L’ascension des « enfants disparus » à l’agenda de l’Occident – Etats-Unis

8 mai 2017

Si les différents phénomènes englobés aujourd’hui sous le terme de « disparition » ne sont pas nouveaux, le regard que nous leur portons et les liens que nous établissons (ou non) entre eux ont évolué au fil de l’histoire de l’Occident. Les États-Unis, qui ont adopté les premières lois contre les kidnappings au tournant du XXe siècle, jouent un rôle clé dans l’émergence et dans la diffusion d’une nouvelle manière de concevoir les disparitions d’enfants. Les années 1980 constituent, à cet égard, un moment charnière.

Extrait de l’article de Michele Poretti (1), Chargé d’enseignement, Haute école pédagogique Vaud et Chercheur associé, Centre interfacultaire en droits de l’enfant, Université de Genève – première partie.

Entre 1979 et 1981, les États-Unis sont secoués par une série d’enlèvements et d’assassinats perpétrés par des inconnus sur des enfants. Ces crimes suscitent beaucoup d’émoi dans la population et de nombreux parents s’organisent, souvent sous la forme d’ONG, pour plaider pour une action gouvernementale plus efficace. Leurs efforts convergent, à ce moment, avec ceux des organisations qui agissent en cas d’enlèvement parental, qui peinent à convaincre les autorités, la presse et le public des dangers de cette pratique. C’est alors qu’émerge l’idée de regrouper plusieurs situations de rupture du lien physique entre parents et enfants (par exemple enlèvements parentaux, enlèvements par des inconnus, kidnappings, fugues) sous la notion d’« enfants disparus » (missing children), catégorie jusqu’alors absente du débat politique (Best, 1987, p. 105). Il s’agit, d’une part, d’interpréter les critères pour définir la disparition d’enfants de la manière la plus large possible, en tissant des liens entre des phénomènes jusque là dissociés. D’autre part, il faut pouvoir démontrer, pour convaincre ceux qui considèrent les fugues ou les enlèvements parentaux comme des situations relativement bénignes, que les enfants concernés y sont en réalité exposés à des risques très importants d’abus ou d’exploitation.

En ce début des années 1980, en l’absence d’études sur le phénomène et de critères partagés pour le mesurer, le plaidoyer se base surtout sur des témoignages poignants de parents d’enfants enlevés ou brutalement assassinés par des inconnus. Bien que ces évènements soient très rares – les fugues sont, de loin, les situations les plus fréquentes, suivies par les enlèvements parentaux –, la dramatisation des enjeux a le pouvoir de décourager la critique. Cette stratégie aboutit ainsi très rapidement à la signature du Missing Children’s Act (1982) et du Missing Children Assistance Act (1984), soutenu notamment par le président Ronald Reagan. Cet acte législatif jette les bases pour la création, en 1984, d’un centre national chargé de soutenir les autorités dans la recherche des enfants disparus et dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants : le National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC). Grâce à une aide conséquente du gouvernement fédéral et à l’appui de puissants donateurs privés, tels que Google, Honeywell ou la Microsoft Corporation, le NCMEC soutient aujourd’hui un très vaste réseau d’organisations actives aux États-Unis dans le domaine des disparitions d’enfants. Il sert aussi de référence internationale en la matière.

(1) Michele Poretti (2016), L’ascension des ‘enfants disparus’ à l’agenda de l’Occident. Enquête sur une nouvelle frontière de l’intolérable, Frontières, 27(1-2), en ligne: http://www.erudit.org/fr/revues/fr/2015-v27-n1-2-fr02596/1037079ar/

Solidarité avec les familles des enfants disparus

20 mai 2014

Le 25 mai 2014, Journée internationale des enfants disparus, offrons une fleur en souvenir de tous les enfants disparus et en solidarité avec leurs familles. Des familles, qui après avoir été sous les feux de la rampe pendant les premiers temps de la disparition de leur enfant, se retrouvent souvent seules face à leur perte.

Photo Flickr : http://www.hellotipi.com/blog/category/le-saviez-vous/

Comment les aider ? Afin de soutenir les professionnels qui les assistent, la Fondation Sarah Oberson a commandé en 2013 une revue de la littérature scientifique sur le thème (1).

Malheureusement, on constate d’emblée un silence de la part du monde académique à ce sujet. « Les recherches dans le domaine restent très rares et souvent ouvertement exploratoires » (p. 31) Cependant, on peut extraire un certain nombre de convergences.

« Les recherches soulignent de manière presque unanime que, lorsque la disparition de l’enfant se prolonge indéfiniment, la réaction des familles est caractérisée par un mélange ambivalent d’espérance et d’acceptation de la perte. Pour certains auteurs, cette ambivalence est nécessairement source d’adaptation dysfonctionnelle, alors que d’autres signalent que les familles concernées peuvent atteindre un niveau de bien-être satisfaisant. Les études mettent aussi en évidence la grande diversité des réactions individuelles à la disparition d’enfants. » (p. 12)

« L’existence d’un soutien efficace au sein de la famille ou de la communauté (semble pouvoir) atténuer les conséquences néfastes de la disparition. (…Le) sens donné à la disparition ressort comme un élément fondamental en vue de saisir les effets de la perte. » (p. 13)

Selon Monsieur Michele Poretti, auteur de la revue, « s’il est difficile, dans le cadre d’une réflexion sur les familles d’enfants disparus, de renoncer aux notions de perte et de deuil – d’ailleurs parfois utilisées par les familles elles-mêmes – il importe de les libérer de l’échafaudage normatif construit par les scientifiques pendant le XXe siècle. Il faut aussi leur restituer un espace où leur normalité puisse se manifester. Le processus de deuil pourrait ainsi être conçu, selon une définition minimaliste et ouverte, comme une transformation dont l’issue est par essence incertaine et imprévisible. » (p. 14)

Lors de cette journée du 25 mai, la Fondation Sarah Oberson témoigne sa solidarité aux familles et aux professionnels qui les entourent, sans oublier les enfants dont on a perdu la trace.

Fondation Sarah Oberson, 20.05.2014

(1) Poretti Michele (2013), Au seuil du deuil ? Les familles d’enfants disparus à l’épreuve de l’incertitude Revue de la littérature scientifique, Fondation Sarah Oberson, Jean Zermatten (Eds), Clara Balestra, IUKB, Sion.

Comment éviter que la séparation des parents finisse en drame pour les enfants ?

6 septembre 2011

Comment éviter que la séparation des parents finisse en drame pour les enfants? Remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène, la Fondation Sarah Oberson organise la Soirée Sarah Oberson 2011 : “Séparation des parents, disparition des enfants : quelques pistes”, qui vise à réfléchir sur certains de dispositifs qui tentent d’atténuer les répercussions négatives de ces ruptures : la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant. En invitant des praticiens qui travaillent avec ces outils, la Fondation cherche à confronter ces pratiques à la réalité.

Chaque année en Suisse, environ 50% des mariages finissent en divorces : on estime à 15’000 les enfants concernés par la séparation de leurs parents, sans compter les séparations hors mariage. Malgré l’acceptation sociale acquise dans les dernières décennies, la rupture porte avec elle un lot important de souffrance, pour les parents eux-mêmes mais aussi pour les enfants issus de ces alliances.

La grande majorité des situations se règlent de manière civilisée. On estime que les cas de divorce litigieux ne sont que le 10%. Il n’en reste pas moins que, entre ces cas litigieux, des cas extrêmes existent. En Suisse, 102 nouveaux cas d’enlèvements parentaux ont été enregistrés en 2010 – ces chiffres ne considèrent que les enlèvements internationaux. Les médias nous informent régulièrement de cas d’homicide d’enfants perpétués par un des parents et qui tente de se suicider par la suite. Les enfants paient parfois cher la séparation de leurs parents.

La France a instauré des tribunaux des familles, qui permettent une spécialisation des professionnels et un encadrement des familles. La Suisse a choisi de faire face à ce phénomène en introduisant des mécanismes qui tentent d’atténuer les répercussions négatives de ces ruptures, notamment sur les enfants. Remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène, la Soirée Sarah Oberson 2011 vise à réfléchir sur certains de ces dispositifs : la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant. En invitant des praticiens qui travaillent avec ces outils, la Fondation cherche à confronter ces pratiques à la réalité.

La médiation familiale fait désormais partie des démarches de séparation que se soit sur le plan judiciaire qu’extrajudiciaires. Lors de séparation, dans des familles qui ne fonctionnent pas sur un modèle égalitaire et démocratique, la médiation, promotrice des séparations négociées, peut-elle arriver à des résultats qui garantissent une meilleure protection du mineur ?
L’autorité parentale conjointe – pratique de plus en plus appliquée que se soit dans les pays voisins qu’en Suisse – fait débat dans notre pays depuis maintenant deux ans. Dans la pratique quotidienne, lors de couples déchirés par des conflits, est-elle un moyen pour permettre à l’enfant de bénéficier de l’apport éducatif des deux parents, ou elle perpétue plutôt les mésententes, en aggravant ainsi le contexte de vie de l’enfant ?
Le curateur, ce nouvel acteur juridique, défend les intérêts de l’enfant. Quels remparts existent pour garantir la légitimité de cette représentation, notamment quand l’enfant n’a pas encore développé sa capacité de discerner ? Et de quelle manière le fait de défendre les intérêts de l’enfant, membre égalitaire de la famille en conflit, permet de lui garantir une meilleure protection ?

En vue de refléter la complexité et la diversité des situations de séparation et d’envisager des pistes de solution réalistes, la Fondation Sarah Oberson a organisé une table ronde qui suivra les présentations des experts. Cette table ronde se veut à la fois contradictoire et constructive en introduisant dans le débat, en plus des professionnels du secteur, la voix et le vécu des parents gardiens et non-gardiens, par des représentants respectivement de la Fédération suisse des familles monoparentales et du Mouvement de la Condition Paternelle Valais.

LA FONDATION SARAH OBERSON,
L’INSTITUT INTERNATIONAL DES DROITS DE L’ENFANT

organisent
une soirée de réflexion sur le thème :

Séparation des parents, disparition des enfants : quelques pistes

Le mercredi 9 novembre 2011
au Casino de Saxon

Programme de la Soirée

Bulletin d’inscription

Brochure 2011

La Fondation Sarah Oberson organise chaque année une journée de réflexion, sur les thèmes d’actualité liés à la protection de l’enfance. Cette année, elle propose une nouvelle formule dans le but de rendre plus accessible ce moment d’approfondissement aux professionnels et aux parents. Elle présente ainsi 4 interventions d’experts de 15 minutes chacune et une table ronde qui se veut ouverte au débat d’idées.

Après Alerte enlèvement, peut-on offrir mieux ?

24 mai 2011

Le 25 mai, la Journée internationale des enfants disparus : cette journée veut garder vivace le souvenir de ces enfants et donner un message d’espoir et de solidarité aux parents qui n’ont plus de nouvelles.


Depuis trois ans, la Fondation Sarah Oberson souligne par un article sur son blog  la Journée internationale des enfants disparus, le 25 mai. Cette journée veut garder vivace le souvenir de ces enfants et donner un message d’espoir et de solidarité aux parents qui n’ont plus de nouvelles.

Myosotis.scorpioides

Durant ces trois ans, l’arsenal de réaction à une disparition d’enfant en Suisse s’est doté du système Alerte enlèvement, système qui n’arrête pas de se perfectionner. L’extension du réseau de distribution des messages de disparition s’étend depuis le 1er février de cette année aux téléphones portables des personnes inscrites sur la liste de distribution. (Inscrivez-vous)

L’Union européenne (UE) œuvre aussi pour l’opérationnalisation d’un système de réaction de plus en plus performant.

D’une part, l’alerte enlèvement au niveau européen, pour laquelle la famille McCann a déployé beaucoup d’énergie, devient une idée en voie de réalisation. Désormais, 6 pays européens disposent d’un système d’alerte enlèvement. De plus, la France « s’est associée au Royaume-Uni, à la Belgique et aux Pays-Bas, dans le cadre d’un projet européen dénommé LADS.eu (Lutte Anti-Disparitions dans l’Union européenne). Ce programme, cofinancé par la Commission européenne, a pour objectif le renforcement de la compatibilité et de la coordination des dispositifs d’alerte enlèvement entre la Belgique, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ».

D’autre part, grâce aux normes édictées et au soutien de l’UE, quinze pays européens, dont la France et l’Italie (au Royaume Uni ce service n’est que partiellement opérationnel), disposent du numéro d’appel unique 116 000. Il s’agit d’un numéro destiné à écouter et à accompagner les familles d’enfants disparus, fugueurs ou enlevés. Ce numéro unique et gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, veut assurer une meilleure coordination à l’échelle européenne des recherches de la part des autorités compétentes.  Le 116 000 permet également aux familles d’enfants disparus d’obtenir des informations, une écoute et un soutien professionnel, accessible et disponible. Ce numéro unique offre une écoute en plusieurs langues, assurée par des professionnels.

Du fait de la grande mobilité des résidents suisses et européens, la Suisse pourrait continuer à optimiser son système et s’inscrire au réseau européen afin de compléter le système Alerte enlèvement et faciliter les démarches des familles et des autorités compétentes.

Fondation Sarah Oberson, 24.05.2011

- Alerte enlèvement : Situation internationale, Fondation Sarah Oberson
- Europe : Missing Children Europe calls for Enhancement of the Professional Standard of 116 000 Hotlines for Missing Children, 20.05.11
A practical guide for 116 000 hotlines, 05.2011
- France : 9ème Journée internationale des enfants disparus, 19.05.2011
- ‘Comme si le départ de Lucie n’était pas vain‘, Fondation Sarah Oberson, 25.05.2010
- ‘Une fleur, message d’espoir et de solidarité‘, Fondation Sarah Oberson, 25.05.2009

« Comme si le départ de Lucie n’était pas vain »

25 mai 2010

En ce 25 mai 2010, Journée internationale des enfants disparus, offrons une fleur en souvenir de tous les enfants disparus et en solidarité avec leurs familles.

Myosotis.scorpioides

Familles qui luttent entre le deuil et l’espoir de retrouvailles. Familles qui veulent transformer « toutes ces émotions et toute cette douleur en quelque chose de positif » (père de Lucie, Roland Trezzini).

« Comme si le départ de Lucie n’était pas vain » (Nicole Trezzini)

C’est ainsi que la mère de Lucie s’exprime, une année après la disparition de sa fille, en commentant les améliorations que cette disparition – dernière d’une longue série – a déclenchées en Suisse : l’instauration du système alerte enlèvement ; des améliorations dans les procédures policières lors de disparitions (Canton Schwyz) et dans les procédures de libération des auteurs de délits graves (Canton d’Argovie) (Le Journal RSR, 25.04.2010).

La famille d’Ylénia, disparue en 2007 et dont le corps a été retrouvé dans les bois, a choisi de créer une fondation pour l’aide à l’enfance qui vit dans la détresse : “Peut-être que la mort d’Ylenia prendra ainsi un sens” (TSR, 19.11.2007). En 2009, les fonds récoltés ont aidé entre autres à la construction et au fonctionnement d’une école aux Philippines.

Gerry et Kate Mc Cann, parents de Madeleine, disparue dans une chambre d’hôtel au Portugal il y a trois ans, ne lésinent pas sur leurs efforts pour l’instauration d’un système d’alerte enlèvement européen.

La famille Oberson a créé une fondation qui aide les enfants en souffrance. Cette fondation a contribué notamment à l’instauration du système d’alerte enlèvement, opérationnel en Suisse dès le début de cette année. Système de réseau de diffusion des messages de disparition dont elle fait désormais partie.

Un remerciement à toutes ces familles éprouvées qui, par leur engagement, ont réussi à transformer un événement tragique en apport constructif.

116 000, un complément au dispositif d’Alerte enlèvement ?

17 juin 2009

Depuis le 25 mai 2009, journée international des enfants disparus, un numéro d’appel unique européen (116 000) destiné à écouter et à accompagner les familles d’enfants disparus, fugueurs ou enlevés, a été activé dans 10 pays: la Grèce, les Pays-Bas, la Hongrie, la Roumanie, le Portugal, la France, l’Italie, la Slovaquie, la Belgique et la Pologne.

Ce numéro unique et gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, veut assurer une meilleure coordination à l’échelle européenne des recherches de la part des autorités compétentes. A titre d’exemple, en 2008, ce numéro a permis de retrouver, après neuf mois de disparition, 3 sœurs enlevées en Belgique et amenées au Portugal par leur père.

Aussi, le 116 000 permet « aux familles d’enfants disparus d’obtenir des informations, une écoute et un soutien » (2) professionnel, accessible et disponible. Ce numéro unique en effet offre une écoute en plusieurs langues, assurée par des professionnels.

La fédération de 23 ONGs, Missing Child Europe promeut cette idée dès son origine. Le 116 000 a été intégrée par l’Union européenne dans une directive de 2002. Cette directive s’est concrétisée dans la décision du 15 février 2007 (IP/07/188) de la Commission européenne, obligeant les Etats membres à mettre à disposition le numéro 116 000 pour « l’aide à la recherche des enfants disparus ». Il s’agit du premier numéro d’une longue série qui sera réservée à des services sociaux européens. Par exemple, le 116 111 est désormais réservé aux enfants qui ont besoins d’assistance (décision du 30.10.07, IP/08/1129). L’instauration de ces deux numéros téléphoniques fait « suite à l’adoption de la stratégie européenne sur les droits de l’enfant ».

Ainsi, les Etats ont l’obligation de conserver ce numéro, de le mettre à disposition et de faire connaître son utilisation auprès du grand public. Ils ne sont par contre pas obligés d’assigner ce numéro à un prestataire de services ou à en assurer le service eux-mêmes (1). Cette nuance explique d’une part le retard de la mise en place d’un numéro unique dans plusieurs Etats de l’Union, qui hésitent  à aller au-delà de leurs strictes obligations – le numéro est disponible mais pas attribué. D’autre part, dans les pays où le système est en place, se sont surtout des ONG qui en assurent le fonctionnement.

Par ailleurs, l’obstacle financier retarde l’instauration du 116 000. La Commission a demandé que ce numéro soit gratuit afin d’en assurer l’accessibilité. Dans plusieurs pays, dont la Belgique et la France, la recherche d’une solution économiquement viable a retardé la mise en place. L’instauration est ainsi plus difficile, mais pas impossible comme le démontrent les 10 Etats où le service est effectif.

La Commission européenne voit ce dispositif comme un complément au système d’Alerte enlèvement qu’elle veut instaurer à l’échelle de l’Union. Et la Suisse ? Serait-elle intéressée à un dispositif de ce type ? Pourra-t-elle l’inscrire comme complément à l’instauration du système d’Alerte enlèvement qui semble devoir se concrétiser, à l’échelle nationale, encore en 2009 ?

Clara Balestra, 17.6.2009

Lien internet :
116 000 : The European hotline number for missing children
(1) European Union : Pan-European numbers and services
(2) Gouvernement français : Lancement du numéro européen 116 000 pour les enfants disparus. Allocution de Brice Hortefeux – 20 mai 2009

ALERTE–ENLEVEMENT : le oui du cœur et de la volonté…

4 mai 2009

Un pas décisif du Conseil National en faveur de l’Alerte-Enlèvement

Le lundi 27 avril 2009, une fois de plus le Conseil National s’est prononcé favorablement sur le dossier Alerte–Enlèvement. Il y a deux ans, il en avait fait de même avec les deux motions qui lui avaient été soumises concernant le même domaine.

Une approche pragmatique prévue par la motion du Conseiller aux Etats Didier Burkhalter

Lors de sa session de printemps 2009, le Conseil National a donc plébiscité la motion du Conseiller aux Etats Didier Burkhalter, qui a eu l’intelligence de proposer une approche pragmatique de cette importante question.

En résumé, cette motion demande à la Confédération de prendre le leadership dans ce dossier, en élaborant une Convention de partenariat avec les Cantons et les autres milieux concernés.

Elle souligne la dimension nationale, voire internationale de cette problématique, en sortant d’un fédéralisme étriqué, qui bloquait la mise en place du système Alerte-Enlèvement en Suisse.

Cet appui unanime du Parlement traduit clairement la volonté des Parlementaires fédéraux de doter enfin notre pays d’un système Alerte-Enlèvement, qui a déjà fait ses preuves dans plusieurs autres pays, à savoir les Etats-Unis, le Canada et la France. Durant les dernières années, des centaines d’enfants ont eu la vie sauve grâce à ce dispositif mis en place dans ces pays.

Cette décision constitue l’heureux aboutissement de plusieurs initiatives réclamant l’instauration d’un tel système en Suisse.

Il faut citer, entre autres, le lancinant appel lancé par le Nouvelliste et Feuille d’Avis du Valais en 2007 et la pétition de la Fondation FREDI. La dernière a été la marche blanche organisée au mois de mars 2009, à Fribourg, par les parents de Lucie Trezzini, lâchement assassinée par un désaxé sexuel.

Un vibrant appel lancé par la Fondation Sarah Oberson en faveur de l’Alerte-Enlèvement, à l’occasion de son 10ème anniversaire, en novembre 2008

Pour sa part, la Fondation Sarah Oberson a apporté sa pierre à cet édifice commun, en lançant un vibrant appel en faveur de l’Alerte-Enlèvement, lors de son 10ème anniversaire, qui a eu lieu le 7 novembre 2008, à Saxon, en étroite collaboration avec la Police Cantonale Valaisanne et l’Institut International des Droits de l’Enfant (IDE).

Dans la foulée du Conseil aux Etats et de la décision très encourageante de la Conférence suisses des Directrices et Directeurs des Départements cantonaux de Justice et Police, prise le 2 avril 2009, le Conseil National a réaffirmé clairement sa volonté de mettre sur pied un tel dispositif en Suisse.

Le Conseiller national Christian Lüscher, rapporteur de langue française de la Commission, a rappelé fort opportunément que « lorsqu’il y a un enlèvement , la rapidité, la vitesse de réaction sont absolument essentielles, parce qu’on sait que 90 pour cent des victimes disparaissent dans les premières 24 heures »…

Les critères pour le déclenchement du dispositif de l’Alerte-Enlèvement

Il a également signalé que nous pourrions nous inspirer largement du système français, avec les adaptations indispensables au droit suisse. Qui lance l’alerte ? Compte tenu du fédéralisme helvétique, il est vraisemblable que l’autorité judiciaire du canton où a eu lieu la disparition serait compétente pour lancer l’alerte.

Quant aux critères appliqués en France pour le déclenchement de l’alerte, ils sont au nombre de quatre :

1. L’enlèvement doit être avéré. Ce n’est pas une simple disparition.
2. La vie ou l’intégrité physique de la victime doivent être concrètement en danger.
3. Des éléments d’information existent et leur diffusion est susceptible de permettre la localisation de la victime.
4. La victime est mineure.

Il ne faut pas réinventer la roue !

Il n’est pas nécessaire chaque fois de réinventer la roue ! Pour ma part, je pense que nous pourrions retenir ces mêmes critères, en sachant que les enfants sont les plus vulnérables. Dès lors, il faudrait déclencher l’alerte-enlèvement, en particulier, pour sauver la vie d’enfants en bas âge disparus. Faut-il rappeler les tragédies vécues par les familles de Sarah, d’Ylenia et de Lucie ? Dans le cas de Sarah, quelque 24 ans après la tragédie, sa famille n’a pas encore pu faire le deuil, car le mystère de sa disparition demeure entier !..

A mon avis, le dispositif de l’Alerte-Enlèvement devrait être déclenché seulement dans des situations extrêmes. Il faudrait donc écarter les fugues d’adolescents, par exemple. Il ne faudrait pas non plus mettre en action ce système pour des cas de disparition, dans le cadre de couples binationaux en conflit. Dans ces cas, il vaudrait mieux utiliser la voie de la médiation par un tiers, afin de respecter le bien supérieur de l’enfant, conformément à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant de 1989.

Mais par quels moyens faudrait-il diffuser l’alerte? A l’instar de la France, il faut agir rapidement et massivement, en partant de l’idée que dans ce domaine, il vaut mieux en faire un peu plus que pas assez. Ne l’oublions jamais, la vie d’enfants est en jeu, il ne faut pas lésiner sur les moyens à utiliser !..

Le message d’alerte devrait être diffusé pendant plusieurs heures sur les chaînes de télévision, les radios et par l’intermédiaire des agences de presse et des journaux.

Il faudrait également communiquer le message d’alerte dans les gares, les aéroports et les autoroutes.

En outre, les technologies de l’information et de la communication offrent aujourd’hui de nouveaux outils très efficaces, tels que les MMS et le microblogging (diffusion à toutes les personnes qui sont connectées à l’Internet).

L’Alerte-Enlèvement : un facteur de prévention

Enfin, le système alerte-enlèvement peut aussi jouer un rôle non négligeable de prévention contre les crimes de nature sexuelle dont sont victimes les enfants.

Certes, le système Alerte-Enlèvement n’est pas une panacée. Mais il contribuera dans des situations exceptionnelles à sauver des « petits des hommes » et à mieux protéger l’enfance menacée. Il s’agit d’un instrument supplémentaire efficace, qui s’ajoute à toute une série de mesures déjà en vigueur.

Le Conseil National, après le Conseil aux Etats, vient d’ailleurs d’apporter une nouvelle fois un message d’espoir, en manifestant clairement sa volonté de doter notre pays de cet outil indispensable pour une meilleure protection de l’enfance, à l’avenir ! Cette décision fait honneur au Parlement suisse. Ce lancinant appel, qui obéit autant au cœur qu’à la raison, a enfin été entendu par le Conseil Fédéral.

Nous attendons maintenant des actes concrets d’ici à la fin de cette année 2009 !

Dr Bernard Comby
Président de la Fondation Sarah Oberson

Sion, le 1er mai 2009.

Un drame pour faire avancer les choses

29 avril 2009

A quelque chose, malheur est bon ! Ce dicton tiré de la sagesse populaire  doit, hélas, nous servir de consolation, à la suite du meurtre de la jeune Lucie, par un jeune argovien, dans un contexte médiatique particulier. Elle nous sert de consolation, mais ne doit en aucun cas nous faire oublier le drame vécu par Lucie et la tragédie que sa disparition représente pour ses parents, ses proches et toute la grande famille de ses amis.

La consolation est cependant un peu amère : je veux parler ici du fait qu’elle a permis d’accélérer le dossier de l’alerte enlèvement qui se trouve sur le pupitre (si possible, non pas dans les tiroirs) de Madame la Ministre fédérale en charge de la Justice et de la Police. Rappelons quelques faits :

En 2007 déjà, une centaine de personnalités suisses ont signé une déclaration demandant l’introduction du système de l’alerte enlèvement, déjà en vigueur  chez notre grand voisin français, mais tiré d’une action exemplaire menée par les USA, et le Canada. Depuis près de 10 ans, avec un succès non démenti. Redisons que cet appel faisait déjà suite à un drame, celui de la petite Ylenia, survenu en été 2007, fillette retrouvée morte après 47 jours de disparition.

En 2008, en octobre et novembre, la Fondation Sarah Oberson s’est engagée derrière cette idée et a remis de la pression sur les autorités fédérales. On nous a  alors expliqué que les compétences cantonales (affaires de police dans les mains cantonales) posaient des problèmes juridiques, pratiques  et financiers et qu’il faudrait attendre…

Le 18 décembre 2008, Monsieur le Conseiller aux Etats Didier Burkhalter a déposé une nouvelle motion en faveur de l’instauration du système alerte-enlèvement en Suisse. Cette motion a été munie de 24 signatures. Elle demande au Conseil Fédéral de mettre en place dans les meilleurs délais une Convention de partenariat entre tous les partenaires concernés par le système alerte-enlèvement, en particulier les cantons.

La réponse officielle fut que la Conférence des Chefs des Départements et des chefs de police cantonales  examinait cette question et qu’il n’y aurait pas de réponse avant 2010 au plus tôt, au vu des problèmes juridiques, pratiques et financiers… Grosse déception, évidemment dans les milieux concernés.

Il a fallu un nouveau drame, celui de Lucie, pour  constater que ces problèmes au fond n’étaient pas si insurmontables et que le fédéralisme pouvait supporter quelques correctifs immédiats… Etonnant, ce que l’effet médiatique peut influencer les politiques !

Donc, je salue enfin les différentes positions prises par la Conférence latine des Chefs de Départements de Justice et Police  en faveur de l’instauration d’un tel système en Suisse. Pour être très clair, les autorités valaisannes ont soutenu cette initiative, dès le départ.

Les déclarations encourageantes de Madame la Conseillère Fédérale Widmer-Schlumpf s’inscrivent dans la même optique. Elles laissent augurer une évolution positive de ce dossier, encore en 2009.

Espérons que ce ne soient pas que des mots ! Sarah, Ylenia, Lucie, trois noms symboliques, mais à côté d’elles combien d’autres ? On ne peut plus attendre. Merci à nos autorités de ne pas permettre que d’autres prénoms viennent allonger cette sinistre liste !

Jean Zermatten
Vice-président de la Fondation Sarah Oberson
29.04.2009

LA SUISSE SORT ENFIN DE SA LETHARGIE EN MATIERE D’ALERTE-ENLVEMENT

8 avril 2009

Certes, nous regrettons qu’il faille toujours des tragédies pour agir !…

Mais, nous saluons avec satisfaction les différentes positions prises par la Conférence latine des Chefs de Départements de Justice et Police et par la Conférence suisse des mêmes Chefs de Départements de Justice et Police en faveur de l’instauration d’un tel système en Suisse.

Les déclarations encourageantes de Madame la Conseillère Fédérale Widmer-Schlumpf s’inscrivent dans la même optique. Elles laissent enfin augurer une évolution positive de ce dossier sur le plan suisse.

Nous attendons maintenant des actes concrets, qui viennent concrétiser cette volonté de doter notre pays d’un système alerte-enlèvement, qui a fait maintes fois ses preuves dans d’autres pays.

Bernard Comby
Président de la Fondation Sarah Oberson”
08.04.2009

Lire aussi la rubrique Alerte enlèvement du site de la Fondation Sarah Oberson.

L’acceptation massive de la motion de M. Didier Burkhalter en faveur d’un système alerte-enlèvement en Suisse fait sortir le Conseil Fédéral de sa léthargie !

16 mars 2009

Par 38 voix contre 1, le Conseil aux Etats vient d’approuver massivement la motion de Monsieur le Conseiller aux Etats Didier Burkhalter. Au nom de la Fondation Sarah Oberson, nous tenons à remercier chaleureusement Monsieur Didier Burkhalter et le Conseil des Etats pour cette décision qui honore le Parlement suisse.

De manière pragmatique, cette motion demande très clairement la mise en place d’un partenariat notamment entre la Confédération et les Cantons afin d’instaurer le plus rapidement possible le système alerte-enlèvement en Suisse.

Certes, la disparition de Lucie, dans des circonstances tragiques que nous connaissons, a plané sur les débats du Conseil aux Etats, consacrés à la motion de Monsieur Didier Burkhalter.

Mais la réponse parfaitement claire du Conseil aux Etats constitue une démonstration supplémentaire de la volonté politique du Conseil des Etats d’instaurer enfin ce système dans notre pays ! Que la réponse vienne du Conseil des Etats, qui est le porte-parole des cantons, est d’autant plus éloquente que le Conseil Fédéral, à tort, a tenté vainement de se cacher derrière la compétence des cantons dans ce domaine.

Faut-il le rappeler : il s’agit d’un problème éminemment national, voire international. D’ailleurs, les criminels ne respectent aucune frontière !

Dès lors, la Confédération doit sérieusement empoigner ce problème afin d’y apporter la réponse adéquate, en ne tergiversant plus pour mettre en place le système alerte-enlèvement, qui a largement fait ses preuves à l’étranger, y compris dans des pays à structure fédérale.

Indéniablement, la motion Burkhalter a fait avancer la cause de la protection de l’enfance en Suisse !

Nous ne doutons pas que le Conseil National saura faire preuve de la même diligence et de la même détermination afin d’exiger de la part de la Confédération qu’elle empoigne sérieusement ce dossier. Il ne faut plus tergiverser et mettre sur pied cette année encore le système alerte-enlèvement dans notre pays…

Dans des situations exceptionnelles, le dispositif actuel ne suffit pas à protéger comme il se devrait des enfants et des jeunes victimes de criminels sans scrupule. La protection de l’enfance et de la jeunesse en danger mérite donc bien cet effort supplémentaire de la part de l’ensemble de notre pays!

Bernard Comby
Président de la Fondation Sarah Oberson
a.Conseiller national

Saxon, le 16 mars 2009

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