La pauvreté familiale seule ne doit jamais justifier un placement

7 novembre 2016

M. Nigel Catwell, en présentant les Lignes directrices relatives à la protection de remplacement pour les enfants, souligne en premier lieu que la pauvreté familiale seule ne doit jamais justifier un placement.

Lors des interventions introductives de la «Conférence internationale sur la protection de remplacement », M. Nigel Catwell, en présentant les Lignes directrices relatives à la protection de remplacement pour les enfants, souligne en premier lieu que la pauvreté familiale seule ne doit jamais justifier un placement.

En effet, M. Zermatten, Président du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies au moment de l’adoption des Lignes directrices, fait le sombre constat : «le nombre élevé d’enfants admis a la protection de remplacement dans de nombreux pays, la cause première en étant trop souvent la pauvreté matérielle de la famille,…»

Donc, malgré le changement de paradigme survenu dans ces dernières décennies, exposé par M. Jean Zermatten, qui veut que le placement d’un enfant hors de sa famille soit considéré comme une mesure de dernier recours. Les choses ont de la difficulté à évoluer.

Les Lignes directrices défendent cet interdit de différentes manières. D’une part, en conformité avec la CDE, elles consacrent la famille comme le «milieu naturel pour la croissance et le bien-être de tous ses membres, et en particulier des enfants, doit recevoir la protection et l’assistance dont elle a besoin» (Préambule CDE) et y consacrent le ch. IV qui commence par les mesures de promotion de la protection parentale.

D’autre part, dans le point 10, elles stipulent que « Des efforts particuliers devraient être faits pour lutter contre la discrimination fondée sur le statut de l’enfant ou de ses parents, pour quelque motif que ce soit, y  compris la pauvreté,…». Avec cet article, les promoteurs se veulent méfiant de l’acceptation non critique des « sagesses conventionnelles » qui ont si souvent amené des institutions à séparer les enfants de leurs familles pour permettre de les éduquer selon des préceptes différents de leur culture, considérée comme néfaste (les nomades (Pro Juventute) en Suisse[1], les amérindiens en Amérique du Nord, les aborigènes en Australie, …et les pauvres un peu partout dans les pays occidentaux depuis le 19ème siècle)

Enfin, dans le point 15, les Lignes directrices s’assurent que les États ne puissent pas séparer les familles, mais qu’ils les soutiennent par des programmes adéquats de lutte contre la pauvreté. Ces derniers, si efficaces, préviennent aussi l’abandon des l’enfant par la famille elle-même.

… et la Suisse ? Lors de la  Soirée Sarah Oberson 2015 «Être enfant pauvre en Suisse» une membre de ATD-Quart monde témoignait du placement d’un de ses enfants et de ses conséquences. Cette préoccupation, loin d’être isolée, a été soulignée par la Présidente de cette organisation qui dit être préoccupée par le nombre de placements d’enfants parmi les familles les plus défavorisées : «Loin de moi l’idée de faire un raccourci simpliste entre pauvreté et placement. (…) Cela dit, au sein du Mouvement ATD Quart Monde, en Suisse et ailleurs dans le monde, nous faisons le constat que la conception hygiéniste qui tendait à briser le cycle de la pauvreté en séparant les enfants de leurs parents, née au 19e siècle, semble perdurer pour les plus pauvres en dépit de l’évolution du cadre légal international et des pratiques professionnelles.»

Il serait intéressant d’étudier la place que la pauvreté a dans les placements en Suisse et, s’il y a lieu, de constater si le Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté 2014-2018 a une incidence sur le nombre des placements d’enfants de familles défavorisées.

Clara Balestra, 17.10.16


[1] « En Suisse, le but déclaré des pouvoirs publics a été jusque dans les années 1970 d’éliminer toute vie nomade en arrachant les enfants à leur famille (projet « Enfants de la grande-route » mis en œuvre par la Fondation Pro Juventute). » Le 11.10.16  http://www.ekr.admin.ch/themes/f129.html

Aspects économiques de la recherche sur le bonheur

13 décembre 2011

Dans ce temps de Fêtes, il est légitime de se poser des questions sur le bonheur et du lien qui existe entre la sensation de bonheur et l’aisance économique, en gardant bien présent que les enfants sont la catégorie d’âge la plus touchée par la pauvreté en Suisse.
D’après les sondages, une bonne moitié des Suisses s’estiment heureux et plus d’un tiers se considèrent même comme très heureux. Mais que signifie « être heureux » ? Tout dépend de l’individu, de la culture et de l’époque. Le bonheur est un concept si difficile à saisir que tenter de le définir n’a guère de sens. Alors, au lieu d’essayer de décrire le bonheur, mieux vaut interroger les citoyens sur leur ressenti. Chacun est en effet capable de dire s’il se sent heureux ou pas.

Article de Bruno S. Frey,  Université de Zurich, paru sur la revue Sécurité Sociale CHSS 6/2011, p. 294-298

Résumé
Pour nombre d’entre nous, la prospérité matérielle est source importante de satisfaction. Les personnes avec un revenu élevé s’estiment plus satisfaites de leur vie que celles gagnant moins d’argent. Toutefois, un revenu supplémentaire n’augmente le bien-être subjectif que de façon limitée. Il ne faut pas attacher trop d’importance aux valeurs matérielles. Les hommes ont aussi des objectifs immatériels. Le bonheur ne s’achète pas. Il faut des contacts sociaux intenses, en particulier avec la famille et les amis.

D’un autre côté, l’exaltation romantique de la pauvreté ne correspond en rien à la réalité. Une hausse du revenu entraîne une augmentation de la satisfaction moyenne, dans les pays pauvres également. Mais les effets diminuent à mesure que le revenu augmente. D’autres facteurs jouent un rôle plus important pour expliquer les différences de satisfaction entre pays. Lorsque le revenu moyen augmente, les démocraties sont plus stables, les droits de l’homme plus sûrement respectés, la santé moyenne meilleure et la répartition des revenus plus équitable, ce qui améliore la satisfaction.

Un phénomène surprenant a été observé dans de nombreux pays : alors que le revenu moyen par habitant a fortement augmenté au cours des dernières décennies, le niveau moyen de bonheur est demeuré constant, voire a diminué. Les hommes ne portent pas de jugements définitifs. Nous nous comparons à notre entourage, nous souvenons du passé et nous projetons dans l’avenir. Les attentes individuelles se fondent donc sur la comparaison avec autrui et dépendent de l’effet d’accoutumance. Insatiable, l’être humain en veut toujours plus, il ne cesse de revoir ses attentes à la hausse. Du coup, un écart se creuse entre ce qu’on a atteint et ce qu’on souhaiterait atteindre. En raison de cet écart, la satisfaction dans la vie n’augmente presque pas, malgré l’augmentation du revenu.

Pour de plus amples informations sur la recherche sur le bonheur aujourd’hui et des indications bibliographiques, consulter l’ouvrage de Bruno S. Frey et Claudia Frey Marti, Glück. Die Sicht der Ökonomie, éd. Rüegger, Zurich et Coire, 2011. Une version française paraîtra en 2012.
Pour une présentation scientifique, lire Bruno S. Frey, Happiness. A Revolution in Economics. MIT Press, Cam-bridge, Mass. & London, 2008.

Lire aussi : La pauvreté en Suisse : une affaire d’enfants, blog Fondation Sarah Oberson, 21 juin 2010

Quelles mesures contre pauvreté des enfants ?

6 décembre 2011

Eurochild préconise trois grands domaines d’action si l’on veut s’attaquer efficacement à la pauvreté et à l’exclusion sociale des enfants : l’accès aux ressources adéquates, l’accès à des opportunités et services de qualité ainsi que la participation des enfants. Aujourd’hui, plus de 20 millions d’enfants et de jeunes sont exposés au risque de pauvreté et Eurochild tient à tirer la sonnette d’alarme, car « la nouvelle vague de crise financière qui déferle sur l’Europe ne fera qu’augmenter le nombre d’enfants à risque de pauvreté ».

Résumé du rapport de Eurochild “Child poverty – family poverty: are they one and the same?“, octobre 2011.

Dans son dernier document de position datant d’octobre 2011, Eurochild, un réseau qui œuvre à l’amélioration du bien-être des enfants et des jeunes, préconise trois grands domaines d’action si l’on veut s’attaquer efficacement à la pauvreté et à l’exclusion sociale des enfants : l’accès aux ressources adéquates, l’accès à des opportunités et services de qualité ainsi que la participation des enfants. Aujourd’hui, plus de 20 millions d’enfants et de jeunes sont exposés au risque de pauvreté et Eurochild tient à tirer la sonnette d’alarme, car « la nouvelle vague de crise financière qui déferle sur l’Europe ne fera qu’augmenter le nombre d’enfants à risque de pauvreté ».

Accueil des enfants, services de garderie postscolaire et soutien ciblé pour certaines familles
Pour Eurochild, des services d’accueil abordables, accessibles et de très bonne qualité contribuent au développement social et personnel des enfants, tout en offrant aux parents l’opportunité d’intégrer le marché de l’emploi. Le réseau souligne la demande accrue pour des services de garderie postscolaire (écoles de devoirs, etc.) et explique que les familles en situation difficile (par ex. les familles monoparentales) ont besoin du soutien de ces services pour éviter que les jeunes n’accumulent « des tensions et troubles comportementaux ». Il suggère également une aide aux revenus plus ciblée et des services pour les familles avec des enfants en situation défavorisée.

Un bon hébergement, une meilleure parentalité et des prix abordables pour les transports et l’énergie
Eurochild appelle à des conditions d’hébergement qui offrent aux familles des solutions à long terme et un environnement sain pour l’éducation des enfants. Il souhaite également que les parents bénéficient de services de prévention et d’intervention précoce afin qu’ils développent de meilleures stratégies d’adaptation et comprennent l’importance et la valeur d’une bonne parentalité. « Des mesures préventives doivent également être prises afin de renforcer la responsabilité parentale et de cibler les familles à risque. Elles doivent aussi comprendre des services pour les parents d’enfants plus âgés, comme les adolescents », ajoute Eurochild. Le réseau suggère aussi de mener davantage de recherches sur le caractère abordable des coûts des transports et de l’énergie, qui constituent une grande partie du budget des ménages.

Écouter les enfants et rendre les loisirs accessibles et abordables
Eurochild affirme également que les points de vue et expériences des enfants doivent être pris en compte dans le développement de services et de stratégies les concernant. Il souligne aussi l’importance de la participation des enfants à la vie de famille, à l’école, au sein des autorités publiques et des communautés ainsi qu’avec les autres professionnels qui travaillent avec et pour les enfants. Il propose de faciliter la participation des enfants à la vie de la communauté par des activités culturelles, sociales, récréatives et sportives accessibles et abordables. « L’incapacité des parents à prendre en charge les frais y afférents (dont les frais de transport) a souvent pour résultat que les enfants se voient retirés ou exclus des activités et loisirs extra-scolaires, qui peuvent pourtant être très bénéfiques pour leur développement personnel et leur participation à la société. Cela peut aussi empêcher des enfants d’entretenir des relations amicales avec leurs pairs », précise Eurochild.

Cet article a paru le 25.10.2011 sur le site L’Alliance européenne pour les familles.

Lire aussi : La pauvreté en Suisse : une affaire d’enfants,blog Fondation Sarah Oberson, 21 juin 2010