vie de tous les jours, des mécanismes qui l’aident à faire face à cette situation. De l’étude de ces mécanismes, des facteurs protecteurs et des facteurs de risque peuvent être dégagés. Des mesures sociales renforçant les facteurs protecteurs et minimisant l’impact des facteurs de risque peuvent alors être extrapolées en rendant plus efficace la stratégie de lutte (2).

La CFEJ, en 2006, dans son rapport « Jeune et pauvre : un tabou à briser! », donne la parole aux enfants vivant dans la pauvreté. Ce qui en ressort est une vision de l’enfant différente de la victime passive qu’on imagine : « Ces propos illustrent bien le fait que nombre des enfants et des jeunes interrogés ne se sentent pas, eux-mêmes, «pauvres». Ceux qui se sont exprimés (…) soulignent souvent, au contraire, les ressources et les potentiels qui leur permettent de résister à la pire adversité. »  (p. 17)

Ainsi, la Stratégie globale de la Suisse en matière de lutte contre la pauvreté constitue une grande avancée dans la prise en charge de la pauvreté en général et de l’image véhiculée de l’enfant : une personne à part entière qui a des intérêts politiques, sociaux, économiques et juridiques pouvant différer de ceux de sa famille. Le pas suivant sera d’intégrer leur participation dans l’élaboration des politiques et programmes qui les concernent. Ceci permettra de considérer l’enfant non seulement comme un adulte en devenir mais aussi comme une personne du présent, agent actif de la société.

Clara Balestra, 21.06.2010

Lire aussi :
Aide Sociale 2010, 19.06.2012
21.12.2010 , Les budgets d’austérité vont aggraver la pauvreté des enfants, Thomas Hammarberg, Haut Commissaire des Droits de l’Homme au Conseil de l’Europe.

(1)    Le  mot « enfant » désigne toute personne de moins de 18 ans (art. 1 CDE).
(2)    Les Jeunes de Suisse Romande de l’ATD-Quart monde ont participé à la rédaction du dossier que des représentants de personnes vivant dans la pauvreté de toute la Suisse ont réalisé en 2007 à l’occasion de la « Journée mondiale du refus de la misère », à l’attention de la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey. Ce document a notamment été pris en considération dans la Stratégie suisse contre la pauvreté.
(3)    Van der Hoek Tamara (2005), Trough Children’s Eyes : An Initial Study of Children’s Personal Experiences and Coping Strategies Growing Up Poor in a Affluent Netherlands, Innocenti Working Paper No 2005-05, Firenze, UNICEF Innocenti Research Centre, 2005.

Lire aussi Documentation – Pauvreté

Comme une deuxième famille !

18 janvier 2010

Editorial de M. Linus Jauslin, Secrétaire Général de la Fondation Le Sida&l’Enfant, Suisse

C’est en novembre qu’ont eu lieu, pour la 30e fois et la 7e année consécutive, les «rencontres suisses de jeunes qui vivent avec le VIH». Ces manifestations offrent aux jeunes une plate-forme qui leur permet de mieux gérer leur maladie au quotidien.

Pour chaque jeune qui éprouve les émotions intenses de l’adolescence, a envie d’aller passer une soirée entière en discothèque, être contraint de prendre ses médicaments tous les jours à heure fixe rend la vie particulièrement difficile. Lutter contre un virus insidieux que l’on ne voit ni ne ressent est aussi usant que pénible. Et pourtant, les rapports aux autres rappellent chaque jour sa présence dans le corps – par exemple lors d’un entretien d’embauche ou d’une rencontre amoureuse. Car il déclenche chez les autres les réactions les plus diverses et inattendues – de l’indifférence à la pitié en passant par la stigmatisation et la discrimination affichée.

L’opportunité de se rendre compte que d’autres jeunes luttent contre le même virus vient généralement mettre un terme à plusieurs années d’isolement et à une solitude douloureuse face à la maladie. Les échanges au sein du groupe permettent à chacun de puiser dans la vaste expérience des autres. Or, ceci est justement très important pour les jeunes.

Lorsqu’on lui demande pourquoi le groupe compte autant pour elle, Laura, aujourd’hui âgée de 17 ans, répond : « Parce qu’il est ma deuxième famille. Je suis venue pour la première fois il y a quatre ans et je me suis sentie immédiatement très à l’aise et intégrée. » Elle poursuit : « Dans le groupe, je peux me montrer telle que je suis, je n’ai rien à cacher, je n’ai pas à redouter la discrimination et peux parler librement de tout avec tous. Le groupe m’apporte un grand soutien moral, les amitiés y sont tellement plus profondes et sincères. »

Bien sûr, tout ne va pas toujours « comme sur des roulettes » lors des rencontres. Il y a parfois des conflits, des « guéguerres » comme les appellent les jeunes eux-mêmes, mais comme le dit si bien Laura : « Ici, personne ne te laisse tomber, tu es protégé comme l’oiseau dans son nid, et si jamais tu risquais d’en tomber, il y aura toujours quelqu’un pour te rattraper. »

Laura conclut : « Grâce à tout cela, le groupe est l’un des rares avantages du VIH. La perspective de chaque rencontre me remplit de joie et j’espère que le groupe se maintiendra encore longtemps. »

A côté de ces rencontres, Le Sida&l’Enfant a déjà organisé deux autres manifestations qui réunissent les fratries ainsi que les meilleurs amis des membres du groupe. Par ailleurs, la Fondation s’engage au niveau européen en prenant une part active à des congrès qui donnent aux jeunes concernés et à des accompagnants qualifiés l’occasion de se rassembler.

Cet article est paru le 15 janvier 2010 dans la rubrique Edito-Actualité sur le site de Institut international des Droits de l’Enfant (IDE).

“FA-SA-VI” famille sans violence

8 juin 2009

Editorial de Mme Patricia Roduit, Collaboratrice de l’Institut International des Droits de l’Enfant (IDE)

“La famille, ce havre de sécurité, est en même temps le lieu de la violence extrême.”
Boris Cyrulnik

Dans l’optique d’enrayer le cycle de la violence domestique avant qu’il ne s’installe et ne s’amplifie, l’Association FA-SA-VI – comprenez “famille sans violence” – a vu le jour dans le Canton du Valais, en Suisse. Cette association à but non lucratif accueille, en toute discrétion, toute personne concernée par un tel problème, qu’elle soit victime, témoin mais aussi auteur.

La tension monte durant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Et puis, c’est l’explosion… Accompagnée de violences, suivie de justifications et d’expressions de regrets. Tel est le schéma susceptible de se reproduire durant des années… Le chez-soi synonyme de protection et de sécurité devient le lieu de la maltraitance, de l’exploitation sexuelle et de l’humiliation. Même s’ils ne subissent pas toujours directement de violences physiques, les enfants témoins souffrent psychiquement et affectivement. Assistant de tout près au déchirement d’un couple, ils en apprennent des schémas comportementaux qui marqueront la suite de leurs parcours. S’ensuivent traumatismes, dommages psychologiques, manques dans le développement, souvent accompagnés d’un isolement.

Pour tenter une réponse à de telles situations, FA-SA-VI offre un espace d’écoute, conseille et propose une médiation selon les besoins. L’aide est adaptée et respectueuse, faite d’un accompagnement thérapeutique par une équipe de professionnels, psychologues, médiateurs ou encore conseillers conjugaux. De plus,  la violence étant parfois associée à des conduites addictives ou dépressives, l’association oeuvre en collaboration avec d’autres institutions (LVT, médecins etc…). Une attention particulière est accordée aux enfants et adolescents. L’approche socio-éducative de FA-SA-VI leur permet de s’exprimer en toute liberté. L’utilisation de l’art, de la musique, du jeu et de l’expression corporelle les amène à retrouver un contexte de vie, des préoccupations et des projets correspondant à leur âge.

Cette initiative concrète correspond à un réel besoin. Selon l’Office fédéral de la Statistique, durant l’année 2007, un total de 14’446 personnes a consulté un centre LAVI dans le cadre de violences avec relation familiale, dont plus de 3’000 enfants et adolescents. Ces chiffres bien sûr ne reflètent que la pointe de l’iceberg… De plus, on ne peut ignorer le coût global (économique et social) que la violence engendre. En Suisse, une recherche menée à l’Université de Fribourg, publiée en 1998, a estimé le coût direct et le coût social des violences subies à 90 millions d’Euros par an, pesant lourdement sur le système de santé. S’ajoutent à cela le coût des interventions de la police et de la justice, estimé à 125 millions d’Euros, et celui de l’aide sociale, s’élevant approximativement à 48 millions d’Euros (1).

La Confédération en appelle à la vigilance et à une application systématique de la loi. Par le biais du Code Pénal suisse, les actes de violence, qu’ils soient commis dans l’espace public ou dans la sphère privée, sont réprimés. Il s’agit plus spécifiquement de lésions corporelles (art. 123 CP), menaces (art. 180 al. 2 CP), contrainte (art. 181 CP), voies de fait réitérées (art. 126 CP), contrainte sexuelle (art. 189 CP) et viol (art. 190 CP). De plus, depuis le 1er avril 2004 et dans le cadre du couple, ces délits sont poursuivis et sanctionnés d’office. Une nouvelle classification qui est le fruit d’un long débat public et traduit un changement de mentalité dans la société. Certains, à l’instar de La Fondation Terre des hommes et l’Association Suisse pour la Protection de l’Enfant, vont même plus loin et demandent que l’éducation non-violente soit introduite dans le chapitre “de l’autorité parentale” du Code civil suisse.

Si l’on veut pouvoir protéger les enfants et les jeunes en Suisse de manière aussi efficace, performante et durable que possible, il est nécessaire de faire converger les forces existantes, notamment en prenant la mesure du champ de bataille que constitue parfois la cellule familiale de base et en aidant à restaurer au mieux l’intégrité de chacun de ses membres. L’initiative de proximité que constitue FA-SA-VI a le mérite de s’y atteler.

Coordonnées FA-SA-VI :

Email : fasavi.vs@gmail.com
No de tél. 079 863 68 00
adresse : CP 426, 1920 Martigny
Sources:

(1) Godenzi Alberto Yodanis Carrie 1998. “Erster Bericht zu den ökonomischen Kosten der Gewalt gegen Frauen”, Fribourg: Departement Travail Social et Politique Sociale.

L’article de Patricia Roduit est paru le 3 juin 2009 dans la rubrique Edito – Actualité sur le site de l’Institut international des Droits de l’Enfant.

Lien : www.childsrights.org

Le secteur privé s’implique dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants

9 mars 2009

Selon M. Jean Zermatten, directeur de l’Institut international des droits de l’enfant et Vice-président du Comité des Droits de l’enfant « La situation très préoccupante de l’exploitation des enfants à des fins sexuelles (…) [a été noircie davantage par l']arrivée des nouvelles technologies (…), avec l’exploitation des enfants à travers le net, sous les formes de la pornographie utilisant des enfants, ou de la pédophilie masquée derrière des adresses, des sites et des serveurs de complaisance ».

Désormais, le secteur privé – pourvoyeur de technologie et fournisseur d’accès internet – s’implique dans la recherche de solutions et dans la lutte contre exploitation sexuelle des enfants.

Durant le 3e Congrès mondial contre l’exploitation sexuelle des enfants qui a eu lieu à Rio en 2008, outre « 137 gouvernements (…), des centaines d’ONG, des professionnels et des enfants, [étaient présentes] pour la première fois, aussi des entreprises du secteur privé ! »

Et les expériences se multiplient :

La European Financial Coalition (EFC) est née la semaine dernière à Londres. Soutenue par l’Union Européenne, elle comprend des groupes de la finance, des NGOs et des grandes firmes privées, telles que MasterCard, Microsoft, PayPal, VISA Europe. Elle est née entre autres pour confisquer les profits de ces activités criminelles .

Aux Etats-Unis, en janvier 2009, la Internet Safety Technology Task Force, composée des grands noms du monde internet – Google, Miscrosoft, Yahoo, Facebook, MySpace, Symantec et LindenLabs – a publié un rapport évaluant les technologies protégeant les enfants des contacts dangereux par internet .

Au Japon, en septembre 2008, 4 fournisseurs d’accès internet ont décidé d’arrêter le service payant permettant aux clients d’accéder à des photographies provocantes de fillettes en bas âge .

En Suisse, dès 2006, les services helvétiques de prévention ont demandé aux « fournisseurs suisses d’accès à Internet (…) d’interdire volontairement l’accès à des sites étrangers de pornographie enfantine. » Dès janvier 2007, Tele 2 et Swisscom Bluewin agissent dans ce sens, en bloquant ainsi 2 500 sites de pédopornographie.

Le rapport de l’Internet Safety Technology Task Force rejoint les conclusions du Congrès de Rio et son Plan d’Action sur la nécessité de diversifier les actions. Il n’existe aucune recette miracle qui permette de mettre fin à l’exploitation sexuelle des enfants liée aux nouvelles technologies.

Une stratégie concertée entre toutes les parties prenantes est la solution envisagée. Les Etats, la communauté internationale des droits de l’homme, les ONG, les institutions scientifiques, les parents, les enfants et les adolescents eux-mêmes sont ainsi les alliés du secteur privé dans cette lutte.

Cependant, le secteur privé peut et doit se poser la question si ses actions comportent des risques pour les mineurs et si elles violent leurs droits – notamment celui de l’intimité – entre autres lorsqu’il développe des nouvelles technologies. Il nous reste à espérer que ces actions ne sont pas un nouveau coup publicitaire mais surgissent d’une volonté réelle de lutter contre l’exploitation sexuelle des enfants.

Clara Balestra, 09.03.08

Crise économique et maltraitance

9 février 2009

Le Groupe de Tutelle Enfants du Kinderspital vient de lancer un cri d’alarme. En 2008, 455 mineurs ont été hospitalisés pour avoir subi des maltraitances, ce qui signifie une augmentation de 13% par rapport aux années précédentes. Environ la moitié de ces enfants étaient âgés de moins de 7 ans . Souvent, les actes de violence se déroulent au sein de la famille (1).

Dans son édito ‘Crise financière et droits de l’enfant’ du 23 janvier 2009, l’IDE écrit :

‘… la relation entre pauvreté et maltraitance des enfants a déjà été mise en évidence, notamment dans un rapport du Parlement Européen sur la question. En Floride on a récemment fait état de violences dont ont été victimes des enfants en raison de la pression financière. (…) En Australie également, l’augmentation des violences familiales a été en grande partie attribuée à la situation économique.

Ziegert (2) dégage deux phénomènes déterminants qui expliquent l’emploi des punitions physiques au sein de la famille. D’une part, il existe une acceptation de ce phénomène dans les normes et valeurs sociales. D’autre part, la situation de surcharge des parents déterminée par leur environnement diminue leur capacité à se contrôler.

De plus, les chercheurs démontrent que plus on emploie la force pour punir, plus on est enclin à en abuser. La grande majorité des abus physiques constatés sont des actes de discipline qui ont dégénéré (3).

Le rapport Enfance maltraitée en Suisse de 1992 (4) déclare que ‘le recours à la violence en famille n’est pas sans prétendre à un certain statut de normalité’. Cette affirmation est confirmée dans l’étude de l’Université de Fribourg de 2004 (5) sur le comportement éducatif des parents en Suisse. On peut ainsi affirmer que la punition physique est culturellement acceptée dans notre pays.

L’étude de 2004 démontre que les enfants les plus touchés par cette méthode éducative sont les enfants de moins de 4 ans, les plus vulnérables aux éventuelles conséquences physiques et psychologiques de la violence. Un enfant sur 5 de moins de 2,5 ans est battu régulièrement, dont 1 sur 100 avec des objets.

Ces données ont été recueillies en 2003. Durant cette année, la Suisse affichait un taux de chômage de 1,9% et on était loin de parler de crise financière ou économique. En 2009, la crise financière et économique internationale s’intensifie. L’économie de notre pays commence à sentir les premiers signes d’essoufflement. Il reste à espérer que la recrudescence de la violence envers les enfants dans la famille ne vienne pas allonger la liste des conséquences néfastes de cette situation.

Clara Balestra, 09.02.2009

Références

1. Telegiorale RTSI, 02.02.09
2. Ziegert K.A. (1983), ‘The Swedish prohibition of corporal punishment : A preliminary report’, en Journal of Marriage and Family, 45, p. 917-926.
3. Durrant Joan E. (2005), ‘Corporal punishment : prevalence, predictors & implications for children behaviour & development’, in Durrant Joan E., Newell Peter, Power Clark et Stuart N. Hart, Eliminating Corporal Punishment : the way forward to constructive child discipline, UNESCO, Paris, p. 49-90.
4. Bouverat Germain préside le Groupe de travail (1992), Enfance maltraitée en Suisse, Rapport final présenté au chef du Département fédéral de l’Intérieur, Office centrral des imprimés et du matériel, Berne, 1992.
5. Schöbi D. & Perrez M. (2004), Bestrafungsverhalten von Erziehungsberechtingen in der Schweiz : Eine vergleichende Analyse des Bestrafungsverhaltens von Erziehungsberechtingen 1990 und 2004, Universität Freiburg, Freiburg.