Autorité parentale conjointe

17 novembre 2015

Lors du colloque «Autorité parentale conjointe (APC) – et les droits de l’enfant ?» du 20 novembre à Genève, l’IDE et la Fondation suisse du Service social international (SSI) souhaitent regarder d’un peu plus près quel bilan on peut tirer de l’introduction de l’APC pour l’instant du point de vue des droits de l’enfant, en réunissant les responsables romands de la protection de l’enfance, des psychologues, juges, thérapeutes, médiateurs, professeurs d’université ainsi qu’un politicien ayant participé au processus législatif.

Editorial par Stephan Auerbach (Services transnationaux – SSI), 4 novembre 2015, posté sur le site de l’Institut international des Droits de l’Enfant (IDE) le 05.11.15

C’est argument intéresse particulièrement la Fondation Sarah Oberson, Voir Séparation des parents et disparition des enfants.

Depuis le 1er juillet 2014, l’autorité parentale conjointe (APC) est devenue la règle en Suisse. Des parents célibataires, mariés, séparés ou divorcés détiennent désormais en général conjointement la responsabilité envers leurs enfants. Saluée par une grande partie de l’opinion, l’APC est présentée notamment comme une grande avancée pour les droits des pères et des enfants.

Lors d’un colloque qui se tiendra le 20 novembre à Genève, l’IDE et la Fondation suisse du Service social international (SSI) souhaitent regarder d’un peu plus près quel bilan on peut en tirer pour l’instant du point de vue des droits de l’enfant, en réunissant les responsables romands de la protection de l’enfance, des psychologues, juges, thérapeutes, médiateurs, professeurs d’université ainsi qu’un politicien ayant participé au processus législatif.

Car de nombreuses questions épineuses se posent. Pour une grande partie du public, et parfois aussi des professionnels, les prérogatives de l’APC ne sont pas si claires. Parfois confondue avec la garde alternée ou partagée, elle est encore trop souvent perçue comme une arme à utiliser contre l’autre parent.

Le 27 août 2015, le Tribunal fédéral (TF) a pris une décision de principe sur les critères d’attribution et de retrait de l’APC (ATF 5A_923/2014). Saluée par les uns comme plaçant l’enfant au centre des préoccupations, cette décision est décriée par d’autres comme un malheureux retour en arrière. En effet, le TF précise qu’une APC est incompatible avec un conflit parental élevé persistant dans le temps. Il estime que dans un tel cas, et pour protéger l’enfant, il vaut mieux attribuer l’autorité parentale à un seul parent.

Une autre question actuellement en discussion est celle de la garde alternée : devrait-elle être encouragée par la loi comme le demande le postulat Vogler du 23 janvier 2015 ? Si oui, quels critères appliquer pour s’assurer que l’intérêt et les besoins de l’enfant priment sur ceux de ses parents ? A partir de quel âge et dans quelles situations familiales une garde alternée peut-elle être une solution favorable pour l’enfant, et quand est-elle problématique, voir néfaste pour lui ? Quelles expériences d’autres pays ont-ils fait (notamment la France et la Belgique) ? Un juge devrait-il «imposer» une garde alternée à un couple parental en conflit, ou devra-t-il tenir compte du «véto» d’un des parents  ?

Enfin, la nouvelle APC a également des implications importantes pour les couples binationaux et tous ceux (même suisso-suisses) qui prévoient un départ à l’étranger après une séparation. Depuis le 1er juillet 2014, le déménagement en Suisse (dans certains cas) et à l’étranger est sujet à autorisation des deux parents (nouvel art. 301a Code Civil), sous peine de se voir accusé d’enlèvement parental d’enfant. Comment arriver à cet accord en pratique, si le temps presse ? Quel rôle pour les juges, les médiateurs ? Quels critères utilisent les juges pour trancher ? L’équipe du département des Services transnationaux du SSI apportera des témoignages de situations où l’élément transnational aurait nécessité une prise en considération plus attentive pour préserver l’intérêt des enfants et sauvegarder les liens avec les deux parents.

Programme et informations sur le colloque du 20 novembre.

Photo : Petr Dosek, 2013, flickr/creative commons

Votre enfant n’est pas rentré?

4 novembre 2014

media: comm-media-nov-2014/flyer_web.jpgLa Fondation Sarah Oberson, active depuis de nombreuses années sur le front de la protection de l’enfance, lance aujourd’hui une vaste campagne d’information dans les écoles du Valais romand.

Objectif: prévenir l’enlèvement d’enfants, permettre un déclenchement rapide de l’alerte enlèvement en cas de besoin, mais aussi et surtout rassurer les parents.

Dès demain, 45’000 flyers édités par la Fondation Sarah Oberson seront envoyés dans les crèches, écoles enfantines, primaires, cycles d’orientation et institutions spécialisées du Valais romand. Le document, doté d’une face destinée aux parents et aux enseignants (Votre enfant n’est pas rentré?), et d’une autre à l’intention des enfants (Conseils aux enfants), a été réalisé en collaboration avec le Département de la formation et de la sécurité (dont la Police cantonale, le Service de l’enseignement et le Service de la jeunesse), le Service de la santé publique et le Ministère public du canton du Valais.

La rumeur de «la camionnette blanche»

media: comm-media-nov-2014/FondOberson-groupe.pngA l’origine de la démarche de la Fondation, un constat. «Vous n’imaginez pas le nombre de fois où nous entendons des mamans dire qu’elles ont vu une camionnette blanche, qu’un enfant aurait été enlevé la semaine dernière devant l’école, qu’elles n’osent plus laisser leur enfant rentrer seul, etc.», explique Clara Balestra, coordinatrice scientifique et administrative de la Fondation Oberson. «On peut donc dire que notre démarche est partie de l’envie de rassurer les parents.»

Rassurer d’abord, parce que les statistiques parlent d’elles-mêmes. La police valaisanne enregistre chaque année, en moyenne, entre 3 et 4 disparitions d’enfants – tous généralement retrouvés chez des amis ou des proches – et 2 à 3 signalements d’enlèvement et/ou de séquestration. A ce jour, 7 enfants (de 0 à 18 ans) sont enregistrés comme «personnes disparues» dans le répertoire de la police. Pour 6 d’entre eux, l’hypothèse d’une fugue, d’un accident ou d’un suicide est privilégiée. La disparition de Sarah Oberson, le 28 septembre 1985, est la seule pour laquelle la piste d’un enlèvement par un tiers est envisagée. Autre statistique significative, donnée par la police vaudoise cette fois: 88% des disparitions d’enfants sont le fait de l’un de leurs parents. Une réalité que la Fondation Oberson connaît et qu’elle traite d’ailleurs régulièrement lors de sa soirée annuelle, comme ce sera le cas le 12 novembre prochain. (Lire encadré)

Effectuer les premières vérifications 
et faciliter le déclenchement de l’alerte enlèvement

media: comm-media-nov-2014/FondOberson-seule.pngRassurer, donc, mais aussi informer. Car la Fondation, née de la disparition de la petite Sarah, 5 ans, à Saxon, le sait bien: le drame se produit parfois. Et chaque fois, c’est une fois de trop. «La Fondation a donc beaucoup milité pour la mise sur pied d’une alerte enlèvement nationale en Suisse, explique Jean Zermatten, président du Conseil de fondation. Reste que celle-ci, instaurée en 2010, n’a encore jamais été déclenchée.» Ainsi, la Fondation Oberson rappelle dans son flyer les premières vérifications à entreprendre avant de contacter la police: téléphoner à l’école, à la famille, aux amis, et aux voisins. Un travail précieux qui, réalisé par ceux qui connaissent le mieux l’enfant, permettra de confirmer – ou non – le soupçon de disparition et/ou d’enlèvement. Et donc de déclencher – ou non – rapidement l’alerte enlèvement. Car l’expérience le montre, le temps joue contre les victimes. Il s’agit dès lors d’en gagner.

Instaurer le dialogue en classe, à la maison

Enfin, le document s’adresse également aux enfants, et leur dispense quelques conseils pour bien réagir en cas de danger, ou mieux encore, l’éviter: ne pas se déplacer seul, prendre toujours le même chemin pour se rendre dans les endroits où il va souvent (école, foot, amis, etc.), ou encore hurler et se débattre en cas d’agression.

«Plus de 200 structures vont recevoir cette semaine un paquet de flyers, accompagné d’un courrier leur demandant de distribuer ceux-ci en classe, explique Guillaume Grand, vice-président du Conseil de fondation de la Fondation Sarah Oberson. Nous souhaitons faire remonter l’information aux parents par la voie des enfants, et créer ainsi le dialogue autour de cette thématique, à la fois en classe et à la maison. Nous espérons que les directeurs et enseignants joueront le jeu, et que notre message pourra être relayé.»

Les enseignants qui n’auraient pas reçu le document peuvent l’obtenir auprès de info@sarahoberson.org. A noter que la campagne se déploiera dans le Haut-Valais au printemps 2015.

Vers l’autorité parentale conjointe et une règle claire sur le déménagement d’un enfant à l’étranger

24 septembre 2012

Le 25 septembre, le Conseil national débattra de l’introduction de l’autorité parentale conjointe comme nouveau principe de co-parentalité après une séparation ou un divorce, de même que pour les couples non-mariés. Conscient que chacun porte ses expériences personnelles et professionnelles dans ce débat hautement émotionnel, le SSI espère fortement que le débat au Conseil national portera avant tout sur le droit des enfants d’entretenir une relation significative avec ses deux parents après une séparation, plutôt que sur les droits et libertés des adultes.

Par Stephan Auerbach, Responsable du Secteur socio-juridique, Fondation suisse du Service Social International (SSI)

Le 25 septembre, le Conseil national débattra de l’introduction de l’autorité parentale conjointe comme nouveau principe de co-parentalité après une séparation ou un divorce, de même que pour les couples non-mariés. Cette révision du code civil (CC) portera en outre sur une nouvelle exigence lorsque l’un des parents veut partir avec l’enfant à l’étranger ou à l’autre bout de la Suisse : le choix de la résidence appartiendra aux parents co-titulaires de l’autorité parentale conjointe et non uniquement au parent gardien comme c’est le cas aujourd’hui (art. 301a Projet-CC). Une partie des parlementaires, soutenue par le Service Social International (SSI), propose en plus d’introduire la possibilité d’une médiation ordonnée par le juge en cas de désaccord entre les parents (art. 301a al. 3 P-CC).

Les débats sont actuellement vifs entre les parlementaires et dans les médias sur la question de savoir si le nouveau principe de l’autorité parentale conjointe ouvre une nouvelle brèche pour des conflits supplémentaires entre ex-conjoints, ou si au contraire cette injonction à la coparentalité est nécessaire pour garantir à l’enfant le plus possible une relation significative avec ses deux parents, indépendamment de leur relation de couple.

Le SSI soutient clairement l’autorité parentale conjointe comme règle générale, estimant qu’elle reflète non seulement un droit de l’enfant à une présence forte de ses deux parents, mais aussi qu’une proportion importante de parents séparés ou divorcés font aujourd’hui preuve d’une très bonne coopération dans l’exercice de leurs responsabilités parentales conjointes. D’autres parents ont besoin d’un tel encouragement du législateur. D’autres encore sont dans un conflit d’une telle virulence que l’exercice de l’autorité parentale conjointe en est sérieusement compromis. Le projet de loi prévoit suffisamment de sauvegardes pour attribuer, dans ces cas extrêmes, l’autorité parentale à un seul des parents.

Le déménagement du parent et/ou de l’enfant à l’étranger ou à l’autre bout de la Suisse est également au centre du débat (art. 301a P-CC). Certains estiment qu’exiger l’accord de l’autre parent est une entrave à la liberté de circulation. D’autres veulent avant tout modifier la situation actuelle, confirmée par un arrêt du tribunal fédéral de 2010, où le parent détenteur de la garde de l’enfant (souvent la mère) a le droit de partir à l’autre bout du monde avec l’enfant sans demander l’accord de l’autre parent (souvent le père).

Là aussi, le SSI soutient clairement la proposition du Conseil fédéral d’exiger l’accord des deux parents. En effet, un déplacement géographique (de surcroît intercontinental) a une très grande influence sur la possibilité de l’enfant d’entretenir une relation significative avec le parent à dix, quinze ou vingt heures de route ou de vol. Il faut donc là aussi favoriser la coparentalité devant une telle décision. Pour prévenir cependant les abus et obstructions d’un côté ou de l’autre, le SSI préconise un mécanisme clair, rapide et efficace de régulation d’un éventuel conflit sur ce point, en introduisant la possibilité de la médiation ordonnée par le juge, à l’instar des médiations qui se font dans le cas des enlèvements d’enfants (art. 4 et 8 de la Loi fédérale sur les enlèvements d’enfants – LF-EEA).

Le SSI, conscient que chacun porte ses expériences personnelles et professionnelles dans ce débat hautement émotionnel, espère fortement que le débat au Conseil national portera avant tout sur le droit des enfants d’entretenir une relation significative avec ses deux parents après une séparation, plutôt que sur les droits et libertés des adultes. Le SSI a interpellé l’ensemble des parlementaires pour expliquer sa position et proposer une légère modification de l’article sur le déménagement et un article spécifique sur la médiation (hyperlink).

La complète prise de position du SSI : Argumentaire

Réforme de l’autorité parentale, Mouvement de la condition paternelle Valais, 23.09.12

Révision de la loi sur l’autorité parentale conjointe, La FSFM maintient sa position : La protection de l’enfant d’une pauvreté extrême et de conflits durables est prioritaire, Fédération Suisse des Familles Monoparentales (FSFM), 26.06.12

Le National soutient l’autorité parentale conjointe, Tribune de Genève, 25.09.12

Enlèvements parentaux et intérêt supérieur de l’enfant, une question d’interprétation ?

10 septembre 2012

Enlèvements parentaux : des parents désespérés par le manque d’issues légales, peuvent être amenés à mettre en péril la sécurité de l’enfant en l’enlevant ou pire en demandant de l’aide à des organisations illicites. La balance entre le risque d’enlèvement et les dommages potentiels que l’enfant encourt lorsqu’il ne peut pas maintenir des relations suivies avec l’un des deux parents, serait évaluée différemment de pays à pays et de tribunal à tribunal.

Le 12 juillet 2012, Olivier Karrer a été arrêté à Strasbourg sur la base deux mandats d’arrêts délivrés respectivement par l’Italie et l’Allemagne. Il a été appréhendé avec deux complices présumés avec qui il aurait supervisé et exécuté une dizaine d’enlèvements d’enfants. La France a accepté son extradition vers l’Italie et l’Allemagne 7 jours plus tard.

Il faut insister sur le fait que « lors de l’enlèvement d’un enfant, l’enfant sert d’objet ainsi que d’arme dans la lutte entre les parents. Cette agression psychologique brutale détruit la confiance de l’enfant dans le monde qui l’entoure. (…) L’inquiétude autour de ces enfants a engendré des expressions telles que “l’Aliénation Parentale”, qui évoquent les effets potentiellement négatifs sur les enfants victimes. Quelque soit la terminologie, l’avis général est que les enfants font les frais de tels enlèvements comme victimes. »

Ainsi, les actes dont M. Karrer et ses complices présumés sont accusés, sont inacceptables.

Ce français n’a vu son fils, alors âgé de 4 ans, que quelques rares fois depuis 1999, date à laquelle il s’est séparé de sa femme allemande. Il accuse le système allemand de favoriser les parents germains de couples binationaux qui se séparent sur son territoire.

A l’instar de M. Karrer, plusieurs couples binationaux semblent être concernés par cette problématique. « Depuis 2006, le Parlement européen a été saisi de plus de 120 pétitions dénonçant les procédures allemandes en matière de divorce et de garde d’enfants, notamment lorsqu’elles impliquent un parent étranger (…). Les pétitionnaires dénoncent le fait qu’en cas de divorce d’avec un conjoint allemand, le droit de garde soit presque systématiquement donné à ce dernier et que, sous le motif d’une crainte d’enlèvement, les autorités allemandes restreignent voire interdisent l’accès du parent étranger à ses enfants. »

Selon « Jean-Patrick Revel, un avocat français spécialiste en droit de la famille exerçant à Berlin, (…) pour un tribunal allemand, il faut laisser l’enfant là où il a été socialisé. (…) Et il est impossible de lui faire quitter l’Allemagne, même pour des vacances, si le tribunal estime qu’il y a risque d’enlèvement.» La justice française, au contraire, pense que « l’enfant a droit à ses deux parents. En cas de conflit, on s’arrange pour ne jamais rompre le lien avec l’un des parents et, dans le pire des cas, on organise des visites sous surveillance. »

Au niveau international, la Convention des Nations Unis relative aux droits de l’enfant (CDE) demande aux Etats Parties, dans ce cas aux autorités judiciaires, de respecter « le droit de l’enfant séparé de ses deux parents ou de l’un d’eux d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant » (art. 9. al.3). Autant l’Allemagne (1) que la France, s’accordent à dire que le maintien d’une relation suivie avec les deux parents est dans l’intérêt de l’enfant. Elles s’entendent aussi sur l’effet néfaste d’un enlèvement parental sur le bien-être de l’enfant et son développement. Cependant, la balance entre le risque d’enlèvement et les dommages potentiels que l’enfant encourt lorsqu’il ne peut pas maintenir des relations suivies avec l’un des deux parents, serait évaluée différemment de pays à pays et de tribunal à tribunal (2).

Selon les sources consultées, il y aurait ainsi une différence dans l’interprétation de l’intérêt supérieur de l’enfant (art. 3 CDE), entre la justice allemande et française, lors de la séparation de couples binationaux. Cette différence n’est pas unique. Le sens donné au bien-être de l’enfant diffère selon les domaines, les pays, les époques et les cultures. Pour palier à ce problème, la CDE ne donne à aucun de ses articles la priorité. Ainsi faisant, elle pose le cadre dans lequel ce principe doit être jugé. L’intérêt supérieur doit ainsi tenir compte de tous les droits de la CDE – ex. les art. 9 (Séparation d’avec les parents), 10 (Réunification de la famille), 5 (évolution de ses capacités), 11 (déplacement et non-retours illicites), 18 (Responsabilité des parents), 19 (Protection contre les mauvais traitements), etc.

Il ne nous appartient pas de décider qui a raison dans ce cas précis. Une mise en garde est cependant nécessaire, car l’interruption des liens parentaux, outre les conséquences négatives directes sur l’enfant et son développement, peut amener des parents désespérés par le manque d’issues légales, à mettre en péril la sécurité de l’enfant en l’enlevant ou pire en demandant de l’aide à des organisations illicites.

Clara Balestra, 04.09.12

Pour information :
En Suisse, (actuellement l’autorité parentale n’est toujours pas conjointe), comme l’autorité parentale, dans un divorce, est attribuée à un seul parent (sauf si les 2 parents demandent l’autorité parentale conjointe), ce dernier peut habiter où il veut et donc prendre son enfant, même si cela présente un risque pour son bien-être. Le fait qu’il s’agisse d’un couple binational importe peu. En effet, pour attribuer l’autorité parentale, le Tribunal Fédéral n’a jamais mis en garde les juges sur la sécurité d’un enfant face à un possible enlèvement. En pratique, il semble évident que le juge tient compte de cet élément et, dans l’intérêt de l’enfant, s’il considère y avoir un risque que l’enfant soit enlevé par son père, par exemple, il attribuera l’autorité parentale à l’épouse et, comme pour la justice française, organisera des visites surveillées. (M. Christophe JORIS, Juge de district, Tribunal de Martigny et St-Maurice)

(1) « En Allemagne depuis 1998, l’autorité parentale conjointe et la garde partagée sont la règle, mais les parents peuvent demander que l’autorité parentale et la garde soient attribués à l’un d’eux. Les tribunaux allemands compétents peuvent donc mettre fin sur demande à l’exercice de l’autorité parentale conjointe dans deux cas de figure : en cas de désaccord des parents, ou si l’intérêt de l’enfant le justifie. »
Jacques Varone 2006, Quel type de garde et de relations personnelles pour les très jeunes enfants ?, Travail de Diplôme en Protection de l’enfant, p. 26.

(2) « Suite aux réformes depuis 1998, la justice allemande a des lois très progressistes, il y a le principe du modèle de consensus parental obligeant toutes les professions de coopérer dans le sens de l’apaisement et de la résolution du conflit parental pour sauvegarder les relations de l’enfant avec les deux parents. Ce changement de paradigme n’a malheureusement pas encore fait son entrée dans toutes les têtes.
La notion du « Kindeswohl »  en Allemagne est la même que le bien-être de l’enfant en France. Néanmoins, l’administration allemande dans certains lieux est toujours attachée aux idées du passé : (…) Aujourd’hui, les juges sont obligés de contrôler le résultat de leur décision six mois après. » Entretien avec Ursula Kodjoe, psychothérapeute allemande.

Mobilisons-nous contre la disparition d’enfants

8 novembre 2011

La Fondation Sarah Oberson organise une soirée pour éviter que la séparation des parents ne provoque l’enlèvement d’enfants. A suivre demain à Saxon.

Article paru dans Le Nouvelliste le 8 novembre 2011 – CHRISTINE SAVIOZ

EVITER DES DRAMES

La dernière image de Sarah Oberson, avant son enlèvement. Elle avait 5 ans. DR Sarah Oberson aurait 31 ans aujourd’hui. Qu’est donc devenue la fillette disparue à Saxon en 1985? La question est sur toutes les lèvres depuis plus de vingt-cinq ans. Pendant toutes ces années, ses parents ont espéré la retrouver. Aujourd’hui, ils espèrent toujours, envers et contre tout. Même si, pour l’instant, les recherches n’ont pas abouti. “Le dossier ne sera pas fermé tant qu’on n’aura pas retrouvé Sarah”, affirme Bernard Comby, président de la Fondation Sarah Oberson.

Un drame marquant

Le Saxonin s’est beaucoup investi pour que la disparition de Sarah ne sombre pas dans l’oubli. Il était l’un des pionniers du mouvement de recherche de la fillette à la fin des années 80, puis de la Fondation au nom de Sarah Oberson. “Ce drame m’a beaucoup touché. Ma fille connaissait bien Sarah. Sa disparition a plongé le village dans la stupeur. C’était la pire catastrophe qui pouvait arriver”, se souvient Bernard Comby.

Depuis lors, il n’a jamais baissé les bras. Pour soutenir la famille de Sarah, mais aussi pour faire de la prévention dans l’enlèvement d’enfants. Chaque année, la Fondation organise des journées Sarah Oberson. Cette année, décision a été prise de mettre sur pied une soirée sur le thème: “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes“. La soirée, sans inscription et gratuite, aura lieu demain à 19 heures au casino de Saxon (voir encadré). “Nous avons eu l’idée de ce thème suite à la disparition des jumelles Alessia et Livia. L’enlèvement d’enfant par l’un des parents est malheureusement de plus en plus fréquent et nous voulions tenter de donner quelques solutions avant qu’il ne soit trop tard”, note Bernard Comby.

Ainsi la Fondation s’investit-elle à fond dans la mise sur pied des numéros d’alerte enlèvement, dont le 116 000, (numéro européen) – également l’un des buts de la Fondation Missing Children Switzerland fondée par la maman des jumelles, Irina Lucidi. “Le 116 000 n’est pas encore en vigueur en Suisse, alors qu’il l’est dans de nombreux pays européens, dont la France, l’Italie et l’Allemagne”, souligne Bernard Comby. Or les chiffres le prouvent: cette ligne d’urgence gratuite est plus que nécessaire en Suisse. L’an dernier, 102 parents ont enlevé leurs enfants dans le pays. “La grande majorité de ces enlèvements se sont faits hors frontières helvétiques, lorsque le parent a emmené l’enfant dans son pays d’origine”, explique Bernard Comby. Sans oublier les fugues d’enfants. “Nous pouvons compter entre 1000 et 1100 enfants disparus en Suisse chaque année.”

Si la Fondation Sarah Oberson est active dans la promotion du 116 000, elle ne peut cependant pas financer une telle entreprise. “C’est une affaire à un million et nous n’en avons pas les moyens. C’est à la Confédération de prendre en main ce projet”, explique Bernard Comby.

Car le phénomène n’est pas près de s’atténuer. Les disparitions d’enfants font la une des journaux régulièrement. La semaine dernière encore, Océane, 8 ans, a été retrouvée morte après avoir été enlevée en plein cœur de Bellegarde, un village français de 6000 habitants. “S’il n’est pas bon de tomber dans la psychose, il faut quand même redoubler de prudence”, note Bernard Comby.

Une fois le drame arrivé, difficile ensuite pour les parents de faire le deuil. Surtout lorsque l’enfant n’a pas été retrouvé. “Comment vivre après une disparition? Je crois que l’on survit. En plus, pour les parents Oberson par exemple, chaque fois que l’on reparle de l’enlèvement de Sarah, tout remonte à la surface. C’est pénible à vivre pour eux.” Des parents qui ont pourtant décidé de ne jamais baisser les bras et d’aider les autres personnes vivant un tel drame. “A travers la Fondation, ils essaient de supporter l’insupportable. C’est aussi une façon de maintenir leur enfant vivante.”

C’était le 28 septembre 1985…

Le 28 septembre 1985, à 17 h 30, Sarah Oberson, 5 ans, quitte son domicile de Saxon pour se rendre chez sa grand-maman quelques mètres plus loin. Elle n’y est jamais arrivée.

A 18 h 30, ses parents, aidés d’une dizaine d’autres personnes, commencent à la chercher dans le village. Le vélo de Sarah est retrouvé au bas de l’escalier accédant à la salle de gymnastique. Deux personnes diront plus tard avoir aperçu la fillette dans la cour d’école, à 50 mètres du domicile familial.

A 21 h 20, le papa de Sarah avertit la police cantonale. Un avis de disparition est alors diffusé partout. Les recherches seront intensives pendant des semaines. Sans succès.

De fausse piste en fausse piste

Vingt-six ans ont passé. Mais le dossier n’est pas fermé. Chaque année, des informations parviennent à la police cantonale. Informations contrôlées, vérifiées. Certains affirment avoir aperçu une petite fille ressemblant à Sarah – comme cette dame disant l’avoir vue à Vienne; d’autres prétendent savoir l’endroit où se trouve la fillette devenue une jeune femme, grâce à des pendules. Toutes les pistes ont été étudiées. Malheureusement, les fausses pistes se sont succédé. A chaque fois, l’espoir des parents a été déçu. Un portrait robot de Sarah, vieillie de quelques années, a même été réalisé par le FBI plusieurs années après sa disparition. Cela n’a pas suffi. Sarah Oberson reste introuvable. Est-elle seulement toujours vivante?

L’espoir demeure

“Nous ne voulons pas perdre espoir. Peut-être qu’il existe encore des personnes qui ont vu quelque chose et n’ont rien dit. Nous sommes prêts à les entendre”, souligne Bernard Comby, conscient que la disparition date de plus de vingt-six ans. “Certaines personnes sont peut-être décédées avec quelque chose qu’elles savaient. Elles sont peut-être mortes en emportant ce secret.”

En attendant, l’élan de solidarité qu’a soulevé cette disparition n’a jamais failli depuis 1985. Des centaines de personnes ont aidé la famille et ont été sensibilisées par ce drame qui peut arriver à tout parent. Une manière aussi de ne jamais oublier Sarah Oberson.

Entre 1984 et 1986, quatre autres enfants ont disparu en Suisse, dont on est toujours sans nouvelles aujourd’hui.

“La médiation est la meilleure solution”

“Nous avons en moyenne 70 à 80 dossiers par année de parents ayant enlevé leurs enfants”, souligne Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI) à Genève – il sera d’ailleurs l’un des intervenants de la soirée Sarah Oberson demain soir à Saxon. Parmi les dossiers traités par ce service, il existe des cas valaisans. “Oui, nous en avons, bien sûr. Ce sont surtout des parents binationaux. L’un des deux parents ayant décidé de retourner dans son pays d’origine avec l’enfant.” Dans ces situations particulières, le SSI tente alors de nouer le contact avec le parent qui a disparu. “En général, nous savons où il est parti.” Place ensuite à la médiation. L’essentiel étant de pouvoir instaurer un dialogue entre le père et la mère. “La solution ne peut être trouvée que si les parents acceptent de se parler. La médiation est la meilleure solution”, ajoute Rolf Widmer.

Dans 80% des cas, le dialogue peut être rétabli. “Nous avons par exemple eu récemment la situation d’une maman partie en Australie. Le papa a alors pu dialoguer à nouveau avec ses enfants, en leur parlant par webcam dans nos bureaux. Il venait chaque jour pour voir ses enfants.”

Sécurité de l’enfant primordiale

Le plus important reste la sécurité de l’enfant. “Nous faisons tout notre possible pour en savoir plus sur son état et pour le protéger ensuite”, ajoute Rolf Widmer. Toutes les décisions sont prises dans l’intérêt de l’enfant. “De nombreux parents enlèvent leurs enfants par peur de ne plus avoir de droit de visite. Il s’agit alors de discuter pour voir comment les choses peuvent s’arranger au mieux.” Le Service social international dispose d’un réseau mondial comptant 140 pays, un atout non négligeable pour retrouver un père ou une mère ayant disparu.

Parfois, une maman peut faire appel au SSI par prévention. “Elle craint par exemple que son ex-mari n’emmène ses enfants dans son pays d’origine. On tente alors d’instaurer le dialogue avec le papa pour donner des sécurités, pour rassurer la maman. Cela représente la moitié de nos dossiers”, précise encore Rolf Widmer.

Si le Service social international a identifié le lieu où s’est réfugié un parent, la police n’intervient pas. “Sauf si un tribunal l’exige”, note Rolf Widmer. Pour toutes les autres disparitions, les policiers interviennent immédiatement. D’où l’importance de la mise en service du numéro 116 000 en Suisse. “C’est au moins un endroit où les parents pourront s’adresser. Mais cela ne marchera que si les personnes répondantes sont bien formées”, conclut le directeur du Service social international.

Commentaire : Christine Savioz

Je m’en souviens comme si c’était hier. Je me rappelle de cette image diffusée sur le petit écran, placardée partout dans le canton, de cette bouille joviale brutalement arrachée aux siens.

Je me souviens de l’incompréhension aussi. Comment une fillette de 5 ans pouvait-elle ainsi être enlevée dans un village où tout le monde se connaît? L’acte paraissait inimaginable pour les Valaisans. Subitement, tous les parents du canton ont redoublé de vigilance. Ils ont prévenu, encore et encore, leurs enfants de ne pas suivre des inconnus. Je me souviens des consignes parentales me demandant de faire attention aux “individus paraissant bizarres”. Tout le monde semblait soudain suspect aux yeux de l’adolescente que j’étais. L’ambiance était à la méfiance partout, dans et hors de la cour d’école. L’affaire a soulevé des vagues d’émotions et de solidarité en Valais, en Suisse et dans toute l’Europe. Les témoignages se sont accumulés. Il y a eu les espoirs. Puis, les déceptions. Car, malgré des recherches intensives, des appels répétés à la population d’ici et d’ailleurs, rien n’y a fait.

Sarah est toujours introuvable. Le mystère reste complet. Et la douleur des parents ne peut pas s’amenuiser.

Comment ne pas se révolter devant un tel drame? Comment vivre après la disparition de son enfant?

Les parents de Sarah Oberson ont sans doute tenu bon pour leurs autres enfants. Ils ont peut-être puisé la force de survivre dans leur envie d’aider les parents vivant le même drame. Dans leur investissement pour contribuer au développement des alertes enlèvement, aussi. En s’investissant pour les autres, ils ont réussi à traverser les années et à avancer malgré tout. Même si le chagrin ne passera jamais. Comme l’espoir de retrouver un jour leur adorable Sarah. Je me souviens d’une photographie en noir-blanc. La fillette souriait à pleines dents, devant un arbre en fleurs. Elle semblait heureuse.

Ce 28 septembre-là, il a subitement fait très froid.

Au Programme

 

La soirée Sarah Oberson aura lieu ce mercredi 9 novembre à 19 heures au casino de Saxon, sur le thème “Séparation des parents, disparition des enfants: quelques pistes”. Les intervenants tenteront de trouver des solutions pour éviter que la séparation des parents ne finisse en drame pour les enfants. L’entrée est gratuite.

19 heures. Les enlèvements parentaux: l’enfant otage, par Rolf Widmer, directeur du Service social international (SSI).

19 h 20. “Enfants et séparations: quel rôle pour la médiation familiale”, par Christine Debons, médiatrice indépendante.

19 h 35. “L’autorité parentale conjointe: pratique des tribunaux” par Christophe Joris, juge de district, Tribunal de Martigny et Saint-Maurice.

19 h 50. “Le curateur de l’enfant: un nouveau venu sur la scène judiciaire” par Patricia Michellod, avocate et curatrice dans le canton de Genève.

20 h 05. Table Ronde dirigée par Fabrice Germanier, membre du Conseil de la Fondation Sarah Oberson, avec Christian Varone, commandant de la police cantonale valaisanne, Yves Toutounghi, directeur général de la Fondation Missing Children Switzerland, Doris Agazzi, coordinatrice romande de la Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM) et Frédéric Métrailler, membre du Mouvement de la Condition Paternelle Valais.

21 heures. Clôture

21 h 05. Apéritif offert par la commune de Saxon.

Renseignements complémentaires sur www.sarahoberson.org.

A noter que toute personne peut soutenir les activités de la Fondation en devenant marraine ou parrain par le versement d’un montant de 20 francs.