La séparation, un séisme ordinaire

10 février 2015

As’trame “est persuadée de l’utilité d’un travail avec le cadre parental afin d’élaborer et d’aménager la coparentalité en co-construction avec les parents. C’est en effet la qualité des pratiques parentales et la capacité à faire équipe avec l’autre parent qui sont, à notre sens, de véritables facteurs de protection.”

Présentation de Charlotte Crettenand, Psychologue-psychothérapeute FSP, Présidente As’trame Valais, Intervenante à la Soirée Sarah Oberson 2014 : « Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées! ».

En raison des statistiques en la matière, la séparation est un événement de vie bien souvent banalisé. Les familles qui nous consultent témoignent elles-mêmes que dans les classes de leurs enfants, il est presque plus « anormal » d’être issu d’une famille dans laquelle père et mère vivent ensemble que d’une famille monoparentale ou recomposée…

Pourtant, lorsque la séparation nous touche personnellement, c’est un bouleversement majeur. C’est bien ce qu’exprime une maman que nous avons rencontrée dans le cadre d’As’trame : “Lorsque mon mari m’a quittée, je me suis sentie anéantie. Pour moi, c’était la “fin du monde”. Je n’avais plus aucun repère. J’étais totalement perdue. Mes enfants étaient elles aussi perdues. Elles naviguaient entre tristesse, colère et incompréhension. Je ne me sentais pas suffisamment forte pour répondre à toutes leurs attentes, leurs questions. (…) Vivre une séparation est un séisme émotionnel et lorsque l’on ressent le besoin d’en parler, il est parfois difficile de ne pas se sentir jugé.”

Structure de la famille : niveaux conjugal et coparental

Lorsque la famille est unie, il est quasiment impossible de distinguer ce qui relève du conjugal ou du coparental. En tant qu’adulte, on est aussi bien un conjoint qu’un parent. Tout cela est entremêlé.

Quand la famille éclate, le lien conjugal est rompu. Comme on le répète souvent dans ce genre de situation : « si papa et maman ne s’aiment plus, ils resteront toujours ton papa et ta maman ». C’est bien là que réside tout l’enjeu de la séparation vis-à-vis des enfants : comment continuer à collaborer en tant que parents lorsqu’on est une femme (ou un homme) déchirée, trahie, désillusionnée… ?

Néanmoins, le lien de filiation perdure. La décision prise en tant qu’adultes n’influence pas le lien qui unit deux parents à leurs enfants. Du moins, en théorie. En effet, dans certaines situations, le conflit conjugal continue à perdurer et s’immisce dans la relation aux enfants.

Dans tous les cas, les membres de la famille sont amenés à vivre un véritable processus d’intégration de la perte (de la famille idéale, unie). Proche de celui du deuil, il n’est pourtant pas semblable puisqu’il s’agit d’une « perte ambiguë » (Pauline Boss, 1999). En effet, si le conjoint et parent n’est plus présent physiquement, il continue d’exister (et d’être actif). Cette présence-absence est un autre défi auquel sont confrontées les familles dans lesquelles le couple se sépare.

Conséquences chez l’enfant

Suite à la séparation, divers signes réactionnels vont être observés chez l’enfant qui peuvent différer suivant ses contextes de vie (famille, école, extra-scolaire…). Dans le cadre d’une brochure éditée en 2012 (« L’enfant et le divorce »), nous avons notamment mis en évidence cinq grandes manifestations parmi les plus courantes, qui ne vont pas être reprises en détail ici.

L’idée est de montrer brièvement la grande diversité de ces signes réactionnels qui peuvent être :

  • émotionnels : tristesse, colère, incompréhension, anxiété, peur de l’abandon, baisse de l’estime de soi…
  • comportementaux : agressivité, difficultés de concentration, modification du comportement alimentaire, difficultés d’endormissement…
  • propres à la séparation : difficultés lors des moments de transitions, tentatives de réconcilier les parents, prendre parti pour un des parents…

Evidemment, tous les enfants ne réagissent pas de la même manière et peuvent rencontrer bien d’autres difficultés que celles données en exemple ci-dessus.

As’trame au service des familles

As’trame propose un accompagnement structuré et ponctuel à toute famille qui en ressent le besoin, au moment opportun pour elle. Certaines familles nous contactent très rapidement après la séparation, d’autres plusieurs années après, quelques unes avant même l’annonce aux enfants, afin d’avoir des pistes.

C’est souvent par le biais des enfants – qui inquiètent leurs parents (ou les professionnels qui les encadrent : enseignantes, éducatrices, infirmières scolaires…) à travers différentes manifestations – que nous avons accès aux familles.

Nous intervenons en amont, dès les premiers indices de mal-être et pour tout questionnement relatif au processus de la séparation. Nous sommes convaincus que cette action permet, dans la plupart des cas, d’atténuer progressivement les signes de souffrance et d’éviter que les difficultés s’installent durablement.

Pour ce faire, nous invitons enfants, adolescents et adultes à entreprendre un « Parcours de Reliance » (en individuel, en fratrie ou en groupe) afin de soutenir les personnes, mobiliser leurs ressources et prévenir les risques engendrés par les ruptures de liens familiaux.

Nous sommes aussi persuadés de l’utilité d’un travail avec le cadre parental afin d’élaborer et d’aménager la coparentalité en co-construction avec les parents. C’est en effet la qualité des pratiques parentales et la capacité à faire équipe avec l’autre parent qui sont, à notre sens, de véritables facteurs de protection.

Références :

As’trame (2012). L’enfant et le divorce. Comprendre ce qu’il vit et le soutenir dans les changements qu’il traverse. Brochure gratuite et commandable sur : http://www.astrame.ch/actu-et-documentation/commande-de-documents/

Boss, Pauline (1999). Ambiguous Loss. Harvard University Press.

La médiation, une piste possible !

9 décembre 2014

Lors d’une séparation, le médiateur accompagne le couple à rester un couple de parents vis à vis de leur enfant. Ils sont confrontés à leurs responsabilités parentales dans l’intérêt de leur enfant. (…) Cette démarche débouche sur une organisation sur mesure pour l’enfant.

Par Mme Jocelyne Duc Schweri, Médiatrice indépendante auprès de l’Espace de Médiations à Sion, agréée par la Fédération suisse des Associations de Médiation (FSM), qui s’exprime sur le thème de la Soirée Sarah Oberson 2014 : « Enfants et séparation : des causes énoncées aux interventions proposées! », où elle a participé comme Intervenante à la Table ronde

Dans un espace neutre, confidentiel, sécurisé, en présence d’un tiers, la médiation offre une approche concrète qui permet d’explorer, de construire ou de reconstruire des solutions cohérentes et durables.

Lors d’une séparation, le médiateur accompagne le couple à rester un couple de parents vis à vis de leur enfant. Ils sont confrontés à leurs responsabilités parentales dans l’intérêt de leur enfant. La médiation s’oriente dans le présent pour organiser le futur mais ne s’articule pas dans le passé.

Pour cheminer dans la co-responsabilité des liens entre l’enfant et les parents, il est nécessaire d’explorer la situation actuelle de l’enfant de manière très concrète, (sommeil, école, sport, santé, formation, frais, … ) afin de dégager la position de l’un et l’autre parent.

A partir de ce moment là, les parents peuvent :

- s’écouter sur les besoins spécifiques de leur enfant et les prendre en compte dans leurs discussions, par exemple : santé, loisirs, …

- exprimer leurs besoins en tant que père, que mère et les mettre en lien avec l’âge de celui-ci par exemple : à l’adolescence, engagement qui va perdurer au delà des 18 ans pour les enfants qui poursuivent les études, …

- ouvrir leur réflexion au cercle élargi de la famille, par exemple : grand-père, grand-mère, oncle, tante, amis, copains, copines …

- et tenir compte d’un nombre important de déterminants dans l’organisation autour de l’enfant, par exemple : proximité des domiciles, …

L’organisation autour de l’enfant s’effectue dans la co-responsabilité de chaque entité de père et de mère. Celle-ci débouche sur une organisation sur mesure pour l’enfant ce qui signifie l’acceptation des différences entre père et mère. Cette co-construction peut aboutir à un accord consigné qui peut être présenté pour homologation auprès des autorités : APEA, juge, …

L’idéal est de pouvoir construire un projet en amont de la séparation afin de pouvoir  rassurer l’enfant au moment de l’annonce de la séparation avec une attitude « homéopathique ». L’attitude homéopathique étant d’apporter un maximum de sécurité dans cette transition.

Cependant, la médiation peut intervenir à tout moment du processus de séparation ou plus tard lors discussions parentales en lien avec l’organisation autour de l’enfant.

Enfants, séparation et drames : et si la société avait sa part de responsabilité ?

23 septembre 2014

Comment éviter que la séparation des parents finisse en drame pour les enfants ?
En  Suisse, le 43% des mariages se soldent par un divorce : on estime à 12’700 les enfants concernés, sans compter les séparations hors mariage. La majorité des situations se règlent de manière « civilisée ». Les cas de divorce litigieux ne représenteraient que le 10%. Il n’en reste pas moins que dans bien des cas, une séparation rime avec paupérisation. Aussi, au sein des cas litigieux, des exemples extrêmes existent. Durant l’année 2013, la Suisse a enregistré 106 nouveaux cas d’enlèvements parentaux internationaux. D’autre part, les médias nous informent régulièrement de cas d’homicide d’enfants perpétrés par l’un des parents, qui tente par la suite de se suicider.
Les enfants paient parfois un prix exorbitant la séparation de leurs parents.

Est-ce que la société et ses normes auraient un rôle à jouer pour prévenir les séparations conflictuelles ?

En Suisse, les conditions socio-économiques – de manière prépondérante – et culturelles font que la mère prend en charge la majorité de la responsabilité parentale, alors que le père reste le pourvoyeur financier principal. D’une part, «…on constate qu’une répartition de l’activité lucrative entre les deux membres du couple n’est pas toujours intéressante. Autrement dit, le modèle du couple à salaire unique reste plus avantageux. » L’offre de conditions de conciliation entre la vie professionnelle et familiale fait partie de cette équation. D’autre part, l’idée culturellement dominante que «plus on accorde de l’importance (à la famille) moins on est ouvert à partager (sa) prise en charge», renforce ce schéma. Ainsi, «…l’homme ne diminue pas ses revenus, au contraire la femme le réduit de CHF 1’005.- par mois (moyenne suisse), pour laisser le travail à plein temps.»

Si les inégalités de responsabilités parentales et économiques «dans la famille unitaire (sont) généralement occulté (en faveur de la poursuite d’un but commun), cela pourrait ne plus être le cas dans la séparation.»  Selon Modak, le passage d’une famille unie à une famille séparée et fonctionnelle, où l’enfant peut s’épanouir, «ne peut sans doute que se construire en amont, avec une égalisation des conditions parentales, professionnelles et familiales, dans la famille indivisée et dans le marché du travail.»

En conclusion, si on constate une banalisation de la séparation de part le nombre, l’institution familiale et les normes socio-économiques et culturelles en vigueur (monde du travail, offres de conciliation de la vie professionnelle et familiale, séparation des rôles à l’intérieur de la famille) continuent de soutenir l’image d’une famille traditionnelle viable à long terme. Cette dichotomie ne permet pas de prévenir les difficultés subies par les enfants de familles séparées, tel que leur paupérisation. Ces complications exacerbent les conflits entre les ex-partenaires qui portent parfois à des épisodes violents.

La séparation reste une démarche privée. La société possède cependant une bonne marge de manœuvre qui permettrait d’adoucir ses conséquences sur les enfants impliqués.

Clara Balestra, Fondation Sarah Oberson, 22.09.14

Références :

Laura Libertino, Pr. Bertrand Oberson, Les politiques familiales, SP 2010.

Modak, « Etre parent après une séparation », in Burton-Jeangros, Lalive D’Epinay et Widmer, Interactions familiales et construction de l’intimité : Hommage à Jean Kellerhals, L’Harmattan, 2007, p. 313-324.

Palazzo-Crettol et Modak, « Etre parent après une séparation : analyse des processus de « départage » de l’enfant », in Swiss Journal of Sociology, 31 (2), 2005, 363-381

Robert-Nicoud, « Regional Disparities in Divorce Rates Within one Country : The Case of Switzerland », in Swiss Journal of Sociology, 40 (1), 2014, 29-55. Cit. « The regression analyses show the major importance of the socio-economic dimension, which exceeds the relative impact of the others. »

Du couple amoureux au couple parental sans drames ?

6 février 2012

Le grand défi d’une séparation, où des enfants sont impliqués, est de garder la composante parentale du couple lorsque la composante conjugale s’efface. Pour la plupart, cette transformation réussit, grâce notamment aux outils mis à disposition. Des drames existeront toujours, mais le législateur a décidé de se donner des instruments pour en limiter le nombre. Que cette tendance ne s’atténue pas, car il s’agit malheureusement d’une problématique d’actualité.

Synthèse de la Soirée Sarah Oberson 2011, Working Report

Inspirée par le drame de la disparition d’Alessia et Livia, la Fondation Sarah Oberson, lors de la Soirée Sarah Oberson 2011, s’est posée la question suivante : Comment éviter que la séparation des parents ne finisse en drame pour les enfants?

«En Suisse, plus de 50 % des mariages se terminent en divorces, avec leurs cortèges de problèmes pour les parents et surtout pour les enfants concernés», dont le nombre est estimé à 15’000 par année (Comby). Les experts conviés à cette soirée s’entendent pour dire qu’il n’existe pas une solution miracle qui permette de vivre toutes les séparations de manière à respecter le bien-être et les intérêts de l’enfant. Par contre, des outils existent pour atténuer les conflits et réduire les répercussions dramatiques.

Lors d’une séparation, il y a des tensions qui sont souvent le fruit de malentendus. Sur ces incompréhensions se construisent les tensions futures qui peuvent déboucher sur un conflit ouvert ou même sur un drame. Si lors de la séparation, une personne qualifiée, un médiateur, peut aider à dissiper ces malentendus, beaucoup de situations potentiellement explosives peuvent être évitées (Agazzi).

Inscrite officiellement depuis le 1er janvier 2011 dans le code de procédures civiles (Partie 2, Titre 2), la médiation familiale (1) peut être bénéfique dans la mesure où il existe une réelle volonté et une capacité d’auto-responsabilisation de la part des deux parents. Par contre, lorsque le conflit est cristallisé, elle peut devenir un moyen supplémentaire pour alimenter les désaccords.

Malgré ces limitations, la médiation familiale jouit d’un taux de réussite de 75% et «propose une approche différente de la séparation qui place la dimension humaine et affective au centre (…) et qui donne à chacun la possibilité de se positionner en tant que véritable acteur face à la séparation. Utilisée à bon escient et de manière professionnelle, cette démarche permet d’appréhender la séparation non pas telle qu’elle est traduite par les acteurs juridiques, mais telle qu’elle est vécue par les conjoints et parents concernés.» (Debons)  Un autre instrument, en discussion au Parlement, pourrait être l’introduction de l’autorité parentale conjointe (2) comme règle lors de divorce ou de séparation. Partagée, l’autorité parentale est un outil qui permet à l’enfant de bénéficier de l’apport éducatif des deux parents.

Cette solution, tout comme la médiation familiale, peut prévenir les cas dramatiques en tuant dès le départ des situations potentiellement conflictuelles qui pourraient porter à des drames, notamment l’enlèvement (3).

Cheval de bataille du Mouvement pour la Condition Paternelle du Valais (Métrailler) et souhaitée par tous les experts et les groupes d’intérêts, l’autorité parentale conjointe comme règle, est contestée par la Fédération Suisse des Familles Monoparentales.
La formule actuelle exige, des parents qui veulent partager cette responsabilité, l’élaboration commune d’une convention sur l’organisation future de la famille. Elle force ainsi les parents à réfléchir conjointement sur comment ils vont communiquer et sur ce qu’ils vont décider ensemble. Si elle devient la règle, ce processus de réflexion commun n’est plus exigé. Le risque est de perpétuer le conflit et «reporter sur l’enfant la mésentente (non résolue) des parents» (Agazzi). «En effet, pour instaurer une autorité parentale conjointe, il faut une grande collaboration entre les parents. Imposer à l’un des deux cette autorité me paraît donc aléatoire en pratique si la collaboration ne se fait pas naturellement dans l’intérêt de l’enfant.» (Joris).

Ainsi, la médiation familiale et l’autorité parentale conjointe comme norme peuvent prévenir les drames dans la mesure où il existe une réelle volonté des deux parents de transformer le couple amoureux en couple parental responsable.

Dès le 1er janvier 2011, si ces conditions ne sont pas remplies, le juge responsable de l’affaire peut nommer, un curateur (un avocat d’enfant) qui défendra les intérêts de l’enfant (art. 299 et 300 du code de procédure civile). Ce nouvel acteur est partie prenante à la procédure juridique, il a des droits au même titre que les avocats des autres parties : le droit d’interjeter un recours, le droit de déposer des écritures.

Lorsque les conflits sont cristallisés, lorsque les parents n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente pour garantir des conditions de vie satisfaisantes pour leurs enfants, le curateur est l’élément procédural qui prend du recul et se concentre sur les intérêts de ces derniers sans l’influence de l’une ou de l’autre partie. Ainsi faisant, il peut désamorcer des situations qui peuvent s’avérer dangereuses pour le développement de l’enfant, mais aussi pour sa sécurité.

Lorsque l’enfant est enlevé par un parent souffrant mais bienveillant, le Service Social international, qui fait face régulièrement à ce type d’événements, trouve des solutions viables pour les enfants en travaillant avec la médiation. Comme Mme Debons, M. Widmer souligne la nécessité d’une volonté de l’un ou de l’autre parent d’entreprendre une médiation. Cette volonté peut être puisée dans l’amour que les deux parents portent à leur enfant, sans accusations et sans jugements.
Dans un système de collaboration entre les institutions compétentes, cette médiation doit être préparée et portée à bien par des personnes compétentes. Il faut aussi vérifier que les décisions prises dans ce cadre soient dans l’intérêt de l’enfant. Puis, il faut assurer un suivi de l’enfant et des décisions prises car si «un nouveau conflit surgit, les réactions peuvent s’avérer dommageables pour l’enfant».
Selon Widmer, il est nécessaire d’accompagner la famille «même sans solutions, même sans buts précis, il est nécessaire que les personnes qui vivent de tels moments ne soient pas laissées toutes seules».

Par ailleurs, il est utopique de penser qu’on puisse éliminer tout risque de drame de notre société. Il faut donc prévoir des mesures répondant aux situations extrêmes, lorsque la sécurité physique et psychique d’un enfant est menacée.

Dans ce cadre, l’Alerte enlèvement est opérationnelle en Suisse depuis début 2010, grâce notamment à la Fondation Sarah Oberson. L’enlèvement par un parent, par contre, n’est pas un critère pour son déclenchement. Selon Varone, le système reste perfectible et la mise en danger de l’intégrité physique et psychique d’un enfant, même par un parent, peut amener à son utilisation. Il reste à améliorer l’échange d’information entre les services compétents d’un canton, afin que la menace encourue par l’enfant soit évaluée au mieux et ainsi permettre une réaction adéquate pour le bien du mineur.

«La Fondation Sarah Oberson souhaite aussi que la Suisse se dote rapidement du numéro européen 116000 (système décrit par M. Toutounghi, p. …), pour apporter une écoute attentive, des conseils utiles et un soutien bienveillant aux familles confrontées à la disparition des enfants. (…) Il s’agit à notre avis d’un complément indispensable au système Alerte Enlèvement». (Comby)

Le grand défi d’une séparation, où des enfants sont impliqués, est de garder la composante parentale du couple lorsque la composante conjugale s’efface. Pour la plupart, cette transformation réussit, grâce notamment aux outils mis à disposition. Des drames existeront toujours, mais le législateur a décidé de se donner des instruments pour en limiter le nombre. Que cette tendance ne s’atténue pas, car il s’agit malheureusement d’une problématique d’actualité.

Clara Balestra, 06.02.2012

(1) «La médiation familiale (…) consiste à mettre en œuvre un processus volontaire au cours duquel un tiers neutre et impartial – le médiateur familial – propose aux parents un espace de parole confidentiel et accompagne ces derniers dans l’élaboration de solutions satisfaisantes pour toutes les personnes concernées (…). Cette démarche, basée sur le dialogue, vise le maintien de la co-parentalité au-delà de la séparation et place l’intérêt de l’enfant au cœur du processus.» (Debons)

(2) «L’autorité parentale est le pouvoir légal des parents de prendre les décisions nécessaires pour l’enfant mineur. Elle comprend, notamment, la compétence de déterminer les soins à donner à l’enfant, de diriger son éducation (y compris religieuse) en vue de son bien et de prendre les décisions nécessaires, de même que de décider de son lieu de résidence.» (Joris).

(3) «Les dispositions révisées portent également sur la détermination du domicile. Le parent qui souhaite déménager, seul ou avec l’enfant, devra en principe obtenir l’assentiment de l’autre parent, sauf s’il reste en Suisse et que le changement de domicile n’affecte pas de manière significative l’exercice de l’autorité parentale (p. ex. lorsque la distance séparant les deux domiciles ne s’en trouve pas sensiblement modifiée). En cas de litige, il reviendra au juge ou à l’autorité de protection de l’enfant de trancher.» Communiqué de presse du Conseil fédéral du 17.11.2011.

Intervenants :
M. Bernard Comby, Président de la Fondation Sarah Oberson
Mme Doris Agazzi, Coordinatrice Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM)
Mme Christine Debons, Médiatrice indépendante agréée par la Fédération suisse des Associations de Médiation (FSM)
M. Christophe Joris, Juge de district, Tribunal de Martigny et St-Maurice
M. Frédéric Métrailler, Membre du Mouvement de la Condition Paternelles Valais
Mme Patricia Michellod, Avocate et Curatrice dans le Canton de Genève
M. Rolf Widmer, Directeur du Service Social International (SSI), Genève
M. Christian Varone, Commandant de la Police cantonale valaisanne
M. Yves Toutounghi, Directeur général de la Fondation Missing Children Switzerland

Aussi : La médiation dans l’ordre juridique suisse.

Comment éviter que la séparation des parents finisse en drame pour les enfants ?

6 septembre 2011

Comment éviter que la séparation des parents finisse en drame pour les enfants? Remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène, la Fondation Sarah Oberson organise la Soirée Sarah Oberson 2011 : “Séparation des parents, disparition des enfants : quelques pistes”, qui vise à réfléchir sur certains de dispositifs qui tentent d’atténuer les répercussions négatives de ces ruptures : la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant. En invitant des praticiens qui travaillent avec ces outils, la Fondation cherche à confronter ces pratiques à la réalité.

Chaque année en Suisse, environ 50% des mariages finissent en divorces : on estime à 15’000 les enfants concernés par la séparation de leurs parents, sans compter les séparations hors mariage. Malgré l’acceptation sociale acquise dans les dernières décennies, la rupture porte avec elle un lot important de souffrance, pour les parents eux-mêmes mais aussi pour les enfants issus de ces alliances.

La grande majorité des situations se règlent de manière civilisée. On estime que les cas de divorce litigieux ne sont que le 10%. Il n’en reste pas moins que, entre ces cas litigieux, des cas extrêmes existent. En Suisse, 102 nouveaux cas d’enlèvements parentaux ont été enregistrés en 2010 – ces chiffres ne considèrent que les enlèvements internationaux. Les médias nous informent régulièrement de cas d’homicide d’enfants perpétués par un des parents et qui tente de se suicider par la suite. Les enfants paient parfois cher la séparation de leurs parents.

La France a instauré des tribunaux des familles, qui permettent une spécialisation des professionnels et un encadrement des familles. La Suisse a choisi de faire face à ce phénomène en introduisant des mécanismes qui tentent d’atténuer les répercussions négatives de ces ruptures, notamment sur les enfants. Remettant l’intérêt de l’enfant au centre de ce phénomène, la Soirée Sarah Oberson 2011 vise à réfléchir sur certains de ces dispositifs : la médiation familiale, l’autorité parentale conjointe et le curateur de l’enfant. En invitant des praticiens qui travaillent avec ces outils, la Fondation cherche à confronter ces pratiques à la réalité.

La médiation familiale fait désormais partie des démarches de séparation que se soit sur le plan judiciaire qu’extrajudiciaires. Lors de séparation, dans des familles qui ne fonctionnent pas sur un modèle égalitaire et démocratique, la médiation, promotrice des séparations négociées, peut-elle arriver à des résultats qui garantissent une meilleure protection du mineur ?
L’autorité parentale conjointe – pratique de plus en plus appliquée que se soit dans les pays voisins qu’en Suisse – fait débat dans notre pays depuis maintenant deux ans. Dans la pratique quotidienne, lors de couples déchirés par des conflits, est-elle un moyen pour permettre à l’enfant de bénéficier de l’apport éducatif des deux parents, ou elle perpétue plutôt les mésententes, en aggravant ainsi le contexte de vie de l’enfant ?
Le curateur, ce nouvel acteur juridique, défend les intérêts de l’enfant. Quels remparts existent pour garantir la légitimité de cette représentation, notamment quand l’enfant n’a pas encore développé sa capacité de discerner ? Et de quelle manière le fait de défendre les intérêts de l’enfant, membre égalitaire de la famille en conflit, permet de lui garantir une meilleure protection ?

En vue de refléter la complexité et la diversité des situations de séparation et d’envisager des pistes de solution réalistes, la Fondation Sarah Oberson a organisé une table ronde qui suivra les présentations des experts. Cette table ronde se veut à la fois contradictoire et constructive en introduisant dans le débat, en plus des professionnels du secteur, la voix et le vécu des parents gardiens et non-gardiens, par des représentants respectivement de la Fédération suisse des familles monoparentales et du Mouvement de la Condition Paternelle Valais.

LA FONDATION SARAH OBERSON,
L’INSTITUT INTERNATIONAL DES DROITS DE L’ENFANT

organisent
une soirée de réflexion sur le thème :

Séparation des parents, disparition des enfants : quelques pistes

Le mercredi 9 novembre 2011
au Casino de Saxon

Programme de la Soirée

Bulletin d’inscription

Brochure 2011

La Fondation Sarah Oberson organise chaque année une journée de réflexion, sur les thèmes d’actualité liés à la protection de l’enfance. Cette année, elle propose une nouvelle formule dans le but de rendre plus accessible ce moment d’approfondissement aux professionnels et aux parents. Elle présente ainsi 4 interventions d’experts de 15 minutes chacune et une table ronde qui se veut ouverte au débat d’idées.