Mineurs en migration : Fuguer faute de refuge

30 avril 2018

En ce qui concerne les mineurs, on peut dire que la réalité migratoire a fortement évolué depuis 2015, année où nous rédigions le journal n°16 sur cette thématique.

Editorial de Geneviève Lévine, formatrice d’adultes et membre de Comité du CSI, paru sur  le Journal du Centre Suisses-Immigrés de l’hiver 2017, p.4-5.

C’est sur la RTS que le Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM) a publié la nouvelle le 26 septembre dernier, nouvelle relayée aussitôt par la presse écrite: les statistiques de 2016 font état de 500 personnes mineures disparues après avoir déposé une demande d’asile en Suisse. Soit presque six fois plus qu’en 2015.

Techniquement, la disparition d’un requérant d’asile mineur est traitée comme celle d’un adulte: pour le SEM il s’agit d’un dossier administratif à clore. Les ONGs, quant à elles, tirent la sonnette d’alarme: la cheffe de projet de Terre des hommes – aide à l’enfance – a exprimé sa profonde inquiétude au même micro, dans le sujet radiophonique précité.

Tous deux issus de la même matrice latine (le verbe fugere, signifiant fuir), les termes fugue et refuge évoquent pourtant des réalités fort différentes! Le saut vers l’inconnu et le danger nous font redouter la première, alors que le second constitue un espoir pour tout être humain de pouvoir rester en vie.

De manière générale, notre société peine à voir clair dans ces départs «à l’anglaise».

Dans le cas des mineurs non accompagnés, ils peuvent s’expliquer par:
- La volonté de rejoindre un autre élément épars du cercle familial, dans un pays voisin;
- La crainte de recevoir dès la majorité le «cadeau des 18 ans»(1), à savoir une décision de refus d’asile et de renvoi de Suisse. C’est le lot par exemple de nombreux mineurs originaires d’Afrique de l’Ouest;
- L’impossibilité de travailler;
- Parfois, les obstacles à un cursus académique;
- Et finalement, les raisons auxquelles apparemment on préfère ne pas penser en haut lieu: l’enlèvement par des réseaux de trafic d’êtres humains, ou l’implication dans des activités criminelles.

La fugue d’un adolescent ayant grandi parmi nous fait l’objet de recherches policières; ce n’est pas le cas de celle d’un requérant mineur.

Le 26 septembre dernier, sur les ondes de RTS, le porte-parole du SEM minimisait même ce chiffre de 500, en invoquant la proportion globale de requérants séjournant sur sol suisse. Fort heureusement, une telle indifférence ne règne pas partout, loin de là.

Ainsi, en mai dernier, le CSI a reçu la visite de Messieurs Yannick Frossard et Samuel Morard, deux étudiants en Bachelor, à la HES-SO, qui ont consacré leur travail de mémoire au thème de la fugue des personnes mineures en Valais. Françoise Jacquemettaz, curatrice et personne de confiance pour l’ensemble des requérants mineurs non accompagnés, a longuement partagé avec ces deux chercheurs  en herbe, pour qui, face à la disparitiond’un mineur, il n’y a pas deux poids, deux mesures.

Ce travail de Bachelor effectué sous l’égide de la Fondation Sarah Oberson, et soutenu en octobre 2017, doit être salué autant pour son extrême rigueur et exhaustivité, que pour l’engagement citoyen qu’il promeut2.

L’on y découvre l’engagement des professionnels du terrain interrogés par MM Frossard et Morard (notamment ceux de la structure le Rados mis en place par l’Office de l’asile). Les nombreuses disparitions sont une des difficultés auxquelles ils font face, dans un quotidien également marqué par la détresse psychique de leurs bénéficiaires.

Les horreurs perpétrées en Lybie à l’encontre des candidats à la traversée vers l’Europe font en ce moment la une de la presse. Les rapports des ONGs aux frontières Est de Schengen, plus discrètement, nous alertent sur ces centaines, voire ces milliers de jeunes, survivant entre deux mondes.

De même, les situations d’extrême précarité vécues par les migrants à l’intérieur de ce fameux espace Schengen nous interrogent sur la capacité du 21e siècle à respecter les Conventions élaborées au 20e. Ainsi, tout proche de nous, la ville de Lyon compte plus de 1’000 enfants sans-abri, pour la plupart des exilés. A la gare de Côme, la tragédie continue aussi. Lorsque les plus chanceux d’entre eux trouvent – enfin – sur sol suisse, le refuge pour lequel ils ont risqué leur vie, leur bagage est lourd de traumatismes.

Dans les cas où le film des horreurs vécues se double de l’angoisse d’être rapatriés, ou poussés encore plus loin, il n’est guère étonnant que ces jeunes décompensent.

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a participé en novembre 2017 au Groupe de contact pour la Méditerranée, réunissant 13 chefs d’Etat dans la capitale fédérale. Une série de mesures y ont été adoptées, qui tiennent plus du grand écart que de vraies perspectives d’améliorations.

Ainsi, alors même qu’elle reconnaît l’extrême violence faite aux migrants en Lybie, Mme Sommaruga dresse un bilan positif du mandat donné aux gardes-côtes lybiens, et souhaite en augmenter la voilure, … en réalité pour que ces policiers ramènent justement les migrants dans ce pays où on les torture, les viole, et les vend en esclavage.

Parler sans arrêt de pression migratoire, ainsi que l’exige la pression populiste dans nos démocraties, et en même temps déclarer à l’envi sa fidélité aux principes des instruments de droit internationaux (Convention de Genève sur les Réfugiés, Convention internationale relative aux Droits de l’enfant, etc…), cela ne doit pas rendre le travail de nos politiciens très confortable.

Mais à coup sûr, cela prive de leurs droits ceux qui cherchaient un refuge, et à qui il ne reste plus que … la fugue!

(1)    Ainsi que l’exprime un éducateur travaillant auprès des jeunes dans la structure le Rados
(2)    Fugues en sol valaisan: phénomène mineur? L’étude peut être téléchargée sur www.sarahoberson.org/blog/

Quel sentiment d’appartenance et quelle identité développent les migrants du Tessin ?

4 juillet 2017

Analyse des critères qui ont permis, ou pas, le développement du sentiment d’appartenance et d’identité chez les migrants mineurs devenus aujourd’hui des adultes, dans leur pays d’accueil. (…) L’approche constructiviste et la vision adoptée par l’enfant, en tant qu’acteur social, permettent de valoriser le rôle actif du mineur dans la construction de ses appartenances et ainsi, de son identité vis-à-vis du système social actuel.

Par Sara Camponovo, Résumé de mémoire MIDE, 4 juillet 2017

Au cours de ces dernières décennies, la Suisse a été exposée à un afflux croissant de migrants en provenance de multiples pays. Dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie, des familles entières, enfants inclus, ont quitté leur pays natal, abandonnant alors tout.

La migration amène les sujets à se positionner entre deux réalités : le vécu dans leur pays d’origine et la nouveauté que leur offre leur pays d’accueil. Comme le remarque Zittoun (2007a), l’individu se retrouve alors confronté à de nombreuses «ruptures», lesquelles provoquent une instabilité personnelle. Ce déséquilibre amène à des questionnements personnels, du «moi» dans ce nouveau monde. La migration est donc un phénomène incluant une remise en question du sentiment d’appartenance et un réaménagement identitaire (Guilbert, 2005). Un travail d’identification au nouveau pays doit alors se faire afin de rétablir un équilibre.

Ce travail possède un double objectif. En premier, il vise à explorer les éléments évoqués de manière majoritaire par les jeunes migrants, devenus aujourd’hui des adultes, pour définir leur sentiment d’appartenance au Tessin. Par la suite, il va chercher à mettre en évidence quelles stratégies identitaires, parmi celles élaborées par Camilleri (1996/7), ont été appliquées par ces jeunes afin de construire, ou non, une identité au territoire d’accueil. L’approche constructiviste et la vision adoptée par l’enfant, en tant qu’acteur social, permettent de valoriser le rôle actif du mineur dans la construction de ses appartenances et ainsi, de son identité vis-à-vis du système social actuel. Dans cette recherche, le mineur n’est pas considéré comme un sujet inactif face au bouleversement causé par la migration. Il est perçu comme une personne active, consciente et détentrice de capacités décisionnelles qui ont influencé son passé, et qui influencent encore son présent.

Les données récoltées mettent en évidence le caractère unique des récits et la singularité des expériences vécues par les sujets enquêtés. Concernant le premier objectif de cette recherche, qui se focalise sur le sentiment d’appartenance, les données valident l’idée que ce sentiment se construit de manière individuelle et par les interactions réciproques du sujet avec le monde l’entourant. Le sentiment d’appartenance n’est pas donc une notion définie de manière unanime par les gens, mais chacun s’appuie sur des critères spécifiques et personnels pour le développer. Les interviewés ont mentionné la famille, l’école et les loisirs (groupe d’amis et activités sociales), comme les trois critères les plus importantes pour eux et qui ont permis le développement de ce sentiment au Canton du Tessin. Cependant, l’espace géographique, la culture et la religion n’ont pas eu un gros impact pour la construction de l’appartenance. C’est intéressant de constater que les participants ont mentionnés des autres critères sur lesquels ils se sont appuyés pour développer un sentiment d’appartenance au pays d’accueil.

Dans la deuxième partie de cette étude, nous avons cherché d’analyser quelle stratégie, parmi les trois identifiées par Camilleri (1996/7), a été la plus adoptées par les interviewés. L’auteur a mis en évidence que les migrants, une fois arrivés dans le nouveau pays, adoptent des comportements et des stratégies particulières pour s’adapter au pays ou inversement pour s’y détacher complétement. Les données récoltées montrent que c’est la stratégie «intermédiaire» la plus appliquée par les participants. Pour la plupart des interviewés il est difficile d’éliminer complétement leur passé, en oubliant leur pays natal, les valeurs et les codes qu’ils ont appris là-bas, car ils représentent une partie d’eux-mêmes. Ils ont donc essayé de trouver un équilibre entre leur passé et leur présent, en alternant les valeurs et les comportements du nouveau pays à ceux du pays d’origine.

Ce travail a permis de mettre en lumière l’aspect subjectif de la migration, souvent oublié par les chercheurs et de valoriser l’idée que le sentiment d’appartenance et l’identité sont deux concepts qui se construisent par un assemblage d’éléments significatifs, qui permet de donner une vision globale à la figure de l’homme.

Consulter le document complet et les références bibliographiques.

Photo: Beth Scupham, flickr/creative commons

MNA à Côme : prise de position de l’ADEM

23 août 2016

Les membres de l’ADEM1 souhaitent exprimer leur préoccupation par rapport à la situation des migrants dans la région de Chiasso (Suisse) et de Côme (Italie), notamment celle des mineurs non accompagnés qui représentent un groupe particulièrement vulnérable. Les récents retours effectués vers l’Italie par les autorités suisses sans évaluation préalable des besoins de ces mineurs violent les obligations relatives aux droits de l’enfant auxquelles la Suisse s’est astreinte en ratifiant la CDE . La situation actuelle montre malheureusement que ces enfants sont souvent d’abord considérés comme des migrants et à ce titre incapables d’exercer leurs droits légitimes et de bénéficier de mesures de protection spéciales en tant que mineurs. Ce traitement va à l’encontre des principes fondamentaux et de toutes les conventions en la matière.

Prise de position de l’ADEM du 18.08.16 publié sur le site de l’Institut international des droits de l’enfant, le 23.08.16

L’ADEM déplore notamment la confusion régnante, le risque d’arbitraire dans les prises de décision, le manque de structures et de moyens, le déficit de personnel formé capable de sauvegarder l’intérêt de ces enfants, ou encore l’absence de coordination transnationale entre les acteurs responsables de la prise en charge de ces enfants. Le peu de soutien adéquat apporté à ces enfants menace d’accentuer leur vulnérabilité, les risques d’exploitation et de les inciter à trouver des voies plus dangereuses pour rallier leur point de destination.

L’ADEM souhaite rappeler quelques principes fondamentaux3 ;par rapport à la prise en charge des enfants en déplacement en ligne avec la CDE ratifiée par la Suisse et l’Italie et donc applicables dans ces deux pays :

  • Les enfants en déplacement doivent être considérés comme des enfants avant tout. Toute action les concernant, y compris les mesures prises par les autorités, doivent se baser, en premier lieu, sur leur intérêt supérieur.
  • Les systèmes de protection de l’enfance doivent protéger tous les enfants sans discrimination, y compris les enfants en déplacement. Il est notamment du devoir des Etats d’assurer dans les régions traversées par les enfants une protection constante.
  • Les mesures de gestion des migrations ne doivent pas porter atteinte aux droits fondamentaux des enfants. Les États ont le devoir d’assurer une identification exacte des enfants, d’évaluer les effets de leurs lois et politiques sur les enfants en déplacement ou touchés par la migration et d’éviter qu’elles n’aient des répercussions préjudiciables.

Il est demandé aux deux pays :

  • de mettre à disposition de chaque mineur non accompagné – dès son identification – un tuteur ayant pour mission de veiller à son meilleur intérêt avant que toute décision par rapport à son déplacement ultérieur ne soit prise.
  • d’appliquer le règlement Dublin III afin de faciliter le regroupement familial pour les mineurs ayant de la famille en Europe et ceci dans les plus brefs délais. Le cas échéant, d’organiser un déplacement accompagné afin que ces mineurs retrouvent au plus vite leurs familles. Pour tous les autres mineurs, leur situation doit être soigneusement étudiée en vue de trouver une solution durable en Suisse, dans le pays d’origine ou un pays tiers en tenant compte de leur meilleur intérêt.
  • s’accorder sur des standards harmonisés minimums de prise en charge des mineurs non accompagnés.

Les membres de l’ADEM se tiennent à disposition pour entamer un dialogue avec les autorités suisses afin d’améliorer la prise en charge de ces enfants.

1Alliance pour la Défense des Enfants Migrants (ADEM) www.enfants-migrants.ch. Membres actuels : Fondation suisse du Service Social International (SSI), Terre des hommes – aide à l’enfance (TdH), Lausanne, Institut International des Droits de l’enfant (IDE), Organisation Suisse d’Aide aux Réfugiés (OSAR).
2Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU
3http://principlesforcom.jimdo.com/

Contacts

Pour le SSI: Mme Elodie Antony, chargée de projet (022 731 67 00; ssi-ea@ssiss.ch)
Pour Tdh: Mme Fouzia Rossier, responsable des droits de l’enfant (079 321 72 57; fouzia.rossier@tdh.ch)
Pour l’IDE: Mme Aline Sermet, collaboratrice scientifique (027 205 73 03; aline.sermet@childsrights.org)
Pour l’OSAR: Constantin Hruschka, responsable protection (031 370 75 38; constantin.hruschka@fluechtlingshilfe.ch)

Télécharger le pdfcommuniqué de presse

Manuel de prise en charge des enfants séparés en Suisse : Guide pratique à l’usage des professionnels

9 mai 2016

Décliné en 9 étapes, le manuel de prise en charge des enfants séparés en Suisse fournit ainsi des conseils et des outils pratiques visant à guider les acteurs du domaine dans l’identification, l’accompagnement, l’évaluation de la situation et l’orientation des enfants séparés et des jeunes adultes.

Ce guidepublié par la Fondation suisse du Service Social International, a été réalisé en étroite collaboration avec les professionnels de terrain œuvrant auprès des enfants séparés en Suisse romande (représentants légaux, assistants sociaux, éducateurs, responsables de foyers, médecins, psychiatres et psychologues) ainsi qu’avec diverses organisations actives dans le domaine des droits de l’enfant et de la migration. La méthodologie présentée dans ce manuel propose un cadre de référence pour la prise en charge des enfants séparés.

Présentation du Manuel de la Fondation suisse du Service Social International, Introduction du Guide publié en février 2016, p. 4-5.

Introduction
L’appellation « enfants séparés » désigne les enfants ou adolescents qui, pour des motifs divers, sont éloignés de leur milieu familial d’origine. La situation de ces jeunes migrants est souvent complexe et requiert une évaluation personnalisée.

Il est de la responsabilité des Etats d’accueil d’organiser une prise en charge des enfants séparés adaptée et respectueuse des droits de l’enfant. Or, la procédure d’asile seule ne permet pas d’évaluer la situation d’un enfant séparé selon l’ensemble des principes évoqués dans la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), ratifiée par la Suisse en 1997. La CDE souligne notamment la nécessité d’évaluer l’intérêt supérieur de l’enfant (article 3)etde le droit d’être entendu dans toutes les procédures qui le concernent (article 12).Il est ainsi du devoir des pays d’accueil de mettre en place des procédures qui respectent non seulement la position de l’enfant en tant que « mineur » avec des besoins spécifiques, mais également en tant qu’ « acteur » de son propre parcours. Chaque enfant a ainsi droit à ce que sa situation personnelle soit évaluée et considérée dans tous les changements qui concernent sa vie.

L’organisation de la prise en charge des enfants séparés en Suisse relevant de la compétence des cantons, d’importantes différences peuvent être observées d’un canton à l’autre. L’objectif de ce manuel est de proposer les bases d’une méthodologie d’intervention commune en 9 étapes, avant tout basée sur le respect des droits de l’enfant et la recherche d’une solution durable appropriée à chaque situation.

Il existe en règle générale trois options de solutions durables qui reposent sur une évaluation, au cas par cas, de l’intérêt supérieur de l’enfant :
- La réintégration dans le pays d’origine
- L’intégration dans le pays d’accueil
-La réinstallation dans un pays tiers

Une solution durable est « une solution sur le long terme assurant la capacité de l’enfant séparé à se développer jusqu’à l’âge adulte, dans un environnement qui répond à ses besoins et garantit ses droits, tels que définis par la CDE, et qui ne place pas l’enfant face à un risque de persécution ou de détresse grave ».

Ce guide a été réalisé en étroite collaboration avec les professionnels de terrain œuvrant auprès des enfants séparés en Suisse romande (représentants légaux, assistants sociaux, éducateurs, responsables de foyers, médecins, psychiatres et psychologues) ainsi qu’avec diverses organisations actives dans le domaine des droits de l’enfant et de la migration. La recherche de solutions durables avec les enfants séparés met en lumière un nouveau paradigme. Il est ainsi de la responsabilité de l’Etat d’accueil, des acteurs professionnels et de la société dans son ensemble de créer un cadre qui permette aux jeunes en situation vulnérable de grandir en sécurité, de se développer dans un environnement stable et de construire des perspectives d’avenir.

Audition de l’enfant adaptée aux enfants: le Tribunal administratif fédéral prononce la cassation de la décision de l’Office des migrations

2 septembre 2014

La décision de refus d’une demande d’asile a été déclarée nulle par le Tribunal administratif fédéral car l’audition n’a pas été menée de manière adaptée aux enfants.

Par Réseau Suisse des Droits de l’Enfant, paru le 12.08.14

Une jeune afghan non accompagné de 12 ans a déposé une demande d’asile en Suisse. Il a aidé à l’arrestation de trois personnes dans son pays d’origine ce qui a mené à des menaces de mort répétées à son égard et celui de sa famille et l’enlèvement de son père. L’Office fédéral des migrations a rejeté la demande du jeune car il a considéré que les déclarations du recourant étaient insuffisamment fondées, dépourvues de logique et contradictoires.

Dans son arrêt le Tribunal administratif fédéral considère que l’audition du jeune a été menée comme celle d’un requérant d’asile adulte. De nombreux standards de l’audition adaptée aux enfants, comme par exemple ceux énumérés dans le texte « Note sur les politiques et procédures à appliquer dans le cas des enfants non accompagnés en quête d’asile » du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ont été négligés lors de l’audition. Ainsi aucun climat de confiance n’a été mis en place et l’auditrice a montré peu d’empathie, en particulier lorsque le requérant a été submergé d’émotion face à certaines questions. L’audition a été ponctuée d’une succession de 161 questions, décomposées comme suit : deux heures et dix minutes entrecoupées d’une pause de quinze minutes avant le repas de midi et une heure quarante sans interruption après le repas. A cela s’ajoute le fait que des séries de questions aux formulations longues et complexes sans aucun lien logique ou chronologique entre elles ont été posées au recourant.

Le Tribunal administratif fédéral justifie l’annulation de la décision en raison de la violation de l’art. 12 CDE (droit d’être entendu) et l’art. 7 al. 5 OA1 (aspects particuliers de la minorité) ainsi que pour établissement incomplet et inexact des faits (art. 106 al. 1 let. B LAsi).

L’Office des migrations doit procéder à une nouvelle audition qui devra respecter les standards reconnus pour une audition d’enfant. L’Office devra prendre une nouvelle décision en tenant compte des particularités liées à l’âge du requérant d’asile.

Enfants et adolescents migrants, une perspective de santé et de droits ?

20 avril 2010

Editorial de Mme Zikreta Nicevic, collaboratrice de l’Institut international des Droits de l’Enfant (IDE)

« I am a wasted product »

Ces mots terribles ont été prononcés par un jeune homme sans papiers venu au centre UMSA après avoir reçu, en décembre 2009, la décision des autorités : Débouté.

« J’ai même pas 20 ans et je suis un produit périmé »

Il n’est pas le seul à penser de la sorte. Beaucoup de jeunes sont arrivés en Suisse après avoir quitté leur pays d’origine, à cause d’une situation difficile qui y sévit; détention et torture, conflits armés, génocide, agression sexuelle, mariage forcé et maltraitance, etc. Certains d’entre eux sont encore adolescents et arrivent sans leurs parents, on les appelle les « mineurs non accompagnés – MNA ».

Pourquoi la Suisse ? Un pays sûr, se disent-ils, un pays où ils vont  pouvoir se construire une vie meilleure, loin des souffrances vécues. On oublie parfois qu’ils ont traversé des épreuves effroyables. Mais en y réfléchissant bien, qui quitterait son pays d’origine, sa famille, ses amis, s’il n’y était pas forcé ?

Jeudi 18 mars 2010, une journée sur le thème des enfants migrants a été organisée à l’IDE, à Sion. A cette occasion, plusieurs professionnels de la santé, de la justice et du secteur social ont été invités à débattre sur le sujet « Enfants et adolescents migrants, une perspective de santé et  de droits ? »

M. Jean Zermatten, Directeur de l’IDE, a exposé la situation de l’enfant migrant en Suisse; quelques initiatives intéressantes ont été prises et ce dernier retient d’avantage l’attention. Une étude menée pour l’Innocenti Research Center (UNICEF)   a révélé de très grandes disparités entre les familles suisses et les familles étrangères, le taux de chômage des jeunes entre 15 et 24 ans est deux fois plus élevé chez les jeunes étrangers ; les obstacles sont surtout liés aux retards en matière de scolarité et aux problèmes d’intégration, mais aussi aux pratiques discriminatoires des enseignants et des employeurs. Les jeunes étrangers se heurtent également aux conflits inhérents aux chocs des cultures. Les raisons de la migration et les conditions d’accueil en Suisse peuvent s’ajouter aux difficultés.

La présentation de l’ADEM « l’Alliance pour le Droits des Enfants Migrants », a permis à Mlle Cristina Mele, collaboratrice auprès du Service Social International (SSI), de mettre en perspective les buts de celle-ci, à savoir : défendre les droits des enfants migrants et améliorer leur prise en charge et leur suivi dans tous les cantons suisses, en vue de leur offrir des perspectives d’avenir en Suisse, dans leur  pays d’origine ou dans un pays tiers.

M. Christoph Braunschweig, assistant social auprès du SSI a, quant à lui, développé son exposé sur le « Programme des Enfants Séparés en Europe – PESE », qui a pour objectif de promouvoir une meilleur reconnaissance des droits des enfants séparés, d’assurer leur bien-être et leur développement et d’établir des normes minimales dans toutes les politiques, pratiques et services ayant un impact sur eux. Afin d’aider les mineurs séparés ou non accompagnés, les États doivent veiller à ce que toutes les informations pertinentes soient recueillies, à ce que des évaluations correctes soient effectuées et doivent s’assurer que les droits de l’enfant soient appliqués et respectés.

L’UMSA et le Centre EVAM étaient représentés par la Doctoresse Anne-Emmanuelle Ambresin, Médecin et Chef de Clinique au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV). Ces deux unités collaborent ensemble afin d’assurer une meilleures prise en charge des MNA dans le Canton de Vaud. Les décisions administratives ont des répercussions sur la santé mentale et physique des MNA, et malheureusement les soignants ont peu de moyen d’agir contre cette difficulté majeure. Quel rôle pour le soignant dans ce paradoxe ? Quelle réponse donner à cette entrave à la santé pour les migrants ?

M. Oliver Guéniat, Chef de la Police de Sûreté à Neuchâtel, a présenté une statistique policière suisse de la criminalité qui nous indique que celle-ci est en net recul depuis 1997. Pourtant, le sentiment d’insécurité ne cesse de croître. Pourquoi ? Une partie de la réponse se retrouve dans le contenu de  l’information diffusée aux citoyens par le biais des médias, laquelle donne à penser, la plupart du temps, que « criminalité » et « délinquants étrangers » vont de pair.  Un projet de réforme de la statistique policière, opérationnel dès 2010, fournira suffisamment de variables susceptibles d’augmenter la qualité de l’information au public et au monde politique sur les réalités de la criminalité.

Une table ronde présidée par le Prof. Pierre-André Michaud, Médecin Chef de l’UMSA, CHUV et UNIL, a clos le colloque qui a rassemblé un public nombreux.

1 “Children in Immigrant families in Switzerland, between Discrimination and Integration”, by Rosita Fibbi (Swiss Forum for Migration and population Studies) and Philippe Wanner (University of Geneva, Laboratory of Demography and Family Studies)

Cet article est paru le 30 mars 2010 dans la rubrique Edito-Actualité sur le site de l’Institut international des Droits de l’Enfant (IDE).

A lire sur le sujet:
Lausanne engagera des apprentis sans-papiers, 24Heures, 17.02.2010