Quand les pédophiles disent « non »

16 septembre 2014

En 2005, une équipe de cliniciens berlinois propose un projet audacieux : offrir un accompagnement thérapeutique aux personnes ressentant une attirance pour les enfants ne souhaitant pas passer à l’acte. Les résultats sont encourageants. En mai 2014, l’association romande de prévention DIS NO ouvre une plateforme internet. L’espacedisno.ch se présente comme un lieu d’aide, d’information et de soutien pour toute personne ressentant des pulsions à caractère pédophile. Il est basé sur l’écoute et propose une orientation vers un suivi thérapeutique.

Editorial, par Marc Thorens et Aurélie Cavin, paru sur le site de l’Institut international des Droits de l’Enfant le 13 août 2014.

« Ne parle pas aux inconnus et surtout n’accepte pas les bonbons offerts par un monsieur que tu ne connais pas ! ». Qui n’a pas entendu cette phrase maintes et maintes fois répétée par un père, une mère ou un adulte inquiet ? Depuis une vingtaine d’années, la pédophilie est une peur pour chaque parent et pour la société de manière générale. Quelques cas ont défrayé la chronique – telle que l’affaire Dutroux – et ont alimenté cette angoisse croissante.

Pendant longtemps, la prévention s’est centrée sur les enfants en tentant de leur donner les clés pour se prémunir eux-mêmes des abus potentiels. Mais en 1997, une vaste étude en Suisse démontre les limites de cette approche : d’une part, il s’avère que la majorité des abus se déroulent au sein même de la famille ou dans l’entourage proche; d’autre part, face à un abuseur, rares sont les enfants qui parviennent à dire « non ».

En 2005, une équipe de cliniciens berlinois de l’hôpital de la Charité ose une nouvelle approche préventive, cette fois, centrée sur l’auteur. Ces thérapeutes partent du principe que parmi les personnes ressentant une attirance pour les enfants, il existe des individus ne souhaitant pas passer à l’acte et qui auraient besoin d’aide et de soutien. Elle propose donc un projet audacieux : offrir un accompagnement thérapeutique aux personnes qui se manifesteraient de manière volontaire et anonyme. Rapidement, plus de 500 personnes répondent à l’offre. Depuis, cette réussite a encouragé la création de plusieurs antennes en Allemagne et de nouvelles structures similaires ont vu le jour dans d’autres pays d’Europe.

En 2007, lors de l’élaboration de la Convention sur la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels à Lanzarote, le Conseil de l’Europe a intégré un article spécifique à la prévention centrée sur les auteurs. Cet article stipule que tout Etat ratifiant cette convention doit veiller à mettre en place des « programmes ou mesures d’intervention efficaces destinés à évaluer et à prévenir les risques de passage à l’acte » (Convention de Lanzarote, 2007, art.7). La Suisse est un Etat partie de la convention depuis 2014 et est donc soumise à cet article.

Alors que la Suisse allemande, de par sa proximité avec l’Allemagne, a très rapidement suivi l’exemple de Berlin, ce n’est qu’en mai 2014 qu’une association romande de prévention (DIS NO), ouvre une plateforme internet. L’espacedisno.ch se présente comme un lieu d’aide, d’information et de soutien pour toute personne ressentant des pulsions à caractère pédophile. Il est basé sur l’écoute et propose une orientation vers un suivi thérapeutique.

Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de cette nouvelle approche centrée sur les auteurs potentiels. Allons-nous assister à une diminution des abus ? Faudra-t-il parallèlement réaliser un travail de sensibilisation auprès de la population ? Faut-il pour autant renoncer à la prévention auprès des enfants ? A qui faut-il, finalement, apprendre à dire non ?

Etude sur les mutilations génitales féminines/excisions en Suisse

1 juillet 2014

Le Centre suisse de compétence pour les droits humains (CSDH) a été chargé d’élaborer des recommandations stratégiques et de mise en œuvre dans le domaine des mutilations génitales féminines/excisions en Suisse

Extraits de l’article du même titre, publié par le Centre suisse de compétence pour les droits humains (CSDH) le 05.06.14

Plus de 125 millions de filles et de femmes excisées vivent dans les 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient dans lesquels les mutilations génitales féminines/excisions (MGF/E) sont principalement pratiquées. On estime à près de 10’000 le nombre de filles et de femmes excisées ou menacées d’excision qui vivent aujourd’hui en Suisse, essentiellement du fait des mouvements migratoires persistants.

En conséquence de la mise en œuvre de l’initiative parlementaire Roth-Bernasconi (2005), la Suisse, depuis le 1er juillet 2012 et par l’art. 124 CP, réprime de manière spécifique toutes les formes de mutilations génitales féminines. Parallèlement, la motion Roth Bernasconi (2005) requiert l’élaboration de mesures de prévention, de soin, de protection et d’intervention dans le domaine des MGF/E. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP), compétent en la matière, a ainsi crée, avec les autorités et des organisations non gouvernementales actives dans le domaine des MGF/E, le Groupe de travail national contre les mutilations génitales féminines (GT MGF). Ce dernier lie les compétences existantes dans cette thématique en Suisse et garantit un échange d’informations.

Consultation des expert-e-s des MGF/E en Suisse

Dans un premier temps et dans le cadre de cette étude, un aperçu des recommandations existantes, qui ont été classées par groupes cibles et par ordre de priorité, a été dressé. Dans un deuxième temps, un important et vaste processus de consultation a été mis en place, durant lequel les recommandations ont été validées par les expert-e-s. Cinq consultations au total ont été organisées selon différents domaines (…).

Résultats

Les conclusions des cinq procédures de consultation ont été par la suite évaluées en détail. (…) Dans les mesures particulièrement recommandées, on peut notamment citer une prévention communautaire («community based prevention»), une documentation détaillée et un portail d’information complet en matière de MGF/E, un travail de prévention coordonné dans le domaine des procédures d’asile ainsi qu’une définition des responsabilités et des procédures correspondantes dans le travail de protection et d’intervention.

(…) Les conclusions ont relevé le rôle essentiel que joue le suivi de procédures qui prennent en considération les besoins des communautés migrantes et des personnes concernées par les MGF/E, qui évitent la stigmatisation, prennent en compte le caractère intime de la thématique et adoptent la sensibilité correspondante. Un autre principe important est la prise en considération de chaque contexte ainsi que l’implication des multiplicateurs/trices, pour lesquelles des ressources correspondantes sont à prévoir afin que le précieux travail réalisé puisse être rémunéré de manière appropriée et sans discrimination. Finalement, toutes les mesures au niveau opérationnel doivent avoir comme objectif à long terme d’induire un changement de comportement. (…)

Conduites suicidaires chez les jeunes

18 mars 2013

“Promotion des valeurs sociales, une piste de prévention” contre le suicide des jeunes ?

Par le Centre de compétences des droits humains, 14.03.13

Résumé:

Cet article évoque la problématique et les conséquences de la recommandation 123.82 de l’EPU 2012, plus particulièrement:

  • La prévalence alarmante des conduites suicidaires chez les jeunes suisses
  • La nécessité d’une prévention sociale étatique et civile robuste
  • Elaborer et appliquer une politique publique de soutien à la parentalité positive.

Introduction

Au terme d’une recherche récente sur la suicidalité d’enfants de 5 à 12 ans, Boris Cyrulnik, psychiatre et éthologue renommé, s’en remettait à la parabole du canari dans la mine de charbon: le suicide d’enfants est une alerte, «l’indicateur de dysfonctions sociales». Pareille préoccupation s’applique assurément à la société helvétique dont la prévalence des conduites suicidaires chez les jeunes est bien supérieure à la moyenne européenne (WHO, Suicide rates per 100,000 by country, year and sex ). En dépit du signalement persistant de cette problématique par les organes internationaux des droits humains et une certaine prise de conscience civile et politique, une action publique coordonnée peine à émerger, tout particulièrement pour ce qui concerne la promotion de valeurs sociales qui pourraient avoir un effet préventif significatif auprès des jeunes. C’est aussi le sens de la recommandation 123.82 (Nicaragua) au cours du processus EPU 2012 qui invite la Suisse à «continuer de promouvoir les valeurs sociales chez les enfants et les adolescents au travers de programmes publics, de manière à favoriser leur développement et à prévenir les tragédies telles que les suicides et la toxicomanie».

Ampleur et contours de la problématique

En Suisse, le suicide est l’une des principales causes de décès des jeunes entre 15 et 19 ans. La validité des chiffres est pourtant faible étant donné l’existence d’analogues suicides, comptabilisés statistiquement comme accidents. Si la réalité du suicide n’est pas niée, elle est aussi caractérisée, même chez de nombreux professionnels, par une distanciation cognitive avec des allures de tabou. Aux suicides aboutis, il faut ajouter les nombreuses tentatives. Enfin, autre signe objectif, les enquêtes de santé publique révèlent que des pourcentages élevés d’adolescents pensent au suicide.

De nouvelles dimensions concernant le suicide des enfants méritent mention. D’abord, Internet et les réseaux sociaux peuvent attiser des conduites suicidaires. D’une part, Internet est attractif pour des enfants mal dans leur peau et son usage exagéré peut générer une symptomatologie dépressive ou l’accentuer. D’autre part, les réseaux sociaux ont un effet d’entraînement pour des jeunes qui se retrouvent dans des chats qui glorifient le suicide. Ensuite, une littérature scientifique convaincante montre le lien entre les conduites suicidaires et des discriminations importantes dont sont victimes des enfants et des jeunes dont l’orientation sexuelle ou l’identité de genre n’est pas traditionnelle.

Des interpellations sans grand lendemain

Dans ces conditions, il serait attendu qu’une forte mobilisation sociopolitique et sanitaire tente d’endiguer les nombreux drames personnels dont les effets dévastateurs sont cruellement ressentis par l’entourage des jeunes qui manifestent des conduites suicidaires (qu’ils aboutissent ou non). Or, la réaction n’est pas particulièrement vigoureuse, l’Office fédéral de la santé publique admettant, dans son rapport de 2005 répondant au Postulat Widmer, que «l’éventail des mesures visant à prévenir les suicides proposé en Suisse est restreint et ne concerne qu’un petit nombre de centres régionaux (principalement situés en Suisse romande)», ou encore que «les possibilités pour la Confédération d’agir dans le domaine de la prévention du suicide sont très limitées».

La question de la suicidalité a aussi fait l’objet de commentaires de la part du Comité des droits de l’enfant qui, en 2002, soulignait son inquiétude au vu du «nombre limité de mesures visant à prévenir ce phénomène (…)». Lors de l’Examen Périodique Universel concernant la Suisse, tant en 2008 qu’en 2012, la question de la prévalence élevée du suicide des jeunes a été soulevée. La précitée recommandation 123.82 du Nicaragua en 2012 est une piqûre de rappel qui tombe à propos.

Promotion des valeurs sociales

La promotion de valeurs sociales recouvre l’application de pratiques, anciennes et actuelles, qui renforcent les facteurs de protection du contexte ambiant dans lequel se développent les enfants. Ainsi, la première campagne nationale de prévention du suicide des jeunes (Pro Juventute en 2011), a communiqué aux jeunes que la société suisse est préoccupée et à l’écoute, dans l’esprit de ce qu’Alfred Adler décrivait comme de la sollicitude sociale (Gemeinschaftgefühl).

La promotion des valeurs sociales vise à encourager tous les processus qui renforcent la construction psychologique saine des enfants, par exemple une image et une estime de soi positive. Or, ces objectifs sont sous-tendus par le soutien au réseau social de l’enfant, dont l’école, mais en premier lieu la famille et les fonctions parentales en son sein.

Dans ce contexte, la Recommandation Rec(2006)19 du Conseil de l’Europe relative aux politiques visant à soutenir une parentalité positive recèle de trésors de bon sens. Ceux-ci devraient orienter la politique publique à mettre en place les conditions-cadres qui favorisent l’émergence d’un comportement parental fondé sur l’intérêt supérieur de l’enfant qui vise à l’élever et à le responsabiliser, qui est non violent et lui fournit reconnaissance et assistance, en établissant un ensemble de repères favorisant son plein développement.

Soutenir les familles implique qu’elles aient accès à des ressources adéquates et diversifiées (matérielles, psychologiques, sociales et culturelles), et que les besoins des enfants et des parents soient pris en compte dans les modèles de vie et les attitudes sociales. Cela revient à renforcer les liens entre les membres de la famille et à encourager un contexte de vie dans lequel l’enfant se développe harmonieusement et sans maltraitance.

Le consensus est que ce type de programme, fondé sur la promotion des valeurs sociales, soutenu à tous les niveaux, étatique et associatif, et de manière proactive, contribuerait significativement à la diminution de la prévalence du suicide chez les jeunes suisses.

Lire aussi :

Suicide des adolescents – existe-t-il des moyens de prévention efficaces ?, Fondation Sarah Oberson, 21 août 2012
Le suicide des jeunes: faits et chiffres, Fondation Sarah Oberson, 22 novembre 2011
Suicide des enfants, rare mais inquiétant, Fondation Sarah Oberson, 10 mai 2011
Les jeunes et le suicide en Valais, La Fondation Sarah Oberson, mai 2006

Suicide des adolescents – existe-t-il des moyens de prévention efficaces ?

21 août 2012

Suicide : la recherche montre que le moyen le plus efficace de prévenir les comportements suicidaires au niveau sociétal est d’investir dans la résilience des enfants, de sorte qu’ils développent les compétences dont ils ont besoin pour endurer des coups.

Par Dainius Puras (Lituanie), expert en santé mentale de l’enfant, ancien membre du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, pour l’Institut international des Droits de l’Enfant, paru le 14.08.12

Dans différentes régions du monde, on rapporte des taux de suicide en augmentation parmi les adolescents. Dans une large mesure, ce phénomène reflète une triste réalité de croissance réelle. Cependant, la bonne nouvelle est que, dans une certaine mesure, cela peut être le résultat d’une meilleure prise de conscience et reconnaissance d’un énorme problème qui a été souvent caché auparavant.

Le comportement suicidaire fait partie du domaine plus large de la santé mentale et du bien-être émotionnel. Alors que de nombreux pays ont considérablement progressé dans leur réponse aux maladies somatiques infectieuses et non-infectieuses, ils se tournent désormais vers les problèmes de santé mentale et découvrent que ces problèmes représentent une charge énorme pour les sociétés. Il est désormais évident que, même dans les pays développés, l’investissement dans la santé mentale n’est plus un luxe et c’est bien plutôt un luxe risqué que de ne pas investir dans la santé mentale et le bien-être émotionnel des enfants et des parents. Alors que les moyens de promouvoir la santé mentale et de prévenir les problèmes de santé à ce niveau, y compris les suicides, sont bien connus, ils ne sont souvent pas mis en oeuvre de façon adéquate dans la pratique. La prévention du suicide, à l’instar de tous les domaines de la santé mentale et du bien-être émotionnel, est souvent l’otage de stigmates, mythes et tabous.

Le problème de la détection des comportements suicidaires avant qu’il ne soit trop tard et de leur prévention, à un niveau sociétal, communautaire, familial et individuel est ardu. Un environnement de désespoir et d’impuissance plane autour de ce phénomène. Pour sortir de l’impasse il s’agit de suivre des principes de base, en phase avec les droits humains modernes et les principes des droits de l’enfant.

Premièrement, il est très important de garder à l’esprit que le suicide est un problème de santé publique, et qu’il doit donc être traité en utilisant des approches de santé publique modernes. La tentation est grande de limiter la prévention du suicide à une approche biomédicale, ou de “haut risque” et de chercher à identifier et prescrire des médicaments ou des thérapies psychosociales à des individus souffrant de dépression au sens médical. Cet approche, même si elle est nécessaire, ne peut à elle seule résoudre le problème du comportement suicidaire, car elle ne s’occupe pas des déterminants sociaux de la santé et du développement des enfants et des adolescents.

De façon intéressante, l’Organisation mondiale de la santé, dans son brillant rapport “Santé et Violence” (2002) a clairement déclaré que le comportement suicidaire est une des faces de la violence, et qu’il devrait être attaqué de la même manière que les autres formes de violence. En traitant le suicide comme une violence dirigée contre soi-même, nous découvrons qu’il existe un grand nombre de solutions effectives et créatives pour le prévenir. Au lieu de chercher les racines du comportement suicidaire dans le cerveau ou la personnalité des individus, nous devrions traiter de la qualité des relations entre les individus et les groupes, et nous découvririons que cela nous conduit au respect, à la dignité et aux droits humains.

Un mythe puissant est basé sur la supposition fataliste qu’il est quasiment impossible de sauver la vie des gens déterminés à commettre un suicide. Ce type de pensées démontre que l’évidence scientifique du suicide comme condition prévisible est toujours méconnue. De fait, la décision de commettre un suicide est la plupart du temps impulsive et un petit détail peut prévenir l’accomplissement de cette décision et sauver une vie. Plusieurs pays ont mis en place des stratégies de prévention du suicide efficaces, après analyse poussée des importants facteurs de risque et de protection à cibler.

En comparaison avec les adultes, le comportement suicidaire des enfants et des adolescents est davantage lié aux facteurs psychosociaux entourant les jeunes individus. Ce qui se passe autour d’eux dans la famille, à l’école, dans la rue, la communauté et la société en général – tout ceci élève ou abaisse le seuil des comportements destructeurs ou auto destructeurs, y compris suicidaires. La recherche montre que le moyen le plus efficace de prévenir les comportements suicidaires au niveau sociétal est d’investir dans la résilience des enfants, de sorte qu’ils développent les compétences dont ils ont besoin pour endurer des coups.

En conclusion, l’approche des droits de l’homme et des droits de l’enfant, si elle est correctement mise en oeuvre dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du bien-être social et dans d’autres secteurs, à travers des services respectueux de l’enfant et des relations respectueuses entre tous les membres de la société, y compris les enfants, est un remède puissant contre les comportements suicidaires.

Comment prévenir le harcèlement à l’école

7 mai 2012

Selon le Pr Eric Debarbieux, la prévention de la violence en milieu scolaire est cruciale tant pour la victime que pour l’agresseur. Un colloque évoque les pistes pour résorber le phénomène.

Article de Paola Mori, publié dans le Courrier, le 03 Mai 2012

Insultes, railleries, humiliations, racket, vols, détérioration de matériel: le harcèlement à l’école peut prendre différents visages. Le développement des nouvelles technologies a également donné naissance à une nouvelle forme de harcèlement via le téléphone portable ou les réseaux sociaux, qui tend à abolir la distinction entre harcèlement scolaire et extrascolaire puisque l’enfant est agressé jusque dans sa chambre.

Une récente enquête française estime qu’un enfant sur dix est victime de façon répétitive de ses camarades. Les chiffres concernant le Valais (1) ont été dévoilées à l’occasion du colloque international baptisé «Harcèlement entre pairs: agir dans les tranchées de l’école» qui se tenais le 3 et le 4 mai 2012 à l’Institut universitaire Kurt Bösch à Sion. Parmi les nombreux experts présents, Eric Debarbieux. Auteur de nombreux ouvrages, il est aussi président de l’Observatoire international de la violence à l’école et professeur de sciences de l’éducation à l’université Paris Est-Créteil.

Quelles sont les conséquences du harcèlement?
Eric Debarbieux: Du côté du harcelé, on constate un décrochage scolaire, de l’absentéisme, une dépréciation de l’image de soi, un risque plus élevé de dépression et de tentative de suicide, y compris à l’âge adulte. Entre 20% et 25% des élèves chroniquement absents ne vont pas à l’école par crainte d’être harcelés. Le harceleur est aussi en danger. Une étude récente en Angleterre, qui a suivi pendant quarante ans un groupe de quatre cent vingt harceleurs, a montré qu’ils étaient beaucoup plus souvent au chômage que d’autres, ou avaient des jobs mal payés ou étaient maltraitants dans le couple. Dans le harcèlement, c’est perdant-perdant. La loi du plus fort est une loi dérisoire.

Quel est le profil des élèves cibles?
C’est difficile à dire. On observe toutefois que la victime est stigmatisée par une différence, qu’elle n’est pas conforme au groupe pour une raison ou une autre. En ce sens, le harcèlement est une oppression conformiste. Lutter contre le harcèlement, c’est aussi combattre le conformisme de groupe.

Comment prévenir ces situations?
Connaître et reconnaître le phénomène, c’est déjà faire la moitié du chemin. On prévient aussi le harcèlement par une politique globale d’amélioration du climat scolaire. Il existe une forte corrélation entre climat de l’établissement et violence scolaire. C’est pourquoi,  tout ce qui favorise la convivialité et le vivre ensemble à l’école est à favoriser. L’organisation de fêtes scolaires ou d’activités comme une pièce de théâtre sont à préconiser. Il existe en Espagne des programmes de convivencia escolar qui ont fait reculer très sensiblement la violence par la diminution de l’isolement des élèves.
Un autre levier est la stabilité des équipes enseignantes. Le nombre des violences chute dans les établissements où les enseignants restent longtemps en poste.

Quels conseils donner aux parents?
Il faut éviter de surprotéger l’enfant car il risque alors de n’avoir pas assez d’assertivité pour faire face aux agressions. En cas de harcèlement, il est nécessaire que les parents aillent parler aux enseignants ou à la direction de l’établissement car l’école est le premier lieu de prévention. Il faut casser le sentiment d’isolement et se montrer collectivement responsables. L’enfant a besoin d’adultes solides autour de lui.

A quels autres niveaux peut-on apporter des solutions?
Côté médias, Facebook, qui est maintenant un des vecteurs les plus dangereux du harcèlement, pourrait s’engager. Par exemple à trouver des moyens de contrôle, sans bien sûr tomber dans l’interdiction idiote.

(1) Étude Valais : En moyenne, deux élèves par classe sont harcelés, Le Nouvelliste, 05.05.2012

Le suicide des jeunes: faits et chiffres

22 novembre 2011

Le suicide est la deuxième cause de décès chez les enfants et les jeunes en Suisse (10-19 ans) et la première cause de décès chez les adolescents et les jeunes adultes de 15 à 24 ans. Pour réduire ces deux types de suicide, il faut assurer un dépistage précoce en sensibilisant la société par des campagnes de prévention et lever le tabou qui entoure ce sujet (prévention), tout en apportant une aide immédiate dans les situations de crise (intervention).

Extrait de la Fiche d’information de la : Campagne «Pro Juventute Conseils + aide 147» pour la prévention du suicide des jeunes

•    Le suicide est la deuxième cause de décès chez les enfants et les jeunes en Suisse (10-19 ans) et la première cause de décès chez les adolescents et les jeunes adultes de 15 à 24 ans. Un enfant, un adolescent ou un jeune adulte attente à sa propre vie tous les quatre jours en Suisse. Environ 11% des adolescents en Suisse ont des idées suicidaires sérieuses. 30% des admissions en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ont pour origine des actes suicidaires et des états dépressifs.
La problématique du cyber-harcèlement fait par ailleurs son apparition. Les études montrent que le nombre de tentatives de suicide chez les jeunes qui ont été confrontés au cyber-harcèlement est deux fois plus important que chez les jeunes qui ne sont pas touchés par cette situation.  8 à 10% des jeunes de Suisse ont déjà été «démolis» sur Internet. Au total, 1 400 personnes se suicident chaque année en Suisse, ce qui représente trois fois le nombre de décès dus à des accidents de la route. La Suisse enregistre ainsi l’un des plus forts taux de suicide d’Europe occidentale. 15 à 25 000 tentatives de suicide ont lieu chaque année dans notre pays. A l’échelle de l’ensemble de la population, une personne sur deux indique avoir eu des idées suicidaires lors d’enquêtes rétrospectives.

•    Chaque jour, au moins une fille ou un garçon aux intentions suicidaires appelle la ligne Conseils + aide 147 de Pro Juventute.

Quelles mesures permettraient de faire baisser le taux de suicide des jeunes en Suisse ?

•    Des campagnes de prévention et un renforcement du soutien aux services apportant une aide immédiate dans les situations de crise. Pourquoi? Un grand nombre de jeunes se tuent sur un coup de tête. D’autres passent à l’acte au terme d’une longue période de souffrance. Pour réduire ces deux types de suicide, il faut assurer un dépistage précoce en sensibilisant la société par des campagnes de prévention et lever le tabou qui entoure ce sujet (prévention), tout en apportant une aide immédiate dans les situations de crise (intervention).
•    Le renforcement, l’encouragement et le soutien des compétences et de l’autonomie des enfants et des jeunes.

Quelle est l’utilité de Pro Juventute Conseils + aide 147 ?

•    Dans un premier temps, les conseillères et conseillers de Pro Juventute Conseils + aide 147 apportent une présence et une écoute décisives dans les situations de détresse. Cela apaise souvent la première crise.
•    Les conseillères et les conseillers de Pro Juventute Conseils + aide 147 incitent les enfants et les jeunes à considérer leurs problèmes ou leurs crises sous un angle nouveau et élaborent avec eux des solutions possibles au cours de l’entretien.
•    Ensuite, Conseils + aide 147 oriente les enfants et les jeunes vers des services spécialisés situés dans leur environnement proche. Pour sortir d’une phase suicidaire, les jeunes ont besoin d’une aide professionnelle immédiate qui intègre leurs personnes de référence. Une prise en charge ambulatoire est souvent nécessaire, parfois une hospitalisation.
•    Dans les situations extrêmes, l’équipe de Pro Juventute Conseils + aide 147 intervient et appelle une ambulance et la police.

La philosophie contre la violence

28 mars 2011

«…Depuis le début, en philosophie on a estimé que le logos (dialogue) était une façon de contrer la violence… » (Sasseville, Haute définition, RSR, 29.08.10)

« A la fin des années 60, Lipman, professeur de logique à l’Université de Columbia, se rend compte de la nécessité de commencer l’apprentissage de méthodes de raisonnement bien avant l’université pour que les élèves puissent réellement s’en servir pour réfléchir. » (Loison Apter, Le Temps, 14.02.2011). Il crée alors une méthode d’enseignement destinée aux enfants. Dès leur plus jeune âge, les enfants apprennent à penser, réfléchir et, vu que la philosophie est une forme de dialogue, ils le font en groupe sur des sujets qui les touchent en suscitant leur intérêt et leur participation.

« La méthode est la suivante: suite à la lecture d’un extrait de roman philosophique, les enfants posent des questions. Puis, avec la collaboration de chacun et l’entraide de tous, ils tentent – à l’aide du dialogue – de répondre à une question philosophique choisie parmi celles qui sont posées. Le rôle de l’animateur est de fournir les outils nécessaires au caractère philosophique de l’échange: aider à repérer les présupposés, questionner les évidences, tenir compte du contexte, etc. Tout cela dans un climat d’écoute, de respect pour la pensée et la parole de chacun. » (Université Laval)

Lipman explore les effets de ces cours sur le comportement des enfants, notamment le comportement violent. Selon lui, la frustration engendre souvent l’agression, la violence. Pour que ce processus de cause à effet ne s’enclenche pas, il faut trouver des soupapes (siphoning off). Par exemple, en convertissant la frustration en ce que Nietzche appelle creative rancor (1) ou des formes consenties de violence, telles que le sport et le business. La pratique de la philosophie pour enfant en est une autre. Elle permet à la communauté, une classe d’enfants par exemple, d’amener la frustration d’un ou plus de ses membres en dessous du seuil critique, en trouvant les raisons et les causes de celle-ci : en mettant des mots sur ce sentiment et en l’analysant.

« Socrate, et par la suite Platon, croyaient que l’être humain faisait le mal par ignorance. » Ils proposaient de lutter contre la violence par l’éducation des gens, en supposant que si les personnes comprenaient mieux les raisons et la portée de leurs actes, elles auraient moins recours à la violence. L’histoire ne leur a pas toujours donné raison. Toutefois, apprendre à philosopher implique un apprentissage à l’argumentation, à mettre des mots cohérents sur des pensées, sur ce que l’on ressent et que l’on vit. (La traversée, Montréal)

Cette méthode suppose « une confiance à la pensée de l’homme » à la capacité de l’homme de « penser par lui-même, pour lui-même, avec les autres ». Ceci sous-entend à son tour la capacité de l’homme à l’écoute, à l’organisation, à l’impartialité et au souci de l’autre. (Sasseville, Haute définition, RSR, 29.08.10)

Selon Lipman, la philosophie pour les enfants va au-delà du simple développement de la pensée critique, déjà très importante en soi. En abordant des arguments qui intéressent de près les enfants, elle leur enseigne que la pensée est aussi émotions et que ces dernières peuvent être exprimées et analysées. Le fait de le faire en groupe à travers le dialogue, améliore la capacité de se comprendre et de s’estimer, tout en comprenant mieux les autres.

Ainsi, la philosophie pour enfants fournit aux enfants, les outils nécessaires pour canaliser leur frustration et la rendre constructive. Elle engendre une ouverture d’esprit, une tolérance face à la pensée de l’autre qui devient ainsi un interlocuteur et non plus un ennemi. Elle les outille par ailleurs à faire face aux différents défis et dangers auxquels ils sont confrontés dans la société, en leur octroyant un œil critique qui les guident dans leurs actes et décisions.

« En vue de la promotion d’une Culture de la Paix, de la lutte contre la violence, d’une éducation visant l’éradication de la pauvreté et le développement durable, le fait que les enfants acquièrent très jeunes l’esprit critique, l’autonomie à la réflexion et le jugement par eux-mêmes, les assure contre la manipulation de tous ordres et les prépare à prendre en main leur propre destin. » (UNESCO, 1999)

Clara Balestra, 28.03.2011

(1)    « a non-aggressive sort of self-expression to be found in many different kinds of art. »

En Suisse romande, l’association proPhilo promeut, développe et soutien la pratique de la philosophie pour les enfants.

Nouvelles technologies, une réalité mouvante, des dangers qui évoluent

26 octobre 2010

“Le mythe du prédateur en ligne qui chasse des enfants sur les réseaux sociaux est en train d’être redimensionné. Des délits sont là pour prouver que ces criminels existent. Toutefois, statistiquement, pour un enfant, le risque d’être abusé est plus important dans son entourage.”

Des recherches récentes sur les dangers des nouvelles technologies pour les enfants démontrent que certains modèles ne correspondent pas ou plus à la réalité. Il est important d’adapter les normes et les stratégies de répression, tout comme les politiques de prévention, à ces nouvelles connaissances.

Ces dernières années, de grands efforts policiers ont été mis en place pour traquer les prédateurs sexuels sur le net. De bons résultats ont été atteints. Divers outils technologiques ont contribué à améliorer l’efficacité de ces investigations, par exemple : le bouton d’alarme sur Facebook qui a permis, au Royaume Uni, de récolter 211 signalements d’activités suspectes en un mois d’existence ; les dénonciations en ligne du Service de coordination de la lutte contre la criminalité sur Internet (SCOCI) ; etc.

Cependant, selon la recherche Trends in Arrests of «Online Predators», le mythe du prédateur en ligne qui chasse des enfants (0-18 ans) sur les réseaux sociaux est en train d’être redimensionné. Des délits sont là pour prouver que ces criminels existent. Toutefois, statistiquement, pour un enfant, le risque d’être abusé est plus important dans son entourage. Ainsi, les chercheurs suggèrent aux forces de police de continuer à lutter contre les prédateurs du net, mais sans négliger leurs efforts contre les abuseurs hors ligne.

Ces mêmes chercheurs ont aussi découvert que le prédateur type n’est pas ou plus l’homme quinquagénaire qui se fait passer pour un enfant du même âge que ses victimes, mais un individu entre 18 et 34 ans qui “joue sur la « naïveté émotionnelle » des adolescents pour les entraîner dans une relation prétendument « amoureuse ». De fait, la recherche montre que les jeunes les plus à risque sont ceux qui ont des problèmes émotionnels tels que de mauvaises relations avec leurs parents, ou des difficultés à trouver ou accepter leur identité sexuelle”.

Devant ces nouvelles données, le logiciel informatique étudié par Computer Scientists at Lancaster University pour la reconnaissance de l’âge de l’interlocuteur, par exemple, est moins utile que prévu. Les affiches de Un pseudo peut cacher n’importe qui, tout en permettant de mettre en garde les enfants sur une problématique existante, touchent, selon ces données, un phénomène moins répandu que l’on pensait.

Ces scientifiques soulignent aussi le fait qu’il n’y a pas de preuves pour désigner internet comme un lieu plus dangereux que d’autres pour les enfants (école, famille, rue). Selon leur recherche, les plus grands dangers encourus par les enfants face aux nouvelles technologies sont : le harcèlement de leurs pairs, le vol d’identité, l’addiction et la perte de réputation.

Le harcèlement est une problématique qui devient de plus en plus préoccupante car « les boucs émissaires ont toujours existé dans les écoles. Mais autrefois, les attaques étaient des rumeurs qui circulaient entre quelques personnes dans le préau. Maintenant, il s’agit d’articles, de photos, ou de vidéos vus et commentés par toute l’école (…) en direct ! C’est beaucoup plus violent pour un jeune et il peut en découler de sérieux problèmes d’autoestime » (1). Des cas de suicides sont malheureusement connus – Phoebe Prince, 15 ans, s’est suicidée le 4.01.2010. Neuf étudiants ont été arrêtés en relation avec sa mort.

C’est ainsi que, sur la base de ces découvertes récentes, le Online Safety Technology Working Group (2) recommande entre autres, dans son rapport publié en juin 2010, d’inclure des cours de civisme dans le curriculum scolaire.

Ainsi, la nature des nouvelles technologies est celle d’un monde en mouvance rapide. La réponse aux dangers qui s’y retrouvent doit l’être aussi. De là, l’importance de récolter et analyser des données de manière constante, afin d’avoir une réponse constructive et adaptées aux réalités quotidiennes.

Clara Balestra, 26.10.2010

(1) Olivier Halfon in Ruiz Geneviève, « Ados en ligne », in Hebdo, N°33 Semaine du 19 août 2010, p. 49
(2) “Members came from the Internet industry, child safety advocacy organizations, educational and civil liberties communities, the government, and law enforcement communities.” (p.1) “The approach would also work in concert with non-fear-based, social-norms education, which promotes and establishes a baseline norm of good behavior online.” (p.4)

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Où il est à nouveau question du châtiment corporel

14 septembre 2009

Editorial de M. Jean Zermatten, vice-président de la Fondation Sarah Oberson et du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, Directeur de l’Institut international des Droits de l’enfant

Le 27 août dernier, un colloque national organisé par la Fondation Terre des Hommes a réuni une centaine de personnes à Berne pour reparler du châtiment corporel. Après le rejet de l’initiative parlementaire «Mieux protéger les enfants contre la maltraitance », à fin 2008 (quel cadeau de Noël aux enfants !),  il convient en effet de se poser la question  de savoir si la Suisse va se joindre à l’actuelle campagne du Conseil de l’Europe qui demande l’abolition de toutes formes de châtiments corporels à l’égard des enfants  et si notre pays va enfin  prendre ses responsabilités. Pour information,  19 pays européens ont déjà bannis les châtiments corporels, et dix autres s’y préparent . La Suisse suivra-t-elle ?

Le Comité des droits de l’enfant définit clairement « … tous châtiments impliquant l’usage de la force physique et visant à infliger un certain degré de douleur… ».  Le Comité illustre ce qu’il entend, par ex. «  l’administration d’un coup («tape», «gifle», «fessée») avec la main ou à l’aide d’un instrument − fouet, baguette, ceinture, chaussure…. Mais aussi « un coup de pied, secouer ou projeter un enfant, le griffer, le pincer, le mordre, lui tirer les cheveux, lui  tirer les oreilles ou bien encore à forcer un enfant à demeurer dans une position inconfortable, à lui infliger une brûlure, à l’ébouillanter ou à le forcer à ingérer quelque chose ». De l’avis du Comité, tout châtiment corporel ne peut être que dégradant. En outre, certaines formes non physiques sont également cruelles et dégradantes et donc incompatibles avec la Convention. À leur nombre figurent, par exemple: les châtiments tendant à rabaisser, humilier, dénigrer, prendre pour bouc émissaire, menacer, effrayer ou ridiculiser l’enfant .

Si la Suisse a supprimé le droit de correction du Code civil suisse, en 1978 par l’abrogation de d’ancien art. 278 CCS  et si le Tribunal fédéral, le 5 juin 2003, a rendu un arrêt important contre les mauvais traitements à l’égard des enfants en indiquant que le fait de tirer les oreilles régulièrement à un enfant, en sus de l’administration de gifles était un fait punissable, la réalité légale est que le châtiment corporel comme tel n’a pas été interdit de manière explicite par la loi. Et surtout qu’il existe une tolérance face au recours à la gifle, fessée et autres coups, sous prétexte de «correction», d’éducation et d’utilisation de moyens «pédagogiques» envers les enfants. La décision du Parlement suisse est curieuse, dans le sens où le Comité des droits de l’enfants, dans son examen de la situation des droits de l’enfant en Suisse en 2002, a très clairement recommandé « …d’interdire explicitement toutes les pratiques de châtiment corporel au sein de la famille, à l’école et dans les établissements et de mener des campagnes d’information destinées, entre autres, aux parents, aux enfants, aux responsables de la police et de la justice et aux enseignants, pour expliquer les droits des enfants à cet égard et encourager le recours à d’autres moyens de discipline compatibles avec la dignité humaine de l’enfant et conformes à la Convention…» (1)

En une période où l’on s’étonne de la violence des adolescents et où l’on veut éradiquer (ou au moins faire baisser) cette violence, il est assez curieux que l’on puisse encore tolérer des modes violents d’ «éducation». Bannir le châtiment corporel, c’est aussi prévenir, globalement, la violence.

Il est à espérer que la Suisse fasse enfin le petit bout de chemin qui lui reste à accomplir pour bannir toute violence à l’égard des enfants. Ce geste hautement symbolique est attendu par les enfants, tous les enfants !

Jean Zermatten, 31.08.09

Complément:
Lors du congrès intitulé « Le difficile bonheur d’éduquer », organisé par le Service de Protection de la jeunesse du canton de Vaud les 7 et 8 septembre 2009, un débat autour de l’interdiction des châtiments corporels dans la famille a opposé Mme Ruth Gaby Vermot-Mangold, auteure de l’initiative parlementaire susmentionnée «Mieux protéger les enfants contre la maltraitance » et le journaliste M. Alain Rebetez. Celui-ci, reprenant les propos de son article paru dans l’Hebdo (3.11.2005), s’est demandé si les promoteurs de l’interdiction ne souffraient pas d’ ‘une étrange terreur des rapports physiques’ qui les faisaient abhorrer les châtiments corporels.
L’auditoire de professionnels de la protection de l’enfance a réagi de manière inattendue en soutenant en grande partie les propos de M. Rebetez. L’interdiction des châtiments corporels en Suisse est encore loin d’avoir ne serait-ce que l’approbation des professionnels.
Souhaitons que le débat s’intensifie afin que les mentalités puissent évoluer comme le préconise le Comité des droits de l’enfant.

Clara Balestra, 14.09.09

(1) CRC/C/15/Add.182 du 13 juin 2002

La négligence, une violence à prévenir !

2 août 2009

Le 17 juillet 2009, deux enfants, respectivement de 11 ans et six mois, ont disparu dans les eaux de la rivière Engelberger dans le canton de Nidwald à cause d’une négligence parentale. La jeune fille de 11 ans, Jessica, rentrait à la maison avec un bébé, Nils, et sa sœur, Rahel, de 4 ans, qui a réussi à se sauver. A la gare de Lucerne, la mère de Jessica, Esther, lui confie la garde de Rahel et Nils, enfants de Michela, nouvelle amie d’Esther. Cette dernière place Jessica, Rahel et Nils dans le train Lucerne-Grafenort (env. 60 minutes). Dès la gare, les enfants doivent marcher encore deux kilomètres pour atteindre la maison. Il semblerait qu’ils ont tenté sans succès de traverser un petit ruisseau, gonflé par les pluies. Leurs corps n’ont pas encore été retrouvés – article du 20.07.09.

Ce terrible événement permet de rappeler et de souligner que la négligence envers les enfants (1) est une forme de violence, un acte de maltraitance (2). Ses conséquences sur l’enfant et sur son développement physique, intellectuel, psychologique et social sont graves (3) et dépendent du type et de la chronicité de la négligence tout comme de la personnalité et de l’âge de l’enfant.

La Convention des droits de l’enfant demande aux Etats de tout mettre en œuvre pour « protéger l’enfant contre toutes formes de violence (dont la) négligence » (art. 19 al. 1), ce qui implique la mise en œuvre de mesures d’intervention et de prévention (art. 19 al. 2).

Intervenir, les résultats sont mitigés

La négligence est difficile à définir et à détecter, et, lorsqu’elle est traitée, elle est coriace et épuisante. Définir les limites de ce qui est négligent et de ce qu’il ne l’est pas est complexe, d’une part parce qu’un consensus scientifique ou juridique n’existe pas, d’autre part parce que les critères de choix sont éminemment socioculturels.

Avant qu’elle ne soit trop grave (ex. malnutrition sévère), elle passe pour la plupart inaperçue, notamment car il s’agit d’une omission, d’un acte passif, en contraste avec les autres types de maltraitance qui sont surtout des agressions, donc par définition plus visibles. La forme la plus spectaculaire est la négligence dans la sécurité qui peut produire des accidents graves, comme la noyade des deux enfants au canton de Nidwald. Il s’agit d’exceptions. La négligence est surtout sournoise.

Les résultats d‘une intervention en cas de négligence sont généralement mitigés : le taux d’accident même après la prise en charge est élevé ; lorsque le soutien s’arrête, on constate pour la plupart un retour à la situation précédent l’intervention. Aussi, l’apathie de la famille, ses exigences de plus en plus importantes, les améliorations lentes et les récidives fréquentes épuisent les intervenants.

Prévenir, la solution ?

Suffisamment de recherches scientifiques permettent d’affirmer que la violence envers les enfants peut être prévenue.

La littérature scientifique souligne aussi la possibilité d’employer un même modèle de prévention pour tous les types de maltraitance envers les enfants à condition que le modèle choisi prenne en compte toute la complexité de la problématique (4).

Par ailleurs, les programmes qui ont prouvé scientifiquement leur capacité à baisser l’incidence des mauvais traitements envers les enfants sont les programmes de visites à domicile et la formation des parents (4), programmes qui existent déjà dans plusieurs cantons suisses.

En Suisse, il existe un déficit important de données concernant le phénomène de la violence envers les enfants – voir éditorial du 30.03.2009. Le Comité des droits de l’enfant a demandé, déjà en 2002, d’améliorer et de systématiser la récolte et l’analyse des données sur cette problématique (Observations finales, par. 39). Par ailleurs, une stratégie nationale de prévention de la maltraitance envers les enfants, déjà définie par l’OFAS en 2005, doit être adopté et mise en œuvre. Le Conseil fédéral la préconise dans son Rapport Pour une politique suisse de l’enfance et de la jeunesse de 2008.

La mise en place de ces deux éléments se heurte au partage des compétences communales, cantonales et fédérales dans le domaine de la protection des enfants et de la prévention, à une idéologie libérale dominante qui rechigne à investir la sphère privée et à l’accent mis sur l’intervention au détriment de la prévention.

On regrette par ailleurs que le Deuxième rapport des ONG au Comité des droits de l’enfant n’insiste pas sur la mise en place d’une stratégie globale de prévention à la violence envers les enfants mais parle plus timidement de « développer des concepts de prévention spécifiques contre la violence familiale à l’école… » qui semble tout à fait insuffisant.

Le Programme national de protection de l’enfance 2010-2020, si concrétisé, peut s’avérer une première étape vers une stratégie globale, si la prévention primaire sera la priorité.

Les événements de Nidwald vont peut-être amener les décideurs à avancer dans ce sens, comme la disparition de Lucie Trezzini a accéléré l’instauration d’un système national d’alerte enlèvement – voir l’éditorial du 29.04.2009.

Clara Balestra, 28.07.09

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(1) On définit la négligence comme « l’ignorance, de la part des parents ou des personnes qui s’occupent des enfants, des besoins physiques et affectifs des jeunes enfants alors qu’ils ont les moyens d’y pourvoir, qu’ils ont les connaissances et l’accès aux services nécessaires; ou le fait de ne pas protéger l’enfant contre le danger.» In Pinheiro Paulo S. (2006), World Report on violence against children, Etude du Secrétaire des Nations Unies, Nations Unies, New York, p. 60-61.
La négligence se présente sous plusieurs formes : physique (négligence d’alimenter, dans l’habillement, dans l’hygiène, dans l’abri, dans la sécurité et dans la surveillance), affective,  médicale, éducationnelle.
(2) « La maltraitance de l’enfant s’entend de toutes les formes de mauvais traitements physiques et/ ou affectifs, de sévices sexuels, de négligence ou de traitement négligent, ou d’exploitation commerciale ou autre, entraînant un préjudice réel ou potentiel pour la santé de l’enfant, sa survie, son développement ou sa dignité dans le contexte d’une relation de responsabilité, de confiance ou de pouvoir. » In Krug Etienne G., Dahlberg Linda L., Mercy James A., Zwi Anthony et Lozano Ascencio Rafael (2002), ‘La maltraitance des enfants et le manque de soins de la part des parents ou des tuteurs’, en Rapport mondial sur la violence et la santé, OMS, Genève, 2002, p. 65.
(3) Troubles de la personnalité, dépendances, retard de développement, dépression, angoisse, manque de confiance en soi, …
(4) En effet, les données épidémiologiques et les facteurs de risque se recoupent dans l’analyse de ces formes de violence. WHO and ISPCAN WHO and ISPCAN (2006), Preventing Child maltreatment : a guide to taking action and generating evidence, Library Cataloguing, France