“FA-SA-VI” famille sans violence

8 juin 2009

Editorial de Mme Patricia Roduit, Collaboratrice de l’Institut International des Droits de l’Enfant (IDE)

“La famille, ce havre de sécurité, est en même temps le lieu de la violence extrême.”
Boris Cyrulnik

Dans l’optique d’enrayer le cycle de la violence domestique avant qu’il ne s’installe et ne s’amplifie, l’Association FA-SA-VI – comprenez “famille sans violence” – a vu le jour dans le Canton du Valais, en Suisse. Cette association à but non lucratif accueille, en toute discrétion, toute personne concernée par un tel problème, qu’elle soit victime, témoin mais aussi auteur.

La tension monte durant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Et puis, c’est l’explosion… Accompagnée de violences, suivie de justifications et d’expressions de regrets. Tel est le schéma susceptible de se reproduire durant des années… Le chez-soi synonyme de protection et de sécurité devient le lieu de la maltraitance, de l’exploitation sexuelle et de l’humiliation. Même s’ils ne subissent pas toujours directement de violences physiques, les enfants témoins souffrent psychiquement et affectivement. Assistant de tout près au déchirement d’un couple, ils en apprennent des schémas comportementaux qui marqueront la suite de leurs parcours. S’ensuivent traumatismes, dommages psychologiques, manques dans le développement, souvent accompagnés d’un isolement.

Pour tenter une réponse à de telles situations, FA-SA-VI offre un espace d’écoute, conseille et propose une médiation selon les besoins. L’aide est adaptée et respectueuse, faite d’un accompagnement thérapeutique par une équipe de professionnels, psychologues, médiateurs ou encore conseillers conjugaux. De plus,  la violence étant parfois associée à des conduites addictives ou dépressives, l’association oeuvre en collaboration avec d’autres institutions (LVT, médecins etc…). Une attention particulière est accordée aux enfants et adolescents. L’approche socio-éducative de FA-SA-VI leur permet de s’exprimer en toute liberté. L’utilisation de l’art, de la musique, du jeu et de l’expression corporelle les amène à retrouver un contexte de vie, des préoccupations et des projets correspondant à leur âge.

Cette initiative concrète correspond à un réel besoin. Selon l’Office fédéral de la Statistique, durant l’année 2007, un total de 14’446 personnes a consulté un centre LAVI dans le cadre de violences avec relation familiale, dont plus de 3’000 enfants et adolescents. Ces chiffres bien sûr ne reflètent que la pointe de l’iceberg… De plus, on ne peut ignorer le coût global (économique et social) que la violence engendre. En Suisse, une recherche menée à l’Université de Fribourg, publiée en 1998, a estimé le coût direct et le coût social des violences subies à 90 millions d’Euros par an, pesant lourdement sur le système de santé. S’ajoutent à cela le coût des interventions de la police et de la justice, estimé à 125 millions d’Euros, et celui de l’aide sociale, s’élevant approximativement à 48 millions d’Euros (1).

La Confédération en appelle à la vigilance et à une application systématique de la loi. Par le biais du Code Pénal suisse, les actes de violence, qu’ils soient commis dans l’espace public ou dans la sphère privée, sont réprimés. Il s’agit plus spécifiquement de lésions corporelles (art. 123 CP), menaces (art. 180 al. 2 CP), contrainte (art. 181 CP), voies de fait réitérées (art. 126 CP), contrainte sexuelle (art. 189 CP) et viol (art. 190 CP). De plus, depuis le 1er avril 2004 et dans le cadre du couple, ces délits sont poursuivis et sanctionnés d’office. Une nouvelle classification qui est le fruit d’un long débat public et traduit un changement de mentalité dans la société. Certains, à l’instar de La Fondation Terre des hommes et l’Association Suisse pour la Protection de l’Enfant, vont même plus loin et demandent que l’éducation non-violente soit introduite dans le chapitre “de l’autorité parentale” du Code civil suisse.

Si l’on veut pouvoir protéger les enfants et les jeunes en Suisse de manière aussi efficace, performante et durable que possible, il est nécessaire de faire converger les forces existantes, notamment en prenant la mesure du champ de bataille que constitue parfois la cellule familiale de base et en aidant à restaurer au mieux l’intégrité de chacun de ses membres. L’initiative de proximité que constitue FA-SA-VI a le mérite de s’y atteler.

Coordonnées FA-SA-VI :

Email : fasavi.vs@gmail.com
No de tél. 079 863 68 00
adresse : CP 426, 1920 Martigny
Sources:

(1) Godenzi Alberto Yodanis Carrie 1998. “Erster Bericht zu den ökonomischen Kosten der Gewalt gegen Frauen”, Fribourg: Departement Travail Social et Politique Sociale.

L’article de Patricia Roduit est paru le 3 juin 2009 dans la rubrique Edito – Actualité sur le site de l’Institut international des Droits de l’Enfant.

Lien : www.childsrights.org

Crise économique et maltraitance

9 février 2009

Le Groupe de Tutelle Enfants du Kinderspital vient de lancer un cri d’alarme. En 2008, 455 mineurs ont été hospitalisés pour avoir subi des maltraitances, ce qui signifie une augmentation de 13% par rapport aux années précédentes. Environ la moitié de ces enfants étaient âgés de moins de 7 ans . Souvent, les actes de violence se déroulent au sein de la famille (1).

Dans son édito ‘Crise financière et droits de l’enfant’ du 23 janvier 2009, l’IDE écrit :

‘… la relation entre pauvreté et maltraitance des enfants a déjà été mise en évidence, notamment dans un rapport du Parlement Européen sur la question. En Floride on a récemment fait état de violences dont ont été victimes des enfants en raison de la pression financière. (…) En Australie également, l’augmentation des violences familiales a été en grande partie attribuée à la situation économique.

Ziegert (2) dégage deux phénomènes déterminants qui expliquent l’emploi des punitions physiques au sein de la famille. D’une part, il existe une acceptation de ce phénomène dans les normes et valeurs sociales. D’autre part, la situation de surcharge des parents déterminée par leur environnement diminue leur capacité à se contrôler.

De plus, les chercheurs démontrent que plus on emploie la force pour punir, plus on est enclin à en abuser. La grande majorité des abus physiques constatés sont des actes de discipline qui ont dégénéré (3).

Le rapport Enfance maltraitée en Suisse de 1992 (4) déclare que ‘le recours à la violence en famille n’est pas sans prétendre à un certain statut de normalité’. Cette affirmation est confirmée dans l’étude de l’Université de Fribourg de 2004 (5) sur le comportement éducatif des parents en Suisse. On peut ainsi affirmer que la punition physique est culturellement acceptée dans notre pays.

L’étude de 2004 démontre que les enfants les plus touchés par cette méthode éducative sont les enfants de moins de 4 ans, les plus vulnérables aux éventuelles conséquences physiques et psychologiques de la violence. Un enfant sur 5 de moins de 2,5 ans est battu régulièrement, dont 1 sur 100 avec des objets.

Ces données ont été recueillies en 2003. Durant cette année, la Suisse affichait un taux de chômage de 1,9% et on était loin de parler de crise financière ou économique. En 2009, la crise financière et économique internationale s’intensifie. L’économie de notre pays commence à sentir les premiers signes d’essoufflement. Il reste à espérer que la recrudescence de la violence envers les enfants dans la famille ne vienne pas allonger la liste des conséquences néfastes de cette situation.

Clara Balestra, 09.02.2009

Références

1. Telegiorale RTSI, 02.02.09
2. Ziegert K.A. (1983), ‘The Swedish prohibition of corporal punishment : A preliminary report’, en Journal of Marriage and Family, 45, p. 917-926.
3. Durrant Joan E. (2005), ‘Corporal punishment : prevalence, predictors & implications for children behaviour & development’, in Durrant Joan E., Newell Peter, Power Clark et Stuart N. Hart, Eliminating Corporal Punishment : the way forward to constructive child discipline, UNESCO, Paris, p. 49-90.
4. Bouverat Germain préside le Groupe de travail (1992), Enfance maltraitée en Suisse, Rapport final présenté au chef du Département fédéral de l’Intérieur, Office centrral des imprimés et du matériel, Berne, 1992.
5. Schöbi D. & Perrez M. (2004), Bestrafungsverhalten von Erziehungsberechtingen in der Schweiz : Eine vergleichende Analyse des Bestrafungsverhaltens von Erziehungsberechtingen 1990 und 2004, Universität Freiburg, Freiburg.