Qu’est-ce que la famille ?

28 juin 2016

La famille n’est donc pas une question de biologie ni de tradition. La famille est l’institution qui permet à l’enfant de grandir en harmonie. Pour que ce soit possible, selon Mme Prieur, les 5 éléments susmentionnés sont déterminants.

Extraits de la présentation de Mme Nicole Prieur, psychologue et philosophe, au Colloque Les Nouvelles formes de parentalité : le temps du partage… et l’enfant ? , 19.05.16.

Dans les dernières décennies, la famille a vécu une véritable révolution anthropologique : d’une part, le socle sexuel n’est plus nécessaire pour enfanter ; d’autre part, le sexe n’engendre plus le genre: les pères assument des fonctions traditionnellement maternelles et vice-versa.

C’est ainsi que des questions fondamentales surgissent: qu’est-ce qui constitue l’essence de la famille ? Selon Prieur, les 5 éléments suivants sont cruciaux pour l’épanouissement de l’enfant:

  1. Le lien éthique se construit autour du don, de la dette et de la loyauté qui structurent le lien entre les générations. Cette dette que les enfants ont envers les parents n’a jamais été contractée et il est impossible de la solder. Lorsque l’on accepte cet état de fait, on peut commencer à donner aux générations futures.
  2. Le lien moral : être parent signifie aussi solder les comptes par rapport à ses propres parents, c’est-à-dire ne plus attendre des parents ce qu’on n’a pas reçu et qu’on pense être en droit de recevoir. Ceci permet de ne pas avoir à demander aux enfants ce qu’on n’a pas reçu de nos parents.
  3. Le lien de filiation est un processus d’affiliation. L’enfant doit pouvoir parler de ses origines. Il vient d’une longue histoire familiale, où l’élément biologique n’est qu’une composante. Ceci lui permet de s’engager vers l’avenir. L’origine est un point situé dans l’avenir, une relation à l’origine qui ne cesse de se transformer.
  4. Le lien qui construit le sentiment d’appartenance : structurer le sentiment d’appartenance signifie partager notre vision du monde (culture). Il est important de philosopher avec l’enfant : qu’est-ce qui est juste/injuste, mal/bien ? Si on comprend notre système de pensée et de croyances, on peut mieux s’ouvrir à celui de l’autre.
  5. Le lien anthropologique : structure autour de la reconnaissance de l’autre. Ne pas être reconnu est une souffrance, cette reconnaissance se fait en 5 étapes qui peuvent se superposer et ne sont pas linéaires :
    1. être reconnu : l’autre atteste que je suis parce que je suis le fruit de ses rêves (enfant-parent) ;
    2. reconnaître l’autre : ex. l’adolescent dit souvent ce qu’il perçoit de l’autre ;
    3. se reconnaître mutuellement (entre conjoints) ;
    4. se reconnaître soi-même (âge adulte). Se reconnaître comme acteur de ses actes et de ses paroles ;
    5. à partir des autres étapes, je commence à reconnaître ce que j’ai reçu, à être reconnaissant, ceci permet d’être dans une situation plus légère par rapport aux dettes qu’on ressent envers les générations antérieures. On peut ainsi amener notre enfant dans son devenir.

La famille n’est donc pas une question de biologie ni de tradition. La famille est l’institution qui permet à l’enfant de grandir en harmonie. Pour que ce soit possible, selon Mme Prieur, les 5 éléments susmentionnés sont déterminants.

Clara Balestra, 28.06.16

Photo : vasse nicolas,antoine, flickr/creative commons

Solidarité avec la famille à la suite de la disparition de Emilie Fortuzi

22 janvier 2014

Il y a trois mois déjà, Emilie Fortuzi, 15 ans, disparaissait de l’institution “Les Buissonnets” de Fribourg où elle était placée ; les circonstances de sa disparition, le 12 novembre 2013, restent, pour l’heure encore inconnues.

Nous sommes tous meurtris par cette tragédie. Nous partageons l’angoisse et la douleur de sa famille.

Nous avons une pensée émue à l’égard de ses parents et de toutes les familles frappées par la douleur de ce drame. De tout cœur, nous souhaitons que toutes les démarches soient entreprises pour éclaircir les circonstances de cette disparition et formons tous nos voeux pour qu’Emilie soit retrouvée.

La Fondation Sarah Oberson remercie la Police fribourgeoise, ainsi que tous ce qui ont participé aux efforts déjà consentis pour retrouver Émilie Fortuzi. Elle exprime toute sa solidarité avec la famille d’Émilie.

« N’est-ce pas au plus profond de la nuit, qu’il faut croire à la lumière ? ».

Jean Zermatten
Président de la Fondation Sarah Oberson
Sion, le 21 janvier 2014.

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La Fondation Sarah Oberson adresse toutes ses condoléances à la famille d’Emilie Fortuzi, dont le corps a été retrouvé dans le lac de Schiffenen (FR) (06.02.2014).

http://www.lematin.ch/faits-divers/restait-petit-espoir-qu-emilie-vivante/story/14993418

De l’indignation à une éducation sexuelle obligatoire

3 avril 2012

Il est vrai qu’une éducation sexuelle de qualité et adaptée aux différents âges n’est qu’un élément de réponse à la victimisation des adolescents décrite par l’étude Optimus. Cependant, le droit international l’exige. Les jeunes la réclament. Les spécialistes en reconnaissent l’importance. Néanmoins, pour qu’elle ait une incidence sur la réalité, elle doit atteindre tous les jeunes, notamment les moins soutenus au niveau familial. L’école obligatoire semble ainsi le meilleur instrument pour atteindre tous les jeunes de notre société.

En octobre 2011, une pétition contre la sexualisation de l’école obligatoire, lancée par les partis de droite, est déposée auprès de la Conférence des Directeurs de l’Instruction Publique (CDIP). Elle répond à l’indignation suscitée entre autres par l’introduction de pénis en bois et en peluche et des vagins à manipuler dans les mallettes didactiques des éducateurs sexuels des écoles primaires du Canton de Bâle (10 ans) révélé par le Sonntagsblick en mai 2011. Elle contient 5 revendications, dont le fait de rendre les cours d’éducation sexuelle facultatifs. Selon les initiants, l’éducation à la sexualité doit demeurer exclusivement de la responsabilité des parents. ((1) Réponse de la CDIP)

Cette pétition a ré-ouvert le débat qui oppose l’ingérence de l’Etat à la protection de la sphère privée.

D’un point de vue légal , «les droits sexuels des enfants englobent plusieurs droits garantis par la Convention des droits de l’enfant (CDE). Tout d’abord au regard du droit à la santé (art. 24 CDE), les enfants ont le droit de jouir du meilleur état de santé possible et pour garantir ce droit les Etats doivent notamment s’efforcer d’assurer de développer les soins de santé préventifs, les conseils aux parents et l’éducation et les services en matière de planification familiale. Les enfants bénéficient également du droit à l’accès à la liberté d’expression et d’information (art. 13 et 17 Le 10 décembre CDE) qui garanti le droit de recevoir des informations et des idées de toute espèce. Enfin, la CDE garanti le droit à une éducation (art. 28 CDE) qui favorisera l’épanouissement de leur personnalité (art. 29 CDE). » (Réseau suisse des droits de l’enfant, )

Aussi, dans le rapport global sur la sexualité publié par Durex en novembre 2010, la majorité des 1’200 adolescents suisses interviewés demandent une éducation sexuelle plus conséquente et de meilleure qualité. Comme l’exige l’article 12 de la CDE, les enfants peuvent donner leur opinion sur les arguments qui les concernent et cette opinion doit être prise en compte dans la prise de décision.

La publication de l’étude Optimus, le 7 mars 2012, amène un élément de taille à ce débat. Elle dévoile un tableau inquiétant sur la victimisation des adolescents : alors que les abus sexuels sur les petits enfants restent un fait des adultes avec autorités, les adolescents sont surtout victimes de leurs paires. «Une adolescente sur cinq a déjà été victime au moins une fois dans sa vie d’un abus sexuel avec contact physique, alors que ce taux atteint environ 8% chez les adolescents. » Les nouvelles technologies semblent jouer un rôle de plus en plus important. Près d’une fille sur trois et un garçon sur dix a fait l’expérience de la cybervictimisation. (Optimus, p. 96-98)

Selon l’étude, les facteurs de risques les plus déterminants sont la maison familiale (ton rude fréquent ou maltraitance) ; les cercles d’amis enclins à la violence ; la consommation régulière d’alcool et de drogues et l’accès fréquent à Internet.Ainsi, les enfants à risques sont ceux qui sont le moins encadrés par leur famille. Famille, à laquelle les pétitionnaires aimeraient laisser l’exclusivité de la responsabilité de l’éducation sexuelle de leurs enfants.

Il est vrai qu’une éducation sexuelle de qualité et adaptée aux différents âges n’est qu’un élément de réponse à la victimisation des adolescents décrite par l’étude Optimus. Cependant, le droit international l’exige. Les jeunes la réclament. Les spécialistes en reconnaissent l’importance – Mme Caranzano-Maitre rappelle dans l’étude qu’il existe un retard à combler en éducation sexuelle (Optimus, p. 35).

Néanmoins, pour qu’elle ait une incidence sur la réalité, elle doit atteindre tous les jeunes, notamment les moins soutenus au niveau familial. L’école obligatoire semble ainsi le meilleur instrument pour atteindre tous les jeunes de notre société. L’éducation sexuelle à l’école obligatoire semble ainsi faire partie intégrante de la protection de la jeunesse, mandat indiscuté de l’Etat de droit.

Clara Balestra, 03.04.2012

(1) La réponse de la CDIP à la pétition susmentionnée réfute la majorité des informations contenues dans l’énoncé de la revendication et réaffirme que  « la responsabilité première de l’éducation sexuelle est et restera celle des parents. Le rôle de l’école est de soutenir les parents dans cette tâche, dans le cadre de cours adaptés à l’âge des enfants et à leur degré scolaire. »

Lire aussi :
- Permis de prudence, L’1dex, 21.06.12
- 26 septembre Journée Mondiale de la Contraception : Les jeunes ont des questions sur la sexualité et le droit d’obtenir des réponses claires: Où les trouver?, na.pressportal.ch, 24.09.12


La famille – cellule élémentaire de la société

26 mars 2012

“Le professeur Teuscher précise  qu’au cours de l’histoire, la famille a souvent changé de visage – notamment pour des raisons de ressources. (…) Selon lui: «Jadis, les relations entre les générations n’étaient point plus intactes». (…) Selon Szydlik, il est manifeste que la solidarité entre les générations est active jusqu’à nos jours. Le scénario dominé par la perte des valeurs et l’intolérance ne reflète donc pas la réalité, même s’il est dépeint par de nombreux auteurs ainsi que par les médias.”

Par Anina Lauber et Maja Hornik, Forum für Universität und Gesellschaft de l’université de Berne

La famille – aucun autre terme du langage courant n’est interprété de manière aussi contrastée, ni vécu de façon aussi ambivalente. Selon l’arrière-plan religieux et culturel, la composition d’une famille se présente différemment; ses valeurs et rituels divergent. De nombreuses voix s’élèvent de nos jours pour dénoncer la dislocation des valeurs dans les familles modernes. D’autres déclarent leur soulagement quant au fait que les sévères conventions sociales n’aient plus cours. Certains autres encore voient toujours, en la famille, la cellule élémentaire de la société. Dans ses quatre précédentes manifestations placées sous le titre «Brüchiger Generationenkitt? Generationenbeziehungen im Umbau» (Le lien entre les générations est-il en train de s’effriter?), le Forum für Universität und Gesellschaft en était déjà parvenu à la conclusion que la solidarité entre les générations fonctionnait toujours dans plusieurs domaines essentiels de la société. Mais est-ce aussi le cas de la famille? Celle-ci n’est-elle pas exposée à des attentes trop poussées? A-t-elle vraiment changé au cours de la modernisation? Et quel est son avenir?

La famille – une construction historique?

A considérer les structures familiales sous l’angle historique – notamment en ce qui concerne leur impact social – on constate aussitôt: l’image de la famille, telle que nous supposons qu’elle a jadis existé, est trompeuse. Le professeur Simon Teuscher du séminaire d’histoire de l’université de Zurich rappelle que notre image de la famille historique est idéalisée et fondée sur une perception erronée. Par le passé, les relations familiales ont, à plusieurs reprises, connu des phases où leur impact social semblait s’essouffler. Au XIVe siècle en Italie, le «modèle matrimonial européen» était la règle: se marier tard et fonder seulement alors un ménage en dehors de sa famille d’origine n’est donc point une invention moderne. La durée moyenne des mariages était alors sensiblement la même qu’aujourd’hui: env. 8 à 12 ans. Explication: un taux élevé de mortalité. Conséquence: de nombreux ménages unipersonnels, des mariages multiples et des familles recomposées. La famille nucléaire n’est apparue qu’au XXe siècle et pour une courte période; elle a été favorisée par le développement du système sanitaire, la progression de l’espérance de vie et la rigidité des mœurs matrimoniaux.

Le professeur Teuscher précise dans son exposé qu’au cours de l’histoire, la famille a souvent changé de visage – notamment pour des raisons de ressources. En effet, le mariage et la succession ont joué des rôles essentiels dans le changement des structures familiales. Si au début du Moyen-Âge, le droit de succession était principalement égalitaire, à la fin de cette époque, et pour des raisons politiques, la succession était patrilinéaire. Le fils aîné était alors seul à hériter. Au XIXe siècle, le principe paritaire s’est généralisé et les gens se mariaient souvent entre familles car l’essentiel, c’était le capital qu’il importait de préserver au sein des familles.

Le professeur Teuscher met enfin le public en garde contre des analyses s’appuyant sur une représentation schématique de la famille. Selon lui: «Jadis, les relations entre les générations n’étaient point plus intactes».

La solidarité entre les générations – entre tradition et modernité

Un tableau actuel des générations est ensuite brossé par le professeur Marc Szydlik, responsable du projet Generationen in Europa à l’université de Zurich. Marc Szydlik expose notamment la relation entre les parents et leurs enfants adultes, soulignant l’influence qu’exercent sur cette relation les besoins des uns et des autres et les opportunités qui s’offrent à eux. De nos jours, les relations entre les générations balancent entre conflit et consensus – mais toujours sur une base solidaire. Les conflits sont plus accentués et plus fréquents au sein de la famille nucléaire, notamment parce que les contacts y sont plus étroits. Pour la qualité de la relation, la situation financière de la famille peut s’avérer un facteur négatif non négligeable. Ainsi, il ressort des études menées par le professeur Szydlik que les conflits entre les générations sont plus rares dans les Etats sociaux modernes. Toutefois, on y constate également des écarts considérables. Ainsi, la solidarité entre les générations y a des chances bien meilleures parmi les ressortissants du pays même que parmi les immigrés.

Pour le spécialiste, il est manifeste que la solidarité entre les générations est active jusqu’à nos jours. Le scénario dominé par la perte des valeurs et l’intolérance ne reflète donc pas la réalité, même s’il est dépeint par de nombreux auteurs ainsi que par les médias. Le professeur Szydlik souligne d’ailleurs que le conflit et la solidarité ne s’excluent pas, mais qu’ils peuvent coexister, sans risque pour la solidarité entre les générations.

Les rituels et traditions sont des éléments essentiels dans les familles; ils jouent un rôle primordial dans la solidarité intergénérationnelle. Selon les études menées par le professeur Christoph Morgenthaler, théologien à l’université de Berne, ils varient non seulement en fonction de la culture et de l’appartenance religieuse, mais aussi dans la micro-perspective. Ainsi, les pratiques rituelles ne sont pas vécues de la même manière par tous: les fêtes de Noël, les anniversaires, les rencontres familiales et même les week-ends ou les dîners en commun sont appréciés individuellement par l’enfant, le père et la mère, tant en ce qui concerne la fréquence, le déroulement que la valeur symbolique. Les mères ressentent généralement un besoin rituel plus prononcé que les autres membres de la famille.

Les rituels familiaux peuvent avoir une signification différente pour les uns et les autres: ils peuvent représenter un besoin, une contrainte ou une expérience harmonieuse. Toutefois, ce sont toujours des instruments indispensables pour générer des liens entre les membres de la famille. Ils sont à l’origine d’une interaction régulière, structurée et significative entre les générations et, dans des temps difficiles, ils peuvent avoir un effet stabilisateur. En outre et notamment pour les enfants, ils favorisent la constitution identitaire et l’acquisition de compétences culturelles. En revanche, les rituels peuvent représenter une contrainte de par leur caractère hautement obligatoire. Il n’est pas rare que la non-observation ou la transgression de ces règles, soient suivies de sanctions sociales. Enfin, les rituels contribuent à l’échange entre les générations, en ce qu’ils aident à «développer le tissu fragile des relations humaines entre une génération et la suivante.»

Cet article soumis par Felix Bühlmann sur le blog Intergenerations, le 24.01.2012

Comment vivre avec un enfant disparu ?

18 juillet 2011

Comment vivre avec un enfant disparu ? Pour mieux comprendre et mieux aider, on nécessite des connaissances scientifiques ultérieures sur les spécificités de la  situation vécue par les familles confrontées à la disparition de longue durée de leur enfant dans des circonstances inexpliquées. Les cas sont fort heureusement rares, ce qui rend la recherche scientifique difficile. La Fondation appelle tout de même le corps scientifique à se pencher sur cette question.

Plusieurs démarches ont été entreprises par la Fondation Sarah Oberson afin de rassembler du matériel scientifique concernant la situation de «deuil suspendu» vécu par les familles d’enfants disparus en circonstances inexpliquées, sans nouvelles depuis longtemps.

Des textes qui traitent du deuil des familles en cas de disparition existent, mais ils n’abordent souvent que des situations de violence – dites les disparitions forcées (Argentine, Balkans). Néanmoins, ces derniers peuvent aider à la compréhension des situations de disparitions inexpliquées par le point qui les rapproche, soit le manque d’informations sur l’absence de la personne aimée.

«Dans la pensée traditionnelle, les rites de deuil ont pour but d’apaiser l’âme du défunt et de la fixer dans le monde des morts afin qu’elle ne revienne pas hanter les survivants et leur porter préjudice» (Probst Favret, p. 109).
Par contre, lorsqu’un être cher disparaît «les familles restent en suspens, dans l’indétermination la plus complète. Si leurs proches ne donnent plus signe de vie, c’est sans doute qu’ils sont morts. Mais rien ne vient marquer la mort comme un événement : ni langage, ni images, ni rituel. (…) Les familles sont au seuil (limen en latin) de la mort, du veuvage, du deuil. Mais cette étape transitionnelle est, par le silence, perpétuellement maintenue» (Verstraten, p. 75-76).
«Dans ce deuil suspendu, comment dès lors parvenir à une élaboration mentale de la séparation ?» (Probst Favret, p. 108) «Peut-on parler véritablement de deuil, dans la mesure où à aucun moment la mort n’a été avérée, ni décrétée, point de départ d’un travail de deuil ?» (Probst Favret, p. 102)

Pour ce qui est des disparitions forcées, Verstraten et Probst Favret soulignent l’importance des pratiques collectives de ritualisation qui aident les familles à survivre à la perte et à l’inconnu. Les manifestations des Madres de la Plaza de Mayo permettaient, durant la dictature, de rendre réelles ces personnes qui se perdaient dans le silence du régime (Verstraten). Les commémorations collectives de Srebrenica permettent aux familles de marquer, par une cérémonie, le souvenir de leurs proches disparus, sans pour autant les enterrer (Probst Favret). Les nombreux monuments du souvenir érigés partout dans le monde témoignent eux-aussi de cette nécessité de concrétiser les absences.
Les pratiques collectives de ritualisation sous-entendent un moment historique donné, une situation vécue par la communauté, par la nation. La mort des disparus, par le contexte historique, peut être considérée, si pas certaine, comme probable.

Ainsi, Probst Favret décrit, dans son article, le processus d’apaisement d’une famille dont le père est disparu à Srebrenica. Cette famille a réussi à «passer par un processus de séparation et du deuil, mais un deuil particulier (qu’on nommera) «deuil centré sur l’absence» (…) Ce deuil particulier qui comporte de fortes présomptions de mort, a permis dans la thérapie, sans ambigüités, d’évoquer le disparu et d’inciter la famille à élaborer psychiquement et socialement cette absence, avec ses dimensions de perte et de présomptions de mort. Cette évocation a permis l’expression des affects et de l’attachement ainsi que la recherche de souvenirs qui initient l’intériorisation du lien, absent de la réalité»  (p. 109).

Il faut souligner que la reconnaissance de l’existence de ces disparus, leur commémoration et l’intériorisation de lien, tout en permettant d’avancer dans le processus de séparation, n’apporte pas une réponse définitive, car «l’absence (du corps génère) toujours un espoir de survie, parfois inavouable» (Probst Favret, p. 108).

Pour les enfants, ou les adultes, disparus dans des circonstances inexpliquées, les dimensions collective et historique n’ont pas lieu d’être. Aussi, le décès ne peut-il être considéré ni comme certain ni comme probable.

Ainsi, comment ritualiser l’attente sans «tuer» symboliquement la personne disparue ? Peu de réponses ont été trouvées pour l’instant dans la littérature scientifique.
Selon Bowers et Boss, sans informations susceptibles de clarifier la situation, la famille n’a pas d’autre choix que de vivre avec le paradoxe de l’absence-présence de l’être aimé. La seule chose qui peut faire penser à un parent que l’enfant est mort, c’est son choix personnel. Cependant, en faisant ce choix, le parent peut avoir l’impression d’éliminer lui-même son enfant. Comment éteindre ne serait-ce que la plus petite lueur d’espoir de le retrouver vivant ? Selon Boss, toutefois, ces familles peuvent, avec du support et de la résilience, apprendre à balancer la capacité de pleurer ce qui a été perdu en reconnaissant en même temps ce qui est possible (DeYoung, p. 359)

Comme le dit Boss, pour mieux comprendre et mieux aider, on nécessite des connaissances scientifiques ultérieures sur les spécificités de cette situation vécue par les familles confrontées à la disparition de longue durée de leur enfant dans des circonstances inexpliquées. Les cas sont fort heureusement rares, ce qui rend la recherche scientifique difficile. La Fondation appelle tout de même le corps scientifique à se pencher sur cette question.

Clara Balestra, 18.07.2011

Références
Boss, P. (1999). Ambiguous loss: Learning to live with unresolved grief. Cambridge, MA: Harvard University Press.

Bowers Duane T. (2007), A Child Is Missing : Providing Support for Families of Missing Children, National Center for Missing and Exploited Children, Alexandria, Virginia.

CICR (2003) «Les disparus: Action pour résoudre le problème des personnes portées disparues dans le cadre d’un conflit armé ou d’une situation de violence interne et pour venir en aide à leurs familles», Conférence internationale d’experts gouvernementaux et non-gouvernementaux Genève, 19 – 21 février 2003. http://www.icrc.org/fre/assets/files/other/irrc_849_disparus.pdf

Probst Favret Marie-Corinne (2009), «Enfants de père porté disparu: le deuil suspendu», in Betty Goguikian Ratcliff et Olivier Strasser (dir.), Clinique de l’exil. Chroniques d’une pratique engagée, Chêne-Bourg: Editions Georg, pp. 101-110.

Verstraeten Alice (2006), «La “ disparition forcée ” en Argentine. Occultation de la mort, empêchement du deuil, terreur, liminalité», Frontières, vol. 19, n° 1.

Young Robert, Buzzi Barbara (2003), Coping Strategies : the Differences among Parents of Murdered or abducted, Long-term Missing Children, Saint Thomas University, Miami, Florida, Omega, Vol. 47(4), p. 343-360.

Liens
Comité International de la Croix Rouge, Personnes disparues.

Genève : Colloque autour de la famille, la séparation et l’enfant

7 juin 2011

Qu’elle soit atomisée, dévalorisée, traditionnelle, séparée, recomposée, monoparentale, homoparentale ou interculturelle, la famille d’aujourd’hui est en constante évolution. Elle n’en conserve pas moins une incidence primordiale dans la transmission des valeurs, en ce sens qu’elle installe l’enfant comme un sujet, une personne dans une histoire familiale qui continue malgré tout.

Editorial de Mme Geneviève Levine, Institut international des Droits de l’Enfant

En deux siècles, l’enfant a acquis une place considérable tant dans la famille que dans la société. L’enfant qui par le passé n’était qu’un objet de droit, à qui l’on ne demandait pas de s’exprimer, est devenu une personnalité reconnue et un sujet de droit.

Qu’elle soit atomisée, dévalorisée, traditionnelle, séparée, recomposée, monoparentale, homoparentale ou interculturelle, la famille d’aujourd’hui est en constante évolution. Elle n’en conserve pas moins une incidence primordiale dans la transmission des valeurs, en ce sens qu’elle installe l’enfant comme un sujet, une personne dans une histoire familiale qui continue malgré tout.

L’Association Internationale Francophone des Intervenants auprès des familles séparées (AIFI) lors de son 5e Colloque de s’est penchée sur les questions relevant de la métamorphose de la place et de la parole de l’enfant au sein de la famille et de la société, ainsi que sur les conséquences pour l’enfant de la séparation de ses parents.

Dans les situations très conflictuelles, n’existe-il pas le risque de prendre mal en compte ce que dit l’enfant et de le livrer à la manipulation de l’un ou l’autre de ses parents ? Les désirs exprimés par l’enfant sont-ils toujours compatibles avec son intérêt supérieur et jusqu’où est-il nécessaire qu’il se prononce ?

L’IDE et son ONG partenaire le Service social International (SSI) ont collaboré à plusieurs reprises  sur les questions de travail social transnational. Ils prendront une part active au colloque de l’AIFI.

La Fondation suisse du Service Social International (SSI) ainsi que son Secrétariat Général sont représentés dans le Comité organisateur de ce colloque. Lors du pré-colloque du jeudi 26 mai, outre une conférence d’ouverture pour présenter l’ensemble du travail du SSI, les représentants du SSI apporteront leur contribution à un état des lieux de la médiation familiale internationale. Le SSI a eu également le plaisir de présenter, en compagnie de la Présidente de l’Ombuds-comité pour les droits de l’Enfant du Luxembourg Mme Marie-Anne Rodesch-Hengesh, son approche de l’enlèvement international d’enfant, dans le cadre d’un atelier thématique. Cela a permis de promouvoir l’approche pluridisciplinaire du SSI dans la résolution de conflits familiaux à caractère interculturel et transnational. Cette approche a pour base les Droits de l’enfant : ainsi il nous plaît de souligner que l’IDE est également intervenu lors du pré-colloque ainsi que lors de la Journée du vendredi, où Mme Paola Riva Gapany a présenté la Convention internationale des droits de l’enfant (1989) sous l’angle des thèmes abordés dans le colloque.

Article paru sur le site de l’IDE le 17.05.2011