Fugues en Valais : radiographie du phénomène

28 août 2017

“En Valais, il y a eu entre 2014 et 2016 un total de 1’074 fugues qui ont fait l’objet d’une inscription dans le système national de recherche informatisé de police RiPol. Cela signifie qu’il y a en permanence une moyenne de 7 fugueurs signalés disparus.”

La Fondation Sarah Oberson a entrepris avec la filière Travail social de la HES-SO Valais-Wallis une étude quantitative sur les fugues en Valais . Depuis plusieurs années, la Fondation demande la création de statistiques nationales concernant la disparition d’enfants. Cette recherche est un premier pas dans ce sens (1).

L’objectif de la Fondation Sarah Oberson est de mieux cerner l’ampleur de ce phénomène, afin de stimuler d’autres recherches scientifiques qui permettront de planifier des stratégies de prévention et de réponse adéquates.

Afin de mettre en valeur ce document et surtout pour que ses conclusions servent à alimenter une discussion autour de ce thème dans notre canton, la Fondation Sarah Oberson organise le 18.10.2017 une demi-journée de réflexion (14h00-17h00) à la Fondation Universitaire Kurt Bösch, Bramois/Sion. Entrée gratuite, ouverte à tous, gratuit sur inscription (email, fax).

La FSO profite de cet article pour remercier les étudiants de leur travail consciencieux ; la HES-SO Valais-Wallis pour sa collaboration ; la Police cantonale valaisanne ainsi que le Service cantonal de la jeunesse pour l’aide fourni dans l’accès aux données nécessaires et à la compréhension des protocoles appliqués en cas de fugues d’enfants.

Ci-dessous vous trouvez la synthèse en chiffres de l’étude effectuée par MM. Yannick Frossard et Samuel Morard, qui y ont consacré leur Travail de Bachelor ((2), p. 75-76).

Synthèses des données

-          En Valais, il y a eu entre 2014 et 2016 un total de 1’074 fugues qui ont fait l’objet d’une inscription dans le système national de recherche informatisé de police RiPol. Cela signifie qu’il y a en permanence une moyenne de 7 fugueurs signalés disparus.

-          Ces fugues se produisent principalement depuis des foyers (n=867, soit 80.7 %), des domiciles familiaux (n=143, soit 13.3 %) et des hôpitaux pédopsychiatriques (n=55, soit 5.1 %). Quelques cas ont été signalés depuis des écoles, des familles d’accueil et des centres de requérants d’asile mineurs non accompagnés.

-          Les disparitions de mineurs non accompagnés sont fréquentes. Selon l’Office de l’Asile, il y en a eu 5 en 2013-2014 et 16 en 2015-2016. Cependant, seules 4 situations ont été annoncées à la PCVS, toutes en 2016.

-          Les fugues sont principalement le fait de garçons (n=644, soit 60 %). Depuis les domiciles, il y a autant de fugues de filles (n=71) que de garçons (n=72), et dans les hôpitaux quatre fois plus de fugues de filles (n=44) que de garçons (n=11) ; ce sont donc les fugues de foyers qui ont un impact sur la surreprésentation masculine (n=310 ; n=557).

-          L’ensemble des 1’074 fugues sont le fait de 373 enfants : la question de la récidive est donc centrale. La fugue a constitué un épisode unique pour près de la moitié des enfants fugueurs (45.8 %), mais les récidivistes sont à l’origine de la grande majorité des situations (84.1 %). La médiane des récidives se situe à 2 fugues par personne.

-          Une augmentation est constatée au cours de la période étudiée (de 315 en 2014 à 420 en 2016). Cette augmentation se manifeste uniquement depuis les foyers (de 234 à 356, soit + 52.1 %).

-          Une fugue toute les 30 heures se produit en moyenne depuis un foyer (n=867).

-          Depuis les domiciles familiaux, en moyenne une fugue par semaine est signalée (n=143). 91 enfants ont fugué de leur domicile, à une ou plusieurs reprises. Au moins 28 d’entre eux ont par la suite été placés dans des foyers ou ont séjourné dans des hôpitaux, puisqu’ils y ont récidivé.

-          Concernant l’âge des fugueurs, la médiane se situe à 15 ans. Il y a peu de fugues d’enfants de moins de 12 ans (n=8), et la quasi-totalité des fugues d’enfants de moins de 13 ans ont été effectuées depuis des foyers (n=42/45, soit 93.3 %).

-          Une fugue dure en moyenne 7.4 jours (n=7919÷1’074) : cette donnée est soumise à une variation significative en fonction du genre (8.2 jours pour les garçons et 6.1 jours pour les filles). L’âge du fugueur a une incidence considérable sur la durée moyenne de la fugue, qui oscille de 4 jours à 12-13 ans à plus de 9 jours à 17 ans.

-          La grande majorité des fugues se terminent au cours de la semaine (n=832, soit 77.5 %). 119 avis de fugue ont été révoqués au cours de la même journée. Au lendemain de l’annonce, un tiers des fugues était révoqué (n=357). Il y a aussi 16.4 % qui durent entre 7 et 30 jours (n=176), et 6.1 % plus de 30 jours (n=66). Le pourcentage de ces longues fugues augmente avec l’âge : il passe de 16.7 % pour les 12-14 ans (n=45/269), à 22.9 % pour les 15-16 ans (n=137/597), puis à 30 % pour les fugueurs âgés de 17 ans (n=60/200).

-          Le nombre de signalements est soumis à d’importantes variations en fonction des mois. Ainsi, il y a presque deux fois moins de fugues en février (n=62) et en juillet (n=62) qu’en mai (n=119) et en septembre (n=117).

-          La nationalité ne semble pas être un facteur de risque significatif : les fugues sont le fait de détenteurs de la nationalité suisse (61.5 %), de ressortissants de l’Union Européenne (22.4 %), d’autres pays européens (3.5 %), et d’autres continents (11.7 %).

(1) CONTACT : Guillaume Grand, Fond. Sarah Oberson, Vice-président du Conseil de fondation, 076 421 39 71, info@sarahoberson.org

(2)   Yannick Frossard et Samuel Morard (2017), Fugues en sol valaisan : phénomène mineur ?, mandaté par la Fondation Sarah Oberson, Travail de Bachelor pour l’obtention du diplôme Bachelor of Arts HES·SO en travail social Haute École de Travail Social − HES·SO//Valais – Wallis

«Harcèlement entre pairs à l’école»: résultats d’une enquête valaisanne

24 juillet 2012

Un peu moins de 10 % d’enfants valaisans est victime de harcèlement dont l’intensité est suffisante pour avoir des effets potentiellement dévastateurs sur leur capacité à effectuer les apprentissages scolaires et leur niveau de bien-être psychologique et social.

Par le Centre de compétence suisse des droits humains, 27.06.2012

Pertinence pratique:

  • Fournir des données valides et fiables sur une zone scolaire délimitée dans deux régions linguistiques.
  • Attirer l’attention des autorités scolaires et politiques sur le besoin d’un renforcement proactif d’information et de prévention.
  • Ouvrir une réflexion sur des pistes d’action nécessaires pour enrayer le phénomène du harcèlement à l’école.
http://www.maif.fr/la-maif-s-engage/actions-mutualistes/education/harcelement-a-l-ecole/harcelement-a-l-ecole.html

Illustration tirée de MAIF

L’Institut universitaire Kurt Bösch (IUKB) a mené conjointement avec la Haute école pédagogique du Valais (VS), soutenu par le Service de l’enseignement du canton du Valais, une enquête scientifique d’envergure concernant la question du harcèlement à l’école auprès de plus de 4000 élèves de 5e et 6e primaires. Les résultats préliminaires étaient présentés publiquement début mai 2012 lors du 4e Colloque international de Sion. 217 classes francophones et germanophones de tout le canton ont été sélectionnées et visitées par trois équipes de chercheurs.

Premiers résultats de l’étude

L’étude valaisanne offre l’originalité de pouvoir comparer certaines données avec celles d’une recherche française réalisée en 2010 par Debarbieux auprès de 12’000 enfants du même âge. Il ressort de cette comparaison que les élèves suisses sont deux fois moins exposés au risque d’être harcelés notamment verbalement, physiquement, et sexuellement. De plus, les différents types de harcèlement présentent une forte corrélation entre eux et un lien direct avec la qualité du climat régnant dans les établissements scolaires. A relever que la perception du climat scolaire valaisan est largement positive: les participants de 10-13 ans se sentent bien à l’école (94.7%) et s’entendent très bien ou assez bien avec leurs enseignant-e-s (95.1%).

Toutefois, un peu moins de 10 % d’enfants est victime de harcèlement dont l’intensité est suffisante pour avoir des effets potentiellement dévastateurs sur leur capacité à effectuer les apprentissages scolaires et leur niveau de bien-être psychologique et social.

L’enquête a également fait émerger que:

  • le déplacement du domicile à l’école reste une zone à risque et un temps de grande vulnérabilité durant lequel se produisent bon nombre de victimisations.
  • Par ailleurs, les avantages des classes multi-degrés sont à relever. Celles-ci, plus nombreuses en Haut-Valais, jouent un rôle protecteur à l’encontre du harcèlement.
  • un garçon de 10-13 ans est davantage à risque de subir un harcèlement verbal et physique de la part de ses camarades mais également d’entreprendre ceux-ci, tandis que les filles du même âge sont plus enclines à user du harcèlement indirect, notamment par le biais des nouvelles technologies.

Cadre légal

Le Code pénal, dépourvu d’un article spécifique au sujet du harcèlement, contient différentes dispositions ayant trait à la violence physique, verbale, sexuelle, psychique et celle commise par le biais des nouvelle technologies de communication. Ces infractions sont, dans les cas graves, poursuivi d’office, sinon il faut le dépôt d’une plainte pénale. Les lois scolaires au niveau cantonal ainsi que les règlements des institutions scolaires-même renferment les droits et obligations des élèves à respecter ainsi que les mesures et sanctions disciplinaires.

Conclusion

Le harcèlement entre pairs fait l’objet d’un intérêt grandissant en Suisse à mesure que sa prévalence suggère qu’il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. Le dispositif légal ne manque pas, cependant, il s’avère que les victimes n’osent pas révéler les incidents. Les tâches primordiales consistent par conséquent à informer et à prévenir contre le harcèlement. Les interventions de la justice viennent ensuite, pour un nombre limité de cas. L’étude valaisanne relève que plusieurs pistes pourraient être étudiées au niveau de la prévention, comme par exemple une meilleure sécurisation du chemin de l’école ou l’effet d’un mentoring entre des élèves ainés et plus jeunes. Car l’objectif de cette période de vie des enfants et du contexte scolaire reste d’apprendre le vivre ensemble.

Dans un deuxième temps, une analyse plus fine permettra de mettre en lumière une éventuelle progression du phénomène du cyberharcèlement entre les différents degrés scolaires, et d’identifier à quel moment le mésusage des nouvelles technologies peut devenir problématique et dangereux pour les enfants. Cette problématique sera notamment approfondie lors d’une conférence internationale sur le cyberbullying à Paris fin juin.

Lire aussi :
Comment prévenir le harcèlement à l’école, Fondation Sarah Oberson,7.05.12
Violences scolaires : une rentrée chahutée, Le Figaro, 30.09.12
Coping with Cyberbullying : A Systematic Literature Review, Final Report of the COST IS 0801 Working Group 5, septembre 2012

Harcèlement entre pairs : Plateforme de ressources à l’intention des enseignants

Le Valais veut interdire la prostitution des mineurs

1 mai 2012

Le Valais veut lui aussi interdire la prostitution des mineurs.

Article de Fabrice Germanier, rédacteur en chef de Radio Rhône FM

Après les cantons de Genève et St-Gall, en 2010, ainsi que la ville de Zürich, depuis la fin janvier de cette année, le Valais veut lui aussi interdire la prostitution des mineurs. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle une adolescente ou un adolescent de 16 à 18 ans peut légalement vendre ses charmes en Suisse, qui est l’un des derniers pays d’Europe à le tolérer.

La Confédération a pourtant signé le 16 juin 2010 la convention du Conseil de l’Europe sur la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels. Mais le texte n’a pas encore été ratifié et la modification du code pénal (peine privative de liberté de 3 ans au plus pour les clients) qui s’ensuivra risque de prendre du temps. D’où cette volonté du Conseil d’Etat valaisan de prendre les devants.

Un groupe de travail a ainsi été chargé d’élaborer un avant-projet de loi sur la prostitution. Ce texte interdira le commerce du sexe aux mineurs; la décision a été prise à l’unanimité. Il devrait aussi introduire un recensement des personnes s’adonnant à la prostitution et provoquer une redéfinition des compétences des autorités de police et socio-sanitaires.

A l’origine de ce projet, une motion déposée en mars 2011 par quatre députés de la région de Martigny : les libéraux-radicaux Yves Fournier, Willy Giroud et Xavier Moret et le démocrate-chrétien Nicolas Voide.

Cet article est paru le 23.04.12 sur le site de Radio Rhône FM

Résolution contre la prostitution des mineurs, Camille Carron, Député au Grand Conseil Valais, 2010

Novembre 2009 : La Convention va fêter ses 20 ans!

3 novembre 2009

Editorial de Mme Geneviève Levine de l’Institut international des Droits de l’Enfant

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Qu’y a-t-il de commun entre la ville de Martigny, 50 organisations de volontaires, diverses expositions et les élus suisses des pouvoirs exécutifs et législatifs ? Ce sont quelques-uns parmi les ingrédients d’une formule que nous avons concoctée pour fêter les Droits de l’Enfant les 20 et 21 novembre prochains.

C’est le CERM de Martigny, Suisse, qui nous accueillera à cette occasion.

A entendre et fêter le 20 novembre : spécialistes et politiciens sur le thème Droits des enfants en Suisse, bilans et perspectives, en prélude à la soirée de célébration officielle du 20e anniversaire de la Convention.

A voir, entendre et partager le 21 novembre pour tout public : Village Enfan’phare avec des stands d’associations locales, des expos et dédicaces, des animations cinéma, concerts,  jeux et animations. Pour que petits et grands découvrent et célèbrent les Droits de l’Enfant, invitez  vos familles et amis.

La Journée thématique du 20 novembre affiche déjà complet*, mais nous vous attendons nombreux à partir de 18h30 pour les réjouissances officielles des 20 ans. La Convention entrera dans l’âge adulte ! Après le souffler des bougies et la dégustation du gâteau, nous inaugurerons ce soir-là le Village des Associations Enfan’phare.

Et le lendemain l’honneur sera à la fête populaire avec les stands, mais aussi deux grandes scènes, un Chapiteau des contes et des moments forts comme la Conférence d’Alexandre Jollien, l’animation de la Lanterne Magique, ou les débats d’élèves organisés par la Fondation Education et Développement (FED).

Et que vivent les Droits de l’Enfant !

*L’IDE mettra à votre disposition ultérieurement le compte-rendu de la Journée thématique.

Télécharger la brochure

Cet article est paru le 2 novembre 2009 dans la rubrique Edito-Actualité sur le site de Institut international des Droits de l’Enfant (IDE).

Les 80 ans de la Pouponnière Valaisanne

18 mai 2009

Vendredi 24 avril 2009, les festivités liées aux 80 ans de la Pouponnière Valaisanne ont commencé par l’inauguration d’une exposition de photos qui retrace l’histoire de cette institution.

En 1929, Mme Marie-Rose Zingg ouvre la Pouponnière Valaisanne. Son but est de donner un foyer à des enfants abandonnés ou en détresse. Elle  répond à un besoin de son temps. En effet, l’abandon des enfants est alors un phénomène assez courant, comme le témoigne le fait qu’à 15 jours de l’ouverture 17 enfants ont été retrouvés devant la porte de l’institut : enfants malades, orphelins ou tout simplement abandonnés.

La pratique de l’abandon d’enfant est un phénomène ancien. Désormais, en Valais, elle est plus unique que rare. Elle n’est cependant pas dénuée d’actualité, comme en témoigne les nombreux cas d’abandon anonyme de nouveau-nés dans l’Europe de ce nouveau millénaire – voir blog du 16.02.2009.

Mme Zingg, orpheline de mère, cherche à donner à ces enfants un foyer adapté à leurs besoins. Malgré les difficultés, elle fonde une école de nurses trois ans après l’ouverture de la Pouponnière (1932). Mais elle ne s’arrête pas là et crée une crèche pour les enfants de parents malades et une maternité (1946). Finalement, en 1948, elle étend son aide et sa protection aux mères célibataires ou en détresse en créant l’œuvre Ste-Elisabeth.

Mme Zingg commence seule son combat pour les enfants les plus démunis. Soutenue par l’Eglise d’abord, elle reçoit l’aide de l’Etat dès la fin de la 2e guerre mondiale. Soutien qui continue actuellement.

La Pouponnière s’est adaptée à son temps. Les cas d’abandon anonyme d’enfant ayant pratiquement disparus dans la région (1), la Pouponnière accueille désormais des enfants de 0 à 12 ans en donnant la priorité au soutien des parents qui travaillent. Elle reste par contre fidèle à ses principes d’éducatifs en suivant une ligne éducative claire et en employant du personnel formé.

Actuellement, si un bébé ou un enfant est abandonné en Valais, le service de protection de l’enfance est alerté et décide notamment de son placement dans une famille d’accueil.

Clara Balestra, 18.05.09

Informations tirées de l’article « La ‘maman’ des petits Valaisans », Le Nouvelliste 24.04.2009, p. 32.

(1) Il n’existe pas de statistique en Suisse à propos des cas d’exposition d’enfant (art.127 code pénal, « la mise en danger de la vie et la santé d’autrui »). In Office fédéral de la Statistique, Verurteilungen nach Straftaten des Strafgesetzbuches (StGB), seit 1984.