La séparation, un séisme ordinaire

10 février 2015

As’trame “est persuadée de l’utilité d’un travail avec le cadre parental afin d’élaborer et d’aménager la coparentalité en co-construction avec les parents. C’est en effet la qualité des pratiques parentales et la capacité à faire équipe avec l’autre parent qui sont, à notre sens, de véritables facteurs de protection.”

Présentation de Charlotte Crettenand, Psychologue-psychothérapeute FSP, Présidente As’trame Valais, Intervenante à la Soirée Sarah Oberson 2014 : « Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées! ».

En raison des statistiques en la matière, la séparation est un événement de vie bien souvent banalisé. Les familles qui nous consultent témoignent elles-mêmes que dans les classes de leurs enfants, il est presque plus « anormal » d’être issu d’une famille dans laquelle père et mère vivent ensemble que d’une famille monoparentale ou recomposée…

Pourtant, lorsque la séparation nous touche personnellement, c’est un bouleversement majeur. C’est bien ce qu’exprime une maman que nous avons rencontrée dans le cadre d’As’trame : “Lorsque mon mari m’a quittée, je me suis sentie anéantie. Pour moi, c’était la “fin du monde”. Je n’avais plus aucun repère. J’étais totalement perdue. Mes enfants étaient elles aussi perdues. Elles naviguaient entre tristesse, colère et incompréhension. Je ne me sentais pas suffisamment forte pour répondre à toutes leurs attentes, leurs questions. (…) Vivre une séparation est un séisme émotionnel et lorsque l’on ressent le besoin d’en parler, il est parfois difficile de ne pas se sentir jugé.”

Structure de la famille : niveaux conjugal et coparental

Lorsque la famille est unie, il est quasiment impossible de distinguer ce qui relève du conjugal ou du coparental. En tant qu’adulte, on est aussi bien un conjoint qu’un parent. Tout cela est entremêlé.

Quand la famille éclate, le lien conjugal est rompu. Comme on le répète souvent dans ce genre de situation : « si papa et maman ne s’aiment plus, ils resteront toujours ton papa et ta maman ». C’est bien là que réside tout l’enjeu de la séparation vis-à-vis des enfants : comment continuer à collaborer en tant que parents lorsqu’on est une femme (ou un homme) déchirée, trahie, désillusionnée… ?

Néanmoins, le lien de filiation perdure. La décision prise en tant qu’adultes n’influence pas le lien qui unit deux parents à leurs enfants. Du moins, en théorie. En effet, dans certaines situations, le conflit conjugal continue à perdurer et s’immisce dans la relation aux enfants.

Dans tous les cas, les membres de la famille sont amenés à vivre un véritable processus d’intégration de la perte (de la famille idéale, unie). Proche de celui du deuil, il n’est pourtant pas semblable puisqu’il s’agit d’une « perte ambiguë » (Pauline Boss, 1999). En effet, si le conjoint et parent n’est plus présent physiquement, il continue d’exister (et d’être actif). Cette présence-absence est un autre défi auquel sont confrontées les familles dans lesquelles le couple se sépare.

Conséquences chez l’enfant

Suite à la séparation, divers signes réactionnels vont être observés chez l’enfant qui peuvent différer suivant ses contextes de vie (famille, école, extra-scolaire…). Dans le cadre d’une brochure éditée en 2012 (« L’enfant et le divorce »), nous avons notamment mis en évidence cinq grandes manifestations parmi les plus courantes, qui ne vont pas être reprises en détail ici.

L’idée est de montrer brièvement la grande diversité de ces signes réactionnels qui peuvent être :

  • émotionnels : tristesse, colère, incompréhension, anxiété, peur de l’abandon, baisse de l’estime de soi…
  • comportementaux : agressivité, difficultés de concentration, modification du comportement alimentaire, difficultés d’endormissement…
  • propres à la séparation : difficultés lors des moments de transitions, tentatives de réconcilier les parents, prendre parti pour un des parents…

Evidemment, tous les enfants ne réagissent pas de la même manière et peuvent rencontrer bien d’autres difficultés que celles données en exemple ci-dessus.

As’trame au service des familles

As’trame propose un accompagnement structuré et ponctuel à toute famille qui en ressent le besoin, au moment opportun pour elle. Certaines familles nous contactent très rapidement après la séparation, d’autres plusieurs années après, quelques unes avant même l’annonce aux enfants, afin d’avoir des pistes.

C’est souvent par le biais des enfants – qui inquiètent leurs parents (ou les professionnels qui les encadrent : enseignantes, éducatrices, infirmières scolaires…) à travers différentes manifestations – que nous avons accès aux familles.

Nous intervenons en amont, dès les premiers indices de mal-être et pour tout questionnement relatif au processus de la séparation. Nous sommes convaincus que cette action permet, dans la plupart des cas, d’atténuer progressivement les signes de souffrance et d’éviter que les difficultés s’installent durablement.

Pour ce faire, nous invitons enfants, adolescents et adultes à entreprendre un « Parcours de Reliance » (en individuel, en fratrie ou en groupe) afin de soutenir les personnes, mobiliser leurs ressources et prévenir les risques engendrés par les ruptures de liens familiaux.

Nous sommes aussi persuadés de l’utilité d’un travail avec le cadre parental afin d’élaborer et d’aménager la coparentalité en co-construction avec les parents. C’est en effet la qualité des pratiques parentales et la capacité à faire équipe avec l’autre parent qui sont, à notre sens, de véritables facteurs de protection.

Références :

As’trame (2012). L’enfant et le divorce. Comprendre ce qu’il vit et le soutenir dans les changements qu’il traverse. Brochure gratuite et commandable sur : http://www.astrame.ch/actu-et-documentation/commande-de-documents/

Boss, Pauline (1999). Ambiguous Loss. Harvard University Press.

C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé d’organiser cette Soirée Sarah Oberson 2011

29 novembre 2011

La tragédie de la disparition des jumelles Alessia et Livia au début de cette année nous a tous interpellés !.. Au sein de la Fondation Sarah Oberson, nous nous sommes demandés comment faudrait-il faire pour éviter à l’avenir que la séparation des parents  finisse en drame pour les enfants ?

Discours d’ouverture de la Soirée Sarah OBerson 2011, Dr. Bernard Comby

La tragédie de la disparition des jumelles Alessia et Livia au début de cette année nous a tous interpellés !.. Au sein de la Fondation Sarah Oberson, nous nous sommes demandés comment faudrait-il faire pour éviter à l’avenir que la séparation des parents  finisse en drame pour les enfants ?
C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé d’organiser cette Soirée Sarah Oberson 2011, consacrée à cette importante problématique d’actualité, en attirant votre attention sur les nouvelles solutions à développer pour le futur.

Il faut savoir qu’en Suisse, plus de 50 % des mariages se terminent en divorces, avec leurs cortèges de problèmes pour les parents et surtout pour les enfants concernés. Certes, le divorce fait partie de l’évolution de notre société et n’est pas nécessairement une calamité. Mais il porte en lui son lot de souffrances pour les milliers d’enfants involontairement touchés par ces ruptures entre adultes. Chaque année, ils sont au nombre d’environ 15’000 enfants embarqués bien malgré eux dans cette aventure.
Fort heureusement, dans la grande majorité des cas, les situations trouvent un règlement à l’amiable, respectant le bien des enfants concernés. Nous estimons à quelque 10 % les cas de divorces litigieux. Certains conduisent même à des situations extrêmes.
Par exemple, en Suisse, l’année dernière, 102 nouveaux cas d’enlèvements parentaux internationaux ont eu lieu. Il s’agit-là de couples bi-nationaux déchirés, qui engendrent des situations où les enfants sont en quelque sorte pris en otage par l’un des deux parents…

Quelles sont les solutions qui permettront à l’avenir de mieux régler cette délicate question de la séparation ou du divorce des parents ? La médiation familiale, l’autorité parentale partagée, le curateur des enfants ; il s’agit-là de solutions à mettre en œuvre pour apporter des réponses adéquates aux douloureux problèmes posés.

Pour ma part, je pense que nous devrions généraliser la médiation familiale lors de toute séparation ou de tout divorce, entraînant dans leur sillage des enfants. Il faudrait la rendre obligatoire ! Les expériences réalisées en France dans ce domaine ont donné des résultats tout à fait probants. En Suisse, des expériences concluantes ont également été faites à ce sujet. Dans le cas d’enlèvements sur le plan national, voire international, la médiation demeure aussi sans doute la solution la plus efficace. Mais il ne faut pas non plus exclure la possibilité d’élargir les critères du déclenchement de l’Alerte Enlèvement lorsque l’intégrité de l’enfant est mise en danger…

La Fondation Sarah Oberson souhaite aussi que la Suisse se dote rapidement du numéro européen 116000 pour apporter une écoute attentive, des conseils utiles et un soutien bienveillant aux familles confrontées à la disparition des enfants. Il semble que la Confédération veuille sérieusement empoigner ce problème, avec l’aide des ONG spécialisées en la matière. Nous l’y encourageons ardemment. Il s’agit à notre avis d’un complément indispensable au système Alerte Enlèvement, entré en vigueur dans notre pays le 1er janvier 2010.

Quant à la solution de l’autorité parentale partagée, qui fait débat actuellement en Suisse, elle devrait sans doute devenir la règle dans tous les cas de séparations ou de divorces.
D’ailleurs, une motion vient d’être approuvée tacitement dans ce sens par le Conseil National, le 30 septembre 2011 et une modification du Code Civil devrait rapidement voir le jour dans notre pays, selon la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.
Certes, il ne s’agit pas d’une panacée, car plusieurs mesures concomittantes s’avèrent indispensables afin de respecter le bien et l’intérêt de l’enfant concerné, conformément à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ratifiée par la Suisse. Mais il est temps que notre pays fasse de l’autorité parentale partagée une règle générale à appliquer dans toutes ces situations. Personnellement, je saisis l’occasion de cette Soirée pour lancer un appel en faveur de cette solution.

En remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène de société, la Soirée Sarah Oberson 2011 vise donc à réfléchir sur certains dispositifs mis en place partiellement ou à titre expérimental dans notre pays, à savoir notamment la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant.
En confrontant ces pratiques avec la réalité quotidienne, les exposés que nous allons entendre et la Table ronde nous apporteront sans doute les réponses souhaitées.
D’ores et déjà, je remercie chaleureusement tous les Intervenants de ce soir, qui nous ont fait l’honneur et l’amitié de leur présence et vous dédie à tous cette pensée de Fénelon :

“L’enfant est comme une bougie allumée dans un lieu exposé au vent : sa lumière vacille toujours.”