Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées

30 septembre 2014

Soirée Sarah Oberson 2014 : La soirée vise à débattre des dispositifs existants de soutien psychosocial mis en place pour protéger l’enfant durant et après la séparation. Il sera aussi question du rôle joué par la société elle-même dans la violence qui caractérise certaines ruptures, violence née notamment des injustices perçues lors du choix de la garde des enfants. Sans généraliser des situations particulièrement intimes et individuelles, la table ronde portera sur la cohérence entre les corrélations avancées et les solutions apportées, ainsi que sur les pistes à envisager à long terme. Tout public.

Casino de Saxon, 12.11.14 de 19:00 à 21:00, Programme

Argumentaire

Que l’on veuille ou non, la séparation des familles fait partie intégrante de notre société (en 2012, 43% divorces, 12’700 enfants impliqués ; sans compter les séparations hors mariage). Phénomène banal en nombre, une séparation bouleverse totalement l’équilibre familial et peut mener à de grandes souffrances, notamment des enfants : des réactions variées sont généralement observées, autant émotionnelles que comportementales. Des aides existent pour les soutenir, comme le Parcours de Reliance de l’association As’trame Valais, où une écoute attentive de leurs besoins et un espace neutre où ils peuvent s’exprimer, leur sont offerts.

Les parents, outre la gestion de leur douleur, doivent trouver des espaces pour adapter la nouvelle vie de famille. Si le couple est dissout, la relation coparentale, elle, perdure. Son aménagement va constituer une étape cruciale vis-à-vis des enfants. La médiation familiale s’est avérée être un moyen efficace dans les cas de séparation où il existe une réelle volonté de réussite de la part des deux parents. La grande majorité des situations se règlent en effet de manière pacifique.

Les cas de divorce litigieux ne représenteraient que le 10%. Il n’en reste pas moins que dans bien des cas, une séparation rime avec paupérisation. Aussi, au sein des cas litigieux, des exemples extrêmes existent. Durant l’année 2013, la Suisse a enregistré 106 nouveaux cas d’enlèvements parentaux internationaux. De plus, les médias nous informent régulièrement de cas d’homicide d’enfants perpétrés par l’un des parents, qui tente par la suite de se suicider.

Des dispositions psychosociales de protection des enfants impliqués sont offertes et ils viennent renforcer les ressources juridiques déjà présentées lors de la Soirée Sarah Oberson 2011. L’Office de la Protection de l’Enfance valaisan est ainsi mandaté pour « assurer la protection des enfants domiciliés ou séjournant dans le canton », entre autres en « assur(ant) la coordination des différentes instances lors d’enlèvements internationaux d’enfants». Dans le cas de ces derniers, l’expertise du Service Social International démontre que la médiation reste un des moyens envisageables pour permettre aux parents de trouver des solutions viables, même dans des situations extrêmes.

Est-ce que ces mesures agissent sur les causes de ces débordements ? Palazzo et Modak émettent «…l’idée (…) selon laquelle l’écart statutaire et symbolique (diplôme, insertion dans l’emploi, position sociale, salaire, identité de genre, identité maternelle ou paternelle, etc.) entre les deux ex-conjoints a un impact particulièrement important. Plus les capitaux dont dispose chaque partenaire sont asymétriques (…) plus le « couple » s’engage dans une dynamique de continuité du modèle familial antérieur, que se soit dans le sens de l’interdépendance ou de la dépendance… ». Ainsi, selon Modak, le passage d’une famille unie à une famille séparée et fonctionnelle «ne peut sans doute que se construire en amont, avec une égalisation des conditions parentales, professionnelles et familiales, dans la famille indivisée et dans le marché du travail.»

Toutefois, en Suisse, les conditions socio-économiques et culturelles font que la mère prend en charge la majorité de la responsabilité parentale, alors que le père reste le pourvoyeur financier principal. D’une part, «…on constate qu’une répartition de l’activité lucrative entre les deux membres du couple n’est pas toujours intéressante. Autrement dit, le modèle du couple à salaire unique reste plus avantageux. » L’offre de conditions de conciliation entre la vie professionnelle et familiale fait partie de cette équation. D’autre part, l’idée culturellement dominante que «plus on accorde de l’importance (à la famille) moins on est ouvert à partager (sa) prise en charge», renforce ce schéma.

La séparation reste une démarche privée. Les soutiens et les mesures psycho-sociales et juridiques proposées permettent de contenir les conséquences difficiles de la séparation sur les enfants, lorsque le processus est déjà enclenché. La société possède toutefois, à travers des modifications socio-économiques adaptées, une bonne marge de manœuvre qui permettrait d’agir en amont pour adoucir le passage d’une famille unie à une famille séparée, autant du côté des enfants que des parents.

Références :

Libertino et Oberson, Les politiques familiales, SP 2010.

Modak, « Etre parent après une séparation », in Burton-Jeangros, Lalive D’Epinay et Widmer, Interactions familiales et construction de l’intimité : Hommage à Jean Kellerhals, L’harmattan, 2007, p. 313-324.

Palazzo-Crettol et Modak, « Etre parent après une séparation : analyse des processus de « départage » de l’enfant », in Swiss Journal of Sociology, 31 (2), 2005, 363-381

Robert-Nicoud, « Regional Disparities in Divorce Rates Within one Country : The Case of Switzerland », in Swiss Journal of Sociology, 40 (1), 2014, 29-55. Cit. « The regression analyses show the major importance of the socio-economic dimension, which exceeds the relative impact of the others. »